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Patrick Modiano et Pierre Le-Tan, chrono-topographes des marges

Le texte qui suit résulte du rapprochement suscité par la lecture successive de deux ouvrages : Paris de ma jeunesse de P. Le-Tan, constitué de 28 textes courts (une à trois pages) chacun référé à un lieu parisien, écrit en 1988, réédité et complété en 2019 – très peu de temps avant la mort de l’auteur – préfacé par P. Modiano, et Memory Lane, court texte (une soixantaine de pages) écrit par celui-ci et illustré par celui-là en 1981 ; ce texte, quoique moins connu que d’autres romans de P. Modiano, cristallise les thèmes qui font sa singularité, sa tonalité. Si Patrick Modiano a accédé depuis longtemps a une grande notoriété littéraire et publique (Goncourt en 1978, Nobel en 2014), Pierre Le-Tan est moins connu, bien qu’illustrateur de nombreuses éditions littéraires, concepteur de publicités pour de grandes enseignes. Il est aussi un ami et complice précoce de P. Modiano, notamment dans le petit ouvrage dont il sera question ici, Memory Lane, dès 1981.

Dans une vie de lecteur, se dégagent souvent des correspondances, des thématiques, des fils conducteurs reliant ces lectures et formant les réseaux, les archipels, qui constituent la géographie littéraire de chacun. Parfois deux textes montrent une particulière proximité, voire la proclament. C’est le cas des deux ouvrages présentés. Parmi nos attitudes de lecteurs, l’une consiste en une attention spéciale aux lieux dans les textes, un réflexe qui fait que, comme géographe en particulier, on ne puisse lire un texte sans son contexte géographique. Signe d’une telle attitude : le fait qu’un texte touche d’autant plus notre sensibilité littéraire qu’il réfère très fortement à des lieux, qu’ils nous soient familiers ou non. L’ « esprit géographique » (J.-L. Tissier) des textes et celui du lecteur attentif se rencontrent alors. Cet intérêt a donné lieu à beaucoup de publications depuis au moins une quarantaine d’années, à l’élaboration de concepts (géopoétique, géocritique…). Coïncident un « tournant spatial » dans les sciences humaines, et notamment en analyse littéraire, et un « tournant culturel » chez les géographes : du côté des géographes avec les travaux d’A. Frémont, P. Claval, J.-L. Tissier dès les années 1970-80, puis de nombreux autres travaux jusqu’au récent dossier sur la spatialité littéraire au prisme de la Géographie (L’espace géographique 4/2016), comme du côté de l’analyse littéraire : invention du terme « géopoétique » par K. White dans les années 1980 (fondation en 1989 d’un Institut international de géopoétique), ou plus récemment la synthèse de C. Baron Littérature et géographie : lieux, espaces, paysages et écritures en 2011, ou les travaux de Michel Collot dont Pour une géographie littéraire paru en 2014.

Autant dire qu’en souhaitant ici souligner la pertinence, la « justesse », au sens musical du terme, d’une écoute de cette « basse continue » que constituent l’espace, les lieux, on se situera plutôt du côté de la géopoétique, telle que la définit M. Collot : « Le terme de géopoétique me semble susceptible de désigner à la fois une poétique : une étude des formes littéraires qui façonnent l’image des lieux, et une poïétique : une réflexion sur les liens qui unissent la création littéraire à l’espace », et peu du côté d’une étude géographique fondée sur des textes littéraires. Les textes dont il est question ont peu à nous apprendre sur les lieux qui sont leur matrice. En revanche la présence des lieux dans les textes, bien au-delà du très classique et évident cadrage géographique de nombreux textes littéraires, leur donne une particulière puissance d’évocation. Elle renvoie à une sensibilité si forte à l’espace-temps passé, qu’on peut y trouver un des ressorts de leur production et surtout du charme qu’ils exercent sur le lecteur, en général, mais encore plus lorsqu’il est par goût, formation, et aussi peut-être familiarité aux lieux évoqués, quelque peu géographe.

Des géographes ont déjà beaucoup écrit, sur les grands romans du XIXe siècle, les écrivains-voyageurs, les auteurs de romans noirs ou policiers. P. Modiano les a moins attirés, P. Le-Tan encore moins. Or ils sont tout spécialement propices à faire ressentir « l’esprit des lieux », à démontrer la pertinence, et surtout le plaisir qu’ajoute l’esprit géographique à la lecture de textes littéraires, poétiques au sens large du terme. Notons cependant que la géographie très dessinée, récurrente, des œuvres de P. Modiano a souvent été repérée par ses lecteurs, ses critiques, et même par des chercheurs (cf. références bibliographiques) comme résolument constitutive de ce qui en fait la saveur, la force d’évocation, (chroniquant élogieusement l’un des derniers romans parus Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier pour le journal Le Temps, E. Sulser titrait : « Géographie incertaine d’une enfance perdue »).

Deux ouvrages croisés, où s’explicite une longue complicité. Bien que de genres différents, une longue nouvelle pour Memory Lane, une errance poétique pour Paris de ma jeunesse, combinant, portraits de lieux fréquentés, de personnes croisées par l’auteur, les deux textes, espacés de peu d’années (1981 et 1988), se font largement écho : la préface du second par l’auteur du premier, l’illustration du premier par l’auteur du second (23 dessins, inclus dans la soixantaine de pages, chacun doté d’une légende qui constitue un texte parallèle au récit, une sorte de paraphrase au sens musical du terme, à la fois liée et autonome) témoignent de cette complicité (voir ci-dessous). La genèse-même du premier est décrite par le second dans le texte Avenue de Versailles : « J’avais convaincu Patrick d’écrire un texte accompagné de quelques dessins. Quelques années auparavant j’avais découvert les livres de ce grand garçon un peu plus âgé que moi. Les ambiances qu’il évoquait étaient les mêmes que celles qui m’inspiraient. Quartiers déserts de la rive droite, boutiques de modistes vidées de leur clientèle, bars interlopes aux décors feutrés du quartier de l’Etoile et des Ternes. Beaucoup des personnages de ses romans ressemblaient aux gens qu’avait connus mon père, et ce dernier avait fréquenté ses parents dans le Paris de l’occupation. »

On reviendra sur ces lieux, personnes et personnages, époques disparus, mais on notera à quel point l’œil du dessinateur s’exprime à travers ses mots, qui ramassent en quelques phrases, comme le fait un dessin, tout l’univers romanesque, et même un portrait, de son ami.

A peine une page plus loin est racontée la naissance du texte Memory Lane : « C’est de tout cela que finit par éclore, comme une fleur venue du fond de la terre, un petit livre que l’on appela Memory Lane. J’avais pensé à ce titre qui venait d’une expression qu’utilisait mon agent new-yorkais Teddy Riley, issu lui aussi d’un passé lointain. « A little trip down Memory Lane » disait avec son accent traînant ce chauve sans âge en évoquant Eugène Berman ou Katina Praxinou ».

Notons au passage, mais on reviendra sur cette saturation par les noms, de lieux comme de personnes, que l’un des charmes de la lecture de ce texte consiste s’en écarter le temps d’aller chercher qui furent donc ces figures dont les ombres traversent presque toutes les pages, irriguent, et même souvent justifient, les textes intitulés par un odonyme ou, plus rarement un toponyme. Autant dire qu’on touche là à une des clés de lecture de ces textes, comme des romans de P. Modiano : L’évocation des lieux comme moyen de réincarner des êtres désormais inconnus et disparus. Qui sait encore hormis dans des cercles de connaisseurs, ou grâce aux pages encyclopédiques comme Wikipedia ! qu’E. Berman fut « un peintre et décorateur de théâtre d’origine russe, mort en 1972 à Rome ou à New-York » (quand Wikipedia se plaît à faire du Modiano !), et que K. Praxinou fut une chanteuse et actrice grecque, « oscarisée » en 1944 ?

Pour finir sur ce premier point, on peut citer la préface que P. Modiano fait au livre de P. Le-Tan, qui commence justement par ces hasards de lecture évoqués en ouverture de ce texte et qui dessinent des territoires littéraires : « Le hasard a fait que j’ai lu à quelques mois d’intervalle Pays parisiens de Daniel Halévy, Confessions d’un enfant de La Chapelle d’Albert Simonin et Paris de ma jeunesse de Pierre Le-Tan. Chacun de nous, à sa manière, tente de retrouver le Paris de son enfance et de sa jeunesse, et il est si loin, ce Paris-là, qu’il prend dans notre esprit l’allure d’une Atlantide (…) Dans ce Paris désert, une silhouette se découpe quelquefois, et vous, qui errez depuis des heures dans cette ville abandonnée, vous sentez la pression légère d’une main sur votre épaule ». Ici, en regards croisés l’un sur l’autre, c’est cette fois l’écrivain qui rend hommage aux dessins de son ami. Il faut en effet avoir présente à l’esprit (et sous les yeux) la très forte originalité de dessins faits de lignes savamment agencées, croisées, souvent monochromes, produisant des effets de trames, d’ombres, de densités et de dégradés, de halo et de mystère, jusque dans les portraits, ce que résume P. Modiano dans la même préface : « Un Paris que l’on revisite en rêve. Vous aurez beau chercher l’interrupteur, la lumière restera voilée ».

On l’aura compris, au-delà de l’évidence biographique de leur amitié et de leur collaboration, et même sans doute ce qui fonda celle-ci, c’est bien cette commune sensibilité qui irrigue les textes et les dessins entrecroisés dont nous parlons, étroitement associés, comme en miroir ou en variations l’un de l’autre. Sensibilité qui associe des lieux incertains, quoique très localisés, situés, des espaces déserts ou presque, habités de fantômes ou d’individus aux histoires floutées (par eux-mêmes ou par le temps passé), marges et habitants, habitants souvent temporaires, en des exils plus ou moins lointains et volontaires, agissant aux marges, et finalement ressurgissant d’un passé révolu et pourtant pas très lointain, sous l’effet d’un appel de mémoire comme d’un appel d’air (la légèreté, l’épure, sont un maître mot de l’esthétique des deux écritures). C’est dans la légèreté teintée de tristesse d’une chanson que le titre de l’ouvrage de Modiano est explicité p. 30 : « Paul Contour écoutait Memory Lane, le regard pensif. La chanson parlait de chevaux que l’on voit passer à l’aube et qui ne reviendront plus et cela lui évoquait son ancien métier ». Ces allées de la mémoire sont bel et bien parcourues, et souvent communes aux deux auteurs.

Deux livres tout entiers « chronotopiques ». Il existe, pour qui est amateur de concept et de théorisation, une notion abondamment utilisée, et de façon assez mouvante d’ailleurs, par son inventeur et ses suiveurs, celle de chronotope. Ce concept inventé par M. Bakhtine, théoricien russe de la littérature, s’inscrit dans un courant de recherches formelles qui ont beaucoup influencé la critique littéraire dans la seconde moitié du XXe siècle. Sans développer, le terme, qui a inspiré le titre de ce texte, fédère assez bien toute une réflexion sur l’inséparabilité de la création littéraire, romanesque tout spécialement, de ses référents spatio-temporels. Bakhtine définit le chronotope comme « la fusion des indices spatiaux et temporels en un tout intelligible en concret », essentiel dans les débuts de roman, matériau « matriciel » de leur dynamique. Il affirme ainsi que « le temps se condense, devient compact, visible pour l’art, tandis que l’espace s’intensifie, s’engouffre dans le mouvement du temps, du sujet, de l’Histoire ». Aux origines philosophiques et littéraires de cette réflexion, bien résumée par l’article de J.-P. Dubost sur le bon usage et les emplois mouvants de ce concept par son auteur-même, on trouve Kant et les formes a priori de la sensibilité que sont l’espace et le temps, et Goethe ; Bakhtine, étudiant ce dernier, explique qu’il « « cherche et trouve, en tout premier lieu, le mouvement visible du temps historique, indissociable de l’ordonnance naturelle d’une localité (Lokalität) et de l’ensemble des objets créés par l’homme consubstantiellement rattachés à cette ordonnance naturelle » (cité par J.-P. Dubost).

Autant dire que la notion de chronotope a particulièrement inspiré les auteurs d’un tournant géographique en critique littéraire, et, parfois, ceux d’un tournant littéraire en géographie, comme le montre l’essai d’utilisation et de cartographie du chronotope dans le roman urbain « Les mystères de Bruxelles » par P. Aron et quatre autres géographes (Mappemonde 121/2017). Au fond, J. Gracq ne dit guère autre chose en 1992 dans Les carnets du grand chemin à propos de Rimbaud, des Ardennes, de la défaite de juin 1940 et de celle des légions romaines à Teutoburg : « C’est pour moi au voisinage de tels carrefours de la poésie, de la géographie et de l’histoire, que gîtent pour une bonne partie les sujets qui méritent ce nom. De tels sujets ne s’éveillent sous les doigts qu’à la manière des grandes orgues : grâce à la superposition de multiples claviers ». Nous pourrions dire que dans les deux textes que nous présentons, le chronotope n’est plus l’incipit mais est étendu à la totalité des textes, il en est la matière, la raison d’être.

Figures disparues en quête de narrateurs. Néanmoins, et bien que ce ne puisse être le sujet essentiel de ce texte qui s’occupe d’espaces et de lieux, on ne peut pas ne pas parler des personnes et personnages de deux livres, car ils en sont d’évidents sujets. Les lieux, sont simultanément des objets poétiques et des truchements dans l’évocation, la restitution, des figures. Quelques mots donc sur l’art du portrait, écrit ou dessiné, qui, si outillé soit-il par l’esprit des lieux, est tout de même bien l’autre, peut-être le principal fil conducteur des deux livres.

Dans Memory Lane l’objet explicité dès les premières lignes est une interrogation sur la « mystérieuse chimie (par laquelle) se forme un « petit groupe ». Et dans une trame très lâche mais presque policière (un crime est évoqué très vite, une sorte de coup de théâtre sous la forme d’une révélation est livrée à la toute fin), une galerie de portraits, une douzaine à peine, dont 5 couples, un homme seul, et le narrateur, jeune et faisant ses « débuts dans la vie » (ce sont les derniers mots du texte), est progressivement esquissée, chaque personnage s’enrichissant de détails biographiques à mesure des séjours dans divers lieux de villégiature. Ces personnages, hommes « faits » aux histoires pleines de déboires et de rebonds liés à des affaires parfois troubles (« on ne savait quelles affaires il traitait » p. 15) ou jeunes femmes et hommes qui en sont les compagnes ou compagnons, résument la typologie des personnages du romancier, souvent inspirés d’une génération pour laquelle la Seconde Guerre mondiale et l’après-guerre ont constitué le temps de la formation, drames ou petites combines, exils volontaires ou non. Ils sont souvent inspirés de l’entourage d’adultes, souvent guère attentifs à lui, qui peuplent le temps de l’enfance et de la jeunesse de P. Modiano. Une forte part d’inconnu, d’incertitude, les entoure, fruit de leur discrétion, d’une mémoire ou d’une connaissance incomplète de leur biographie par un narrateur pour qui le temps a passé. Cette fuite du temps ressentie confère à Memory Lane quelque chose d’un roman d’éducation.

Dans Paris de ma jeunesse, si chaque texte est intitulé par un lieu et si le titre de l’ouvrage annonce un portrait de ville, chaque lieu est associé, y compris graphiquement le plus souvent, à un portrait, un souvenir de rencontre. Adresse d’un appartement, lieu de promenade, de rendez-vous, tous les lieux décrits le sont par référence à des connaissances de la jeunesse de l’auteur ; amis, parents, amis de parents et parents d’amis, ils forment à eux tous une sorte de réseau dans lequel est enchâssée la vie de P. Le-Tan, tout au moins son enfance et sa jeunesse, les lieux donnant un peu de fixité, de durée, de repères pour la re-saisie du passé et de ses figures. Le re-parcours de ces lieux joue alors un rôle de déclencheur, quasi-photographique, les lieux étant indissociables d’une figure, d’un souvenir, d’une anecdote.

Illustration de Pierre Le-Tan

 

Comme la photographie, le dessin et le texte vont assurer que « cela a été », ainsi que le formule Roland Barthes dans La chambre claire. Promeneur, dessinateur, scripteur, P. Le- Tan est à la fois operator et spectator, pour reprendre les termes de Barthes, de ces sortes de photogrammes que suggèrent textes et dessins ensemble, leurs cibles étant nommées spectrum par Barthes, ce qui convient tout particulièrement ici, tant les figures évoquées- convoquées par P. Le-Tan ont souvent disparu. Au demeurant, le projet de redonner une existence par l’écriture après la disparition, et de faire échapper au vide et à l’inexistence qui menacent, est au cœur de l’un des plus importants récits (non un roman) de P. Modiano, Dora Bruder, paru en 1997, autour de la disparition d’une jeune fille juive arrêtée et déportée en 1941. Et cette pression légère de la main sur l’épaule qu’il évoque dans sa préface à Paris de ma jeunesse a quelque chose de l’apparition fugitive.

Sans être des figures tragiques, les figures évoquées par P. Le-Tan sont souvent marquées par une perte de leur stature sociale, un déclin, des avatars, parfois des destins malheureux, qui font que les mots qu’il emploie à propos du livre et du film « Les choses de la vie » de P. Guimard et de C. Sautet qui « filmait le temps qui passe, avec un fatalisme triste ponctué de quelques éclairs joyeux » (p.133) décrivent tout aussi bien les figures qui naissent sous les traits écrits et graphiques de P. Le-Tan.

Le rapprochement s’impose entre les portraits fictionnels de Memory Lane et les portraits biographiques de P. Le-Tan, qui empruntent tous deux à l’univers des adultes qui les entouraient, et qui se connaissaient parfois. Le terme d’interlope est souvent employé (y compris par P. Le-Tan comme cité plus haut) pour désigner nombre des personnages des romans de P. Modiano ; il est certes bien adapté à ceux qui vivent en effet aux limites de la légalité, mais est réducteur. Il en reste l’idée d’entre-deux, de personnes et de personnages aux marges, aux vies faites de hauts et de bas, d’ âge d’or « qui ont fini quelque part entre Dien Bien Phu et Suez » (p.45) de « demi-monde » pas très loin, au moins par moment, des élites. « Has been », parfois devenus de francs perdants des guerres ou des affaires, à la fin ou au terme de leur vie, entre art, affaires, mondanités politiques ou culturelles, « fin de siècle » en plein milieu du XXe, ou fin d’époque en tout cas, tels sont leurs profils, d’autant plus exotiques pour les deux auteurs qu’ils les décrivent à l’époque où eux-mêmes ont « leur vie à faire ». Quant au monde formé par tous ces personnages (fort nombreux dans de petits ouvrages), il n’est pas sans rappeler la fameuse fiche signalétique des personnages gracquiens qui figure dans Lettrines en 1967, dont l’hypothétique, la marginalité, l’inconnu, imprègnent les origines, les activités, la «raison sociale». Chez P. Modiano la fréquente expression «un certain…» pour introduire un personnage, veut souvent tout autant dire « incertain », et les jeunes narrateurs des deux textes en sont souvent réduits à supposer, deviner, des pans entiers de leurs aînés, dont un trait quasi-commun est d’avoir côtoyé ou subi des catastrophes, historiques ou personnelles, des tragédies à bas bruit, de lentes ou rapides « dégringolades ».

Dans la saisie de telles figures, réelles ou non, (P. Le-Tan ajoute des récits fictionnels dans l’ultime édition de Paris de ma jeunesse), par l’écriture ou par le dessin, quand le temps a passé et qu’elles sont mal connues, plutôt devinées, supposées ou imaginées, les lieux acquièrent, presque a contrario un statut décisif ; ils sont dotés non d’une fixité mais au moins d’une situation bien plus certaine, de caractères bien plus durables, et deviennent ainsi des objets d’écriture, et de dessin, de même « statut » que les personnages ; pourvus d’une bien plus grande « inertie » que ceux-ci, ils sont aussi soumis à la ruine ou à la disparition, selon un topos fameux depuis Baudelaire : La forme d’une ville change hélas plus vite que le cœur d’un mortel in Le cygne, repris tant par J. Gracq que par J. Roubaud ; ainsi l’ « hacienda » azuréenne dans Memory Lane par exemple, remplacée par « un immeuble en forme de pyramide » (p.59), ou la butte du boulevard Serrurier couronnée d’un grand hôpital et qui en a perdu son aspect lunaire (Paris de ma jeunesse p.82). Mais au moins si les bâtiments ont disparu les lieux demeurent, qui permettent le re-souvenir.

Espèces d’espaces : arpentage et flânerie dans les marges dorées. La géographie des deux ouvrages présente d’évidents points communs, qui ne relèvent pas d’une simple coïncidence des lieux évoqués. Ceux-ci traduisent non seulement une sensibilité et des biographies attachées à des espaces partagés, mais ils semblent aussi dotés d’une fécondité particulière, qui détermine au moins partiellement et l’identité des figures, indissociables de leur « écosystème », et l’atmosphère de marges, mais de marges privilégiées (aux sens strict et figuré du terme), peu denses, parfois franchement dérobées, retirées, qui font le charme, la tonalité particulière de ces textes, empreints d’un exotisme du proche.

Cette géographie est faite de stations (résidences, séjours, longues soirées ou après- midi) et de déambulations dans des périmètres limités, un square, des quais, une pinède, un jardin… ; ces lieux sont reliés entre eux par quelques trajets plus longs, voyages d’agrément en France dans Memory Lane, ou, dans Paris de ma jeunesse, longs voyages d’exil souvent (Iran, Indochine, P. Le-Tan étant le fils d’un artiste issu d’une famille aristocratique vietnamienne, proche de l’empereur Bao-Daï..), ou au moins d’expatriation (américains fortunés ou non, revenus s’installer en Europe après la guerre), qui ont conduit les personnages de Paris de ma jeunesse dans les périmètres restreints où l’auteur les fréquente. Quelques lointains fascinants constituent des horizons rêvés, des avenirs ou des origines très exotiques (Hawaï, la Californie, le Wyoming, l’Amérique du Sud, la Russie des russes blancs). Mais évidemment c’est la capitale qui rassemble, attire ou repousse selon les moments, et il faut d’abord souligner à quel point la géographie parisienne est sélective, et commune aux deux textes. La carte (figure 1) reporte les lieux évoqués dans les deux textes (dans l’ordre des occurrences pour Paris de ma jeunesse). Elle dessine un Paris des beaux quartiers, résidentiels, étirés vers un centre dédoublé, des affaires et des « boulevards » en rive droite, et vers le Paris intellectuel mais aussi aristocratique (7e arrondissement) en rive gauche. Rarissimes sont les excursions vers l’est, le nord, à peine moins vers le Montparnasse des artistes. Au fond, une géographie largement héritée de celles des romans du XIXe, mais pratiquant un droit d’inventaire dans cet héritage, se réservant les espaces de la bourgeoisie d’affaires, de l’aristocratie ancienne ou nouvelle, de la Bohême chic et cosmopolite. Ce Paris est un Paris peu dense, presque vide parfois, ou déserté, comme abandonné, selon les moments. Appuyé sur les quais et les îles de la Seine lorsqu’elle sort de Paris, entre bois de Boulogne, et parc Monceau, sur les hauteurs de Chaillot, les rayons dorés autour de l’Etoile, les larges percées aristocratiques du 7e arrondissement, les petites rues et squares de l’entre-soi aristocratique et parfois discrètement crapuleux (Ternes) ou canaille (Place Clichy), ce Paris ménage peu de rencontres non désirées, même lorsque l’on pousse jusque sur les Boulevards, leurs brasseries et les boutiques des passages. On y est chez soi, dans de beaux appartements, ou bien l’on se retrouve entre soi dans des bars imités des lounges anglais, dans des cabarets souvent disparus, des restaurants d’habitués, des galeries d’art.

Au centre donc, Paris, mais plutôt ses marges préservées, les espaces feutrés de la grand-ville. Memory Lane élargit cette géographie à une France littorale des villégiatures les plus anciennes et sélectives : Riviera azuréenne, Côte basque, stations de Loire Atlantique, où se retirent, pour de longues vacances, ou une retraite, les anti-héros ; s’ajoutent deux lieux retirés, non touristiques, dont l’un est bien une marge préservée au centre de la France, et tout aussi aristocratique, une maison de maître en pleine forêt, près de Vierzon, et l’autre le symbole de la province fuie, Saumur. Ces espaces de retraite sont moins importants en tant que tels que par les maisons, villas, qui y forment des refuges dont on sort à peine. Entre les périphéries balnéaires et le centre chic de Paris, la banlieue ouest forme l’enveloppe intermédiaire. De Neuilly à la vallée de la Bièvre, quelques lieux, collège privé chic, club de tennis et d’équitation, sont esquissés presque comme des archétypes. Très loin au-delà, Kitzbühel, pendant chic et montagnard des littoraux de villégiature, le lac de Côme, Vienne, et enfin des horizons exotiques, associés à des entreprises plus qu’incertaines si ce n’est simplement rêvées : Brazzaville, Hawaï, le Brésil, l’Indochine. Ainsi depuis les marges du centre parisien se disposent des marges spatio-temporelles comme des lieux de possibles, d’épisodes chanceux ou simplement de rêves et de trêves longues dans des vies louvoyantes, où ont été vécus ou remémorés des « âges d’or ».

Deux autres formes d’emprises des lieux sur les récits, tant celui de Modiano que celui de Le-Tan, leur donne parenté et commune originalité.

L’une est une sorte de saturation par les noms : Noms de personnes, inventés ou réels, parfois anonymisés par leur seule initiale, mais toujours nombreux, parfois cités presque en listes ou litanies. Ils donnent une sorte d’exotisme de lecture, créant par leur profusion, toute une société, un petit univers, des cercles, dont les jeunes narrateurs, ou les narrateurs parlant de leur jeunesse, sont les observateurs intimidés, initiés, introduits de fraîche date dans ces cercles, que plus tard ils reconstitueront par l’enchaînement des souvenirs, occasionnant un double dépaysement pour le lecteur, celui d’un temps révolu qui s’ajoute à la quantité d’inconnus ou de quasi-inconnus ainsi portraiturés, comme ré- incarnés. Mais aussi nom de lieux : c’est à tout le moins deux, trois, et parfois cinq ou six noms, de rues, de quartiers, de villes ou de commerces, de restaurants, de galeries, qui dessinent, en grappe, à chaque page une carte de situation, une poésie par laquelle des noms ordinaires, des odonymes pour l’essentiel, publics par définition, bien visibles et localisables, en viennent à nous sembler exotiques. Tous ces noms confèrent une musicalité propre à ces pages. Il y a là une forte parenté avec la pratique qu’a G. Perec de ces lieux dont il tente l’ « épuisement », ou qui sont des balises fragiles dans le temps passé de Je me souviens ou Espèces d’espaces.

La seconde forme d’emprise des lieux est la combinaison étroite entre intérieurs et extérieurs : pas de lieu, d’odonyme, qui ne soit associé à une demeure, un intérieur : Les textes, comme les dessins qui les accompagnent, accordent une large place à la description de ces volumes, de ces objets, qui sont plus que des décors, et sont les médiateurs entre lieux et figures. Du bibelot qui rappelle un temps plus fastueux au modernisme dépouillé d’une décoration intérieure, ils sont de même nature que les détails vestimentaires de ceux qui les occupent, qui les…. meublent pourrait-on dire. Et si ce n’est d’appartements ou de villa dont il est question, ce sont des clubs, des salles de restaurants, de brasseries, des cabarets, sortes de lieux hybrides du public-privé. Dans tous ces intérieurs, l’ennui, l’alanguissement, ne sont jamais loin de la gaieté, de la politesse mondaine, de l’intimité même, faisant encore saisir une autre forme de la perte du/de temps, qui n’est pas sans rappeler le spleen aristocratique puis poétique du XIXe siècle.

Enfin, quant à l’espace du récit, les deux textes ont en commun la pratique qui permet d’éprouver les lieux, de leur donner cette capacité remémorative, d’associer temps et espace, celle de la déambulation, de la flânerie, au temps de l’anecdote ou bien à celui du retour sur les lieux. La marche lente, presque toujours une promenade, souvent nostalgique, favorise la remémoration, et prend une dimension élégiaque. Mais celle-ci est entièrement dépourvue de l’emphase qui menace souvent, ailleurs, l’expression littéraire de cette méditation. L’attention aux détails, à la matérialité du moment, en sont les moteurs, et sont aussi les antidotes au dolorisme.

Dans les allées brumeuses du temps perdu. Fortement associés à une jeunesse révolue, les deux textes portent, en même temps qu’un rapport presque fétichiste, ou plutôt totémique, aux lieux, une entreprise de recherche du temps perdu. Si constitutive de tant d’entreprises littéraires, de fiction comme (auto)biographique, il pourrait n’y avoir dans celle-ci rien que de très commun. Si ce n’est deux ou trois modalités qu’on soulignera brièvement :

La première est que c’est toujours l’espace, ou le lieu, qui précède, commande et structure le souvenir : Ceci est explicite dans la construction de Paris de ma jeunesse où, comme on l’a dit, un titre est toujours un odonyme ou au moins un lieu précisément situé. Un exemple assez représentatif serait celui de l’« Avenue de Camoëns. Près du Trocadéro, l’avenue de Camoëns, avec ses escaliers à balustres, a des allures de décor d’opérette qui n’aurait pas servi depuis des décennies. Quand j’étais un petit garçon, mon père m’emmenait parfois avec lui rendre visite au prince Vinh Hong qui habitait dans cette avenue, un entresol aussi sombre qu’il était vaste ».

Dans Memory Lane, cette modalité est plus implicite. Très court texte, il n’est pas vraiment découpé en chapitres, mais n’en est pas moins fortement structuré chronologiquement, mais en emboîtant des temps différents : le passé de la narration, qui évoque quelques moments dans quelques années de la jeunesse, les passés évoqués des divers personnages, la succession des saisons associées aux lieux de séjour. C’est ce temps des saisons qui est le plus structurant ; chaque moment débute par une association de lieu et de temps, comme par exemple « Le printemps s’achevait et juin marquait le début d’un nouveau cycle. Le petit groupe prenait ses quartiers d’été à l’Hacienda, la villa des Contour au Cap d’Antibes » (p.43). Mais la saison, ou même le temps d’un jour, est aussi le motif de toute une vie (« comme elle me semble à l’image de la vie cette fin d’après-midi où nous étions tous sur la plage de Juan-les-Pins, pour une fois déserte… » p.54)

Une autre modalité commune et originale est que si les lieux sont déclencheurs du ressouvenir, ce n’est pas sous la forme d’une étincelle, d’une fulgurance, d’une irruption du souvenir, mais plutôt d’une lente émergence ; comme une brume qui prendrait forme, ou qui se déchire (Memory lane, p 57 : « La brume qui les enveloppe après quinze ans se déchire quelquefois »). Ce thème de la brume revient souvent, associé non seulement au temps qui fuit et rend le souvenir imprécis qu’à l’incertitude, parfois le mystère, qui entoure, ou dont s’entourent les personnages. La brume, le rideau de fumée, sont les formes les plus… concrètes données au vague et à l’incertain, à la désuétude qui ont envahi lieux et destins.

Autant dire que les récits fonctionnent, avec l’espace et le temps, comme des passe- murailles, les lieux étant dotés de cette vertu de présenter les brèches qui permettent de passer d’un temps à l’autre, de restaurer les continuités passé-présent, de réveiller ou rétablir la remémoration.

Cette fonction remémorative de l’espace est un ressort majeur de la création littéraire : L’espace en général, ou un lieu précis, y tiennent, pour les sens, un rôle de vecteur que peuvent aussi assurer tant d’autres objets (une madeleine, un petit pan de mur jaune….). Les sens, la vue et tous les autres, ainsi sollicités, sont déclencheurs de la mémoire, perceptive puis littéraire, créatrice, les sens excitant la mémoire, puis la mémoire faisant sens en quelque sorte.

Ce qui donne une certaine spécificité aux textes étudiés c’est bien sûr l’irréductibilité d’une expérience du ressouvenir et de ce qui le déclenche à une autre, la mise en œuvre poétique propre à tout écrivain qui fait de cette expérience son matériau, mais c’est aussi la parenté quasi-biographique de thèmes, de lieux, entre ces deux auteurs, terrain de leur rencontre et de leur collaboration, ce commun dépouillement, ce goût de l’épure, qui s’applique aux dessins et textes. Il y aurait peut-être encore autre chose : le commun sentiment d’inquiétude suscité moins par la fuite du temps, dont la fatalité est acceptée, que par cette part d’inconnu, d’indicible, et qui le restera, qui traverse textes et dessins, et ombre les personnages croisés, d’une lumière qui reste voilée comme le dit P. Modiano dans sa préface. Du demi-monde à la demi-teinte en quelque sorte. Moins la crainte de l’oubli que le constat qu’on n’a pas tout compris quand on aurait pu le faire et qu’il était encore temps. Ce qui se jouerait dans les textes que nous évoquons serait en mode mineur, au sens musical comme quantitatif du terme, ce qui se joue tout au long des œuvres de Claude Simon par exemple qui déclarait : « On écrit ce qui se passe au présent de l’écriture et ce qui existe dans le souvenir avec toutes les déformations que porte en elle la mémoire et qu’apporte encore l’écriture. Plutôt qu’autobiographiques, je préfère dire que mes livres sont à base de vécu « (dans Libération 31/08/1989 cité par S. Bikialo).

Mais on pourrait aussi, associer à cette inquiétude, à cette proximité entre l’oubli et le deuil, l’univers du peintre E. Hopper, dont le figuratisme, les lieux et objets ordinaires qu’il traite, les personnages dans l’attente, accentuent bien plus qu’ils ne l’atténuent le sentiment d’isolement, de solitude, d’insécurité, de vide au cœur même des villes, comme pouvaient les susciter encore plus délibérément, mais peut-être aussi plus sentencieusement, les toiles de R. Magritte.

Pour finir c’est peut-être dans les derniers mots d’Espèces d’espaces (en fait dans la totalité de la dernière page «l’espace (suite et fin)») que nous trouverions la correspondance la plus flagrante avec les deux textes présentés, condensant temps et espace comme sources, et remèdes, à l’inquiétude existentielle : « Il n’y aura plus écrit en lettres de porcelaine blanche collées en arc de cercle sur la glace du petit café de la rue Coquillière : « Ici, on consulte le Bottin » et « Casse-croûte à toute heure ».

L’espace fond comme le sable coule entre les doigts. Le temps l’emporte et ne m’en laisse que des lambeaux informes :

Écrire : essayer méticuleusement de retenir quelque chose, de faire survivre quelque chose : arracher quelques bribes précises au vide qui se creuse, laisser, quelque part, un sillon, une trace, une marque ou quelques signes ».

En somme, comme l’indiquait la définition de M. Collot de la géopoétique : En amont pourrait-on dire, ces textes ont résulté d’une poïétique qui repose sur une relation particulière à certains espaces, affinités électives en quelque sorte déterminées par les temps et les lieux d’une vie (et ici de deux). En aval, les textes de nos deux auteurs façonnent bien l’image des lieux, l’informent au sens strict du terme, comme le font, avec le Paris des années 50-60 par exemple, les photographies de R. Doisneau, W. Ronis ou E. Boubat, les romans d’A. Blondin, une image que se fabriquera ensuite chaque lecteur en tissant les textes, les images, avec sa propre expérience, ou inexpérience, de ces lieux.

Editions utilisées :

P. Modiano, Memory Lane, Hachette, 1981.

P. Le Tan, Paris de ma jeunesse, Stock, 2019.

Lien vers quelques illustrations de P. Le-Tan.

Références bibliographiques :

P. Aron et al., À la recherche des chronotopes du roman urbain. Une cartographie des Mystères de Bruxelles (1845-1846), Mappemonde 121/2017.

A. Awad, Parcours géographique au travers de quelques œuvres romanesques de Patrick Modiano : une géographie littéraire, Bordeaux 3, 2016.

M. Baravalle, M. Collot, Pour une géographie littéraire, Studi francesi, 2015.

C. Baron, Littérature et géographie : lieux, espaces, paysages et écritures, Fabula LHT, 2011.

R. Barthes, La chambre claire, note sur la photographie, Gallimard, 1980.

V. Bloch-Lainé et G. Baldy, « La géographie parisienne des romans de Patrick Modiano« , Sur les Docks, France Culture, 12/03/2013.

S. Bikialo, « « J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans » : C. Simon, La Corde raide et J. Conrad, Souvenirs personnels », Cahiers Claude Simon, 1 | 2005.

M. Collot, Pour une géographie littéraire, Fabula LHT 2011_8.

J-P Dubost, « Du bon usage satorien de la théorie bakhtinienne du chronotope. Topiques », Etudes satoriennes, 2017/3.

H. Färnlöf, « Chronotope romanesque et perception du monde. A propos du Tour du monde en quatre-vingt jours », Poétique, 2007/4.

Le dossier « Géographie et littérature » des Cafés géographiques

M. Rosenberg, « La spatialité littéraire au prisme de la géographie », L’Espace géographique, 2016/4.

J.-L. Tissier, « De l’esprit géographique dans l’œuvre de Julien Gracq », L’Espace géographique, 1981/1.

J.-L. Tissier, « Géographie et littérature », présentation, BAGF, 2007 84-3.

Cartes :

1. Le Paris de P. Le-Tan et de P. Modiano

 

2. La France de Memory Lane

 

Philippe Piercy, février 2021