Date / Heure
27/05/2014
19:30 - 21:30

Emplacement
Café de Flore

Catégories


Débat « Géographie et sexualités » avec Rachele Borghi (Paris IV) et Charlotte Prieur (Paris IV). Animation : Judicaëlle Dietrich. Au premier étage du Café de Flore, 172 boulevard Saint-Germain, 75006 Paris (M° Saint-Germain), le mardi 27 mai 2014 de 19h30 à 21h30.

Résumé

Rapprocher genre, sexualités et géographie suscite encore l’incrédulité chez certains géographes français alors que leurs homologues anglophones en ont fait un champ à part à l’intérieur de la discipline. Il existe pourtant plusieurs types de travaux en géographie utilisant les outils théoriques et méthodologiques des études de genre et des sexualités.

Ces géographies sont influencées par le courant postmoderne dont une des caractéristiques majeures réside dans la déconstruction et la critique des catégories avec lesquelles a été pensé le monde moderne. Ainsi, ces nouveaux champs permettent de repenser la discipline « géographie » en réfléchissant à ses fondements sexistes comme les études postcoloniales poussent à penser ses fondements racistes. S’ajoute la volonté d’introduire une dimension réflexive dans la manière de produire les sciences et les savoirs.

Les géographies queers permettent désormais de questionner les conséquences spatiales des subversions et transgressions de ces normes de genre mais aussi d’interroger à nouveaux frais la manière de faire de la géographie. Les méthodes et les grilles de lecture utilisées jusqu’alors sont-elles toujours efficaces ? Ne doit-on pas adapter les méthodes de recherche à chaque sujet ? La réflexion se décale en interrogeant la pertinence des binarités. Masculin et féminin, homme et femme sont les deux partis impliqués dans le rapport social de genre. Les théories queers réfutent l’imperméabilité de ces catégories tout comme la dichotomie hétérosexualité/homosexualité. Elles permettent ainsi de penser le genre en lien intrinsèque avec les sexualités.

Les théories queers s’appuient plutôt sur le concept de performance de genre qui produisent et reproduisent des normes de genre hégémoniques ou au contraire les subvertissent et les transgressent. Les géographies queers pensent par ailleurs l’espace en termes de réseau, de rhizome et de constellation plutôt que de territoire délimité, marqué et approprié de manière durable. Les espaces interstitiels et éphémères, souvent invisibles, sont ainsi au cœur de ces géographies. La dimension interne au lieu est également étudiée. Comment le corps fait-il lieu en interaction avec d’autres corps ?

Ce sont enfin des géographies critiques et engagées qui reposent la question du statut du chercheur.e-militant.e encore mal perçu dans le champ académique et plus particulièrement en géographie. Y a-t-il aujourd’hui une place pour ce type de recherche dans l’académie française ?

 

Bibliographie

BLIDON Marianne, 2010, Le Genre, http://www.hypergeo.eu/spip.php?article498
COUTRAS Jacqueline, 1987, Des villes traditionnelles aux nouvelles banlieues. L’espace public au féminin, Paris, SEDES, 174p.
BARTHES-DELOIZY Francine et Claire HANCOCK, 2006, Le Genre. Constructions spatiales et culturelles, Géographie et Cultures, L’harmattan, Paris, n°54.

PRIEUR Charlotte et Louis DUPONT, 2012, Les espaces des masculinités, Géographie et Cultures, L’harmattan, Paris, n°83.

BORGHI Rachele, « De l’espace genré à l’espace « queerisé ». Quelques réflexions sur le concept de performance et sur son usage en géographie », ESO Travaux et Documents, n°33, juin 2012, 109-116.