L’Arctique : changements environnementaux, développements régionaux, ambitions géopolitiques

Compte rendu du café géographique du jeudi 16 janvier 2020, à 18h30 à Annecy (Café librairie BD Fugue Centre Bonlieu). « L’Arctique : changements environnementaux, développements régionaux, ambitions géopolitiques » par Eric Canobbio, maître de conférences à l’université Paris-VIII Saint-Denis et chercheur spécialisé dans la régionalisation du domaine arctique canadien et ses enjeux géopolitiques.

 

  • Présentation :

 

Les questions que l’on se pose aujourd’hui sont révélatrices du changement de nature et de statut de l’Arctique.

Ce sujet s’est complexifié depuis 15 ans et on l’appréhende aujourd’hui à travers de grandes thématiques avec une échelle commune : l’Arctique au singulier. Or, les géographes ont surtout tendance travailler à des échelles nationales et locales qui sont signifiantes pour l’appréhension des changements sociétaux et des grandes questions environnementales.

 

La définition et les limites de l’Arctique sont complexes ; c’est un espace non homogène, polymorphe et polysémique historiquement. On considère que l’Arctique commence au cercle polaire 66.33°, ce qui fabrique un espace de plus de 21 millions de km². Cet espace est particulier dans la mesure où il s’agit d’abord d’un océan avec des littoraux très complexes. Ces derniers sont très découpés, très différenciés, et ce petit océan forge l’illusion d’une unité. Ainsi, on a parlé historiquement de “méditerranée arctique”, mais cette expression n’est pas exacte ; il s’agit d’une mer cloisonnée et non pas d’une mer de lien.

 

Cet espace complexe est vu à travers une représentation très ancienne (mais fréquente dans la cartographie actuelle) qui est celle de Mercator, c’est à dire une projection polaire. Cependant ce n’est pas comme cela qu’on a intégré les espaces polaires dans la composition des états nations à dimension polaire. Les Etats ont intégré ces espaces comme des grands nords en regardant l’Arctique du sud vers le nord. Cette dimension géographique est importante sinon nous ne pouvons pas comprendre le retournement de représentation qui a lieu depuis une quinzaine d’années. Auparavant on parlait “des espaces des grands nords” (en s’intéressant par exemple à la question des fronts pionniers, du pétrole en Alaska, du pétrole et du gaz en Russie, à l’aménagement du grand nord…).

Aujourd’hui on pense l’Arctique comme un espace mondial dans sa définition. Cela démontre comment en une quinzaine d’années on est passé des représentations traditionnelles cloisonnées par les états-nations (Norvège, Etats-Unis, Finlande…) pour aujourd’hui s’intéresser à l’Arctique globalement. C’est en additionnant ces deux manières de se représenter cet espace qu’on arrive à des échelles de lectures assez pertinentes. Selon Eric Canobbio “l’une ne doit pas tuer l’autre, c’est l’une et l’autre.”

Toutefois, l’unicité polaire n’existe pas pour le géographe : l’unicité n’existe pas même dans le climat car c’est un espace très hétérogène qui compte au moins 6 ou 7 climats différents. Au sein d’un certain nombre d’ouvrages et des médias, c’est pourtant l’idée d’une région, singulière, uniforme, qui est véhiculée.

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Les mondes arctiques en ébullition

Débat « Les mondes arctiques en ébullition » avec Eric Canobbio (maître de conférences en géographie, Université Paris 8) le mardi 31 mai à 19h30 au premier étage du Café de Flore, 172 bvd Saint-Germain, 75006 Paris, M° Saint-Germain

Olivier Milhaud donne le coup d’envoi de ce Café Géo en présentant au public venu nombreux l’intervenant de la soirée, Eric Canobbio, Maître de conférences en géographie à l’Université Paris VII Saint-Denis, auteur notamment de l’Atlas des Pôles aux Editions Autrement (2007), de Géopolitique d’une ambition inuite : le Québec face à son destin nordique aux Éditions du Septentrion (2009) et de Mondes arctiques : Miroirs de la mondialisation à la Documentation photographique (n°8080, mars-avril 2011).

Claudine Chantre introduit alors le sujet : les mondes arctiques en ébullition. Poursuivant la métaphore calorique, elle invoque une récente surchauffe médiatique ayant remis la question de la géopolitique de cette région sur le devant de la scène. De la « ruée vers l’or » évoquée par le New York Times en 2005 à l’expédition russe ayant planté en 2007, à 4261m sous la surface et à la latitude du pôle Nord, un drapeau national, en passant par l’ouverture de nouvelles voies maritimes et la possible exploitation de réserves d’hydrocarbures, les journaux ont témoigné d’un regain d’intérêt pour le sujet, certains allant même jusqu’à prédire le début d’une nouvelle « guerre froide », comme le suggérait Libération le 15 août 2007. Suivant cette dynamique, un chapitre du programme de seconde était cette année consacré aux mondes arctiques.

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