Le populisme, la géographie et la littérature, Daniel Oster.

Nigel Farage, Marine Le Pen, Donald Trump, Vladimir Poutine
Photos de John Thys AFP, Geoffroy Van der Hassel/AFP, George Frey/Getty Images/AFP

Le populisme avance à marche forcée dans l’Occident développé, y compris sur des terres que l’on pensait allergiques aux discours des Le Pen, Trump et consorts. A la fois symptôme d’une détresse réelle et expression d’une illusion, il répond de façon simpliste et perverse aux difficultés des démocraties occidentales installées parfois depuis très longtemps en France, en Europe, aux États-Unis. Certains « experts » proclament déjà avec assurance que le XXe siècle a été le siècle des totalitarismes et que le XXIe siècle sera celui des populismes. Pourtant, il est encore temps de comprendre et de faire comprendre la nature profonde de ce phénomène politique qui assure vouloir sauver… la démocratie et les droits sociaux ! Dire la vérité en usant de raison et de pédagogie n’est-il pas le meilleur moyen de dissiper les artifices des faux-semblants populistes et ainsi dévoiler la réalité qui seule devrait déterminer les positionnements citoyens ?

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De l’utilité de la géographie pour comprendre le nouveau monde, Daniel Oster.

Les victoires électorales de Donald Trump et du Brexit en 2016 annoncent-elles la fin de la mondialisation ? (Source : lesechos.fr)

L’année 2016 a enregistré des résultats électoraux inattendus dans plusieurs grands pays développés dont les plus retentissants sont l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis et la victoire du Brexit au Royaume-Uni. Parallèlement, plusieurs ouvrages récents annoncent ou espèrent la fin de la mondialisation comme ceux de François Lenglet, Jacques Sapir et Arnaud Montebourg[1]. De son côté le journal Le Monde a cherché à y voir clair en publiant une riche enquête sur la mondialisation (6 articles) en juillet 2016. L’éditorial du même journal publié le 14 novembre 2016 préfère dénoncer le fantasme de la « démondialisation ». Toujours est-il que les réalités du monde contemporain changent vite, surtout depuis la crise financière de 2008-2009. Un « nouveau monde »[2] se met-il en place ? D’une manière plus précise, l’hebdomadaire Le un titre son numéro 136 du 4 janvier 2017 Vers la fin du monde démondialisé ? Dans ce numéro passionnant un géographe, Michel Foucher, pense que « la démondialisation qui s’amorce est en réalité une désoccidentalisation de la mondialisation » tandis que l’écrivain Erik Orsenna prescrit « la géographie comme remède au simplisme politique et aux folies mercantiles ».

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Jean-Pierre Raison (1937-2016), Michel Sivignon, Alain Dubresson.

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Jean-Pierre RAISON nous a quittés. Il nous avait rejoints une dernière fois aux Cafés-géo, lors d’un repas en décembre 2014, dans un de nos « restau-géo », malgache en l’occurrence, qu’avait animé Françoise, son épouse, spécialiste de l’histoire contemporaine de Madagascar. Tous deux avaient vécu plus de huit ans à Madagascar et sa thèse « Les hautes terres de Madagascar et leurs confins occidentaux. Enracinement et mobilité des sociétés rurales », publiée en 1984 a constitué un des travaux majeurs de la géographie tropicale de langue française, dans la lignée de Paul Pélissier qui fut son maître et inspirateur, et de Gilles Sautter. Depuis 1989 il avait été mon collègue au Département de Géographie de Nanterre, dont aux Cafés-géo nous avons accueilli bien des géographes qui étaient tous ses élèves : Alain Dubresson, Philippe Gervais-Lambony, Frédéric Landy, Emmanuel Lézy, Sophie Moreau.

Jean-Pierre RAISON avait acquis  de la société malgache une connaissance intime dont je peux témoigner moi qui ai eu la chance de le suivre dans le dédale des sentiers qui relient les villages de Hautes Terres. « Le géographe est forcément un sensuel » disait Jean-Pierre dont la curiosité était sans limites.

Au-delà de ce terrain, Jean-Pierre Raison avait été un acteur très important des débats et remises en cause qui ont animé la géographie tropicale de langue française à partir de 1960.

Un livre d’évocations, d’hommages, de souvenirs, dont le ton inattendu, est celui d’une « autre géographie » est fortement recommandé à tous : « Les raisons de la géographie, itinéraires au Sud avec Jean-Pierre Raison » Karthal, 2007                                                                                      

Michel Sivignon  Le 21/07/2016

Alain Dubresson, son continuateur à Nanterre,  nous a autorisés à reproduire le texte qui suit.

Jean-Pierre Raison, professeur émérite de Géographie, nous a quittés dans la nuit du 16 au 17 juillet 2016. Il s’est éteint sur le sol du Livradois auquel le liait une profonde passion, partagée avec les hautes terres malgaches et les campagnes africaines. Né le 8 août 1937, ce « sédentaire contrarié », comme il s’est défini lui-même, n’a cessé de pratiquer d’incessants va-et-vient entre les institutions d’une part et ses terrains de prédilection d’autre part.

Ancien élève de l’École Normale Supérieure (Ulm) de 1957 à 1962, reçu premier à l’agrégation de Géographie en 1961, il débute sa carrière d’enseignant au Lycée Eugène Fromentin à La Rochelle. En 1964, détaché à l’Office de la Recherche Scientifique et Technique Outre-mer (ORSTOM, aujourd’hui Institut de Recherche pour le Développement, IRD), il est affecté à Tananarive et y devient chef de la Section de Géographie. Nommé en 1977 Directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), il prend en charge la chaire de géographie des petits espaces ruraux. Mis à la disposition du ministère des Relations extérieures après 1981, Jean-Pierre Raison devient sous-directeur de la Recherche et de l’Information scientifique, puis il est élu professeur à l’université de Paris X-Nanterre (chaire de géographie tropicale) en 1989. Il y exerce les fonctions de Directeur adjoint de l’UFR SSA et de responsable pédagogique du premier cycle et dirige le laboratoire Géotropiques (EA 375) de 1997 à 2001.

Jean-Pierre Raison était un inlassable travailleur, soucieux d’agir sur tous les fronts et ne séparant jamais recherche, action et engagement personnel. Il a été membre de nombreux conseils scientifiques, dont ceux du Centre International de Recherche Agronomique pour le Développement (CIRAD) qu’il a contribué à créer, du Département Systèmes Agraires et Développement de l’Institut National de Recherche Agronomique, (INRA), de l’ORSTOM, d’instituts français de recherche en Afrique (IFRA-Ibadan, IFAS-Johannesburg). C’est surtout au chercheur, au créateur et à l’homme qu’il faut rendre ici hommage. Plus de 200 publications lui ont valu, entre autres distinctions, la médaille de bronze du CNRS en 1985. Au sein d’un ensemble exceptionnel, on est bien en peine d’opérer une sélection ; c’est dans son chef-d’œuvre, Les Hautes Terres de Madagascar et leurs confins occidentaux. Enracinement et mobilité des sociétés rurales (Paris, Karthala-ORSTOM, 1984, 2 tomes, 662 et 614 p.) qu’on retrouvera les tréfonds de sa pensée et d’une capacité d’innovation dont est issu le concept de « sociétés géographiques ». En fondant, en 1985, la formation doctorale « Géographie et pratique du développement » associant alors l’EHESS, Paris X-Nanterre et Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Jean-Pierre Raison a placé notre université au cœur d’un dispositif ayant rayonné durant près de quinze ans bien au-delà du territoire national, attirant des doctorants venus d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. Ses anciens élèves ne s’y sont pas trompés, qui lui ont consacré un ouvrage collectif au titre évocateur (Landy F., Lézy E., Moreau S., (éds), Les raisons de la géographie, Paris, Karthala, 2007, 328 p.), beaucoup d’entre eux évoquant « une génération Raison » en portant un regard affectueux sur un maître qui leur a appris à regarder les sociétés « autres » avec patience et humilité. Jean-Pierre Raison pratiquait en effet une géographie humaniste du regard et du partage, et le signataire de ces lignes ne saurait mieux dire que le jardinier de Combris, lequel écrivait en 1991 : « Etre géographe, pour paraphraser Marc Bloch, ce devrait être se sentir solidaire de tout, de l’histoire dans sa profondeur, de l’univers dans sa totalité, solidaire de l’espace, du temps, ou plutôt des hommes dans l’espace et dans le temps, avec pour seul orgueil la conscience éclairée de son ignorance. »
Livradoise, malgache et africaine, que la terre lui soit légère !

Alain Dubresson, Professeur émérite
Département de Géographie et Aménagement Mosaïques/LAVUE, UMR 7218
Université Paris Ouest Nanterre La Défense
200 avenue de la République 92001 Nanterre Cedex

Le terrorisme frappe les hétérotopies, Emilie Viney.

Quoi de commun entre la plage de l’hôtel de Sousse en Tunisie, la salle de concert du Bataclan à Paris, l’aéroport de Bruxelles en Belgique, le site de Palmyre en Syrie ou encore la discothèque gay d’Orlando en Floride ? Le terrorisme frappe-t-il au hasard ou n’y a-t-il pas dans ces lieux quelque chose de commun ?

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Une géographie de Marseille par Massilia Sound System, Yohan Lafragette.

Souvent raillée, la géographie des œuvres culturelles a de nombreux détracteurs, qu’ils considèrent au mieux comme sympathique mais inutile. Il me semble au contraire que géographie et musique font bon ménage. Olivier Milhaud, au FIG de 2015, a analysé 3 chansons pour introduire à un large public la démarche géographique de manière très pédagogique. Le zoo de Vincennes (Bénébar), Telegraph road (Dire Straits) et Supplique pour être enterré à la plage de Sète (Brassens) deviennent sous l’œil du géographe : milieu, espace, territoire, les 3 « paradigmes » de la discipline. Cela m’a fait penser à une chanson, travaillée dans le cadre du sujet « Mers et Océans » pour la préparation aux concours de l’enseignement en 2014-2015.

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Un bel éloge de la géographie par Michel Serres, Daniel Oster.
Le philosophe Michel Serres (Sourc:e http://www.culturebox.francetvinfo.fr)

Le philosophe Michel Serres (Sourc:e http://www.culturebox.francetvinfo.fr)

Il aura fallu l’édition opportune1 de certaines chroniques que le philosophe Michel Serres dit à France Info le dimanche pour que je lise cette belle définition de la géographie.

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La France bousculée par la mondialisation : mieux comprendre pour agir, Daniel Oster.
vigipirate-sentinelle

Plan Vigipirate et état d’urgence après les attentats du 13 novembre (cliché www.lefigaro.fr)

015, annus horribilis pour la France. Les attentats de Paris en janvier et novembre, la crise des migrants, le chômage au plus haut, la forte poussée du Front National aux élections départementales et régionales, les interventions militaires en Afrique et au Moyen-Orient, les catastrophes climatiques…Des drames, des angoisses, des inquiétudes qui affectent la société française dans son ensemble, d’où la recherche –  parfois désespérée – de remèdes efficaces pour soigner des maux toujours plus graves, du moins pour une partie de la population du pays.

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Des lieux et des émotions : les attentats du 13 novembre à Paris et leur suite, Daniel Oster.
Recueillement et émotion à Rennes, place de le mairie, lundi 16 novembre à midi (www.ouestfrance.fr)

Recueillement et émotion à Rennes, place de le mairie, lundi 16 novembre à midi (www.ouestfrance.fr)

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Déluge mortel sur la Côte d’Azur : réflexions sur une catastrophe naturelle, Daniel Oster.
Biot, le 4 octobre 2015, au lendemain des précipitations record de la nuit (source : www.ouestfrance.fr )

Biot, le 4 octobre 2015, au lendemain des précipitations record de la nuit
(source : www.ouestfrance.fr )

La cause est entendue : le cocktail changement climatique/urbanisation galopante s’est révélé dramatique une fois de plus. Rien que durant les deux dernières décennies, cinq catastrophes d’ampleur comparable ont déjà ravagé le Midi méditerranéen français et cette sixième catastrophe s’est abattue avec une rare violence sur l’une des portions les plus urbanisées et densément peuplées du littoral français.

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La canicule et le Spitzberg, Daniel Oster.
Le miroir d’eau de Bordeaux sous la canicule, juillet 2015 (source : www.20minutes.fr)

Le miroir d’eau de Bordeaux sous la canicule, juillet 2015 (source : www.20minutes.fr)

La canicule est au rendez-vous de l’été 2015, cela ne fait aucun doute. Paris a même battu son record historique du 28 juillet 1947 avec 39,7 degrés Depuis le début du mois de juillet, les fortes chaleurs n’ont pas vraiment quitté le Sud-Est et une grande partie de la France a subi une nouvelle vague de chaleur du 15 au 18 juillet. Des pannes de train et d’électricité perturbent la vie quotidienne de nombreux Français, des pics de pollution à l’ozone se succèdent. Les autorités politiques ont pris un maximum de précautions pour éviter la catastrophe de l’été 2003. Si les touristes ne semblent pas affectés par cette situation climatique, il n’en va pas de même pour d’autres secteurs comme l’agriculture. Même à Chablis où la vigne en a vu d’autres, les grappes de raisin commencent à souffrir de la sécheresse prolongée. L’affaire est entendue, le changement climatique augmente la fréquence et l’intensité des vagues de chaleur en France comme dans le reste du monde. La Conférence de Paris sur le climat prévue en décembre 2015 a du pain sur la planche, elle qui doit élaborer un nouveau texte pour remplacer le protocole de Kyoto venant à expiration en 2020.

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