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Carnet de géographe : La République Tchèque

Présentation par Pascal CHEVALIER, Professeur de géographie à l’Université de Montpellier III.

Ce Café Géo a eu lieu le mardi 18 avril 2017 au Saint-James, Place du Vigan à Albi à partir de 18h30.

Présentation problématique :

La République tchèque a traversé, au cours du 20ème siècle, des transformations de grande ampleur. De l’instauration du collectivisme et du démembrement des systèmes socialistes au retour de la démocratie locale au tournant des années 1990, elle fait désormais partie intégrante de l’Union européenne.

Cette intégration effective depuis 2004, pourrait laisser supposer que la question de sa singularité est désormais close et que les séries de réformes, engagées durant la phase de transition postcommuniste et de préadhésion à l’Union européenne, ont permis une réduction des écarts fonctionnels et structurels avec les autres territoires d’Europe occidentale. En réalité, la situation est plus complexe. Si l’intégration à l’économie de marché dès 1990, et l’européanisation des institutions ont effectivement engagé le pays vers un modèle convergent de gestion politique et économique sur le modèle occidental, les recompositions territoriales progressent toujours de manière extrêmement inégale selon les contextes régionaux. Entre trajectoire de convergence et renforcement des spécificités, ces recompositions, fortement liées au poids des héritages structurels, s’apprécient encore souvent de manière contradictoire. Elles tendent parfois à rapprocher la République Tchèque d’un modèle territorial occidental, basé sur une diversification des fonctions socioéconomiques et la mise en place de nouveaux modes de gouvernance à la croisée de politiques d’action publique et d’initiatives endogènes.

Mais, dans le même temps, elles concourent à les singulariser et à appuyer leur spécificité dans des domaines aussi variés que l’industrie, l’agriculture et la démographie.

Finalement, 27 ans après le lancement de la grande transformation post collectiviste et quelques années après son intégration à l’Union européenne, où en sont les territoires tchèques ? Quelles sont aujourd’hui les principales tendances à l’œuvre? Les réponses apportées par les changements structurels permettent-elles d’affirmer qu’elles convergent vers un modèle européen ? Ou au contraire, les régions tchèques, dont la polymorphie ne cesse de s’accuser, constituent-t-elles encore un cas particulier dans une Union élargie

Eléments de la présentation :
Tout d’abord, il faut savoir que les spécialistes sur la République Tchèque ne sont pas très nombreux en France, même si c’est une contrée qui n’est pas si lointaine que cela de l’Europe, tout comme ses pays voisins. Ces pays étaient appelés, il n’y a pas si longtemps que cela, les « contrées de l’Europe », mais pour une périphérie, la République Tchèque est pourtant au centre de l’Europe. Pourquoi la République tchèque est une périphérie mais aussi une centralité de l’Union européenne ?

Avec une petite équipe à Montpellier et Perpignan, Pascal Chevalier et d’autres chercheurs sont encore quelques-uns à travailler sur ces territoires à la suite des travaux qui avaient été menés, à partir des années 1990, sur la transition démocratique en Europe centrale. Ils sont donc plusieurs à s’intéresser à ces questions-là.

La République Tchèque est-elle une singularité au sein de l’Union européenne ? Vingt-cinq ans après la transition post-communiste des années 1990, est-ce aujourd’hui un pays véritablement normalisé sur le modèle de l’Union européenne et sur le modèle occidental ?

Pour présenter rapidement ce petit pays de l’Europe centrale, il faut rappeler qu’il est un petit peu plus petit que notre nouvelle région Occitanie. La République Tchèque est un État récent même si les nations tchèques sont très anciennes. Effectivement, ce sont bien les nations au pluriel, puisque paradoxalement, c’est un pays qui, du point de vue de l’Union européenne et de l’OCDE, est un des pays qui serait le plus homogène de l’Europe centrale. En effet, on dénombre aujourd’hui, dans ce pays appelé la Tchéquie depuis quinze jours, 97 % de Tchèques là où dans les autres pays comme en Pologne ou en Slovaquie, on y trouve des minorités qui vont de 15 à 20 %, voire même parfois jusqu’à 30 %. Or, la République Tchèque est un pays très récent, mais c’est aussi une nation qui n’en est pas véritablement une, puisque concrètement c’est une nation tchèque qui a été construite sur la nation de Bohême et qui correspond environ à 60 % de la population. Il y a aussi une nation que l’on appelle les Moraves en Moravie, sur la partie Est du pays. Il faut savoir que le terme d’identité de nation est très important pour comprendre la manière dont ce pays a évolué au cours de l’Histoire. Une troisième nation a quasiment disparu de la Tchéquie ; il s’agit des Sudètes, avec les Allemands, ce qui pose un certain nombre de questions foncières et agricoles. Cette dernière représentait quand même 20 % de la population de la République Tchèque et près de 70 % sur les territoires occidentaux dans les Sudètes. A côté de cette région, on trouve des minorités tziganes qui correspondent à 2 % de la population aujourd’hui et ensuite les Ruthènes – les Ukrainiens – et les Polonais. .

Alors pourquoi est-ce un petit pays ?

Finalement c’est un petit pays avec une grande histoire qui est aujourd’hui une des particularités d’une singularité au sein de l’Union Européenne.

La question qui s’est posée et qui se pose encore aujourd’hui est qu’effectivement, c’est un État issu de l’Europe de l’Est et qui, à ce titre-là, a connu une transition démocratique relativement récente, des transformations économiques un petit peu différentes de celles qu’on a en Europe occidentale. Par conséquent, il y a une singularité mais dans certaines régions de la République Tchèque, la singularité est de moins en moins visible car l’occidentalisation a été très forte sur l’économie, sur les villes comme la célèbre ville de Prague. Celle-ci est une métropole européenne comme une autre. Mais en même temps, c’est un pays au sein de l’UE qui a des décalages régionaux, des disparités régionales les plus importantes entre des zones relativement pauvres à l’Est et des zones particulièrement riches. C’est donc une première singularité, au sein de l’UE mais cela se comprend.
La deuxième singularité, c’est au sein des pays de l’Europe centrale : au moment où il y a eu la chute du Mur de Berlin en 1989, on a imposé à ces pays une politique quasiment unique, une démocratisation, la libéralisation de l’économie, alors que la République Tchèque, ce n’est pas tout à fait la même chose que la Pologne, la Slovaquie ou la Hongrie.

La transformation, à l’époque communiste, et la transformation par la suite, est aussi une singularité c’est-à-dire que, si nous regardons les indicateurs, aujourd’hui, la République Tchèque même à la sortie de 1989, était plus proche de ce que l’on avait en Allemagne par exemple que de ses confrères polonais ou slovaques. Nous allons donc voir et essayer de comprendre pourquoi.

Ensuite, sur la partie physique, parce que cela a quand même un rôle important, ce pays est appelé le « Quadrilatère de Bohême », c’est-à-dire que c’est une zone de plaines, la plaine centrale du Polabi qui est la zone agricole la plus fertile et la plus dynamique. Elle se situe autour de la région de Prague et est entourée par le Quadrilatère de Bohême. Puis, nous trouvons la région des Monts, la région des Sudètes entre les Monts Métallifères et la Sumava, donc toute une partie frontalière. C’est aujourd’hui une des régions les moins peuplées d’Europe en densité d’habitants au kilomètre carré ; une région qui pourrait paraître comme relativement pauvre mais qui est une région à enjeux notamment sur les questions foncières et agricoles. Il y a également les montagnes de Moravie avec toute la région d’Ostrava et c’est très proche de ce que l’on retrouve de l’autre côté de la frontière, en Slovaquie.

Pour comprendre la République Tchèque d’aujourd’hui, il faut remonter dans l’Histoire et notamment pendant l’époque communiste. Tout ce qui s’est passé durant la période communiste, par la suite dans la décollectivisation, et ensuite sur les politiques de pré-adhésion à l’Union européenne, ont forgé ce pays, qui est un pays aujourd’hui relativement complexe puisqu’il se rapproche, dans certains aspects, de l’UE, mais sur d’autres aspects, s’en éloigne.

Pour l’aborder, on part du principe qu’il y a quatre ruptures majeures en République tchèque dans la partie contemporaine (sans prendre en compte la création de la Tchécoslovaquie) :

– Tout d’abord, dans la partie contemporaine, on trouve la collectivisation qui reflète la mise en place du communisme mais avec la particularité d’avoir été extrêmement violente dans sa mise en œuvre. En effet, c’était un régime stalinien véritable au moment où elle a été mise en place sur les restes de l’expulsion des Allemands des Sudètes, donc du nationalisme aidé par la suite du communisme. Ce régime a été particulier en République tchèque, le bon élève du bloc de l’Est, puisque c’est le pays qui a été nationalisé et collectivisé le plus rapidement possible, notamment sans famines. Cependant, dans les autres pays comme la Pologne ou des grands pays de l’ex-bloc soviétique tels que l’Ukraine, la collectivisation s’est traduite par parfois des famines et/ou des déplacements de populations. En République tchèque, cela s’est produit, mais beaucoup plus rapidement et de manière assez brutale. En 1989, juste avant la chute du Mur de Berlin, 96 % des terres étaient nationalisées. A ce moment-là, la Pologne, pays voisin de la Tchéquie, n’en était qu’à 48 % de terres nationalisées. Le communisme a donc eu plus de mal à s’implanter en Pologne qu’en République tchèque.

– Le deuxième élément est la décollectivisation avec un pays qui ne fait pas comme les autres. Celle-ci a été souple par le biais politique de la « Révolution de velours », mais également par la suite avec la mise en place de nouvelles bases économiques et politiques en République tchèque (que nous pourrions appeler une politique du consensus qui existe encore aujourd’hui quand les pays d’Europe centrale sont très marqués par les nationalismes). Tout ce qu’il s’est passé au moment de la décollectivisation va jouer sur le développement du pays. Parmi la « pétrification tchécoslovaque », c’est le seul pays au moment de la transition du changement de système qui ait été mis au banc de l’Europe puisque l’Union européenne estimait que les réformes mises en place n’étaient pas les bonnes. Et paradoxalement, grâce à ces dernières, l’agriculture tchèque ou l’industrie étaient les plus performantes de la région.

– Le troisième élément est la pré-adhésion à l’Union européenne avec le choix du modèle européen. Celui-ci s’est traduit par la question de la mise en œuvre du nouveau système de gouvernance, la création de communes puisque le communisme avait saccagé la démocratie locale, les communes et les régions. Le pays repart donc de zéro, sur une page blanche et il retravaille totalement sur la démocratie locale et l’instauration des pré-programmes d’adhésion européenne.

– Enfin, nous analyserons la normalisation inachevée de la République tchèque car, si nous nous situons au niveau macro, au niveau de l’État, la transition est finie et la normalisation semble d’actualité. Cependant, lorsque nous rentrons dans les logiques régionales et territoriales, nous observons que la transition n’est pas achevée pour toutes les régions.

La collectivisation et ses conséquences.

La collectivisation au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale est une collectivisation très rapide contrairement à la plupart des pays de l’Europe centrale. La nationalisation de l’industrie et de l’agriculture s’est faite de manière particulièrement souple. Il y a eu deux actions : la première qui est l’action dite « K » lancée en Tchécoslovaquie en 1950. Le « K » comme Koulag c’est-à-dire la mise en place d’un système soviétique en République tchèque pour exproprier et déporter une partie des populations, des détenteurs des terres. La deuxième action est la tragédie dite « de Babice » qui est l’arrestation d’agriculteurs dans la région de Moravie. La rapidité de la collectivisation et de la nationalisation de ce pays s’explique essentiellement par une raison. C’est un État qui, à l’exception de la Moravie, à l’Est, qui est aujourd’hui la partie la plus pauvre du pays, n’a jamais connu l’agriculture familiale telle qu’on la connaît aujourd’hui, c’est-à-dire la propriété privée. Ce pays était sur un modèle latifundiaire c’est-à-dire des grands patrons, propriétaires de terres avec des ouvriers agricoles. Au moment où il y a eu la collectivisation, cela a été beaucoup plus simple de collectiviser un pays où finalement il y avait peu de propriétaires plutôt que ce qu’il s’est passé en Pologne où cette petite paysannerie était présente. Toute la partie Ouest de la République Tchèque étant soumise à ces grands domaines agricoles a été nationalisée très rapidement.
Ensuite, dans les deux seules régions où il y avait une agriculture paysanne de propriétaires, l’une a été collectivisée très tardivement, il s’agit de la Moravie qui est restée sur une structure paysanne comme au 17e ou au 18e siècle, l’autre région où il y avait de l’agriculture familiale qui aurait pu être difficilement « collectivisable » sont les Sudètes, région vidée de sa population allemande, donc c’était une page blanche pour mettre en place le système.

Voyons les deux logiques avec tout d’abord l’industrie, la collectivisation de l’industrie. L’état de l’industrie en 1989, l’année de la chute du Mur, montre que l’on a bien affaire à un pays historiquement industriel dans une Europe avant tout agricole. (Cf : carte ci-dessous)

Double activité agro-industrielle
Source : Agriculture et ruralité en Europe Centrale, Marie-Claude Maurel, Guillaume Lacquement, Aux Lieux D’être, Paris.
Importance de l’industrie en République Tchèque


Source : Fragments d’Europe. Atlas de l’Europe médiane et orientale. Sous la direction de Michel Foucher Fayard, Paris, 1995, 328 pages.

Dès le 19e siècle, on a industrialisé des zones qui étaient notamment les zones de Silésie, zones où il y avait du charbon et donc de la matière première, et les Monts des Géants, les Monts Métallifères, c’est-à-dire toute la partie des Sudètes septentrionale ainsi qu’une partie de la région d’Ostrava avec l’ensemble de la Moravie. Avant la période communiste, on était déjà sur un pays qui avait connu une industrialisation, liée essentiellement aux matières premières.

Puis, pendant l’époque communiste, ce pays-là avec l’ex RDA, partie Est de l’Allemagne, était véritablement, pour l’ensemble du bloc de l’Est, les pays industrialisés. On avait notamment la fabrique de voitures Skoda ; c’était donc le berceau industriel du communisme. Cette industrie disposait d’une grande main d’œuvre. Par exemple, la République tchèque, c’était quand même 62 % de la population active qui travaillait dans l’industrie contrairement aux Polonais qui étaient seulement à 29 % et les Roumains à 12 %. Ce tissu industriel est donc important dans ce pays, qui était peu qualifié comme l’étaient la plupart des activités dans les combinats industriels. La République tchèque était le pays industriel aussi bien dans les villes que dans les campagnes où en général, les paysans étaient des ouvriers-paysans. Ils avaient deux activités et c’était le combinat industriel qui faisait vivre la plupart de ces territoires. En ce qui concerne l’agriculture, c’est la même chose. Une industrialisation d’une agriculture dite « collectivisée » avec la nationalisation des terres.

En 1990, 3.6 % de la population tchèque travaillait dans l’agriculture ; c’était donc un pays faiblement agricole et c’est très faible pour un pays de l’Europe centrale là où on avait plus de 40 % en Pologne et 49 % en Roumanie. Seule la plaine centrale de la République tchèque était mise en valeur par les terres agricoles, pour le reste, on était sur des zones de moyennes montagnes peu fertiles donc l’industrie dominait.

En terme de nationalisation, on va faire apparaître deux modèles agricoles où on va exproprier la population. Comme dans tous les pays, il y a ce qu’on appelle les fermes d’État c’est-à-dire des coopératives agricoles. Pour faire simple, les fermes d’État sont en bleu (sur la carte ci-dessous), situées le plus souvent dans les périphéries, sur les frontières, et les coopératives que nous retrouvons au centre du pay

Part des Fermes d’Etat en 1989
Source : Agriculture et ruralité en Europe Centrale, Marie-Claude Maurel, Guillaume Lacquement, Aux Lieux D’être, Paris.

En général, les fermes d’État sont les zones les moins fertiles et avant-tout directement gérées par le Parti communiste. Avant de faire de l’agriculture, puisqu’elle était peu performante, elles servaient à aménager la frontière et à surveiller l’ensemble de la frontière puisque c’était directement les présidents des fermes d’État qui étaient délégués par le Parti communiste, venant tout juste de s’implanter et qui gérait l’ensemble du Rideau de Fer. En même temps, l’intérêt de mettre en place les fermes d’État était aussi de pouvoir mettre en place des structures économiques dans des zones qui avaient été laissées par des Allemands, de peur que ces derniers reviennent. Toutefois,en même temps, on avait utilisé des populations de Moravie pour s’occuper des fermes d’État directement dans les Sudètes. Le taux de nationalisation des terres était de 91 %, c’est beaucoup, par rapport à la Hongrie où c’était 76 % et la Pologne de 49 %.

Pourquoi ça a été facilité ?

Il y avait de grands domaines, de grandes fermes donc la collectivisation était beaucoup plus simple, les anciens propriétaires ont été déportés. Le seul problème qui se posait c’est qu’en Moravie, il y avait des structures familiales et dans celles-ci c’est là où la collectivisation a été la plus violente puisqu’elle s’est traduite par des déportations de populations directement sur la partie des Sudètes. Le taux d’actifs agricoles en République Tchèque qui, historiquement, est un pays agricole, est un inversement proportionnel. Aujourd’hui, ce pays est la huitième puissance agricole de l’Union européenne. Toutefois, il y a un espèce d’anachronisme que nous verrons par la suite.

Quelles conséquences de cet héritage communiste ?

Cinq points sont plus ou moins importants :

– la transformation radicale des paysages que l’on observe dans la plupart des pays de l’Europe centrale notamment la mise en place de la grande maille. C’est un système avec une artificialisation totale des espaces naturels et des espaces agricoles.

– la disparition définitive des grands domaines agricoles que l’on retrouvait essentiellement en Russie ou dans les pays baltiques. Pour la plupart c’était un héritage du 18e siècle mais les grands domaines ont été totalement démantelés. Donc la fin de cette agriculture de salariat de type latifundiaire s’est produite.

– une « dépaysanisation » totale du pays dans les zones résiduelles où on trouvait des petits paysans qui avaient des lopins de terres autour de 3, 4 ou 5 hectares.

– la mise en place d’un modèle agricole industriel peu performant qui est calqué, comme tous les modèles communistes, sur le modèle industriel, où on fait 39h par semaine. Malgré les saisons, le rythme de travail est toujours le même mais on avait parfois une surpopulation qui ne savait pas quoi faire pendant la période hivernale, et on manquait de main d’œuvre l’été puisque les gens partaient en vacances au moment où il fallait ramasser le blé…

– la mise en place d’un modèle industriel dominant dans le cadre des grands combinats d’État puisque pendant l’époque communiste, ce qui comptait c’était essentiellement l’industrie, et avant tout les combinats d’État avec l’automobile (Skoda qui était le fleuron de l’industrie tchèque), l’industrie textile et surtout l’industrie lourde en Silésie ou dans les Sudètes où se trouvait la matière première pour inonder le marché, en particulier celui de l’armement qui partait ensuite dans le bloc soviétique.

La décollectivisation douce : les réformes de la « Révolution de velours ».

En 1989, deuxième élément, la décollectivisation, autour des années 1990, qui s’est faite en douceur avec la « Révolution de velours ». Elle a été faite, contrairement à d’autres pays de l’Europe centrale, par des élites locales et non par l’Église comme cela s’est produit en Pologne où le rôle de l’Église catholique y était important tout comme en Slovaquie, mais peu en République Tchèque. En effet, ce dernier pays est majoritairement athée et aujourd’hui, c’est environ 60 à 70 % d’athées dans la population. Ce sont donc des restes du communisme et surtout l’ex-religion d’État qui était une branche du catholicisme mais très proche du communisme. C’est pour cela que la religion a très peu d’importance dans ce pays.

De multiples réformes ont été mises en place : la réforme fonctionnelle qui est un changement de l’environnement macro-économique. C’est tout simplement la mise en place de l’économie de marché. Ensuite, il y a eu des réformes structurelles et c’est avec elles que les difficultés tchèques vont commencer à apparaître alors que paradoxalement, c’est en quelque sorte, le point de départ de la nouvelle économie tchèque.

Parmi ces éléments, on évoque le particularisme tchécoslovaque puisque, en fait, il y avait trois voies possibles au moment de la restitution des terres et de l’appareil productif car c’était le plus important de la transformation du pays. Ces trois voies étaient dictées par les instances internationales et qui étaient déjà dictées par l’UE en vue d’une véritable pré-adhésion :

– Cela concernait la restitution des terres et des appareils productifs de l’État qui était une des bases essentielles et qui a été mise en place dans certains pays comme en Pologne ou une partie de la Hongrie par exemple. Cela a été très minoritaire en République tchèque pour deux raisons : tout d’abord, une volonté politique dont le but était de ne pas revenir sur le problème majeur des Sudètes puisque restituer l’appareil productif et les terres c’était remettre de nouveau les propriétaires allemands sur 20 à 30 % du pays donc cela posait un problème. Puis l’autre raison était que la plupart des anciens propriétaires avaient été déportés, notamment dans le centre du pays en Moravie, et les ayants-droits avaient fuit le pays et donc pour se retrouver comme dans certains pays, avec plus véritablement d’ayants-droits. Cela faisait plaisir à la République tchèque de ne pas rentrer dans cette logique-là et c’est pourtant celle qui était dictée par l’UE.

– La deuxième voie est la redistribution, qui a été faite dans certains pays, et qui consistait à diviser les terres des anciennes coopératives en fonction du nombre de salariés ou les industries en fonction du nombre d’ouvriers. Ensuite, on redivisait à parts égales, ce qui fait que dans certains pays, par exemple en Lituanie, on était passé d’exploitations de 1000 hectares, qu’on a divisé à parts égales en fonction des gens qui habitaient dans la commune et on a petit à petit créé des exploitations d’en moyenne trois hectares. La République Tchèque n’a pas fait ce système égalitaire, qui est anecdotique, puisqu’elle a bien compris que l’appareil productif divisé allait tout simplement fragiliser le dispositif.

– Et enfin le dernier qui a complètement été oublié par l’Union Européenne, c’est la capitalisation. Ce pays est le seul à l’avoir instaurée. Plutôt que de privatiser la terre, elle va choisir de privatiser l’outil de production mais elle va garder dans un système collectif, au sein de l’entreprise, ce que l’on appelle l’appareil de production, c’est-à-dire l’usine, le bâtiment et les terres. La capitalisation signifie diviser l’exploitation agricole en fonction des parts du marché, donc on va donner des parts de l’actionnariat comme on le fait pour l’industrie. Donc on va partir sur cette voie-là, une voie qui a le mérite de ne pas démanteler les grandes structures agricoles mises en place par le communisme mais en même temps, conformément à l’UE, c’est une voie qui n’était pas la voie royale puisqu’elle avait imposé à la République tchèque de privatiser la terre. Mais ce pays a résisté en privatisant l’outil de production et en laissant la terre au sein des coopératives.

En République tchèque, on a 61 % des entreprises qui sont agricoles et industrielles issues de la capitalisation. On appelle cela « la pétrification communiste », c’est-à-dire qu’en 1990 jusqu’en 1993, les entreprises telles qu’on les avaient et les exploitations agricoles étaient les mêmes que l’on avait à l’époque communiste. Toutefois, il n’y avait plus de président de la coopérative mais des actionnaires qui fonctionnaient comme un système entrepreneurial et industriel avec un point positif qui est de garder les structures et un point négatif, c’est qu’indirectement et très rapidement, beaucoup de petits promoteurs d’actions vont revendre leurs actions. Petit à petit, le système d’économies de marché va se mettre en place en éliminant les entreprises les moins performantes et en se focalisant sur des exploitations avec des entreprises plus performantes.

Ensuite, les restitutions correspondent uniquement à 12 % des exploitations et 21 % des industries alors qu’en Pologne c’est autour de 75 à 80 %. Il y a eu quand même quelques restitutions mais la seule région où il y en a eu, ce sont les zones où on trouvait de l’agriculture paysanne, c’est-à-dire dans l’Est du pays. Ici, on ne parle pas de pétrification mais au contraire, de retour à l’économie de celle du 19e siècle. On a donc démantelé des exploitations et on est revenu sur des petites entreprises.

Et enfin, c’est le cas des fermes d’État sachant que dans le cas de la ferme d’État, qui appartenait directement à l’État, ce dernier ne l’a pas privatisée mais l’a gardée sous forme de gouvernance de l’État tout simplement car elle se situe, particulièrement dans la région des Sudètes où les entreprises n’étaient pas viables, sur les zones de moyennes montagnes. Cependant, il fallait continuer à occuper le terrain, pour justement éviter le retour potentiel des populations d’origine allemande.

Alors, juste quelques effets immédiats : la réforme 1990-1992 a été très brutale comme dans tous les pays. Là, la République Tchèque n’a pas été une exception sur les pays d’Europe centrale. Une baisse de la production s’est fait ressentir (-72 % en deux ans), productions agricoles et industrielles, chute des exportations mais implosion des importations notamment dans les régions les plus pauvres de l’Est du pays.

On constate aussi une baisse drastique de petites unités de production : tout ce qui avait été privatisé dans le cadre de la restitution a quasiment disparu, tout s’est totalement effondré. Maintien tout relatif des grandes industries urbaines avec un avantage, c’est que celles-là sont à la fois dans une situation déplorable mais elles sont pourvoyeuses de main d’œuvre bon marché, à quelques kilomètres de l’ex-RDA de l’Allemagne.

L’effondrement brutal des activités de services, gérées dans les combinats ou dans les exploitations agricoles, tout ce qui était du service à la personne disparaît et le recentrage des activités des entreprises sur les secteurs primaires ou secondaires. C’est donc une société tchèque complètement en train de se dépiter dans l’affaire de trois ans, de 1990 à 1993.

Evolution du taux de chômage entre décembre 1990 et septembre 1992 : situation dramatique dans dans laquelle le pays est plongé. Toutefois, c’est le pays qui a connu la crise structurelle post-collectiviste la moins importante des pays d’Europe centrale, tout simplement parce que c’est un pays où on avait de l’industrie qui a plus ou moins essayé de vivoter dans ce système économique.

Les répercussions d’un point de vue social sont très simples : le début de l’apparition d’un gradient Est-Ouest se traduisant par une élévation très importante du taux de chômage dans les régions de l’Est. Pendant très longtemps, on se posait la question de pourquoi ces régions de l’Est sont celles qui, petit à petit, vont rentrer en crise et sont celles qui auront du mal à s’en sortir ; il s’agit de nouveau de la Moravie, et un petit peu des zones des Monts des Géants, c’est-à-dire le Nord des Sudètes qui correspondent pour ces deux zones aux anciennes zones industrielles de Silésie. C’est là où on trouvait le charbon, autrement dit, là où il y avait l’industrie lourde la moins compétitive. La main d’œuvre a moins de qualités dans les zones qui étaient relativement éloignées de l’Occident et qui ont été les premières à faire les frais de la décollectivisation.

Si nous regardons le solde migratoire, par contre, paradoxalement, les régions les plus pauvres sont les régions qui sont restées les plus peuplées. Les régions qui étaient les régions avec un taux de chômage relativement faible sont les régions qui vont le plus se dépeupler avec un début d’exode rural qui va aller soit vers Prague, soit vers l’international et vers l’étranger. On s’aperçoit finalement qu’il y a une espèce de décalage entre une crise économique qui va figer les populations et au contraire, un développement à l’Ouest qui va se matérialiser par un exode rural. Comment peut-on expliquer ces deux constats ?

A l’Est, ce qu’il s’est passé, c’est qu’au moment où il y a eu la chute des industries, on a, à l’origine, des populations plus pauvres n’ayant pas de capital nécessaire pour partir à l’étranger et qui, au lieu de rester dans des villes où il y avait de l’industrie, se sont repliées sur leurs lopins de terre qui avaient été redonnés dans le cadre de la restitution des terres. On appelle ça le processus de « repli paysan », c’est-à-dire qui sont venus augmenter la population rurale dans le cas de micro-exploitations de trois ou quatre hectares qui ne sont pas viables. Les gens sont donc venus, poussés par la misère.

Dans l’Ouest du pays, il n’y a pas eu de restitution puisque les grandes fermes ont été capitalisées. Ce qu’il s’est passé, c’est que le développement de l’économie notamment de l’industrie automobile autour de Prague, a drainé toutes les populations de l’Ouest vers les villes, là où l’emploi était le plus important. Dans une région où la plupart de l’agriculture n’était pas forcément rentable et dans une autre région où la plupart des gens n’étaient pas propriétaires de terres mais uniquement de part de capital d’entreprises, on a donc un processus de migrations qui a été facilité, notamment parce qu’on est sur la partie Ouest du pays, qui était la partie la plus équipée en routes, réseaux…

Malgré cette crise, on assiste à une reprise, autant rapide et brutale que l’a été la crise. C’est ce qu’on appelle le « Miracle tchèque ». Seulement deux pays en Europe centrale s’en sont bien sortis au début, c’est la Hongrie et la République tchèque. Ce « miracle tchèque » est une recomposition à la fois agricole et industrielle qui est sans précédents. Sur l’agriculture, la part de l’agriculture avant 1990 était à peine 1,4 % du PIB car la République tchèque n’était pas un pays agricole mais essentiellement industriel.

Le « miracle » tchèque
Source : CHEVALIER Pascal (2011), « Les campagnes d’Europe centrale : une singularité dans l’Union Européenne ?» in Yves JEAN et Martine GUIBERT (Dir.), Dynamique des espaces ruraux dans le monde, Editions Armand Colin, Collection U., Paris, pp. 161-181.

En 1998, 7,2 % du PIB c’est-à-dire qu’on est en train de construire une agriculture quasiment industrielle. Aujourd’hui, ce pays est le seul de l’UE à pouvoir rivaliser avec ce qu’on fait en Allemagne voire en France par exemple. Si on regarde la plupart des autres pays, on a un PIB agricole qui s’est totalement effondré contrairement à la République tchèque qui a le seul PIB qui augmente. Si on regarde cette fois-ci sur les exploitations, on se rend compte qu’on a surtout affaire à de très grandes exploitations, avec une moyenne de plus de 50 hectares, et on est sur des exploitations de 300 à 500 hectares qui sont des formes pétrifiées de l’agriculture industrielle. Cela représente finalement peu d’exploitations mais par contre, 92,5 % de la surface agricole du pays. Ce sont donc de véritables grandes entreprises. Une structure foncière qui devient très proche des « canons » ouest européens.

Au moment où le pays se démocratise, on commence à penser à des questions de rentabilité économique, agricole ou industrielle, et là où certains pays ont fait marche arrière notamment en divisant les exploitations et les unités de production en micro-entreprises plus compétitives, la République tchèque est un des seuls pays qui, par ce processus de pétrification, est arrivé, déjà en 1993, à avoir des structures agricoles, en terme de taille, qui étaient proches de l’Ouest de l’Union européenne. Tous les autres pays d’Europe centrale, exception faite de la Slovaquie, qui dépendait du gouvernement tchécoslovaque, sont des pays où les structures agricoles ont été divisées par près de 300 en Lituanie par exemple.

Si l’on observe la République Tchèque, c’est un pays très homogène car nous y retrouvons essentiellement des grandes exploitations. Le seul endroit où nous retrouvons une segmentation plus importante, ce sont les zones où il y a eu la restitution des terres après 1989. Ainsi, le développement est basé sur de grandes exploitations.

On observe alors le début du paradoxe tchèque, avec deux régions (voir carte) montrant une typologie du type d’activités différentes. On retrouve à l’Ouest des rentes naturelles qui sont favorables pour l’agriculture, un faible démantèlement des structures d’exploitations issues de l’époque communiste, et une domination des grandes entreprises agricoles industrielles capitalisées et dites rentables. Il faut savoir qu’aujourd’hui, 30% de ces entreprises qui étaient capitalisées ont à leur tête des grands groupes industriels comme des actionnaires majoritaires tel Citroën. Nous sommes donc sur une agriculture d’industrie et sur du salariat agricole. Mais si on regarde l’effet inverse, dans la partie Est, nous retrouvons des structures d’exploitations beaucoup plus morcelées, avec une dynamique démographique qui fait que les populations restent dans les campagnes, avec une faible mobilité et un repli paysan, à l’inverse de ce que nous avons vu à l’Ouest, voire comme en France où les mobilités et l’exode rural ont été plus marqués.

On peut retrouver le même exemple sur la dynamique industrielle à la sortie du collectivisme, on avait retrouvé les régions de dynamisme industriel (c’est-à-dire l’axe routier Plezen-Prague qui va ensuite vers Nuremberg pour atteindre l’Allemagne) avec une main d’œuvre à l’époque, en 1990, très accessible et très formée. Aujourd’hui sur ces zones, environ 60% de ces grandes entreprises ont été capitalisées et rachetées par des grands groupes tels que Siemens ou Citroën. Ces zones peuvent rappeler une « Silicon Valley » à la Tchèque, c’est-à-dire l’implantation des grands groupes internationaux qui les ont rachetées.

On retrouve ensuite des territoires où il y a de la sous-traitance : petites unités de production se servant de la proximité géographique de l’ex-Occident, et qui se servent aussi des zones où se trouvaient déjà des petites unités de production préservées par les fermes d’État. Aujourd’hui se trouve ici une main d’œuvre peu qualifiée mais qui maintient l’entreprise dans le territoire. Et à l’effet inverse, plus on va vers l’Est (ancienne zone de l’industrie lourde de l’armement pendant le communisme), plus l’héritage soviétique est extrêmement fort.

Quels enseignements tirer de cette deuxième phase ?

L’effondrement des anciens mécanismes de régulation est plus rapide que la stabilisation des nouveaux (notamment dans les grandes régions de l’Est du pays).

La transition s’accompagne, au moins à son début, d’une forte dépression économique (baisse de la production et du niveau de vie, forte montée du chômage).

A l’Ouest du pays, les comportements des entreprises s’adaptent plus ou moins rapidement aux changements de leur environnement.

La structure concentrée de l’industrie à l’Est du pays a limité souvent les effets positifs attendus de la libéralisation des prix.

Il y a une tendance à la fragmentation économique, entre économies nationales et à l’intérieur des régions.

D’importants décalages apparaissent entre les prévisions de la majorité des acteurs ou des observateurs de la transition, et l’évolution effective du processus.

La pré-adhésion à l’UE et le renouveau démocratique local.

Suite à cette transformation relativement brutale, la République tchèque va alors rentrer dans la troisième phase, que nous allons appeler la préadhésion à l’UE. Il s’agit des exigences imposées par l’Union européenne en matière de démocratie locale et d’organisation locale.

En République tchèque, comme dans tous les pays d’Europe centrale, dès 1993, a eu lieu un grand chantier de restitution, de création de pseudo communes ou de micro régions dans ce pays qui n’avait jamais connu de système démocratique local. Ce pays va mettre en place, dès 1993, la Charte européenne de l’autonomie locale du Conseil de l’Europe. Et finalement sa mise en place progressive, mais là encore, la République Tchèque n’a rien fait comme les autres car, par le biais de l’européanisation, elle va proposer un modèle un peu particulier, qui va s’inscrire dans les programmes « SAPARD et PHARE », programmes de préadhésion à l’UE.

Il faut également savoir qu’en 1991, ce pays avait des communes, mais elles n’avaient pas de pouvoirs. C’était ce que l’on appelait les Cadastres (au nombre de 5768 à l’époque). Puis la charte de l’autonomie locale a permis de revoir son maillage en 1993-1996. Mais au lieu de réorganiser pour avoir des structures efficientes à celles de l’Europe, la République tchèque augmente son nombre de communes. Il s’agit du seul pays d’Europe Centrale qui se retrouve aujourd’hui avec 6242 communes, alors que la Pologne qui est quatre fois plus grande ne possède, quant à elle, que 4200 communes.

Mais qui sont ces nouveaux maires qui ont imposé un maillage aussi fin ? Il s’est avéré que :

– 41% sont des anciens présidents de cadastres, aujourd’hui des anciennes élites communistes. Ce sont souvent des retraités que l’on retrouve surtout dans les régions de l’Est du pays ;

– 23% sont des maires à mi-temps qui exercent un autre métier ;

– 36% sont des maires à plein temps « professionnels », non issus des structures politiques et organes de gestion des anciennes coopératives ou industries d’État.

La République Tchèque instaure donc un nouveau cadre de gestion communal qui se situe entre fragmentation et difficile concentration qui se traduit par :

– une restauration de l’autonomie locale traduite par une refonte du maillage territorial ;

– une manifestation du localisme qui se traduit par un morcellement de la trame communale ;

– un affaiblissement des finances locales ;

– des coopérations intercommunales encore faibles ;

– une intercommunalité naissante mais difficile à mettre en œuvre.

La normalisation inachevée de la République tchèque.

La dernière phase de cette préadhésion est celle d’un modèle de développement local, en redonnant de l’autonomie aux communes. Ensuite, dès que l’autonomie a été réalisée, le but était de lancer des programmes de développement.

Au niveau de la normalisation économique, ce pays est aujourd’hui un des pays où l’industrie automobile est la plus importante dans l’UE. Il s’agit du seul pays de l’UE qui arrive aujourd’hui à tirer des investissements en gardant ses entreprises sur son territoire, tout en attirant d’autres entreprises. Par exemple, Peugeot correspond à 20% de la richesse de l’industrie automobile en République tchèque.

En ce qui concerne l’agriculture, nous pouvons constater qu’elle est extrêmement performante. La taille moyenne des exploitations agricoles est conforme aux exigences de l’UE et la structure agricole est largement conforme aux attentes de l’UE.

Autre élément de la croissance, le tourisme. Ce secteur est, petit à petit, en train de créer une économie touristique contrairement aux autres pays. Ceci s’explique par la forte présence de l’UNESCO qui a ciblé, dès les années 1990, la ville de Prague. Cette dernière appartient au patrimoine de l’UNESCO.

Un tourisme des plus développés en Europe centrale
Source : Bureau UNESCO, République tchèque, Prague

 

La Republique tchèque est également un des rares pays à avoir de la croissance démographique au sein d’une Europe centrale « déprimée ».

En conclusion, on observe que la République tchèque est un « bon élève » à l’échelle de l’UE, avec une stabilité démocratique et un dynamisme économique. Mais on peut toujours observer des différenciations régionales, la question des Sudètes qui pose toujours débat, ainsi qu’une récente montée du populisme dans les régions les plus pauvres.

Eléments du débat :

Josselin Tallec (enseignant-chercheur en géographie) : J’ai une question sur les nationalismes régionaux. Est-ce un schéma de volonté de sécession ? Est-ce que l’Ouest du pays exprime des velléités de sécession par exemple ?

En général non puisque justement l’Ouest a peu de partis régionalistes. Ce sont des territoires qui avaient une forte empreinte allemande et ce sont souvent des populations déracinées qui sont venues de l’Ouest de la Bohême. Là où on retrouve les partis nationalistes, c’est en Moravie et cette dernière sait très bien qu’elle a économiquement besoin de la Bohême. Ce n’est donc pas un nationalisme ou une ségrégation telle qu’on peut la voir sur le schéma catalan ou en Italie du Nord. En République tchèque, ce sont plus des revendications ; et encore, ce ne sont pas tout à fait des revendications régionales dans les partis populistes. Le leitmotiv qu’on retrouve dans les partis populistes c’est « si la Silésie et la Moravie ne s’en sont pas sorties c’est de la faute de l’UE et aux réformes mises en place par cette dernière ». Indirectement, nous ne sommes pas encore dans cette logique de sécession puisqu’on est sur un pays qui est neuf et c’est même plus compliqué que la sécession. Un petit parti morave est pour le rattachement de la Moravie à la Moravie slovaque. De plus, ces régions n’ont pas la puissance économique de la Catalogne donc il n’y a pas vraiment de velléités. Dans ces États relativement récents, comme aussi en Hongrie, nous n’avons pas les mêmes schémas que dans les anciennes démocraties où on est sur des logiques d’indépendantisme.

Thibault Courcelle (enseignant-chercheur en géographie) : J’ai une question qui peut paraître anecdotique puisque elle porte sur le changement de nom du pays, passant de « République Tchèque » à « Tchéquie ». N’est-ce pas une volonté de se débarrasser de l’héritage de Vaclav Havel qui était opposé à toute montée du nationalisme tchèque ?

Oui, ce changement de nom a pour objectif de se démarquer de l’héritage passé du pays et de pallier les blessures de la séparation tchécoslovaque. Le nom de « République tchèque » a pour but de faire diminuer le nationalisme, et l’idée de revenir aux « nations tchèques ». la Tchéquie c’est vraiment la Nation de Bohême qui correspond à l’élément central du pays.

Compte-rendu réalisé par Audrey LAGARDE et Clément MANIERE, étudiants en deuxième et troisième année de Licence de géographie, repris et corrigé par Thibault COURCELLE et Mathieu VIDAL, enseignants-chercheurs, co-animateurs des Cafés Géo d’Albi.