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L’eau, ressource multiple: quels risques sociaux et environnementaux ?

Café Géo animé par Frédérique BLOT, Maître de conférences en géographie & aménagement au Centre universitaire Jean-François Champollion d’Albi, membre du laboratoire GEODE, UTM;

et Bénédicte VEYRAC, Chargée de cours en géographie, au Centre universitaire Jean-François Champollion d’Albi, doctorante au laboratoire GEODE, UTM;

Ce Café Géo a eu lieu le mardi 14 février 2012 au Pré en Bulle – 9 Lices Jean Moulin, Albi.

Présentation problématique :

Comme le montre Gaston Bachelard dans son essai sur l’imagination de la matière, « l’eau est l’élément le plus favorable pour illustrer les thèmes de combinaison des
puissances. Elle assimile tant de substances ! Elle tire à elle tant d’essences ! Elle reçoit avec facilité les matières contraires, le sucre et le sel. Elle s’imprègne de toutes les couleurs, de toutes les saveurs, de toutes les odeurs » [1]. Léonard de Vinci exprime cette même idée lorsqu’il écrit à propos de l’eau : « jamais elle ne connaît de quiétude, pas plus dans sa course que dans sa nature, elle n’a rien à soi mais s’empare de tout, empruntant autant de natures diverses que sont les endroits traversés, comme le miroir accueille en soi autant d’images qu’il y a d’objets passant devant lui »[2]. Ces citations permettent de mesurer la multiplicité des relations dans lesquelles l’eau peut entrer en jeu.

Or, si on utilise souvent la synecdoque « eau » pour désigner les « ressources en eau », cette expression peut désigner aussi bien les nappes, les lacs, les rivières, les fleuves, les réservoirs que sont les châteaux d’eau et les barrages… que l’eau (comme matière) uniquement. En ce sens, « ressources en eau » désigne plus particulièrement toutes « les sources d’eau » potentiellement identifiées en tant que telles. Comme l’illustre la figure suivante, les sources d’eau peuvent représenter de nombreuses ressources, voire des risques [3] matériels et immatériels, et constituent un objet commun à des relations multiples et multilatérales, entre secteurs d’activités. La multiplicité et la complexité des relations figurées ici sont l’expression même des enjeux sociaux associés à la gestion des ressources en eau et des risques liés à l’eau.

Nous proposons d’étudier les principaux enjeux identifiés par nos contemporains au sujet de la gestion des ressources en eau, au niveau international dans un premier temps, puis pour un petit bassin-versant du sud-ouest de la France : le bassin du Lemboulas. Celui-ci, considéré comme déficitaire par l’Agence de l’eau Adour Garonne, est aussi un bassin dans lequel l’irrigation est particulièrement importante : maïsiculture, arboriculture, cultures spécialisées, cultures sous contrat. La ressource en eau est ainsi au centre de nombreuses interrelations qui se trouvent modifiées. Elles seront l’objet de notre présentation.

Dans un premier temps, nous interrogerons les notions d’étiage et de déficit, à travers les modifications de l’hydro-système lui-même, les prélèvements et la création de retenues collinaires. Ensuite, nous étudierons en quoi les modifications de la gestion du système par les acteurs concernés, agriculteurs et gestionnaires, à différentes échelles, qui traduisent des rapports de force et des représentations différentes de la ressource en eau.

Finalement, nous verrons que le changement dans ces rapports de force se traduisent par des transformations spatiales, visibles au niveau du paysage, de l’occupation du sol, des cultures, mais aussi des relations socio-économiques au sein du bassin-versant ainsi que dans les micro-bassins et des exploitations.

1 BACHELARD Gaston (1942), L’eau et les rêves. Essai sur l’imagination de la matière, Paris, Le livre de Poche biblio essais, p. 109.
2 DE VINCI Léonard « De la nature de l’eau », Carnets, 1508-1519, cité par MATRICON Jean (2000), Vive l’eau, Découverte Gallimard, p. 1.
3 Frédéric Léone et Jean-Claude Thouret signalent que pour la période de 1973 à 2002 ce sont les « catastrophes hydro-climatiques » qui « l’emportent largement » avec 79% des victimes au niveau mondial. [cf. LÉONE Frédéric et THOURET Jean-Claude (2003), “ Aléas, vulnérabilités et gestion des risques naturels ”, dans MORINIAUX Vincent [Coord.], Question de géographie : les risques, Paris, Editions du temps, p. 51.

(Première publication le 14 février 2012, à l’url http://www.cafe-geo.net/article.php3?id_article=2516)