La crise sanitaire du coronavirus, un fait éminemment géographique

La propagation du virus sur le globe © Andriy Onufriyenko / Coll. Moment – Getty

 

Dès le début de la pandémie de Covid-19, nous avons eu la conviction que la crise sanitaire actuelle représentait un fait éminemment géographique. Aussi en avons-nous rendu compte dans quelques articles publiés en mars dernier sur le site des Cafés géographiques : Réflexions géographiques sur la Chine et le coronavirus (7 mars 2020), L’efficacité de la gestion de crise du coronavirus dépend-elle du régime politique ? (18 mars 2020), La crise sanitaire du coronavirus est aussi une crise écologique (25 mars 2020). Aujourd’hui, la liste est longue des textes qui ont montré, parfois avec talent, l’utilité du regard géographique pour mieux comprendre la crise du coronavirus. Ainsi, Michel Lussault a parlé du virus comme d’« un opérateur géographique global qui agit sur le Système-Monde » (Le Monde du virus – une performance géographique, AOC, 13 avril 2020) ou encore Denise Pumain a décrit le confinement des populations et la « distanciation sociale » comme des révélateurs « en creux » de « l’importance prise par nos interactions sociales et nos déplacements à toutes les échelles géographiques » (Denise Pumain, « Le confinement géographique ou les vertus d’une expérience », Cybergeo : Revue européenne de géographie, 20 avril 2020,  http://journals.openedition.org/cybergeo/34659).

Il est certain que les outils et les concepts de la géographie permettent d’élaborer des clés de lecture pertinentes de la pandémie. Les notions et le vocabulaire des géographes (mondialisation, mobilités, frontières, disparités, etc.) peuvent être mobilisés pour nourrir des analyses, interpréter des statistiques, construire des cartes, en donnant de l’importance à la question des échelles. A titre d’exemple, trois mots acquièrent dans le contexte actuel une actualité évidente dans l’opinion publique, les médias et les autorités politiques : distance, densité, confinement. Ces termes renvoient immédiatement à une réalité géographique signifiante : la distance, concept central de la géographie, relativise le proche et le lointain à petite comme à grande échelle ; la densité s’avère un facteur essentiel de la propagation du virus et par conséquent de la diversité des mesures sanitaires ; le confinement renvoie à la notion de limite ou de frontière (du latin finis) qui s’inscrit dans le contexte contemporain de la mondialisation. Pour toutes ces raisons le ministère de l’Education nationale n’a pas tardé à proposer aux enseignants des ressources invitant à exploiter les regards croisés de géographes sur la pandémie de Covid-19 (http://geoconfluences.ens-lyon.fr/actualites/eclairage/pandemie-de-covid-19-regards-croises-de-geographes).

Distance et distanciation

Par ailleurs, Jean-François Staszak vient de publier dans le journal Libération du 2 octobre 2020 un excellent texte illustrant l’importance de la distance dans l’analyse géographique de la crise sanitaire actuelle. Pour lui la « distanciation sociale » imposée par la pandémie nous fait « prendre conscience que le degré de proximité que nous avons au quotidien avec les autres n’a rien de naturel ni d’anodin ». Et de rappeler que le mot « distanciation », apparu en français au début des années 60 et devenu relativement rare peu de temps après, fait un retour remarqué en mars 2020 dans la locution « distanciation sociale » qui désigne une mesure sanitaire décidée par le gouvernement pour éviter la contagion face à la Covid-19.

Certains politiques ou médecins préfèrent parler de « distanciation physique » pour rendre plus claire la nécessaire précaution « géométrique » d’éloignement entre les individus dans la panoplie des « gestes barrières ». Mais, en fin de compte, les géographes savent bien que « toute distance est à la fois matérielle et sociale ». J.-F. Staszak souligne que « c’est justement entre un ou deux mètres, selon les cultures, que se situe la frontière entre la distance personnelle et la distance sociale ». Je renvoie à l’ensemble de son texte pour apprécier la rigueur mâtinée d’une subtilité parfois amusée de l’auteur. Toujours est-il que l’imposition de la « distanciation » comme précaution sanitaire n’est pas encore intériorisée par chacun au bout de quelques mois d’expérience, c’est pourquoi « son application nous demande une vigilance et un effort pour nous écarter de nos semblables plus qu’à l’habitude ». Avec J.-F. Staszak on se rend compte que la distance entre les personnes « relève d’une pratique sociale dont on commence à saisir les subtilités, les règles et les fonctions ».

 

Daniel Oster, octobre 2020

 

Quelques ressources sur la géographie de la Covid-19 :

*Sur le site internet de la Société de géographie, dans la rubrique « Les Géographes lisent le monde », lire les articles de nombreux géographes sur la Covid-19

https://socgeo.com/2020/05/16/retrouvez-lensemble-de-nos-articles-consacres-au-covid-19/

*Sur le site Géoconfluences, lire :

-Collectif, « La pandémie de Covid-19, regards croisés de géographes », mai 2020.

-Laurent Carroué, « Mondialisation et démondialisation au prisme de la pandémie de Covid-19. Le grand retour de l’espace, des territoires et du fait politique », mai 2020.

-Eudes Girard et Thomas Daum, « La mortalité du Covid-19 en Europe et en France métropolitaine : des espaces ruraux davantage protecteurs ? », juin 2020.

*Sur le blog Géographies en mouvement, lire de nombreux textes de Gilles Fumey, Boris Grésillon, Laurent Simon

http://geographiesenmouvement.blogs.liberation.fr/categories/3339-coronavirus/

*Sur le site de la revue Cybergeo, lire :

-Denise Pumain, « Le confinement géographique ou les vertus d’une expérience », Cybergeo : Revue européenne de géographie, 20 avril 2020,

-Jérôme Monnet, « Le confinement en croquis, vu de France. Géographie politique, sociale et culturelle du monde post-Covid19 », Cybergeo, 18 mai 2020,

*Sur le site de The conversation, lire :

Fabrice Rousselot, « Géographie de la pandémie de Covid-19 en France et en Allemagne : premiers enseignements », The Conversation, 26 mai 2020,

 

Réflexions géographiques sur la Chine et le coronavirus

Depuis son apparition à Wuhan (Chine) à la mi-décembre 2019, l’épidémie de coronavirus a beaucoup fait parler d’elle jusqu’à inquiéter aujourd’hui (6 mars 2020) le monde entier. Le coronavirus, nommé officiellement « covid-19 » par l’OMS, a déjà causé plus de 3 400 décès tandis que le nombre de 100 000 personnes infectées dans une soixantaine de pays va être dépassé ces jours-ci. Certains n’hésitent plus à parler d’une véritable psychose collective qui se répand largement grâce à la médiatisation planétaire et la puissance des réseaux sociaux. La France n’échappe pas à cette vague déferlante malgré la gestion raisonnée des pouvoirs publics. Il nous semble qu’une réflexion géographique, même succincte et parcellaire, a toute sa place dans le flot des innombrables commentaires de toute nature que le coronavirus suscite, ne serait-ce que pour mettre en évidence quelques simples faits spatiaux qui ne manquent pourtant pas d’importance.

Après le SRAS apparu en 2003, un nouveau coronavirus est parti de Chine en décembre 2019 pour ensuite se propager dans le reste du monde (Source: https://img.medscape.com/thumbnail_library/is_200117_china_map_800x450.jpg)

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