Samedi 23 janvier 2016

Les Cafés géographiques ont organisé une journée de réflexion sur le monde d’aujourd’hui, vu à travers le prisme de la GLDF (Grande Loge De France). L’initiative de la journée revient à Jean-Pierre Némirowsky et à son ami Alain Pollisse, membre de la GLDF et aussi adhérent des Cafés géographiques.

Tablier de maçon

Les francs-maçons continuent d’inspirer bien des fantasmes. Croient-ils en Dieu ? Ne sont-ils que des amateurs de cérémonies hautes en couleurs ? Constituent-ils seulement un réseau d’assistance morale et matérielle aux frères et soeurs en difficulté ? Sont-ils un réseau d’influence encore suffisamment puissant pour présenter au pouvoir politique leurs réflexions sur la société française et l’état du monde ? Qui sont-ils vraiment ?

Qu’est ce qui fait courir une partie de l’intelligentsia dans les loges maçonniques ? Qu’elles sont les interférences et les collusions ?

Brève histoire de la franc-maçonnerie

La FM (franc-maçonnerie) jusqu’au XX ème siècle

Démêler le vrai du faux est difficile puisque les loges maçonniques ont le culte du secret !

Religion sans dogme, Eglise sans sacrement, la maçonnerie spéculative conquiert le monde au seuil du XVIII ème, en Angleterre, après 150 ans de guerres civiles et de religion. La Grande loge de Londres est un lieu de réflexion mêlant rationalisme et ésotérisme, comme le montre le tablier de maçon ci-dessus. Quelques notions simples sont alors portées par des membres de l’aristocratie et des savants : tolérance, fraternité, raison.

La maçonnerie spéculative est héritière des maçons opérationnels : ceux qui depuis l’origine du monde ont édifié le tour de Babel et le Temple de Jérusalem, puis des milliers de cathédrales au Moyen Age. Ces maçons là avaient une loge (baraque de bois) adossée au flanc nord des cathédrales. Ils s’y reposaient, ils s’y organisaient en confréries et en sociétés d’entraide pour la bonne mort (les accidents de la vie). Ils étudiaient aussi, pour devenir compagnon puis maître d’œuvre. Leurs emblèmes étaient tout naturellement des équerres, des compas, des niveaux .Ils se transmettaient les secrets de constructions.

Les loges prospèrent tout au long du XVIII ème siècle dans l’Europe des Lumières. Elles séduisent Tocqueville, Lafayette, Washington. L’idéal de fraternité et de liberté a pu laisser penser que la FM été l’une des origines de la Révolution. Mais les anti-maçons ont crié au complot contre l’absolutisme et contre le catholicisme. Les réactions de la Papauté ont été virulentes et le sont restées jusqu’à nos jours !

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La maçonnerie correspond aussi à une forme de convivialité, entre hommes, souvent réunis, certes pour réfléchir, mais aussi pour banqueter, en chansons.

Aucun régime politique n’est resté à l’écart de la FM jusqu’au XX ème. Napoléon s’est entouré de maçons (ses frères Louis et Joseph et Cambacérès), certes pour régner, mais aussi pour les surveiller.

Les maçons ont défendu la République de 1848, puis œuvré pour l’instauration de la III ème République. Anticléricaux et républicains, ils ont été de tous les combats, de la laïcité à la colonisation. En 1895, 6 ministres sur 12 sont maçons.

L’implantation des loges dans les colonies fut immédiate. En Algérie, Abd el-Kader est initié en 1884. Au Vietnam, Ho Chi Minh est initié en 1920.

A la fin du XIX ème, le mythe du complot, judéo maçonnique prend vigueur avec l’affaire Dreyfus.

Au début du XX ème, une « union sacrée » s’opère entre Radicalisme et FM : ¾ des sénateurs et ½ des députés radicaux sont alors maçons. Pierre Mendès France est initié en 1928.

Mais « l’âge d’or » de la FM prend fin avec la 2GM. Les loges sont interdites pendant le régime de Vichy. Leurs archives, confisquées par les Allemands, furent récupérées par les Soviétiques en 1945 et restituées, en 2000 au Grand orient.

Que sont les maçons devenus ?

Au XXI ème, la FM reste, malgré les principes affichés d’universalisme et de fraternité, une affaire d’hommes. Pas moins de 10 obédiences en France attestent des divisions profondes entre les maçons.

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Les fraternelles témoignent de l’entraide entre frères. C’est certes une vertu, mais les fraternelles professionnelles sont susceptibles de dérives évidentes, tout comme le lobbying camouflé des associations de nature rotarienne ou des anciens élèves de X ou de Y.

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Les grands principes de la FM

Les francs-maçons sont des chercheurs ou « des cherchants ».

– Dieu est le Grand Architecte de l’Univers, ou l’Horloger de l’Univers (selon Voltaire) ou le Dieu des Lumières (adhésion aux valeurs du siècle des Lumières, égalité, fraternité)) ou encore, c’est l’idéal de perfectionnement de l’homme.

– La loge des maçons opérationnels est devenue « le Temple », espace consacré au travail de réflexion des FM.

– Tous les FM, qu’ils soient croyants ou non croyants, se fixent pour finalité (symbolique) de reconstruire le Temple de Jérusalem, c’est-à-dire de contribuer à bâtir une humanité plus juste et plus éclairée. Toutes les opinions politiques sont admises….. Sauf l’adhésion aux partis extrémistes. Cependant les femmes sont encore presque absentes chez le FM.

Leur devoir est « de tailler la pierre » c’est-à-dire de travailler inlassablement sur soi.

– Le culte des « 3 S » est essentiel : serment, silence, secret. On ne révèle le nom d’un frère qu’avec son accord préalable. Ce culte est pour le profane, avec ses rites, ses obédiences multiples, plus que déconcertant. Il suscite au mieux l’incompréhension, au pire l’hostilité : celle des hommes politiques qui peuvent y voir un Parlement souterrain, celle des religieux qui rejettent cette religion laïque et son syncrétisme, des simples civils qui dénoncent le « réseautage » et les affaires..

– Pourtant leur affirmation d’un vouloir vivre ensemble, de redonner une boussole à leur concitoyens explique l’adhésion d’un « who’s who » éblouissant :

Le who’s who de la FM

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La FM est-elle aujourd’hui encore au cœur de la République ?

– Les relations entre la gauche française et une partie de la FM sont nombreuses. François Mitterrand s’est entouré de maçons en 1947 et a pu compter sur nombre d’entre eux lors de ses mandats présidentiels. Depuis le mandat de François Hollande, les maçons (sans tablier ou initiés) sont revenus en force sur le devant de la scène politique : au gouvernement, au sénat et à l’Assemblée.

– Toujours proches des milieux décisionnaires, ils recrutent beaucoup d’hommes d’affaires, de hauts fonctionnaires, parfois d’escrocs ! Le procureur Eric de Montgolfier a lancé des accusations graves contre quelques membres. On peut rappeler l’affaire des fiches fournies au ministère de la guerre en 1902, l’affaire de la Loge P2 en Italie, les « affaires africaines », etc.

– Ils sont toujours à l’origine de lois sociétales, comme le montrent les exemples ci-dessous

Lois dont l’origine est imputée à la FM

Lois dont l’origine est imputée à la FM

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Etude de la GLDF l’une des 10 obédiences françaises.

Les Cafés géographiques ont l’honneur d’être reçus par Jean-Raphaël Notton, grand orateur de la loge. Pour tout savoir sur la GLDF: ouvrir le lien http://www.gldf.org/

Les lieux

Le 8 rue Puteaux

Le 8 rue Puteaux

Les locaux de la GLDF sont situés dans le 17 ème arrondissement de Paris .La façade sur rue associe la brique et la pierre. Elle révèle aussi que ce bâtiment, inauguré en 1912, a été une ancienne chapelle de la Congrégation de Saint Antoine de Padoue…. Ce qui s’accorde bien avec le caractère spiritualiste de l’obédience.

Le Grand Temple

Le Grand Temple

Le plan d’une loge est toujours en accord avec la symbolique de la FM

Le plan d’une loge est toujours en accord avec la symbolique de la FM

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Le temple Franklin Roosevelt

Le temple Franklin Roosevelt

Que se soit sur le tablier de maçon (voir le premier document) ou dans les loges, les symboles sont toujours les mêmes.

– Le Temple est théoriquement un carré long (double carré), orienté est -ouest. Les frères sont assis sur des banquettes, les apprentis au nord, les compagnons au sud, les maîtres indifféremment.

– A l’orient on voit la chaîne d’union, une corde faite de douze nœuds, ou lacs d’amour, qui renvoient aux signes du zodiaque. Elle symbolise l’équilibre du monde et de la loge.

– L’œil divin est omniprésent et domine les compositions. Les 7 étoiles évoquent les 7 jours de la création.

– La référence au temple de Jérusalem est on ne peut plus claire.

Sur les colonnes, les inscriptions J (Jakin) et B (Boaz) sont celles du temple de Salomon.
L’échelle de Jacob à trois degrés symbolise les vertus : foi, espérance, charité.
Les piliers symbolisent la sagesse, la force et la beauté, trois qualités traditionnelles maçonniques.
Les maçons ont repris de leurs ancêtres opératifs les outils : pierre à tailler, compas, équerre.
Les clés ouvrent les portes de la connaissance et gardent les secrets de la maçonnerie.

La Bibliothèque, installée dans l’ancien chœur de la chapelle

La Bibliothèque, installée dans l’ancien chœur de la chapelle

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Les francs-maçons sont une centaine de milliers en France. On les connaît mal, ils inspirent curiosité ou méfiance. On respecte leur organisation, on admire leur humanisme mais on redoute la puissance (supposée ?) de leurs réseaux occultes. Jamais ils ne laissent indifférents.

Dans le chaos du monde actuel, les mêmes questions fondamentales se posent sur les cercles de pouvoir. Le pouvoir des transnationales a-t-il dépassé celui des Etats démocratiques ? L’hydre Google et les réseaux sociaux ont-ils pris le pas sur la presse, la radio et la télévision ? Les cercles de réflexion, dont les loges, sont-ils encore à même de peser face à la montée des inégalités socio-économiques, des communautarismes, des intégrismes et des déséquilibres planétaires ?Dans un monde globalisé, quelles sont les clés de compréhension ?

Maryse Verfaillie

Bibliographie

Revue L’Histoire, numéro 256
La Franc-Maçonnerie. Une fraternité révélée., Luc Nefontaine, Découvertes Gallimard
20 clés pour comprendre La franc-maçonnerie, Le Monde des religions, Albin Michel
Comment peut-on être franc-maçon ? Panoramiques Le Seuil
La Franc-maçonnerie pour les nuls, First Editions

Visite de la Grande Loge de France, le 24 janvier 2016.

Sous la conduite courtoise et érudite de Jean Raphaël Notton, une trentaine de membres des Cafés Géo ont pu se familiariser avec la Franc Maçonnerie par la visite des lieux de la GLDF, rue Puteaux, mais surtout par les réponses détaillées qui ont été faites à leurs questions de tous ordres.

Au début du XXème siècle, la GLDF s’installe dans un ancien couvent franciscain du nouveau quartier des Batignolles, construit dans la première moitié du XIXème siècle puis agrandi.

On peut diviser l’intérieur en lieux ouverts (atrium, restaurant..) et lieux fermés où s’effectue le travail maçonnique, temples et bibliothèque. Le Grand Temple, appelé Pierre Brossolette depuis juin 2014, est l’espace le plus prestigieux par sa taille, son architecture néo-gothique (ancienne chapelle) et son éclairage rouge et bleu très contemporain. L’aménagement des lieux est le même dans tous les temples (nous en avons visité deux autres dont celui dédié à F.D. Roosevelt). Il est divisé entre un Orient, réservé au Grand Maître et aux grands officiers, et un Occident où les maîtres sont disposés face à face. L’accès à la bibliothèque a été un privilège car en principe réservé aux seuls maçons qui peuvent y consulter des ouvrages sur l’histoire et la pensée maçonniques dont certains sont très rares.

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Ce qui fait la richesse des lieux pour le visiteur- et entraine parfois sa perplexité – réside dans la profusion de symboles présents sur les drapeaux, bannières, tabliers de maçon, gravures, tapisseries, mais aussi symboles des objets eux-mêmes au sein de chaque temple.

La diversité de la symbolique tient au syncrétisme culturel qui irrigue la maçonnerie spéculative. Symboles empruntés aux confréries médiévales de maçons – avec lesquelles il n’y a pas de filiation intellectuelle ou spirituelle -, mais aussi emprunts aux mythologies hébraïque, chevaleresque…Parmi les plus connus on observe le triangle qui témoigne de l’équilibre, l’œil de la connaissance, la pierre brute de la nature humaine que chacun se doit de tailler et de limer, le damier de la relativité d’une vérité…. J-R Notton nous explique que tous ces symboles ne relèvent pas d’un folklore mais facilitent la conceptualisation des principes maçonniques. Ainsi l’équerre, outil du menuisier, est symbole de « rigoureuse rectitude ». Elle témoigne de « la constante conciliation ente des oppositions nécessaires et fécondes ». Le nouveau Vénérable Maître qui la reçoit lorsqu’il s’installe au bureau, fera usage de son autorité avec sagesse.

Mais que vient chercher en ces lieux – dont nous n’avons pas percé tous les secrets- l’apprenti qui deviendra maçon après une longue initiation ? L’approfondissement d’une réflexion philosophique ? L’acquisition d’outils intellectuels indispensables à l’action publique ? L’appui d’une fraternité utile dans une vie professionnelle ou politique ?

Le premier principe défendu par la GLDF est la reconnaissance d’un Grand Architecte de l’Univers qui peut être le Dieu des monothéistes, mais aussi celui que chacun veut qu’il soit (plusieurs ecclésiastiques sont maçons, malgré des condamnations pontificales). Si la GLDF se définit comme spiritualiste, proche des religions du Livre, athées et agnostiques y ont leur place s’ils ont pour objectif l’amélioration de leur comportement afin d’en faire profiter le monde extérieur.

Les maçons de la GLDF se définissent comme profondément républicains – ce dont témoigne le grand drapeau tricolore dans l’orient du Grand Temple P. Brossolette – . Et des trois valeurs de la devise républicaine, c’est à la liberté, notamment la liberté de conscience, qu’ils sont surtout attachés.

L’initiation du profane se fait au cours d’un long parcours où il va acquérir le statut d’ « apprenti » puis de « compagnon » avant de devenir « maître ». Dans un premier temps le candidat rencontre le Grand Maître de l’Atelier qu’il a choisi ; il rédige ensuite une lettre lue devant tous les maîtres qui procèdent à un vote. Si le vote est favorable, trois enquêteurs procèdent à un entretien plus approfondi dont ils tirent chacun un rapport écrit, lu dans l’anonymat à l’Atelier. Après un deuxième vote, le candidat, les yeux bandés, subit un feu roulant de questions. Un troisième vote fera du profane un « apprenti » s’il recueille 75% de voix favorables (le vote s’effectue au moyen de boules blanches et noires ; si celles-ci sont plus nombreuses, le candidat est « blackboulé »). Sa formation lors de laquelle il réalisera des travaux de recherche et de réflexion, a pour but de faire de lui « un homme libre et de bonnes mœurs ».

Un parcours ultérieur fera accéder l’ « apprenti » au rang de « compagnon » puis de « maître » lui permettant de participer à tous les travaux de l’ « Atelier ».

Pour entrer en maçonnerie à la GLDF, pas de condition liée à l’état-civil, à la nationalité, au diplôme, aux revenus (la capitation annuelle est de 250 €). Donc des maçons de tous milieux…qui ont le temps, le goût et les capacités de la réflexion.

Le nouvel initié participe aux Tenues du temple dont il fait désormais partie.

Le déroulement de ces réunions suit un rituel très codifié. Parmi les 20 à 25 membres présents, plusieurs ont un titre et une fonction spécifiques. C’est le Vénérable Maître qui conduit l’Atelier ; il dispose de l’épée « flamboyante », symbole de pouvoir temporel, et du maillet, symbole du pouvoir spirituel, dont il use pour arrêter une prise de parole trop longue. Un Maître des cérémonies marque les différents temps de la Tenue à l’aide d’un bâton. Deux surveillants – le premier chargé en outre des apprentis, le second des compagnons – accordent la parole à ceux qui la demandent tandis que l’Orateur rédige le compte-rendu des travaux et que l’Expert veille au respect du rituel. Le temple dispose aussi d’un secrétaire général, d’un trésorier et d’un Hospitalier qui assure le lien entre les différents membres de l’Atelier.

Celui qui parle occupe une place particulière et s’adresse au Vénérable Maître. Pas de dialogue, pas d’interruption du discours si ce n’est par le maillet du Vénérable Maître. Les votes, « à boules secrètes », se font sur l’avis exprimé par l’Orateur (une boule noire signifie un avis opposé à celui de l’Orateur). Cette discipline permet l’harmonie des débats et évite les débordements conflictuels.

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Les sujets de réflexion sont de nature philosophique (ex : Y a-t- il des limites à la tolérance ?) ou sociétale (ex : étude sur la laïcité).

La connaissance –partielle- du travail et du fonctionnement d’un Atelier maçonnique suscitent certaines interrogations chez les néophytes :

– Pourquoi maintenir la non-mixité à la GLDF (en-dehors de certaines cérémonies communes aux hommes et aux femmes), alors que le GODF accepte des loges mixtes depuis 2010 ? N’est-ce pas en contradiction avec l’universalisme proclamé ? J.R. Notton défend la pertinence de ce choix au nom de la liberté d’expression qu’entraverait la mixité.

– Les titres très prestigieux de la hiérarchie maçonnique, de « Vénérable Maître » à « Très puissant Souverain Grand Commandeur » ne témoignent-t- ils pas de quelque ubris ? En fait ces titres correspondent à des fonctions exercées provisoirement. Ainsi au sein de chaque loge, le Vénérable Maître est réélu chaque année pour une durée de trois ans au maximum. Et à sa sortie de charge, il occupe la fonction modeste de celui qui ouvre la porte du temple, ce qui est un rappel du principe d‘égalité.

– Pourquoi la Maçonnerie spéculative a-t-elle un caractère ésotérique ? Le secret qui entoure les travaux des Tenues maçonniques est source de fantasme et d’incompréhension. J.R. Notton rappelle le sens de « ésotérique » : « qui n’est accessible que par le biais de l’initiation ». Ces travaux ne sont donc pas transmissibles aux non-initiés.

– La présence de maçons influents au sein du monde politique et de la haute fonction publique est aussi source de curiosité, voire de méfiance. La Maçonnerie spéculative est-elle au cœur du Pouvoir ? La réponse est négative. Dans sa présentation introductive, J.R. Notton a indiqué qu’il n’y avait pas de discussion politique ou religieuse dans les Ateliers. Mais quel sens donner au terme « politique » lorsque nous apprenons que plusieurs lois ont été travaillées en amont par quelques grands maçons, comme celles portant sur la contraception et l’IVG (P. Simon a été conseiller de L. Neuwirth et de S. Veil) ? Certaines études sont aussi commandées aux maçons sur un thème donné. Récemment le Ministère de l’Intérieur a demandé à chaque obédience un travail sur la laïcité (sujet sociétal mais aussi politique) qui a été remis au Ministre.

Complexe est l’architecture de la GLDF qui est une fédération d’Ateliers. Un Conseil suprême domine la hiérarchie.

Chaque Atelier est une association de loi 1901, enregistrée à la préfecture, dont la création est le fait d’une quinzaine de maîtres maçons qui en ont fait la demande au Conseil fédéral de la Grande Loge qui opère alors trois enquêtes avant de donner son autorisation.

La GLDF constitue un réseau d’ampleur international. Dans les Ateliers des cinq continents chacun parle sa langue. Globalement anglais et français sont les langues majoritaires.

La GLDF n’est qu’une des huit principales obédiences de la Maçonnerie spéculative française, la deuxième par le nombre de ses membres, après le GODF. Quelles sont les relations entre maçons de différentes obédiences ? Rivalité ou proximité ?

Une présentation sommaire permet de situer plutôt la GLDF au centre-droit, la GODF au centre-gauche, la première dans une optique plus spiritualiste, la seconde plus laïque et anticléricale. Ces divergences n’empêchent pas les actions communes. La signature des Accords Matignon, en 1988, après plusieurs années de quasi guerre civile en Nouvelle Calédonie a été facilitée par l’appartenance de J.M. Tjibaou et de J. Lafleur à la Franc Maçonnerie, l’un à la GLDF, l’autre au GODF. En-dehors de circonstances exceptionnelles comme le règlement de conflits, un groupe de réflexion commun aux deux obédiences se réunit une fois par mois au Sénat pour travailler sur des questions de santé et de protection sociale.

Pas de cloisonnement étanche entre les Loges. Il est possible de « voyager », c’est-à-dire de passer d’une obédience à l’autre pour tout maçon à jour de sa cotisation, grâce à des conventions administratives. Les motivations sont diverses. Par exemple, l’introduction de la mixité dans leur obédience a amené certains membres du GODF à intégrer la GLDF.

Les différences avec la Maçonnerie anglo-saxonne semblent plus importantes, qu’elles portent sur le fond ou sur les pratiques. Pour les Anglo-Saxons, le « Grand architecte de l’univers » ne peut être que le Dieu des monothéistes alors que certains continentaux lui donnent une signification spirituelle mais non religieuse. Et leur conception du Bien passe largement par la générosité matérielle, dans la tradition du « charity business » à l’américaine.

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De cette visite si riche, nous retenons que la « transmission » est au cœur de la pensée maçonnique. Si certains travaux ne sont pas divulgués aux non-maçons, l’objectif des réflexions élaborées au sein des Ateliers est de servir à la société toute entière, comme s’y emploient certaines instances, tel le Cercle Condorcet-Brossolette.

Michèle Vignaux