Les brèves de comptoir sont des textes courts qui rendent compte de l’actualité sur les sujets les plus divers. Nous sommes convaincus que le regard du géographe peut apporter du sens à la compréhension d’un monde complexe dont la globalisation croissante brouille les repères traditionnels.
Les ouvrages traitant de géopolitique ont grand succès en ce moment auprès des éditeurs et des lecteurs qui y cherchent sans doute des clefs de compréhension aux complexités de notre monde. La mer y occupe une place considérable et même première pour Cyrille Poirier-Coutansais, directeur de recherches au Centre d’Etudes stratégiques de la Marine (CESM). Le titre de sa conférence est sans ambiguÏté, La mer au cœur de la géopolitique. Il va justifier cette affirmation sur le temps long et faire le point sur la situation de l’Europe aujourd’hui.
Compte rendu de Michèle Vignaux.
Le monde arctique fait la une des journaux depuis la mi-janvier 2025, c’est un fait aussi rare qu’inattendu et nous devons nous poser quelques questions : c’est quoi le Groenland ? C’est où ? Pourquoi tant de convoitises ? Cela remet-il en cause notre vision du monde ? (Lire la suite…)
Ce texte du géographe Amaël Cattaruzza a été lu le 9 novembre 2024 par son auteur lors de l’hommage au géographe Michel Sivignon (1936-2024) organisé à l’Institut de géographie de Paris par l’association Les Cafés géographiques.

La découverte des grands fonds marins nourrit autant l’imaginaire des poètes que des chercheurs chez qui le mythe de l’Atlantide trouve encore quelque écho. Ils gardent encore beaucoup de leurs mystères malgré les grands progrès accomplis depuis l’époque du capitaine Nemo. Pour nous en dévoiler quelques-uns, l’ICP reçoit ce mardi 21 janvier 2025 deux représentants d’Abyssa, compagnie française d’exploration des grands fonds sous-marins, fondée en 2019 : son président Jean-Marc Sornin, titulaire d’une thèse de géologie marine et ancien chercheur à l’IFREMER, et Carla Frier.
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L’intervention d’Anna Colin Lebedev à l’Institut Catholique de Paris, ce 7 mars 2024, n’est pas une analyse supplémentaire sur le conflit russo-ukrainien. Cette enseignante-chercheuse, maîtresse de conférences à l’université Paris-Nanterre, se définit comme sociologue politique, spécialiste de ce qu’on appelle encore couramment le monde post-soviétique. Son objectif est de démontrer comment l’agression russe dès 2014 en Crimée remet en cause les grilles de lecture de l’histoire de la Russie puis de l’URSS utilisées par le monde académique occidental et particulièrement français. Ces grilles de lecture proposées par la Russie, plus facilement accessibles, la remettent toujours au centre. Ce sont donc des spécialistes de la Russie que les médias ont invités pour analyser l’« opération militaire spéciale » de Vladimir Poutine. On a pris un regard russe pour considérer l’Ukraine (c’est ce même regard qu’on applique aux pays d’Asie centrale, du Caucase…anciens membres de l’Empire).
Compte rendu de Michèle Vignaux.
A quelques jours du Salon de l’Agriculture, le monde agricole français (et même européen) n’en finit pas de manifester son mécontentement. Au même moment, à des milliers de kilomètres de là, des dizaines de milliers de paysans entendent profiter de la tenue prochaine des élections générales en Inde pour converger vers New Delhi afin de protester contre leur situation actuelle. Les contextes sont certes différents mais néanmoins il existe des aspects communs aux deux événements, des aspects relatifs aux raisons de la colère et aux méthodes utilisées pour faire pression sur les autorités. (Lire la suite…)
Utopie ? Dystopie ? Difficile de choisir pour imaginer ce que nous pourrions être dans un quart de siècle. Car en 1998, nous n’aurions pas imaginé les centaines de Cafés géo qui se sont réunis à Paris et ailleurs. Nous n’aurions pas imaginé les voyages, poussés par la curiosité de quelques-uns d’entre nous, des voyages-cultes notamment sur une… des très antiques Routes de la Soie.
Selon les projections démographiques de l’ONU, le seuil de 8 milliards d’êtres humains a été franchi le 15 novembre 2022. N’oublions pas que le cap du milliard d’habitants n’a été atteint qu’en 1800. C’est dire l’accroissement considérable du nombre d’humains sur la Terre en un peu plus de deux siècles ! Dans leur scénario moyen les Nations unies prévoient que nous serons 10 milliards en 2050 et à peine plus à la fin du XXIe siècle (prévisions de 10,4 milliards). Nous pouvons dire qu’une période unique de l’histoire démographique est en train de s’achever.
Un café géo passionnant est programmé mardi 15 novembre 2022 de 19h à 21h au Café de Flore (Paris 6e). Le titre en est Russes et Ukrainiens, les frères inégaux, reprenant exactement le titre du livre de l’historien autrichien Andreas Kappeler publié en Allemagne en 2017 et qui vient d’être traduit en français chez CNRS Editions. L’intervenant de la soirée sera Denis Eckert, géographe, directeur de recherche au CNRS, qui a traduit l’ouvrage. Celui-ci est une géohistoire de la relation entre Ukrainiens et Russes en même temps qu’un modèle de réflexion historique.

Russes et Ukrainiens : la métaphore des frères dans deux ouvrages d’histoire récents

Affiche du FIG 2022. http://fig.saint-die-des-vosges.fr
Au Festival de géographie de Saint-Dié, qui fêtait sa 33e édition, je suis allée, par la thématique des déserts attirée. L’infinie complexité des espaces désertiques a été décortiquée par des intervenants passionnés. Le Portugal était le pays invité.
Créé en 2020, le Prix du Livre de Géographie des Lycéens et Etudiants récompense un ouvrage de géographie qui s’adresse notamment au public des lycéens et des étudiants en classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) et à l’Université. Ce sont des lycéens et étudiants encadrés par un enseignant qui votent chaque année pour désigner le livre lauréat.
L’association des Cafés Géographiques qui soutient cette belle initiative est heureuse d’annoncer le résultat du Prix 2022. Il s’agit de l’ouvrage de Camille Schmoll Les damnées de la mer. Femmes et frontières en Méditerranée (éditions La Découverte, 2020). Et cela d’autant plus que nous avons eu le privilège d’un entretien exclusif avec Camille Schmoll au sujet de ce beau livre. Cet entretien a été publié sur notre site et peut être suivi dans la rubrique « Les vidéos » (Les Cafés Géo » Visioconférence n°4 : Camille Schmoll parle des migrations féminines en Méditerranée (cafe-geo.net).

Le réchauffement climatique et la croissance des échanges entre Extrême-Orient asiatique, Europe et Amériques ont entrainé un intérêt nouveau pour les régions polaires qui sont restées pendant longtemps le domaine de l’imaginaire et le terrain de jeu d’héroïques aventuriers. Aujourd’hui on en évalue les ressources, la navigabilité et les objectifs des Etats qui y exercent une certaine souveraineté, parfois avec quelque inquiétude.
C’est dans ce cadre que s’est récemment déroulé à la Cité des Sciences de Paris un colloque intitulé « Régions polaires : quels enjeux pour l’Europe ? ». Toutes intéressantes, les interventions ont porté sur les questions climatiques, la faune, les ressources minières aussi bien que sur l’imaginaire et les difficultés psychologiques à supporter l’isolement d’un hivernage dans une station de l’Antarctique. Nous avons choisi d’évoquer la communication de Hervé Baudu, professeur en Chef de l’Enseignement maritime, spécialiste de la navigation dans les glaces.
Compte rendu de Michèle Vignaux.
Une route. Pas une autoroute, une voie express, un périphérique, mais une route étroite, sinueuse, au bitume mal ravaudé. C’est pourtant cette route qui relie deux univers opposés, celui des jardins luxuriants des miniatures mogholes à celui des terres minérales et arides des hautes terres himalayennes. Parmi les peu nombreuses routes transhimalayennes, la NH 1D conduit de Srinagar, capitale d’été du Cachemire, à Leh au cœur du Ladakh, le « pays des hauts cols ».

Soglio (© myswitzerland.com)
Loin de la Genève des banquiers et de la Zurich des psychanalystes, il existe une Suisse où la rigueur germanique se colore de fantaisie italienne, où les italophones vont prier au temple. C’est dans les Grisons, le Val Bregaglia, qui, depuis l’époque romaine, a été parcouru par troupes et marchands franchissant les Alpes centrales entre la plaine du Pô et la vallée du Rhin [1]. Et au cœur du Val Bregaglia, un lieu unique attend le voyageur sur une terrasse aménagée, Soglio, que le peintre Giovanni Segantini a imaginé comme « le seuil du paradis ».
Moka, un mot, deux noms. Celui d’un breuvage parfumé qu’on boit dans de petites tasses de porcelaine et celui d’un port situé sur la Mer Rouge au sud de la Péninsule arabique.
Avant d’arriver à Moka, sur la côte aride de la Tihama, le voyageur venu de l’intérieur aura traversé les monts Sarawat aux pentes raides découpées dans des roches volcaniques. Du haut de replats étroits il aura surplombé des terrasses verdoyantes accueillant arbres fruitiers, vignes et céréales. Il aura trouvé de l’ombre entre les hautes maisons des villages aux fenêtres cintrées, construites en gros moellons ou en argile séchée ; les femmes qui portent la clef autour du cou, en sont les gardiennes. Il sera entré dans des écoles où le maître aura désigné sur une carte son pays d’origine à des petits garçons portant à la ceinture un jambiya (poignard courbe) en carton. A la sortie d’un bourg, il aura longé un enclos étroit dans lequel un homme, accroché au grillage, cherchait à attirer son attention par des mimiques grotesques…prison rurale ou asile de fous, on ne sait pas.
La crise sanitaire du coronavirus n’en finit pas de bousculer nos manières de vivre, nos habitudes et nos croyances. Alors que débute en France le deuxième confinement, dans un entretien au Figaro paru le 3 novembre 2020, l’écrivain-géographe Sylvain Tesson nous propose sa vision des frontières, celles des territoires comme celles de l’intime (Lire la suite…)
Ce lundi matin vous serez en vacances et je ne serai pas face à vous pour vous poser la question, devenue rituelle : « Quel élément d’actualité de la semaine écoulée vous a marqué ? Quelle analyse pouvez-vous en proposer à vos camarades ? ». Ce lundi matin un de mes collègues d’Histoire-Géographie ne sera pas penché sur ses copies ou ses livres pour préparer ses cours, il manquera à l’appel. Pour vous et pour lui, en son absence et en son honneur, je poursuivrai l’exercice de la revue de presse, comme toujours, en deux temps.

L’Institut du monde arabe (Photo ©IP3 PRESS/MAXPPP)
Depuis 2015 l’IMA organise des Journées de l’Histoire en partenariat avec les Rendez-vous de l’Histoire de Blois. Cette année le thème est « Révoltes et Révolutions ». Par un hasard tragique, les interventions du 18 octobre 2020 portaient sur « Le rôle de la religion », deux jours après l’exécution d’un professeur d’histoire-géographie par un militant salafiste. Un « Face à face » modéré par Béatrice Giblin, géopolitologue, a permis à l’historien Pierre Vermeren de présenter son ouvrage Le Déni français (1), dont il a débattu avec Ali Bensaad, géographe et professeur de géopolitique.
Ce déni, c’est celui de la montée de l’islamisme politique radical. Déni qui rappelle à l’historien l’attitude de l’État algérien qui avait occulté, il y a trente ans, la dimension politique de l’islamisme (2). met en cause d’une part l’attitude de certaines élites françaises, d’autre part la politique arabe des différents gouvernements français.
Dès le début de la pandémie de Covid-19, nous avons eu la conviction que la crise sanitaire actuelle représentait un fait éminemment géographique. Aussi en avons-nous rendu compte dans quelques articles publiés en mars dernier sur le site des Cafés géographiques : Réflexions géographiques sur la Chine et le coronavirus (7 mars 2020), L’efficacité de la gestion de crise du coronavirus dépend-elle du régime politique ? (18 mars 2020), La crise sanitaire du coronavirus est aussi une crise écologique (25 mars 2020). (Lire la suite…)
Le beau texte d’Amar Ounissi qui suit a été lu par son auteur devant les participants d’un voyage dans les Ardennes qui a eu lieu du 4 au 6 septembre 2020. Ce voyage a été organisé et préparé par Maryse Verfaillie, Marc Béteille et Michel Degré pour les adhérents de l’Association des Cafés Géographiques.
Récemment je suis allée « à la ferme ». Une petite promenade d’une dizaine de minutes – je précise que j’habite Paris intra-muros – suivie d’une grimpette, non d’une colline, mais d’un escalier métallique et j’étais à pied d’œuvre.
Pour quelqu’un qui a longtemps vécu dans le monde d’avant, la « ferme » évoquait la campagne, les chemins boueux, les odeurs animales. Elle était peuplée d’agriculteurs qu’on appelait encore parfois « paysans ». Ses activités étaient étudiées par les géographes dans des Précis de géographie rurale qu’on ne pouvait confondre avec des Précis de géographie urbaine. Dans le monde d’aujourd’hui tous ces repères ont disparu. Paris, comme toutes les métropoles mondiales (la présence d’une journaliste de la BBC l’attestait), se doit de posséder ce qui était un oxymore devenu un must : une ferme urbaine.
C’est « la plus grave crise sanitaire » que la France affronte depuis un siècle. Cette crise, de dimension mondiale, n’est pas seulement sanitaire, elle est également économique et financière, et son volet politique ne saurait être négligé avec ses replis nationaux et l’absence d’une véritable coordination globale. Pour les spécialistes qui réfléchissent aux liens entre la biodiversité et la santé, derrière la crise du coronavirus, il y a, à l’évidence, une crise écologique qui est en rapport avec l’anthropisation croissante de la planète et la globalisation des échanges.
Le Président chinois, Xi Jinping, en visite mardi 10 mars 2020 à Wu Han, la ville où s’est déclaré le coronavirus en décembre 2019 et qui est toujours en quarantaine (https://www.la-croix.com/Monde/Asie-et-Oceanie/Coronavirus-A-Wuhan-Xi-Jinping-garde-crier-victoire-2020-03-11-1201083349).
Depuis le 11 mars dernier, l’épidémie du Covid-19 est qualifiée de « pandémie » par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé). Les chiffres à ce jour : 6 000 morts, plus de 150 000 personnes contaminées, 120 pays affectés.
Depuis son apparition à Wuhan (Chine) à la mi-décembre 2019, l’épidémie de coronavirus a beaucoup fait parler d’elle jusqu’à inquiéter aujourd’hui (6 mars 2020) le monde entier. Le coronavirus, nommé officiellement « covid-19 » par l’OMS, a déjà causé plus de 3 400 décès tandis que le nombre de 100 000 personnes infectées dans une soixantaine de pays va être dépassé ces jours-ci. Certains n’hésitent plus à parler d’une véritable psychose collective qui se répand largement grâce à la médiatisation planétaire et la puissance des réseaux sociaux. La France n’échappe pas à cette vague déferlante malgré la gestion raisonnée des pouvoirs publics. Il nous semble qu’une réflexion géographique, même succincte et parcellaire, a toute sa place dans le flot des innombrables commentaires de toute nature que le coronavirus suscite, ne serait-ce que pour mettre en évidence quelques simples faits spatiaux qui ne manquent pourtant pas d’importance.

Après le SRAS apparu en 2003, un nouveau coronavirus est parti de Chine en décembre 2019 pour ensuite se propager dans le reste du monde (Source: https://img.medscape.com/thumbnail_library/is_200117_china_map_800x450.jpg)
Pour l’INSEE, « le tourisme comprend les activités déployées par les personnes au cours de leurs voyages et séjours dans des lieux situés en dehors de leur environnement habituel pour une période consécutive qui ne dépasse pas une année, à des fins de loisirs, pour affaires et autres motifs non liés à l’exercice d’une activité rémunérée dans le lieu visité. » (https://www.insee.fr/fr/metadonnees/definition/c1094)
Le Monténégro est un petit pays des Balkans dont l’essor touristique résulte en bonne part d’un riche patrimoine naturel. En même temps, il est l’objet de mesures de protection importantes depuis plus d’un demi-siècle : quatre parcs nationaux, sites classés à l’UNESCO, etc.
L’intérêt du sujet réside dans les liens ambigus entre l’essor touristique, devenu très important depuis deux décennies, et la protection du patrimoine naturel. Le développement de cette protection attire une clientèle touristique avide de milieux préservés mais, parallèlement, l’afflux touristique occasionne diverses atteintes du patrimoine naturel qui nécessitent des mesures de protection susceptibles de contrôles les flux de visiteurs

Les interventions vont davantage être orientées vers des opérations de sécurité civile en lien avec les catastrophes naturelles (Source: ministère des armées)
Le changement climatique provoque partout dans le monde des analyses et des remises en question qui n’épargnent pratiquement aucun domaine. Le secteur militaire n’échappe pas à la règle. Les dirigeants politiques créent des instances de réflexion et de recherche pour mesurer l’impact du dérèglement climatique sur l’outil militaire et adapter le rôle des armées aux nouveaux défis environnementaux. (Lire la suite…)

La ville de Trieste aujourd’hui. Au premier plan, le Grand Canal construit au XVIIIe siècle qui a permis l’entrée des bateaux au cœur de Trieste. (https://www.lepoint.fr/voyages/trieste-concentre-de-culture-22-03-2011)
Situé au pied des Alpes dinariques sur la mer Adriatique, le port de Trieste fut longtemps le principal débouché méditerranéen du Saint-Empire romain germanique puis de l’Empire austro-hongrois. L’histoire complexe de la ville s’explique par une position en Europe au carrefour des influences latine, germanique et slave. La fondation romaine (Tergeste), la rivalité avec Venise, l’installation de nombreux juifs après 1492, l’intégration dans l’Empire des Habsbourg (port franc en 1719), constituent quelques étapes marquantes de cette histoire.

La Tour Jean sans Peur à Paris © Michèle Vignaux
Paris n’aime pas les tours. Elle adule son caractère haussmannien et se méfie de toute construction qui dépasse les six étages. Les tours du XIIIème arrondissement sont considérées comme médiocres et tout projet de tour nouvelle, même proche du périphérique, suscite les pétitions indignées des riverains et de tous « les amoureux de la capitale ».
Bien sûr il y a des exceptions. Il y a celle qui se hausse du col au milieu du Champ de Mars, exploit d’ingénieur et non œuvre d’architecte, aussi célèbre que les pyramides égyptiennes malgré son jeune âge (moins d’un siècle et demi). Il y a aussi la Tour Saint Jacques, ni très haute, ni très large, mais qui a su faire de la place autour d’elle. La tour Montparnasse n’a d’attrait que pour les clients du restaurant du dernier étage. On ne parlera pas des tours de La Défense… des banlieusardes.

© Studio NAB. Le projet imaginé par le studio d’architecture NAB. (Studio d’architecture NAB)
Il ne fallait pas attendre bien longtemps pour voir les grandes signatures de l’architecture se manifester pour la reconstruction de Notre-Dame. C’est un peu comme Le Corbusier sous les bombes de la débâcle en 1940 qui rêvait du réaménagement de la France.
Au-delà des Anciens et des Modernes, je note l’intérêt évident de « touristifier » la toiture du bâtiment en en faisant un point d’attraction, alors que la charpente avait surtout l’objectif de porter la très lourde toiture en plomb. Là où seuls les artisans et ceux qui ont entretenu « la forêt » étaient présents sous l’œil de Dieu, on va convoquer les foules.
La transparence s’impose dans notre modernité, comme pour la coupole du Reichstag, à un moment où le Ciel lui-même est devenu bien transparent. Pourquoi alors ne pas faire monter la Terre au Ciel ? diront certains, avec l’engazonnement des toitures, ou faire pousser une forêt, cette fois au sens propre dans les combles de l’édifice. A mon avis, un peu déplacé. Pourquoi ne pas imaginer une biblique arche de Noé ? Sans doute un peu étroit pour accueillir toutes les espèces menacées de disparition.
Dans les symboles, le choix collectif ou présidentiel de la reconstruction va être intéressant : va-t-on déifier l’Histoire, la Technique, l’Environnement … le Touriste ? Quelle place alors pour le Religieux, même si c’est bien l’Etat laïc qui est aux commandes et qui risque de faire peu de cas de la théologie, sinon la sienne ?
La transparence est bien la clé de ce XXIème siècle débutant, pas étonnant qu’il s’invite dans les hauts lieux de notre patrimoine : un plaisir scopique et un programme politique, voire technologique avec l’ouverture des données publiques et personnelles.
Mais peut-on opposer transparence et consistance ? Ce serait trop simple. Le débat qui s’ouvre après les porte-monnaie va s’avérer passionnant et révélateur.
Antoine Beyer, avril 2019
Dans une récente intervention à la Fondation Jean Jaurès, Roland Castro a usé de toute sa fougue pour dévoiler quelques points forts du rapport qu’il a remis au président de la République, il y a quelques mois, sur le projet du Grand Paris. Tout l’humanisme de ce texte est contenu dans son joli titre à la Prévert : « Du Grand Paris à Paris en grand ».[1]
Pour l’architecte passionné qui se définit comme « un artiste égaré en politique urbaine », la dernière pensée urbaine est celle des Jauressiens, telle qu’elle s’est exprimée lors du Front Populaire, dans les cités-jardins par exemple. A la situation dégradée actuelle de la métropole parisienne, il donne deux raisons principales.
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Ils arrivent ! Le temps de tourner la tête, ils sont là, peut-être une trentaine, à tout casser. Non pas qu’ils cassent tout d’ailleurs, ces gilets jaunes : ils déplacent et renversent une roulotte de chantier. Un restaurateur tente bien de s’interposer, mais il est vite repoussé : « vous êtes pour le gouvernement ! », lui lance une jeune femme bien remontée. En quelques instants, le boulevard Saint-Germain est barré, dans une atmosphère de relative tranquillité. Nous sommes loin, très loin de l’avenue des Champs-Élysées, où le ministère de l’Intérieur comptait bien parquer la « peste brune »i. Loin, très loin de la police, des CRS, des grenades lacrymogènes. Égarés rive gauche, entre la montagne Sainte-Geneviève et Jussieu, ces « Gaulois réfractaires au changement »ii progressent sans slogan ni banderole, mais avec tout l’équipement réglementaire du « séditieux »iii de base : masque de plongée, masque anti-pollution, lampe frontale, sac à dos bien lesté, drapeau français. Sans même un regard vers les immeubles haussmanniens, ils s’en vont du côté du jardin des Plantes. Le restaurateur aidé de quelques riverains s’emploie déjà à remettre la baraque sur ses roues et sur le bas-côté. Et le trafic automobile reprend, à peine interrompu. Mais lundi, quel chantier découvriront les ouvriers à l’intérieur de la roulotte ?
Michel Giraud, 4 décembre 2018
i – Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics, le 25 novembre 2018, lors de l’émission le Grand Jury RTL, le Figaro, LCI : « Ce ne sont pas les ‘gilets jaunes’ qui ont manifesté, c’est la peste brune. Ce n’est pas parce que vous mettez un ‘gilet jaune’ que vous ne portez pas une chemise brune en dessous« .
ii – Emmanuel Macron, président de la République française, le 29 août 2018.
iii – Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, le 24 novembre 2018.

Qui sont les « gilets jaunes ? (https://e-metropolitain.fr/wp-content/uploads/2018/11/DSC_0326.jpg)
Ce petit texte est né de l’exaspération suscitée par les doctes assertions de plusieurs figures médiatiques sur l’état de la société française alors même que bien souvent elles ne font qu’asséner des schémas simplistes, voire caricaturaux. L’autre raison de son écriture, intimement liée à cette exaspération, est de contribuer à la diffusion d’un remarquable article[1] du géographe Aurélien Delpirou démontrant avec grande rigueur qu’en réalité le mouvement des « gilets jaunes » « ne reflète pas une France coupée en deux, mais une multiplicité d’interdépendances territoriales ».
Les « géographies des sexualités ne s’attachent pas à la seule définition d’un nouveau thème de recherche, à savoir la dimension spatiale de la sexualité. Elles s’intéressent à la façon de « faire géographie », aux concepts, démarches et méthodologies utilisés au sein de la discipline et souhaitent contribuer à la redéfinition des pratiques et au renouvellement de la pensée géographique et du changement social. » (Duplan, 2012).[1] L’émergence d’une légitimité scientifique des questions du genre et des sexualités au sein de la géographie française a été tardive, en dépit des apports anglo-saxons à la recherche.
A l’épreuve d’histoire-géographie du brevet 2018, cette carte de France a été fournie aux candidats qui devaient la colorier et la compléter. Sans s’embarrasser de subtilité (on est au brevet !), la France métropolitaine est ici divisée en deux catégories elles-mêmes subdivisées en deux. Hormis les territoires ultramarins, la France se retrouve donc divisée en quatre ! La géographie est vraiment une merveille de simplicité ! Que ceux qui ont de mauvais souvenirs avec l’apprentissage des départements se réjouissent, aujourd’hui tout est limpide ! Cependant certains s’interrogeront sur l’utilisation des termes territoires et espaces : pourquoi les uns sont dynamiques alors que les autres sont en difficulté ? On pourra même se demander quelle logique préside à l’insertion d’un terme ou de l’autre dans la légende de la carte…
Je suis allée en prison… de mon plein gré… et pendant quelques heures. Il n’est donc pas question ici de faire une analyse, ni même de donner un avis motivé sur l’univers carcéral. Des sociologues, psychologues et même géographes ont fait ce travail (voir la belle thèse d’Olivier Milhaud publiée chez CNRS Editions en 2017, Séparer et punir. Géographie des prisons françaises). Le but de ce petit texte est de transmettre quelques impressions ressenties lors d’une rencontre avec des détenues dans le cadre d’une expérience culturelle qu’elles ont suivie pendant un an. La prison, c’est certainement le surpeuplement, la promiscuité, des conditions matérielles et psychologiques souvent dégradantes, mais ce peut être aussi autre chose.
La crise du Golfe débute officiellement le 5 Juin 2017. L’Arabie Saoudite, l’Egypte, les Emirats-Arabes-Unis, le Bahreïn et le Yémen décident conjointement de rompre leurs relations diplomatiques avec le Qatar. Ce petit pays, au rayonnement important sur la scène internationale, est accusé d’entretenir des relations trop étroites avec l’Iran, grande rivale de l’Arabie Saoudite pour le leadership régional, et de soutenir des groupes politiques d’obédience religieuse comme les Frères Musulmans, bête noire de l’Egypte du maréchal Sissi. Des Etats comme le Koweït ou Oman, restés neutres dans cette affaire, candidatent au rôle de médiateur, sans résultat probant.
Le mercredi 29 novembre 2017, s’est tenu à la Maison de la Mutualité un colloque intitulé « Les Nouvelles Routes de la Soie ». Il était organisé par l’IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques) et l’Ambassade de Chine. Le petit texte ci-dessous n’est pas un compte rendu des communications qui y ont été données, mais une réaction subjective à quelques propos entendus.

Publicité à destination des populations qui fréquentent le métro Denfert-Rochereau.
Photographie prise par Emilie Viney, 3 octobre 2017.
Le slogan publicitaire est le suivant : « Envie de plaisirs méditerranéens. Valencia, là où le soleil brille 300 jours par an ». « Vol Paris Valencia, 2H, Vols 7 jours sur 7 ».
Le but de la publicité est de vendre aux Parisien.ne.s qui fréquentent le métro une destination touristique. Dans « les heures souterraines »[1] qui animent nos parcours journaliers dans le métro, que cherche à nous dire le message publicitaire ? Avec quels registres du discours fraye cette publicité ? Pourquoi, dans l’ombre du métro, les publicités des destinations ensoleillées peuvent-elles avoir des relents coloniaux ?

Le nouveau Musée de la Seconde Guerre mondiale inauguré à Gdansk (Pologne) en janvier 2017 (AFP PHOTO / Wojtek RADWANSKI/ www.huffingtonpost.fr)
A plus d’un an du centenaire de l’indépendance de la Pologne (proclamée le 11 novembre 1918), le gouvernement nationaliste du parti Droit et Justice (PiS) de Jaroslaw Kaczynski, au pouvoir depuis novembre 2015, entend profiter de l’occasion pour imposer sa vision de l’histoire et exploiter à son profit le sentiment patriotique des Polonais. La controverse née autour du nouveau Musée de la Seconde Guerre mondiale, construit à grands frais à Gdansk, illustre les enjeux politiques autour des questions de mémoire. Depuis la chute du communisme en 1989, la Pologne regarde son passé avec un immense intérêt ce dont témoigne par exemple, la prolifération des lieux de mémoire et des musées à visée mémorielle[1].

Nigel Farage, Marine Le Pen, Donald Trump, Vladimir Poutine
Photos de John Thys AFP, Geoffroy Van der Hassel/AFP, George Frey/Getty Images/AFP
Le populisme avance à marche forcée dans l’Occident développé, y compris sur des terres que l’on pensait allergiques aux discours des Le Pen, Trump et consorts. A la fois symptôme d’une détresse réelle et expression d’une illusion, il répond de façon simpliste et perverse aux difficultés des démocraties occidentales installées parfois depuis très longtemps en France, en Europe, aux États-Unis. Certains « experts » proclament déjà avec assurance que le XXe siècle a été le siècle des totalitarismes et que le XXIe siècle sera celui des populismes. Pourtant, il est encore temps de comprendre et de faire comprendre la nature profonde de ce phénomène politique qui assure vouloir sauver… la démocratie et les droits sociaux ! Dire la vérité en usant de raison et de pédagogie n’est-il pas le meilleur moyen de dissiper les artifices des faux-semblants populistes et ainsi dévoiler la réalité qui seule devrait déterminer les positionnements citoyens ?

Les victoires électorales de Donald Trump et du Brexit en 2016 annoncent-elles la fin de la mondialisation ? (Source : lesechos.fr)
L’année 2016 a enregistré des résultats électoraux inattendus dans plusieurs grands pays développés dont les plus retentissants sont l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis et la victoire du Brexit au Royaume-Uni. Parallèlement, plusieurs ouvrages récents annoncent ou espèrent la fin de la mondialisation comme ceux de François Lenglet, Jacques Sapir et Arnaud Montebourg[1]. De son côté le journal Le Monde a cherché à y voir clair en publiant une riche enquête sur la mondialisation (6 articles) en juillet 2016. L’éditorial du même journal publié le 14 novembre 2016 préfère dénoncer le fantasme de la « démondialisation ». Toujours est-il que les réalités du monde contemporain changent vite, surtout depuis la crise financière de 2008-2009. Un « nouveau monde »[2] se met-il en place ? D’une manière plus précise, l’hebdomadaire Le un titre son numéro 136 du 4 janvier 2017 Vers la fin du monde démondialisé ? Dans ce numéro passionnant un géographe, Michel Foucher, pense que « la démondialisation qui s’amorce est en réalité une désoccidentalisation de la mondialisation » tandis que l’écrivain Erik Orsenna prescrit « la géographie comme remède au simplisme politique et aux folies mercantiles ».
Jean-Pierre RAISON nous a quittés. Il nous avait rejoints une dernière fois aux Cafés-géo, lors d’un repas en décembre 2014, dans un de nos « restau-géo », malgache en l’occurrence, qu’avait animé Françoise, son épouse, spécialiste de l’histoire contemporaine de Madagascar. Tous deux avaient vécu plus de huit ans à Madagascar et sa thèse « Les hautes terres de Madagascar et leurs confins occidentaux. Enracinement et mobilité des sociétés rurales », publiée en 1984 a constitué un des travaux majeurs de la géographie tropicale de langue française, dans la lignée de Paul Pélissier qui fut son maître et inspirateur, et de Gilles Sautter. Depuis 1989 il avait été mon collègue au Département de Géographie de Nanterre, dont aux Cafés-géo nous avons accueilli bien des géographes qui étaient tous ses élèves : Alain Dubresson, Philippe Gervais-Lambony, Frédéric Landy, Emmanuel Lézy, Sophie Moreau.
Jean-Pierre RAISON avait acquis de la société malgache une connaissance intime dont je peux témoigner moi qui ai eu la chance de le suivre dans le dédale des sentiers qui relient les villages de Hautes Terres. « Le géographe est forcément un sensuel » disait Jean-Pierre dont la curiosité était sans limites.
Au-delà de ce terrain, Jean-Pierre Raison avait été un acteur très important des débats et remises en cause qui ont animé la géographie tropicale de langue française à partir de 1960.
Un livre d’évocations, d’hommages, de souvenirs, dont le ton inattendu, est celui d’une « autre géographie » est fortement recommandé à tous : « Les raisons de la géographie, itinéraires au Sud avec Jean-Pierre Raison » Karthal, 2007
Michel Sivignon Le 21/07/2016
Alain Dubresson, son continuateur à Nanterre, nous a autorisés à reproduire le texte qui suit.
Jean-Pierre Raison, professeur émérite de Géographie, nous a quittés dans la nuit du 16 au 17 juillet 2016. Il s’est éteint sur le sol du Livradois auquel le liait une profonde passion, partagée avec les hautes terres malgaches et les campagnes africaines. Né le 8 août 1937, ce « sédentaire contrarié », comme il s’est défini lui-même, n’a cessé de pratiquer d’incessants va-et-vient entre les institutions d’une part et ses terrains de prédilection d’autre part.
Ancien élève de l’École Normale Supérieure (Ulm) de 1957 à 1962, reçu premier à l’agrégation de Géographie en 1961, il débute sa carrière d’enseignant au Lycée Eugène Fromentin à La Rochelle. En 1964, détaché à l’Office de la Recherche Scientifique et Technique Outre-mer (ORSTOM, aujourd’hui Institut de Recherche pour le Développement, IRD), il est affecté à Tananarive et y devient chef de la Section de Géographie. Nommé en 1977 Directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), il prend en charge la chaire de géographie des petits espaces ruraux. Mis à la disposition du ministère des Relations extérieures après 1981, Jean-Pierre Raison devient sous-directeur de la Recherche et de l’Information scientifique, puis il est élu professeur à l’université de Paris X-Nanterre (chaire de géographie tropicale) en 1989. Il y exerce les fonctions de Directeur adjoint de l’UFR SSA et de responsable pédagogique du premier cycle et dirige le laboratoire Géotropiques (EA 375) de 1997 à 2001.
Jean-Pierre Raison était un inlassable travailleur, soucieux d’agir sur tous les fronts et ne séparant jamais recherche, action et engagement personnel. Il a été membre de nombreux conseils scientifiques, dont ceux du Centre International de Recherche Agronomique pour le Développement (CIRAD) qu’il a contribué à créer, du Département Systèmes Agraires et Développement de l’Institut National de Recherche Agronomique, (INRA), de l’ORSTOM, d’instituts français de recherche en Afrique (IFRA-Ibadan, IFAS-Johannesburg). C’est surtout au chercheur, au créateur et à l’homme qu’il faut rendre ici hommage. Plus de 200 publications lui ont valu, entre autres distinctions, la médaille de bronze du CNRS en 1985. Au sein d’un ensemble exceptionnel, on est bien en peine d’opérer une sélection ; c’est dans son chef-d’œuvre, Les Hautes Terres de Madagascar et leurs confins occidentaux. Enracinement et mobilité des sociétés rurales (Paris, Karthala-ORSTOM, 1984, 2 tomes, 662 et 614 p.) qu’on retrouvera les tréfonds de sa pensée et d’une capacité d’innovation dont est issu le concept de « sociétés géographiques ». En fondant, en 1985, la formation doctorale « Géographie et pratique du développement » associant alors l’EHESS, Paris X-Nanterre et Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Jean-Pierre Raison a placé notre université au cœur d’un dispositif ayant rayonné durant près de quinze ans bien au-delà du territoire national, attirant des doctorants venus d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. Ses anciens élèves ne s’y sont pas trompés, qui lui ont consacré un ouvrage collectif au titre évocateur (Landy F., Lézy E., Moreau S., (éds), Les raisons de la géographie, Paris, Karthala, 2007, 328 p.), beaucoup d’entre eux évoquant « une génération Raison » en portant un regard affectueux sur un maître qui leur a appris à regarder les sociétés « autres » avec patience et humilité. Jean-Pierre Raison pratiquait en effet une géographie humaniste du regard et du partage, et le signataire de ces lignes ne saurait mieux dire que le jardinier de Combris, lequel écrivait en 1991 : « Etre géographe, pour paraphraser Marc Bloch, ce devrait être se sentir solidaire de tout, de l’histoire dans sa profondeur, de l’univers dans sa totalité, solidaire de l’espace, du temps, ou plutôt des hommes dans l’espace et dans le temps, avec pour seul orgueil la conscience éclairée de son ignorance. »
Livradoise, malgache et africaine, que la terre lui soit légère !
Alain Dubresson, Professeur émérite
Département de Géographie et Aménagement Mosaïques/LAVUE, UMR 7218
Université Paris Ouest Nanterre La Défense
200 avenue de la République 92001 Nanterre Cedex
Quoi de commun entre la plage de l’hôtel de Sousse en Tunisie, la salle de concert du Bataclan à Paris, l’aéroport de Bruxelles en Belgique, le site de Palmyre en Syrie ou encore la discothèque gay d’Orlando en Floride ? Le terrorisme frappe-t-il au hasard ou n’y a-t-il pas dans ces lieux quelque chose de commun ?
Souvent raillée, la géographie des œuvres culturelles a de nombreux détracteurs, qu’ils considèrent au mieux comme sympathique mais inutile. Il me semble au contraire que géographie et musique font bon ménage. Olivier Milhaud, au FIG de 2015, a analysé 3 chansons pour introduire à un large public la démarche géographique de manière très pédagogique. Le zoo de Vincennes (Bénébar), Telegraph road (Dire Straits) et Supplique pour être enterré à la plage de Sète (Brassens) deviennent sous l’œil du géographe : milieu, espace, territoire, les 3 « paradigmes » de la discipline. Cela m’a fait penser à une chanson, travaillée dans le cadre du sujet « Mers et Océans » pour la préparation aux concours de l’enseignement en 2014-2015.

Le philosophe Michel Serres (Sourc:e http://www.culturebox.francetvinfo.fr)
Il aura fallu l’édition opportune1 de certaines chroniques que le philosophe Michel Serres dit à France Info le dimanche pour que je lise cette belle définition de la géographie.
015, annus horribilis pour la France. Les attentats de Paris en janvier et novembre, la crise des migrants, le chômage au plus haut, la forte poussée du Front National aux élections départementales et régionales, les interventions militaires en Afrique et au Moyen-Orient, les catastrophes climatiques…Des drames, des angoisses, des inquiétudes qui affectent la société française dans son ensemble, d’où la recherche – parfois désespérée – de remèdes efficaces pour soigner des maux toujours plus graves, du moins pour une partie de la population du pays.

Biot, le 4 octobre 2015, au lendemain des précipitations record de la nuit
(source : www.ouestfrance.fr )
La cause est entendue : le cocktail changement climatique/urbanisation galopante s’est révélé dramatique une fois de plus. Rien que durant les deux dernières décennies, cinq catastrophes d’ampleur comparable ont déjà ravagé le Midi méditerranéen français et cette sixième catastrophe s’est abattue avec une rare violence sur l’une des portions les plus urbanisées et densément peuplées du littoral français.

Le miroir d’eau de Bordeaux sous la canicule, juillet 2015 (source : www.20minutes.fr)
La canicule est au rendez-vous de l’été 2015, cela ne fait aucun doute. Paris a même battu son record historique du 28 juillet 1947 avec 39,7 degrés Depuis le début du mois de juillet, les fortes chaleurs n’ont pas vraiment quitté le Sud-Est et une grande partie de la France a subi une nouvelle vague de chaleur du 15 au 18 juillet. Des pannes de train et d’électricité perturbent la vie quotidienne de nombreux Français, des pics de pollution à l’ozone se succèdent. Les autorités politiques ont pris un maximum de précautions pour éviter la catastrophe de l’été 2003. Si les touristes ne semblent pas affectés par cette situation climatique, il n’en va pas de même pour d’autres secteurs comme l’agriculture. Même à Chablis où la vigne en a vu d’autres, les grappes de raisin commencent à souffrir de la sécheresse prolongée. L’affaire est entendue, le changement climatique augmente la fréquence et l’intensité des vagues de chaleur en France comme dans le reste du monde. La Conférence de Paris sur le climat prévue en décembre 2015 a du pain sur la planche, elle qui doit élaborer un nouveau texte pour remplacer le protocole de Kyoto venant à expiration en 2020.
En ces temps de commémoration des massacres qui ont amené au génocide arménien, il n’est pas inutile de revenir sur les textes des géographes qui ont abordé la question arménienne.
Commençons par Elisée Reclus. Après lui, une orientation scientiste de la géographie, une forme de pudeur devant ce qui est supposé du domaine du choix personnel et non pas de la science, et aussi un souci parfois exclusif du lien avec la géographie physique donnèrent à la littérature géographique un tout autre ton.
Retrouvez en vidéo l’entretien réalisé par Jacques-Benoît Rauscher pour le site Montésinos avec Maryse Verfaillie, agrégée de Géographie et auteur avec P. Stragiotti de La France des Régions (Bréal, 2000).
Prise de vue et montage : Jacques-Benoît Rauscher
© Montesinos.fr

Le bassin de la Villette de la Rotonde de la Villette (à gauche sur le plan) au pont levant de Crimée (à droite sur le plan) (site tourisme93.com)
Au promeneur naïf qui flâne le long du bassin de La Villette et du canal de l’Ourcq un jour d’hiver gris et brumeux, le paysage urbain rappelle certaines pages de Simenon ou l’atmosphère des films de Marcel Carné. Ecluses de Jaurès du début du XIXe siècle, gros pavés irréguliers des quais de Loire et de Seine, silhouette massive des anciens entrepôts des Magasins généraux, grosse péniche à la coque décolorée…Plus en amont, sur une rive du canal, un pêcheur à casquette, sans âge. Un monde immobile ? En fait un des lieux les plus dynamiques et les plus « branchés » de Paris.
Ainsi donc, la Grèce a vécu le 25 janvier 2015 un dimanche électoral de folie : plus de 800 correspondants de presse du monde entier pour assister à la victoire de la Coordination de la Gauche Radicale, dite en grec Syriza. Attention portée à la Grèce, mais aussi crainte (ou espoir) d’une contagion à l’ensemble de l’Europe.
Les outils classiques du géographe (l’analyse de la différenciation spatiale) sont-ils adaptés et efficaces pour rendre compte de la crise et de la réponse du corps électoral ?
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Dessins de Cabu, mai 2012
Ces trois dessins de Cabu s’inscrivent dans le contexte de mobilisation citoyenne née en 2010 pour sauver les serres d’Auteuil, menacées par le projet d’extension et de modernisation de Roland-Garros soutenue par la Mairie de Paris. En mai 2012, notre ami Jean-Louis Tissier, professeur émérite de géographie à l’Université de Paris 1-Panthéon-Sorbonne, membre du Comité de soutien des serres d’Auteuil, s’était chargé de montrer le site des serres d’Auteuil au dessinateur Cabu, soucieux d’apporter sa contribution à la mobilisation citoyenne.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a institué en 1988 une Journée mondiale de lutte contre le sida. Depuis cette date celle-ci est organisée tous les 1er décembre pour sensibiliser les différents acteurs et l’opinion internationale aux moyens les plus appropriés à la lutte contre la pandémie. Dans le même temps les avancées de la recherche permettent une connaissance grandissante du fléau jusqu’à pouvoir reconstituer aujourd’hui son origine et les étapes de sa diffusion.
La revue américaine Science a publié le 3 octobre dernier un remarquable travail scientifique permettant de reconstituer le parcours géographique du sida (VIH ou virus de l’immunodéficience humaine) depuis son apparition dans l’actuelle République démocratique du Congo dans les années 1920.[1]
Maurice Le Lannou définissait la géographie comme la science de l’homme-habitant (La géographie humaine, 1949). Il fut vivement pris à partie par Pierre George qui lui reprocha son angélisme. Pour ce dernier, l’homme était un producteur et un consommateur, point de vue strictement matérialiste qui n’avait que faire d’une dimension psychologique de la relation de l’homme avec son environnement. Par là Le Lannou se rapprochait de Gaston Bachelard et faisait le lien avec l’anthropologie sociale, sans d’ailleurs la mentionner spécialement. Il n’était pas un théoricien.
Depuis une trentaine d’années, la cigarette n’est plus en odeur de sainteté. Autrefois prônée, comme pendant la guerre, pour ses vertus sur la respiration (!), l’industrie du tabac est aujourd’hui très limitée dans sa communication, en particulier en France. Loin de moi l’idée de remettre en cause l’avancée sanitaire, mais cela va au-delà désormais : la guerre est déclarée à l’encontre des fumeurs. Avec des espaces faits pour eux, qui changent l’espace de chacun, voici une petite géographie face à la fumée. (Lire la suite…)
En préparation du CAPES, on nous enseigne beaucoup de vocabulaire pour penser en géographe. Pendant que mes collègues historiens essaient d’ingérer ces mots parfois barbares, j’ai réfléchi à ce jargon.
Il me semble que le radical reste, mais que le suffixe change pour analyser les objets en géographie. Urbanisme, urbanisation, urbanité, en 30 ans, nous passons de l’idéologie aux processus puis au concept. Qu’est-ce que cela nous apprend sur la géographie ?
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Comme chaque année, l’approche de la Saint-Valentin déverse, dans toutes les vitrines, son lot de roses pourpres et de cœurs vermeils. Pourtant, la place de l’amour dans la ville est plus que jamais discutée, si l’on en croit la pénalisation croissante de la prostitution, ou l’opprobre (quasi) généralisée (mêlée d’une pointe d’admiration) guettant toute célébrité qui s’écarterait de son devoir conjugal.
Sentiment d’attachement fort à une personne (ou un objet, quoique nous excluions cette forme d’amour de notre propos) ou acte qui concrétise ce penchant, l’amour est à la fois fascinant et secret. Fascinant, pour des populations repues d’austérité et assoiffées de merveille. Secret, pour des amants qui toujours recherchèrent les lieux les plus isolés pour s’adonner à leur passion charnelle.
C’est donc à cette ambiguïté géographique de l’amour que nous nous attacherons.
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Première bonne nouvelle de l’année, selon Michael Bloomberg, le maire de New York, Bill Gates est redevenu l’homme le plus riche du monde avec plus de 78 milliards de dollars en poche, et de nombreux médias ont répercuté cette importante information. Nous voilà soulagés ! C’est qu’il nous a fait peur en 2012, Bill Gates, détrôné qu’il fut par le Mexicain Carlos Slim, symbole des pays émergents qui détrônent l’Amérique… En jetant des milliards par les fenêtres pour essayer de rendre le monde plus équitable, Bill Gates prenait pourtant un risque. Les résultats de l’année 2013 ont montré que l’investissement était au contraire juteux !
Depuis quelques mois maintenant, les Cafés géographiques sont sur Facebook. Et, comme tous ceux qui s’y sont essayés, ils reçoivent des publicités « ciblées ». Passons sur le fait que Facebook propose nécessairement à toute personne qui aurait sélectionné, pour son profil, le sexe féminin, des publicités sur les régimes (une femme aurait comme « nécessairement » des kilos à perdre)… Passons également sur la dangerosité des régimes proposés. Mais intéressons-nous aux représentations et à la géographie de la maigreur.

Le caviar reste un produit de fête prestigieux même si la géographie de sa production a bien changé depuis deux décennies (source : http://www.caviarpassion.com »>www.caviarpassion.com
Chaque année en décembre, les pages des magazines consacrées aux repas de fêtes n’omettent rien des différentes variétés de caviar qui doivent figurer sur les meilleures tables. Le caviar garde son aura de mets de luxe malgré de profondes transformations dans sa production et sa commercialisation. Là aussi, la mondialisation est passée par là et, pour prendre un seul exemple, le caviar made in France livre depuis quelques années une bataille impitoyable au caviar made in China. De leur côté, ignorant la part de marché croissante accaparée par les supermarchés, les grandes maisons qui commercialisent le produit aux œufs d’or (noir, gris ou brun) ne sont pas en reste en matière de compétition en fourbissant leurs armes, à grands renforts de communication et de nouveaux rituels de dégustation.

La lingerie est un secteur économique qui se porte bien à l’échelle mondiale (Source : L’Express.fr)
Cette année encore, le 13 novembre 2013 à New York, le défilé de la marque de lingerie californienne Victoria’s Secret a été l’occasion d’un grand show à l’américaine avec casting de rêve et mise en scène spectaculaire, une véritable célébration des sous-vêtements parmi les plus affriolants. Dans quelques semaines, en janvier 2014, cette fois-ci à Paris, le Salon international de la lingerie réunira pendant trois jours de très nombreux professionnels du secteur tout en drainant un important public de visiteurs. Dans notre monde globalisé, le marché de la lingerie se porte bien et même très bien, en France comme dans le monde.
195 pays de la planète, réunis à Varsovie dans le cadre de la Convention des Nations Unies sur les changements climatiques, viennent péniblement de se mettre d’accord sur un compromis fixant la feuille de route des grandes échéances qui doit conduire à un accord mondial sur le climat en 2015. Dans le même temps, depuis de nombreuses années déjà, de réels efforts sont entrepris à l’échelle locale, particulièrement sur les continents européen et américain, pour faire face à l’impact du changement climatique.
Le concept de frontier attribué à Frederick Jackson Turner au tournant des XIXe et XXe siècles a encore de beaux jours devant lui. Définie comme la limite du monde civilisé en 1935 dans The Frontier in american history, la frontier de Turner est un concept associé à un espace (ici l’Ouest américain) doté d’une nature qu’il faut dompter pour pouvoir ensuite aménager le territoire nouvellement conquis. Aujourd’hui, la frontier (que les géographes ne traduisent pas en français pour la distinguer de la frontière comme limite de souveraineté) nous permet d’évoquer des espaces pionniers qui, selon la formulation de Roger Brunet, « avancent dans l’inconnu ». C’est donc sans surprise que l’on y retrouve l’Arctique. Le sujet en géographie n’est pas nouveau, il est d’ailleurs présent dans les programmes de l’enseignement secondaire.
Guerlain, l’un des fleurons du luxe français, vient de rouvrir sa boutique historique à Paris. Entièrement rénovée par l’architecte Peter Marino, la boutique est désormais dotée d’un restaurant animé par le chef étoilé Guy Martin.
Le 13e salon aéronautique de Dubaï a ouvert ses portes le 17 novembre 2013 et, dès le premier jour, il a enregistré un montant record de commandes qui profite surtout à l’américain Boeing avec son nouveau long-courrier Boeing 777X. Mais l’européen Airbus tire également bénéfice de ces commandes historiques grâce notamment à son A380, le plus gros avion civil de transport de passagers actuellement en service. C’est du jamais vu. Ce sont les trois principales compagnies du Golfe qui sont à l’origine de cet événement. Emirates de Dubaï, Etihad d’Abu Dhabi et Qatar Airways ont commandé pour environ 140 milliards de dollars dans ce qui s’avère être une nouvelle manche du match Boeing-Airbus, après le salon du Bourget qui avait vu la victoire de justesse de l’avionneur européen sur son rival de Seattle. La bataille entre les deux constructeurs se concentre désormais sur les long-courriers alors qu’elle a longtemps porté sur le marché des appareils moyen-courriers.
Deux personnes devisent dans un parc. A l’ombre d’un arbre, elles échangent sur les mérites et les atouts dudit parcet du banc sur lequel elles sont installées.
Puis la conversation dévie sur la Guadeloupe. L’un de nos protagonistes, un jeune homme, en est originaire, du moins c’est ce que l’on croit comprendre ; l’autre, une dame âgée, explique que sa fille est en partance pour l’île. « L’insulaire » entreprend de lui dépeindre la terre d’origine de son père: « C’est une île tropicale, ajoute-t-il, avec sable fin, mer bleu turquoise, cocotiers, soleil à volonté ». « Le monde n’est pas seulement tel qu’il est mais aussi tel qu’on se le représente à travers un imaginaire géographique ». Mais ces atouts sont réels comme le rappelle Jean-Christophe Gay dans « Les cocotiers de la France. Tourismes en outre-mer ».
« Pourquoi ne partez-vous pas avec votre fille ? » demande le jeune homme ; la distance et l’avion lui font peur dit-elle. Ce petit paradis terrestre est à portée de tir, selon lui, puisque finalement on y est en huit ou dix heures selon que l’on prenne un vol charter ou régulier. Finalement Pointe-à-Pitre en avion est plus proche que Marseille en voiture ! Mais question coût, la donne change car un vol aller/retour fin juillet-début août sur Air France s’élevait à plus de mille euros minimum.
La grande mouvance de l’écologie célèbre les 20 ans du retour du loup en France. En 1993, la revue Terre Sauvage avait été la première à annoncer ce retour, après que le premier loup eut été aperçu l’année précédente dans le Mercantour, venant d’Italie. Le grand canidé a depuis lors traversé les autoroutes et même le Rhône, atteint les Cévennes, le Jura, les Vosges, a été repéré dans le Morvan. 250 individus sont recensés aujourd’hui. Bien que la Convention de Berne, signée en 1979, assure sa protection, il s’agit d’un retour encore timide, car ce carnivore était mille fois plus présent sur le territoire français au XIXe siècle. L’homme s’est livré à une chasse sans merci, liquidant en masse : 1 200 loups tués dans la seule année 1850, le dernier ayant été abattu voici quelques dizaines d’années.
Selon Buffon, Canis lupus est naturellement grossier et poltron, mais il devient ingénieux par besoin et hardi par nécessité. Lorsque la maraude lui résiste, il revient souvent à la charge. Les chiens se carapatent, les brebis sont mangées et les bergers se désolent et crient au loup. Entre toucher les primes d’assurance et équiper les chiens de garde de colliers défensifs, le choix est fait. Choix différent de celui des éleveurs italiens, qui ont affaire à dix fois plus de loups : ils n’ont pas d’assurance et des brebis qui font du lait, et qui rentrent donc chaque soir à la bergerie, à la différence des moutons à viande français, qui couchent dehors.
Mi juin 2013, la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) Paris Île-de-France et le Comité régional du tourisme Île-de-France (CRT) ont lancé un site Internet à destination des professionnels du tourisme : Do You Speak Touriste ?. Le site propose ainsi aux professionnels du tourisme des fiches par nationalité, pour les aider à se comporter de manière adéquate avec les touristes. Douche froide pour celui qui regarde ce site qui semble être une parodie de nombreux sketchs humoristiques sur les clichés nationaux.
Avant les attentats de Boston, l’actualité médiatique était « monopolisée » par la Corée du Nord : les annonces du nouveau dirigeant, Kim Jong-Un, concernant l’escalade de menaces contre les Etats-Unis ont amené beaucoup d’articles de presse, plus ou moins éclairés, sur la possible attaque du territoire étatsunien. Parmi les commentaires, les photographies officielles dévoilées à la presse du monde entier ont fait couler beaucoup d’encre. Si certains médias ont eu la décence d’utiliser un point d’interrogation1, d’autres2 seront nettement moins prudents, et titreront, sans point d’interrogation, combien « la Corée du Nord dévoile des secrets militaires sur des photographies officielles ». Pourtant, la source commune de tous ces articles de presse, l’AFP (dont la dépêche titrait avec le point d’interrogation), avait déjà publié, deux jours plutôt, sur son blog Making-of, un décryptage des photographies nord-coréennes présentant le matériel militaire, montrant combien les dites photographies n’étaient que d’évidents montages.
Habebamus papam 1
11 février 2013, le pape Benoît XVI annonce qu’il va rendre son tablier. L’âge l’a rattrapé. Il range au placard mitre de Pie IX, chasubles brodées de poissons et férule pontificale. L’événement est rare mais des précédents existent. Il l’a annoncé dans un discours en latin. Mais curieusement, son compte twitter n’annonçait toujours pas la nouvelle à 16h alors que les sites d’informations en ligne consacraient une bonne partie de leur page d’accueil à son départ. Ne reste plus qu’à trouver un remplaçant pour Pâques à chacun sa quête, un pape pour l’Eglise catholique, les ufs pour les enfants.
L’Australie entre imagination et découverte, à propos de « L’âge d’or des cartes marines », exposition à la BNF (23 oct 2012-27 janvier 2013).
Le 4 novembre 2011 a été vendu aux enchères, à Richelieu-Drouot par Pierre Bergé et Associés, un exemplaire d’un ouvrage qui rassemble des relations de voyages du 17° siècle et d’époques antérieures. Une carte l’accompagne, Terre australe découverte l’an 1644, reproduite ici, c’est tout bonnement la première carte de l’Australie en français, dans l’état des connaissances de l’époque. Inutile de dire que ce livre a été vendu pour une somme rondelette : 14.000 euros. Peut-être un collectionneur australien ?
Je me rappelle très précisément le 5 juillet 1962.
Une image me revient, celle de la descente en avion sur Oran :le survol des bidonvilles interminables, proches de l’aéroport, ponctués de figuiers et partout surmontés ce jour là de drapeaux verts et blancs, innombrables. L’affaire était pliée; une nouvelle ère commençait. C’était une chose d’avoir manifesté pour la paix en Algérie durant mes années d’étudiant et c’était tout autre chose d’assister à ce bouleversement, la fin de 130 ans de colonisation française. Le paysage de la nouvelle Algérie, au sens propre, me sautait aux yeux.
Un article du Monde (Dimanche 5 Juin-Lundi 6 Juin 2011) intitulé de manière maladroite « La musique baroque, identité roumaine » traite de la découverte, dans des églises abandonnées de Transylvanie (Roumanie) de partitions du 17° et 18° siècle, qu’un musicologue local, Kurt Philippi, s’emploie à sauver.
Les églises sont celles de la communauté saxonne de langue allemande installée là à partir du 13° siècle et convertie au luthérianisme au moment de la Réforme.
Les quartiers centraux des grandes villes grecques sont depuis le 6 décembre 2008 le théâtre d’affrontements violents ; des sièges de banques sont mis à sac, des magasins sont pillés,des postes de police attaqués. Des foules considérables de jeunes et très jeunes gens manifestent. A l’origine de ces troubles, la mort d’un jeune homme à Athènes tué par une balle tirée par un policier.
Les émeutes qui secouent la Grèce depuis plusieurs jours ne surprennent guère les Grecs eux-mêmes et ceux qui suivent l’actualité de ce pays. Depuis deux ans déjà, les étudiants étaient particulièrement inquiets de la politique suivie par le gouvernement conservateur de Kostas Karamanlis, au pouvoir depuis 2004 et confirmé par les législatives anticipées de septembre 2007. Une loi, accompagnée d’une modification de la Constitution autorise désormais l’ouverture d’universités privées en même temps qu’une série de dispositions modifie le fonctionnement des universités (évaluation des enseignants, fin des distributions gratuites de manuels etc.…). Depuis deux ans, l’année universitaire est hachée de grèves et de manifestations. Ce mécontentement profond et diffus est relayé par l’agitation lycéenne, dans un pays où les études et les diplômes apparaissent à beaucoup de familles comme la seule possibilité de promotion sociale. Les familles investissent des sommes énormes dans l’éducation des enfants : les lycées sont doublés d’établissements privés, les frondistiria qui fonctionnent l’après midi et le soir et où on répète les leçons du lycée. On trouve ce système même dans les petites bourgades équipées d’un établissement secondaire. Les études supérieures engagent d’autres frais : on vend communément à la campagne des terrains bien placés pour un futur usage touristique, pour permettre de financer des études à l’étranger. Les Grecs sont les Européens qui vont le plus volontiers étudier hors de leurs frontières.
J’aurais dû être fortement touché par mai 68. Ce ne fut pas le cas.
En mai 68, nous étions en Grèce, où nous étions arrivés en octobre 67. Nous allions y rester jusqu’en octobre 1970. La Grèce était sous la botte des colonels depuis le 21 avril 1967. C’étaient donc les premiers mois de la dictature.
Dans le centre des Sciences Sociales où nous étions détachés, Pierre-Yves Péchoux et moi-même, nous nous trouvions aux premières loges pour assister à l’installation du nouveau pouvoir. Nous avions vite compris ce que signifiaient les mots de dictature, prison, liberté : il suffisait d’observer ce qui se déroulait sous nos yeux.
La question s’était posée à nous : fallait-il continuer et donner en quelque sorte notre caution indirecte à ce nouveau régime ? J’avais répondu par l’affirmative, tous mes amis grecs pensant que nous pouvions être beaucoup plus utiles en restant sur place qu’en quittant le pays.
A l’occasion de l’exposition au Grand Palais (Paris) 13 octobre 2007-28 janvier 2008. Metropolitan Museum of Art (New York) 27 février – 18 mai 2008. Musée Fabre (Montpellier) 14 juin – 28 septembre 2008.
« Un bâtisseur, un rude gâcheur de plâtre, un broyeur de tons » (Cézanne, à propos de Courbet)
Pour cette rentrée 2006 qui s’ouvre à Saint-Dié sur l’Amérique, Gilles Fumey prévient : la géographie de l’argent et de la finance peut donner une idée de la position de l’Amérique dans le monde aussi bien qu’une géopolitique des Etats. Un sujet qui n’a pas intéressé beaucoup de géographes depuis Jean Labasse. Pourtant, quelle leçon que ce fordisme planétaire !
Pour entrer dans la pensée et le travail de Philippe Descola, le géographe peut commencer par « Les lances du crépuscule » (Terre humaine, Plon) . Le prologue, très fourni, donne à mon sens la description la plus sensible et la plus juste de ce coin d’Amazonie équatorienne, avec ses bourgades commerçantes décaties, souvent d’origine ancienne mais sans passé visible et les Indiens qui déambulent maladroitement sur les trottoirs chaotiquesavant de rejoindre leur forêt. Dans cette description, Descola fait de la géographie parce qu’il a besoin, avant de pénétrer dans les mythes des Indiens Achuar, de décrire les rapports qu’ils entretiennent avec le monde qui leur est extérieur : les autorités, la ville.
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Au nom de la rose, Cyril Froidure, 09 février 2013
au-nom-de-la-rose.pdf
Watican 2.0, Cyril Froidure, 11 décembre 2012
watican-2.pdf
Obama-Romney, l’archipel et le gruyère, Manouk Borzakian, 05 décembre 2012
obama-romney.pdf
Made in…, Cyril Froidure, 28 novembre 2012
made-in.pdf
L’histoire et la géographie malmenées sur twitter, Bénédicte Tratnjek, 21 novembre 2012
histoire-geographie-twitter.pdf
Nay Pyi Taw quèsaquo ?, Cyril Froidure, 7 novembre 2012
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Les risques de l’escalade, Cyril Froidure, 29 septembre 2012
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En attendant Rio, Agathe Maupin, 17 août 2012
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Postérité olympique, Cyril Froidure, 17 juillet 2012
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Mai 2012 – Nouvelles de Grèce, Michel Sivignon, 18 juin 2012
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UPM ou la mer du milieu en rade, Cyril Froidure, 07 mai 2012
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Quand Sarko a un trou à sa géo…, Gilles Fumey, 17 avril 2012
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Vivez dans une carte postale !, Michel Sivignon, 6 avril 2012
http://cafe-geo.net/vivez-dans-une-carte-postale/
L’Inde ou la footbalisation heureuse, Michel Giraud, 1 mars 2012
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Tout sauf prof de géo !, Gilles Fumey, 23 février 2012
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Evidences picardes, Cyril Froidure, 18 février 2012
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Chine – Corée du Nord : une frontière passoire ?, Gilles Fumey, 06 février 2012
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« Alésia ? Connais pas Alésia ! », Bénédicte Tratnjek – mercredi 1er février 2012
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En voie de disparition…, Cyril Froidure – mardi 17 janvier 2012
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Oh oh oh ! AAA ?, Cyril Froidure – dimanche 18 décembre 2011
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Le métro parisien par le bout du nez, Gilles Fumey – jeudi 24 novembre 2011
metro-parisien-nez.pdf
Breaking news, broken geography, Cyril Froidure – jeudi 10 novembre 2011
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