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Enez Sun, vivre sur une île

Cafés Géographiques de Saint-Brieuc
Vendredi 16 mars 2018

 

Louis Brigand est professeur de géographie à l’Université de Bretagne occidentale (Brest). Spécialiste de la vie insulaire, ses recherches portent sur les îles du Ponant. Ses nombreuses missions l’ont mené aussi vers d’autres îles comme Sakhaline ou les Galapagos. Les îles et la vie insulaire constituent pour Louis Brigand, un inépuisable objet d’étude. Parmi ses ouvrages; « Les îles en Méditerranée : enjeux et perspectives », Economica, 1992 ; « Les îles du Ponant », Palantine, 2002 ; « Besoin d’îles », Stock, 2009 ; « Enez Sun, carnet d’un géographe à l’île de Sein »,  illustré par Didier-Marie Le Bihan, éditions dialogues, 2017 (Grand Prix 2017 du Salon du livre insulaire).

 Avant d’engager son propos, Louis Brigand regrette que Didier-Marie Le Bihan qui vit à Sein et illustrateur de son dernier ouvrage n’ait pas pu venir ; avec une navette par jour qui relie Sein au continent, il lui fallait prévoir trois jours pour participer à ce café géographique (l’insularité est une réalité qui se vit quotidiennement pour les îliens). Louis Brigand précise aussi que le travail qu’il va nous présenter sur l’île de Sein est le résultat de ses recherches ainsi que  de celles de trois de ses étudiantes en thèse. La réflexion qu’ils ont menée est basée sur un véritable travail de terrain qui s’intègre au programme de recherche, ID-îles (Initiatives et Développement dans les îles du Ponant) initié il y a 7 ans et mené avec l’association des îles du Ponant et de nombreux partenaires (www.id-iles.fr). Ce programme de recherche qui donne lieu à un magazine télévisuel de 26mn diffusé tous les deux mois, sur les télévisions locales de l’Ouest et réalisé par une des étudiantes de Louis Brigand, est au service du développement local « Entreprendre sur les îles, du constat aux témoignages, de l’expérience au projet ». Les initiateurs du programme, partant du constat que des entrepreneurs commençaient à s’installer sur les îles,  souhaitent transmettre aux populations insulaires les résultats de leurs recherches sur ces nouvelles entreprises et accompagner cette dynamique entrepreneuriale récente.

Introduction

Avant de définir les termes du sujet de ce soir « ENEZ SUN, vivre sur une île », Louis Brigand souhaite « saluer » Jules Verne qui n’est pas seulement un grand écrivain, mais aussi un excellent géographe ! Dans L’île mystérieuse, Cyrus Smith débarque sur une île, monte au sommet et décrit ce qu’il voit. C’est bien là, la démarche du géographe.

ENEZ SUN est le nom de l’île en breton, c’est aussi le nom du bateau qui relie l’île au continent et qui rythme les journées et les échanges. Le bateau est au centre de la vie des Sénans.

L’Enez Sun (photo : fonds Louis Brigand)

« Vivre sur une île » est bien différent qu’ »habiter sur une île ». Habiter, c’est occuper un lieu; vivre, c’est y passer du temps, avoir un certain mode de vie, établir des relations avec son entourage et la société. Le terme de vivre est donc plus intéressant et plus riche de sens. Le propos de Louis Brigand portera donc sur la vie sur l’île et sur les Iliens (dans la littérature sur l’île de Sein, on parle rarement des Sénans, on dit les Iliens ; quand on est à l’île de Sein, les îliens, ce ne sont pas les habitants de toutes les îles de Bretagne, ce sont ceux de l’île de Sein ; l’île est un sujet sans cesse discuté, au centre de leur vie).

1 – Sein, un espace limité et contraint

Un territoire limité

Le territoire de l’île de Sein est extrêmement limité (56ha), c’est la plus petite des îles de Bretagne, située à quelque huit kilomètres du continent au large de la pointe du Raz, relique d’un vaste plateau granitique et auquel elle est unie par la géologie. Sommet de la chaussée qui porte son nom (la chaussée de Sein), elle est composée de renflements qui correspondent à des pointes granitiques, bordés et reliés entre elles par des cordons de galets. Cette dentelle minérale basse, contraire de la massive pointe du Raz est très exposée aux éléments maritimes.

Un territoire difficile d’accès

Carte, liaison Audierne-île de Sein

Pour accéder à Sein, on part habituellement du port de Sainte-Evette, près d’Audierne (il y a aussi une liaison vers Camaret, mais elle ne fonctionne que les dimanches d’été). En théorie, la traversée dure une heure. Les Sénans s’installent à l’abri au pont inférieur, ils connaissent la navigation à travers les mouvements du bateau et vivent la traversée les yeux clos. Quand les conditions météorologiques sont mauvaises, le bateau part de Douarnenez, la traversée dure alors  2h. Souvent le bateau ne passe pas…Sein, reste une île très difficile d’accès.

Le Raz de Sein (photo Philip Plisson)

À la frontière entre Manche et Atlantique, les masses d’eau s’entrechoquent, les vents contraires se télescopent. Le passage du Raz, même quand les conditions sont réunies pour passer, reste toujours une épreuve.

Un peuplement ancien

Le peuplement est très ancien, on a trouvé sur l’île des vestiges datant du néolithique. Comment expliquer que les hommes se soient installés sur un territoire à priori inhospitalier et si difficile d’accès ? Mais si la mer est souvent hostile, elle est avant tout nourricière. La rencontre de masses d’eau différentes, l’alternance de fonds sableux et rocheux rendent compte d’une ressource halieutique extrêmement riche. Par ailleurs, Sein bénéficie d’un abri naturel qui a permis la construction  d’un port,  et l’installation progressive du peuplement.

Vue aérienne de l’île de Sein (site de la mairie de Sein)

C’est une vue de l’île où l’on voit très distinctement les pointes rocheuses de la chaussée de Sein et les cordons de galets. L’abri naturel, là où se concentrent les maisons du bourg, est le port actuel, mouillage sûr et abrité. Au fil du temps, les hommes ont érigé des cales, des quais, des digues ; aujourd’hui, l’île est ceinturée sur les deux tiers de son littoral par des digues.

Une population en déclin

C’est en 1936 que l’Ile de Sein connaît son apogée démographique avec 1328 habitants. Ce chiffre correspond aux habitants recensés auxquels il faut ajouter les Paimpolais (300 à 400) qui venaient s’installer sur l’île pendant six mois pour la pêche. C’est alors la plus densément peuplée des petites îles du Ponant. La densité de population y atteint plus de 2 200 habitants/km2. À titre de comparaison, la ville de Brest en 2010 compte 2 854 habitants/km2. Cette densité élevée est visible dans le bourg où quasiment une maison sur trois est divisée en deux ; dans certains cas les îliens vivaient jusqu’à vingt personnes dans de toutes petites maisons (témoignages des anciens qui se souviennent de cette période).

Progressivement, comme dans l’ensemble des îles du Ponant et d’ailleurs, la population diminue et atteint son niveau le plus bas en 2011 avec 189 habitants. Au dernier recensement de 2014, la population a légèrement augmenté avec 236 habitants ; il ne faut cependant pas en conclure que la population soit dans une phase de redressement, mais la reprise est sensible avec l’arrivée de plusieurs jeunes retraités, souvent d’anciens Sénans, et de jeunes entrepreneurs qui s’installent sur l’île.

Dans une île si petite, tout le monde se connaît. Quand on débarque sur l’île, il y a toujours quelqu’un qui vous attend ou qui vient voir ce qui se passe. Si ce milieu fermé peut être parfois pesant, il a l’avantage de créer une très forte solidarité entre les îliens, entre les générations, entre les anciens et les jeunes.

La population est âgée, le vieillissement est sensible (en 1968, 30% de la population avait moins de 14 ans, 4% plus de 75 ans ; en 2014, 12% de la population a moins de 14 ans, 30% plus de 75 ans). Sein est l’île du Ponant qui possède l’indice de vieillissement le plus fort.

2 – Mode de vie et contraintes insulaires

1 -Le mode de vie des Sénans a changé de façon radicale en l’espace d’une cinquantaine d’années.

 – Hier, une relative autarcie et des relations limitées avec le continent

Jusque dans les années 1960, l’île vivait dans une relative autarcie. Cette quasi-indépendance, l’île la doit beaucoup aux Sénanes. Elles ont mis en cultures tout l’espace disponible ; les champs allaient jusqu’aux rivages.

Les champs à l’île de Sein (fonds Louis Brigand)

Malgré la pauvreté des sols, le vent et les embruns, les femmes ont cultivé l’orge et la pomme de terre sur des parcelles minuscules (2,50 mètres sur 3 mètres) qu’elles ont dépierrées et délimitées par des murets. L’île était totalement exploitée, l’estran était utilisé pour son goémon qui servait à l’amendement des terres et à l’industrie de la soude.

L’activité principale des hommes était la pêche. L’abondance des poissons permettait de compléter la ration alimentaire de la population. À la fin du XIXe siècle, la pêche se développe avec l’exportation des poissons et surtout des crustacés (plus facile à conserver avec les viviers) sur le continent, vers les restaurants parisiens.

Le port de pêche (fonds Louis Brigand)

Cette photo datant des années 1930 est une vue du quai avec des casiers par centaines qui témoignent de l’importance de la pêche à cette époque. Aujourd’hui, il n’y a plus de casiers sur ce terre-plein, mais des bouteilles de gaz. Progressivement, le nombre de pêcheurs s’est effondré, 361 pêcheurs en 1936, 6 pêcheurs en 2016, dont 2 retraités et 4 entre Sein et Audierne.

L’île n’est plus sur le même mode économique.

C’est après la Seconde Guerre mondiale et surtout à partir des années 1960 que le système s’inverse : l’île devient totalement dépendante du continent.

– Aujourd’hui, une dépendance totale et une ouverture très forte avec le continent

La manifestation la plus spectaculaire de ce bouleversement, c’est le bateau. Il y a une cinquantaine d’années, l’Enez Sun était basé sur l’île. Le navire partait tôt de Sein pour le continent et revenait le soir. Comme on le dit ici, le bateau couchait à l’île. Aujourd’hui, il passe la nuit à Audierne, ce qui change totalement la relation entre l’île et le continent. Le bateau assure une rotation par jour, il arrive à 10h30 et repart à 16h. Pour les îliens, la conséquence est radicale, ils ne peuvent plus faire l’aller-retour dans la journée, le moindre déplacement implique deux nuits sur le continent. Cette nouvelle rotation est révélatrice de la dépendance totale de l’île. Aujourd’hui tout vient du continent : les touristes qui font l’aller-retour dans la journée (40 000 visiteurs par an), les produits alimentaires (les champs ont été abandonnés, il n’y a plus d’agriculture). La pêche encore pratiquée par les Sénans est essentiellement le fait des pêcheurs plaisanciers. Seuls trois pêcheurs professionnels continuent cette activité, deux sur trois travaillant également à Audierne.

 

Occupation du sol en 1952

 

Occupation du sol en 2015

Il s’agit de deux cartes de l’occupation du sol à Sein, réalisées à partir d’une photographie aérienne. En 1952, toute l’île est cultivée (jaune), il y a très peu de lande (vert) et de terrain non utilisé (gris). Aujourd’hui, l’agriculture a disparu, il y a encore quelques points jaunes dans l’espace bâti (rouge) : ce sont les potagers des îliens (petit complément aux produits alimentaires qui viennent du continent).

Cette dépendance totale s’accompagne d’une ouverture vers le continent. Beaucoup d’îliens ont un pied-à-terre à Douarnenez ; 18 d’entre eux travaillent à la fois sur l’île et le continent ; 2 pêcheurs sont à Audierne et viennent l’été sur l’île. Il y a de moins en moins de personnes qui restent toute l’année sur Sein (60 à 80). Cette évolution laisse à penser que de nouveaux modes de vie sont en train de se mettre en place.

 2 – Les rythmes de la vie

Une île vide mais vivante l’hiver

Les rythmes sont extrêmement différents entre l’hiver et l’été. Quand on débarque l’hiver, la grande majorité des maisons ont portes et volets clos, il n’y a parfois même pas un restaurant ouvert et il n’y a que peu de monde dehors. On peut alors se dire qu’il ne se passe rien… En réalité, l’hiver, la vie est assez riche : les invitations et les échanges, les clubs dont l’activité reprend (couture, ping-pong, chorale), les repas joyeux entre îliens où les soeurs y sont souvent présentes. Il y a eu jusqu’à douze soeurs sur l’île, elles ont, depuis, toutes quitté l’île. Elles jouaient un rôle très important dans la communauté ; elles s’occupaient des anciens, des offices. Quand elles ont embarqué pour le continent, toute la population était sur le quai, les cloches de l’église ont sonné, le commandant de l’Enez Sun a donné trois grands coups de corne. Les gens pleuraient et chantaient. Un départ très émouvant ; pour les îliens,  c’était une partie de l’île qui disparaissait ; de même que pour le départ des gardiens de phare, tout un pan de la vie de Sein d’autrefois disparaissait.

– L’hiver est aussi la période des tempêtes

Les tempêtes et coups de vent sont souvent présentés de façon dramatique par les médias. La réalité est bien différente. On sait que le coup de vent va arriver et on s’y prépare. On se barricade (pieds de porte renforcés par des sacs de sable, protection en bois pour les maisons du quai Sud), on renforce les amarres des plates. Quand la dépression arrive, toute la population est prête ; on observe, on fait des photos, on mesure la force des vagues.

Les vagues s’explosent sur les quais (photo : fonds Louis Brigand)

La mer submerge tout : les quais, le môle, les cales, les digues. Quand la tempête est passée, que la mer s’est retirée, on fait un tour de l’île pour évaluer les dégâts qui peuvent être parfois très importants et qui ont conduit la commune à entreprendre des travaux sur plusieurs années. Sans les digues, l’île ne pourrait pas être habitée. C’est grâce à Fernand Crouton, ingénieur-bâtisseur très attaché à Sein qui a entrepris au début du XXe siècle de grands travaux, que l’île est devenue un mouillage sûr et abrité. La question de l’entretien des digues est donc un sujet qui revient souvent. Autrefois, il y avait deux personnes en permanence qui entretenaient ces digues, ce n’est plus le cas aujourd’hui.


Dégâts au niveau d’une digue (photo : mairie de Sein)

Cette photographie montre la destruction, à la suite des tempêtes particulièrement fortes de 2014, d’une partie des digues qu’il faut reconstruire pour protéger l’île.

– une île pleine l’été

L’été, à la liaison journalière entre Sainte-Evette et Sein, s’en ajoute une autre venant de Camaret et une d’une compagnie privée au départ d’Audierne. Les touristes nombreux débarquent et se mêlent le temps de quelques heures à la population sénane. Il y a beaucoup de monde sur les quais,  beaucoup de clients dans les cafés. L’animation commence en février, augmente à Pâques (avec ceux qui viennent pour rester sur l’île pendant six mois), bat son plein les mois d’été (avec les touristes qui viennent pour la journée). À l’automne les départs s’échelonnent  jusqu’à l’hiver qui va vivre au rythme de la population permanente (une centaine de personnes).

L’été sur le quai Sud (photo : fonds Louis Brigand)

L’été, le quai Sud est très animé, on se promène, on va boire un verre ; les maisons étant toutes petites et la plupart n’ayant pas de jardin, on s’installe dehors, on amène sa table pour manger, jouer, les parapets servant de sièges. Le quai Sud devient une salle de jeux en plein air. Par son orientation et son exposition, il accumule les degrés dans ses pierres, c’est l’un des microclimats de l’île.

3 – Les problèmes spécifiques, l’impasse foncière

À Sein, la question du foncier est centrale. Se loger sur l’île est compliqué malgré les efforts entrepris par la commune avec la construction de logements sociaux. Pourquoi ? Depuis quelques années, une autre forme d’économie s’est mise en place basée sur le tourisme.  Beaucoup de Sénans louent à la semaine (400 euros jusqu’à 1 000 euros). Si cette évolution est générale au niveau des îles et du littoral, sur une l’île plus grande ou sur le littoral, la population peut se reporter sur les communes périphériques. À Sein, on n’a pas le choix ; beaucoup de jeunes sont obligés de rester chez leurs parents. Quand il y a des maisons en vente, les prix sont élevés, souvent inaccessibles aux jeunes de l’île. Par ailleurs, la commune n’est pas propriétaire de foncier, elle a par conséquent, peu de prise sur cette question. L’enjeu des années à venir est certainement lié au foncier.

3 – Les avenirs possibles

1 – Les facteurs de changements

– Un attrait de l’extérieur vers l’île…

Dans le cadre du programme ID-îles, nous avions fait un inventaire des entreprises qui s’installaient dans les îles. Sein était l’île qui avait le plus de néo-arrivants (7) ; certains d’origine îlienne qui revenaient s’installer, d’autres sans lien avec l’île. Sur les 7 entreprises recensées (dont un restaurateur, un boulanger, un médecin, un moniteur de canoë-kayak), il n’y en a qu’une qui n’a pas tenu. Aujourd’hui, il y a d’autres entreprises qui cherchent à s’installer. Cette nouvelle dynamique est à souligner, c’est un constat encourageant pour l’avenir de l’île.

-…et une ouverture vers l’extérieur

Il y a, bien entendu, les étudiants qui sont sur le continent ; il y a aussi internet qui est un outil du changement (achats en ligne). Les modes de vie évoluent pour la population sénane dont une partie a un pied sur l’île et l’autre sur le continent.

2 – Les ressources de demain

– Toujours la mer…

La mer reste la ressource essentielle de l’île : hier, nourricière, aujourd’hui attractive pour les touristes. S’il n’y a plus de pêcheurs, la ressource halieutique est toujours là. Le problème, c’est que les vocations sont rares et que l’insularité ne facilite pas l’installation des jeunes. Cependant, la création d’un cantonnement à langoustes mis en place par les pêcheurs et le Parc Naturel Marin d’Iroise de même que l’augmentation du nombre de crustacés sont des signes encourageants. La proximité de l’île des lieux de pêche et le fait qu’il suffit de relever les casiers une fois par semaine pourraient relancer l’activité autour de la pêche.

-…et des énergies nouvelles

L’énergie est fournie par une centrale au fioul. La question de l’énergie divise la population. Au départ, tous étaient d’accord pour s’orienter vers de nouveaux modes énergétiques, mais deux clans se sont constitués, celui autour de la commune qui reste fidèle à EDF et celui d’un groupe de Sénans autour d’une société privée aidé par un professionnel. La solidarité entre les habitants si spécifique à Sein est mise à mal par un conflit sur deux manières d’envisager la production énergétique sur l’île dans l’avenir.

3 – Une dynamique entrepreneuriale

À partir d’une vidéo, Louis Brigand nous présente le propriétaire du restaurant le Tatoon situé sur le quai Sud. Mathieu, 31 ans, s’est installé sur l’île il y a sept ans; il a acheté les murs et le fond d’un restaurant qui était en vente. Il ne connaissait pas l’île. Auparavant, il travaillait dans de très bons restaurants à la montagne et au bord de la mer (Saint-Tropez). Il a fait le choix de venir s’installer et il en donne les raisons : le rythme saisonnier à Sein qu’il connaît bien pour avoir travaillé dans les stations balnéaires et de ski, le cadre naturel déterminant pour les clients et enfin l’achat à un prix raisonnable de l’entreprise. Au final, son restaurant avec une carte de mets basés sur les poissons, et une bonne cave à vins se porte bien. Il a embauché, pour l’aider, une céramiste qui s’est installée sur l’île ; elle n’a cependant pas vraiment toujours trouvé de local malgré plusieurs années de recherche (le problème du foncier est récurrent).

Notre intervenant nous donne un autre exemple d’entreprise dynamique, celle de  Stéphane Le Golvan. Il n’y avait plus de boulangerie à Sein ; marié à Gaëlle, une Sénane, Stéphane Le Golvan qui est ébéniste de formation a monté une boulangerie, il est également gérant d’un café sur le quai Sud.

Ces néo-arrivants qui créent de nouvelles entreprises participent au renouveau de l’île.

Comment les Sénans envisagent-ils l’avenir de l’île ? Le Conservatoire du littoral a confié à Louis Brigand et ses étudiants le soin de mener une enquête dans ce sens. Les 136 personnes qui ont été enquêtées sur 220 habitants devaient préciser par trois mots, les points importants pour l’avenir de l’île. La jeunesse, l’économie (commerce tourisme) et le maintien de la population reviennent très souvent. En revanche, ce qui est surprenant, c’est que la population n’imagine pas que la pêche, pourtant emblématique de l’île, puisse participer au renouveau de l’île.

Louis Brigand termine son propos par une note joyeuse, celle d’une initiative récente et réussie sur l’île : la création d’une nuit blanche « La Nuit de l’île », qui a lieu début juillet tous les deux ans; toute une nuit à chanter, jouer et danser autour de fanfares et d’une centaine de musiciens. Avec en tête d’affiche pour la première édition Nolwenn Korbell, pour la seconde Yann Tiersen et la troisième Rodolphe Burger. Les festivaliers qui viennent nombreux pour l’occasion se mélangent dans la gaîté aux îliens dans cette fête qui commence sur les quais à 6h du soir et se prolonge toute la nuit sous un chapiteau dressé près du phare.

La nuit de l’île (affiche de Didier-Marie Le Bihan)

Conclusion

Sein est une île très particulière si on la compare aux autres îles du Ponant : quintessence de l’insularité (la plus petite, la plus exposée aux tempêtes, menacée de disparition et l’une des îles les moins peuplées), elle bénéficie d’une reconnaissance nationale (Compagnon de la Libération). Cependant, les défis qu’elle doit relever pour assurer son avenir sont de taille : le problème du relèvement du niveau marin, la question énergétique et la maîtrise du foncier.  Parions que les éléments de renouveau (installation d’entrepreneurs, projet d’une éolienne et les travaux et initiatives prises par la commune) permettront aux Sénans de surmonter les obstacles.

Compte rendu Christiane Barcellini

relu par Louis Brigand, mai 2018.