Les routes de la soif. Voyage aux sources de la mer d’Aral (Cédric Gras (Stock, 2025).

Le titre est un jeu de mots (« soif » / « soie ») qui donne deux clés essentielles de l’ouvrage, la localisation (l’Asie centrale parcourue par les antiques routes commerciales chinoises) et le thème majeur (le stress hydrique dont souffre cette région).

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Asie centrale (300-850) : des routes et des royaumes, d’Etienne de la Vaissière

Caravane sogdienne et gardes turcs. Lit funéraire du Musée Miho, Chine, VIè siècle

Ecoutez ce que nous dit  Etienne de la Vaissière, en guise d’introduction : « Cher lecteur, tu vas entrer en eaux profondes et rien ne sera familier, rien ne sera connu, de peuples étrangers en toponymes abscons. Plonge ! Accepte d’être perdu, va de carte en carte … tu découvriras un monde immense ».

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Géopolitique de l’Ouzbékistan dans une Asie centrale très convoitée

C’est au retour d’un voyage en Ouzbékistan que Maryse Verfaillie retrace le rôle qu’a eu ce pays au cœur de l’Asie pendant plus de deux millénaires d’histoire.

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Etats et frontières en Asie centrale : relier le Ferghana au reste de l’Ouzbékistan, Denis Wolff.

1. Ouzbékistan. Sous le col de Kamchik, au nord
(cliché de Denis Wolff, 5 mai 2023)
(le même paysage en hiver, et en été)

Au printemps 2023, parcourant l’Ouzbékistan entre Tachkent et la plaine du Ferghana[i], je traverse en voiture la chaîne du Qurama par le col de Kamchik[ii]. J’avoue être quelque peu surpris d’effectuer ce voyage sur une autoroute – ou au moins une route à deux fois deux voies – dans une région de haute montagne. Le col culmine à plus de 2200 mètres et les sommets, visibles au fond, encore enneigés au mois de mai (à environ la même latitude que Madrid), traduisent une altitude élevée. Si cette autoroute se révèle utile au vu de l’importance du trafic (outre les nombreux véhicules visibles sur la photographie, on note la présence d’un panneau publicitaire au-dessus du lacet), sa construction a dû coûter fort cher. Or l’Ouzbékistan n’est pas un pays riche. Son PIB (produit intérieur brut) par habitant est faible (bien qu’en croissance) : selon les sources, il se situe entre le 125ème et le 168ème rang mondial, sur environ 200 Etats (celui de la France est entre le 23ème et le 39ème rang mondial).

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L’Eurasie, un ensemble continental de plus en plus signifiant ? Par Michel Bruneau.

Michel Bruneau. L’Eurasie. Continent, empire, idéologie ou projet. CNRS Editions, 2018

Lundi 17 novembre, nous accueillions au Café de Flore le géographe Michel Bruneau pour un café géo consacré à l’Eurasie. Michel Bruneau, directeur de recherche émérite au CNRS, a publié en 2018 un ouvrage passionnant sur cet immense espace continental. C’était l’occasion idéale d’appréhender ce vaste continent qui s’étend de l’Europe à l’Extrême-Orient, surtout connu pour ses Routes de la soie et sa Route de épices, même si celles-ci n’ont jamais unifié cet espace. Aujourd’hui, les projets russe d’Union économique eurasiatique (UEE) et chinois des « nouvelles Routes de la soie », des projets à la fois économiques et politiques, modifient notre manière de considérer l’Eurasie. Celle-ci n’est-elle pas en train de devenir un espace de plus en plus signifiant ? (suite…)

Les nouvelles routes de la soie : le grand dessein chinois, rencontre avec Emmanuel Vernon.

Café Géographique de Saint-Brieuc, 9 novembre 2018

Emmanuel Véron, est géographe. Il vient de rejoindre l’Ecole Navale en tant qu’enseignant-chercheur de géopolitique et de relations internationales après quatre années à l’INALCO (Département des Etudes chinoises). Spécialiste de la Chine et sinologue, il a soutenu sa thèse en 2016. Ses recherches portent sur les mutations de la Chine et sur les aspects géopolitiques et géoéconomiques liés à l’expansion de la puissance chinoise. 

Emmanuel Véron se propose d’analyser dans le cadre de ce café géographique la géopolitique des « nouvelles routes de la soie »,  pour mieux comprendre le grand dessein chinois. Pour la première fois, avec ce projet lancé en 2013, la Chine  prend l’initiative d’un plan qui a une dimension globale (diplomatique, économique, éventuellement militaire) et qui a pour terrain l’espace mondial. Les conférences, tables rondes, colloques, articles, documentaires qui se multiplient sur le sujet sont révélateurs des questions qui se posent sur ce tournant majeur dans la stratégie chinoise d’expansion de sa puissance qui pourrait modifier l’ordre mondial.

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L’Asie centrale, des empires à la mondialisation, par Julien Thorez.

Julien Thorez est géographe, chargé de recherche au CNRS, membre du laboratoire « Mondes iranien et indien ». Il a récemment dirigé la publication d’un ouvrage intitulé Asie centrale : des indépendances à la mondialisation.. Compte-rendu rédigé par Clara Curmi.

L’expression « Asie centrale » désigne une entité géographique dont les limites diffèrent suivant les périodes, les approches, les auteurs. Dans le cadre de cette conférence, Julien Thorez s’intéresse à l’Asie centrale post-soviétique, aujourd’hui composée de cinq états indépendants : le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Turkménistan, le Kirghizstan et le Tadjikistan. Au cœur du continent eurasiatique, cette région du monde turco-iranien été au centre du « grand jeu » entre l’empire britannique et l’empire russe au XIXe siècle. Après avoir été colonisée par l’Empire tsariste puis intégrée à l’Union soviétique, elle entre dans la mondialisation.

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Astana, la fabrique d’une capitale, par Christiane Barcellini.

Compte-rendu Cafés Géographiques de Saint-Brieuc, 23 octobre 2015

Astana. Photo Lise Barcellini, Christiane Barcellini

Christiane Barcellini, présidente de l’association « Les Cafés Géographiques de Saint-Brieuc » et géographe est intervenue sur le sujet « Astana, la fabrique d’une capitale » en remplacement du sujet prévu « A la recherche des protestants bretons », Laurent Theis ayant été hospitalisé d’urgence.

Astana, au coeur des steppes de l’Asie centrale, là où la température descend à -40°C en hiver, est la capitale du Kazakhstan depuis 1997. Cette ville surprenante, extravagante est née de la volonté d’un homme, Noursultan Nazarbaïev, président du Kazakhstan qui exerce, depuis 1991, une autorité absolue sur ce nouvel Etat né de l’implosion de l’URSS.

Astana accueillera l’Exposition internationale « Energie du Futur. Action pour la durabilité mondiale » du 10 juin au 10 septembre 2017.

Comment cette petite ville de province dans les années 1990, s’est-elle hissée au rang de capitale mondiale ? Il s’agit de comprendre, avec ce café géographique « Astana, la fabrique d’une capitale »,  le projet politique de Nazarbaïev.

Astana est la capitale spectaculaire d’un  pays immense (2 700 00 km2, soit cinq fois la France, 9ème au classement mondial), à la charnière de l’Europe et de l’Asie. Très enclavé, le Kazakhstan ne s’ouvre sur aucun océan. Il a des frontières communes avec deux grandes puissances, la Russie au nord (plus 6000km), la Chine à l’est (environ 1500km); au sud, il est limitrophe de trois Etats issus, comme lui, de l’ex-URSS : le Kirghizstan, l’Ouzbékistan et le Turkménistan. La population de 17 millions d’habitants, soit une densité d’à peine 5,5 habitants au km2, est située en périphérie du territoire. Les conditions naturelles rendent compte en partie de ce territoire-bracelet. Le centre du Kazakhstan est le domaine des températures extrêmes (-40°C l’hiver , +35°C l’été), des vents violents et des précipitations faibles (350 mm). La steppe d’Asie centrale, au climat continental semi-aride, qui couvre une grande partie du Kazakhstan, a longtemps été le domaine des pasteurs nomades à cheval. Pendant la guerre froide, l’URSS choisit cette steppe désertique pour ses essais et laboratoires nucléaires (polygone nucléaire de Semipalatinsk, cosmodrome de Baïkonour) ainsi que pour ses camps du Goulag.  L’aridité diminue à l’est (Altaï), au sud-est (monts Tian Shan) et au sud où quelques larges vallées ont favorisé la sédentarisation de la population; c’est là que se trouvent les principales et plus anciennes villes du Kazakhstan (Taraz, Chymkent), étapes prospères sur la route de la Soie, ainsi que l’ancienne capitale Almaty.  Les villes au nord du Kazakhstan, comme Pavlodar, reçoivent, pendant la période soviétique, une immigration massive de jeunes Russes, dans le cadre de la politique de « campagnes des terres vierges » et de russification des Républiques qui constituaient l’URSS. Les villes à l’ouest comme Aktaou doivent leur développement aux projets d’exploitation des vastes réserves de pétrole et de gaz de la mer Caspienne.

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Le journal de bord en Ouzbékistan (6 au 16 juillet 2004) : 1) Un pays aride aux paysages irrigués verdoyants !

Le premier voyage des Cafés géographiques à la découverte de l’Ouzbékistan

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Derrière Pierre Gentelle (directeur de recherche au CNRS), 25 membres des Cafés Géo se sont rendus en Ouzbékistan du 06 au 16 juillet 2004. Le voyage débute dès le 12 juin par une journée de préparation au voyage, qui permet de faire le point non seulement sur les données pratiques, mais aussi sur un aperçu général de la géographie du pays et de son contexte régional.

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Le journal de bord en Ouzbékistan (6-16 juillet 2004) : 3) L’un des derniers rideaux de fer de la planète.

Compte-rendu rédigé par Alexandra MONOT, avec l’aide de Edith BOMATI, Marie-Hélène GASSEND, Gilles FUMEY, Pierre GENTELLE et Olivier MILHAUD. Août 2004

III. L’un des derniers rideaux de fer de la planète.

MERCREDI 14 JUILLET 2004 : De Samarcande à Termez.

En ce 14 juillet, le départ est fixé à 7h30. Notre bus ne pouvant pas franchir les montagnes par la route acrobatique avec un col à 1788 m., nous partons vers le Sud en longeant la chaîne du Zeravchan. Le paysage se lit facilement. Au premier plan, se déploie un plateau de lœss non irrigué sur lequel les cultures pluviales sont possibles (200 mm/an). De nombreux bovins y pâturent et ont l’air d’y prospérer davantage que ceux que nous avions vu précédemment. Au second plan, nous apercevons un glacis d’accumulation de lœss sous la forme de collines érodées par les pluies. Sur ce glacis, la végétation est rare. Au pied du glacis, au débouché des rus, se développent des oasis sur les cônes de déjection avec une implantation humaine en petit village groupé. A l’arrière plan, les montagnes culminent, dans cette extrémité occidentale de la chaîne du Zeravchan à 2200 m. Cette chaîne est un batholite de granit porté en altitude et érodé, sur lequel il y a peu de végétation. Pour entamer cette longue journée de route, Pierre Gentelle tient, dans le bus, le micro sur les nomades et les sédentaires.

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