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Carte postale de Beaulieu-sur-mer

BEAULIEU SUR MER, Au bord de mer, Un coin fleuri N°1010 de G. Le Maître et Cie, éditeurs, Nice (collection de l’auteur)

BEAULIEU SUR MER, Au bord de mer, Un coin fleuri
N°1010 de G. Le Maître et Cie, éditeurs, Nice (collection de l’auteur)

Cette carte postale m’a été « délivrée » en « chinant » chez un petit brocanteur, dans la vieille ville de Belfort, à l’ombre du Lion.. Elle vient de Beaulieu-sur-mer et a été envoyée sous enveloppe, donc non oblitérée et non datée…Mais cela n’empêche pas de situer l’envoi au début des années trente, car c’est la grande période de la diffusion des cartes postales « colorisées », avant l’apparition des « vraies »couleurs (après la seconde guerre mondiale) Le décor est celui de la fin de la saison d’hiver sur la Riviera : sur le bord de mer endigué d’un jardin public, deux enfants (garçon et fille, 8 et 5 ans à peu près) prennent la pose pour la photo en habit marin et chapeaux de toile, chaussettes blanches. Un peu en retrait, deux femmes s’avancent : vêtements légers, chapeaux de paille-toile ( ?), canne et livre à la main, sweater sur le bras. La mode est celle des années vingt (Quel est le degré de préparation de cette « mise en scène » ? la spontanéité des « acteurs ?)

Gros massifs de fleur sur le bord du jardin public (on est au printemps). A l’arrière plan, un grand hôtel au nom britannique « Bedford Hôtel », dont la grande verrière protège les touristes en terrasse pendant l’hiver.

Tout cela respire le luxe (les personnages sont d’une catégorie sociale aisée) et le calme. L’exotisme de la végétation est rehaussé par la qualité de l’impression couleur. Il s’agit de transcrire une image stéréotypée des jardins de la « Riviera », paysage construit comme un décor. Mais le texte écrit au dos de la carte traduit, lui, l’envers du décor :

« Mon cher Albert
« J’espère que vous passez un bon hiver sans trop de fatigue ni de froid. Les jours commencent à grandir et les mois les plus durs sont passés. Je m’en réjouis pour vous qui avez une si longue course à fournir tous les jours. Nous avons depuis 2 jours la pluie après une sécheresse de deux mois. Il y moins de monde que de coutume sur la Côte d’Azur. Je pense que c’est dû à la cherté de la vie, Il n’y a guère que les étrangers favorisés par le change qui peuvent se payer le luxe des Palaces. Avez-vous des bonnes nouvelles de Marcelle. Son mariage est-il toujours fixé au printemps. J’ai eu une carte de Carla au jour de l’An. Elle paraît heureuse. Qu’y a-t-il de nouveau au Pays ? J’espère que Mme D. est bien remise.
Bien des choses à Louise et à Mr et Mme G. Je vous embrasse « affectueusement. Votre marrraine, H. D.
Bien des choses de Marie. Je n’oublie pas Tommy et lui envoie une caresse.

L’image donne une vision stéréotypée de la saison d’hiver sur la Côte d’Azur. Des gens « biens » se promènent sur le bord de mer au soleil, dans une profusion printanière de fleurs. En arrière plan, le Palace qui est sensé héberger les « hivernants ».

La date pourrait se situer à la fin des années vingt ou au début des années trente : la saison d’hiver, très importante avant 1914, a connu une crise très nette pendant et après la première guerre mondiale. La crise économique de 1929 est la cause d’un second ralentissement, probablement celui qui est noté par la rédactrice de la carte. On notera au passage le coup de griffe aux « étrangers » qui occupent les palaces que les français ne peuvent plus se payer ! En fait, l’aristocratie de l’Europe en général, des Empires allemand et austro-hongrois, de la Russie en particulier, ruinée par le conflit, a déserté, et la bourgeoisie européenne a pris le relais. En même temps, la mode touristique est en train de changer : la saison d’hiver décline et la saison d’été, celle des bains de mer, commence à attirer de nouveaux touristes (comme le montrent à ce moment-là les photos de Pierre-Henri Lartigue). Il faudra attendre la fin de la seconde guerre mondiale pour connaître la suite.

Roland Courtot

Note de Gilles Fumey : les années 1920-30 sont aussi les années où démarrent l’hiver des « sports » à Mégève où la baronne de Rothschild a fait construire des hôtels. Par ailleurs, certains Britanniques qui aiment la Méditerranée trouvent la Côte d’Azur moins dépaysante que l’Egypte, le sud de l’Italie qui commencent à attirer les très grandes fortunes du tourisme.