Atlantique [Villes portraits], sous la dir. de Nicolas Escach et Benoït Goffin (ENS Editions, 2021), Michèle Vignaux.

Nicolas Escach, Benoït Goffin. Atlantique. Collection Odyssée, villes-portraits. ENS Edition, 2021

Atlantique est le deuxième ouvrage de la « Collection Odyssée, villes-portraits » (ENS Editions) que Daniel Oster a déjà présentée sur notre site (https://cafe-geo.net/de-la-baltique-a-la-mer-noire-atlantique/). Des textes courts livrent le ressenti de géographes, d’architectes ou de journalistes sur une ville à laquelle ils sont particulièrement attachés. Ce ne sont ni des métropoles mondiales, ni des bourgades mais des villes plus ou moins grandes marquées par un long passé qui a laissé des traces dans l’imaginaire collectif, imaginaire parfois en décalage avec la situation actuelle.  Chaque article est illustré par des dessins réalisés par des étudiants de l’Ecole Estienne.  Le parti pris est celui de la simplicité : quelques couleurs primaires, des perspectives différentes (plongée, contre-plongée, horizontalité) et des symboles simples comme dans les cartes anciennes (arbre, montagne, maison). (suite…)

La tour qui ne prend pas garde… Michèle Vignaux.

 

La Tour Jean sans Peur à Paris © Michèle Vignaux

Paris n’aime pas les tours. Elle adule son caractère haussmannien et se méfie de toute construction qui dépasse les six étages. Les tours du XIIIème arrondissement sont considérées comme médiocres et tout projet de tour nouvelle, même proche du périphérique, suscite les pétitions indignées des riverains et de tous « les amoureux de la capitale ».

Bien sûr il y a des exceptions. Il y a celle qui se hausse du col au milieu du Champ de Mars, exploit d’ingénieur et non œuvre d’architecte, aussi célèbre que les pyramides égyptiennes malgré son jeune âge (moins d’un siècle et demi). Il y a aussi la Tour Saint Jacques, ni très haute, ni très large, mais qui a su faire de la place autour d’elle. La tour Montparnasse n’a d’attrait que pour les clients du restaurant du dernier étage. On ne parlera pas des tours de La Défense… des banlieusardes.

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Compte rendu du Café géographique de Jacques Lévy ; L’Europe à qui perd gagne ?

Festival international de géographie,
6 octobre 2018

Ce Café, animé par Michèle Vignaux, porte un titre qu’elle juge intrigant. Mais les préoccupations européennes de l’intervenant, Jacques Lévy, sont bien connues : deux ouvrages portant sur l’Europe, en 1997 et en 2013, et une revendication constante de sa « nationalité européenne », font de lui un conférencier de confiance pour les nombreux convives chargés de questions.
Lévy prend la parole et lance une première idée pour lancer le débat. Autrefois l’Europe ennuyait beaucoup, et à Saint-Dié on n’en parlait pas, comme d’un tabou. Depuis 2005, petite passion pour les sujets européens a émergé : des passions politiques, « bonnes pour l’Europe », dit-il. C’est la fin d’un cycle où les gens favorables à la construction européenne pensaient qu’il ne fallait pas trop en parler, que les choses se feraient tranquillement, dans l’indifférence générale, avec un vocabulaire incompréhensible, et qu’un jour on se réveillerait en Europe sans le savoir. Si ce système a marché un temps, les citoyens se sont aperçus que c’était important, surtout les réticents vis-à-vis des décisions prises. Ce qui s’est passé à Saint-Dié – prises de conscience, mise du sujet sur le tapis – n’est qu’un microcosme.

Puis Jacques Lévy raconte l’histoire d’un paradoxe : celui du Brexit. La question de l’Irlande du Nord reste non résolue dans les négociations entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne, les accords de 1998 (Good Friday) ayant aboli la frontière entre l’Irlande et l’Irlande du Nord. Elle serait rétablie dans le cas où le Brexit adviendrait… ce que l’Irlande du Nord refuse, pour des raisons pratiques et symboliques, en mémoire de la « violence sale » des années 1980-1990. Indépendamment des rapports interétatiques, l’Europe se construit ; ce ne sont pas là des histoires d’Etats, mais d’Europe, ou plutôt de rapport à l’Europe. « Parce que c’est un même peuple que le peuple irlandais ! » rétorque quelqu’un dans la salle. C’est plus que cela : l’idée de vivre en paix, de disposer d’un espace commun, fait son chemin. Exemple : l’Irlande a obtenu son indépendance en 1921. Le Royaume-Uni a gardé l’Ulster (l’Irlande du Nord), région la plus développée du royaume. Or l’Irlande est devenue un des pays les plus riches de l’UE, alors que l’Ulster est la partie la plus pauvre du Royaume-Uni ; Dublin est devenu leur centre économico-culturel, alors que Belfast a décliné. Cela montre bien que la construction d’une société européenne s’effectue indépendamment des constructions étatiques nationales ou supranationales.
Les questions s’enchaînent : « L’Ecosse pose le même problème, sauf qu’elle est rattachée depuis bien plus longtemps au Royaume-Uni ». Ce n’est pas une raison, répond Lévy : la construction européenne est au contraire, pour ces régions n’adhérant pas ou à certaines conditions au sentiment national porté par l’Etat, une bonne occasion pour instaurer des marges de manœuvre qu’ils n’ont jamais eues auparavant. A titre d’exemple, la Bretagne n’a jamais voté contre l’Europe.

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Le castor dans tous ses territoires ! Du Canada au ruisseau d’à côté 

A l’occasion du Festival International de Géographie de Saint-Dié-des-Vosges, Rémi Luglia, historien, membre associé du Centre de Recherche d’histoire quantitative à l’Université de Caen-Normandie et Rémy Marion, photographe, naturaliste, spécialiste des régions polaires nous ont proposé un café exceptionnel à la Cabane au Darou, lieu parfaitement adapté pour l’occasion, samedi 30 septembre 2017 : « Le castor dans tous ses territoires ! Du Canada au ruisseau d’à côté »

Les deux intervenants alternent dans la présentation d’un animal dont l’histoire est liée à la nôtre et dont le capital de sympathie auprès des humains a varié selon les époques.

Une longue histoire de relations  avec les hommes

Deux cartes d’Europe permettent de comparer la présence des castors (castor fiber) au XIIème et à la fin du XIXème siècle. Très nombreux au cœur du Moyen Age, ils ne sont plus que quelques centaines, voire quelques dizaines d’individus à l’aube du XXème siècle, trop appréciés pour leur fourrure brillante et leurs propriétés dans la fabrication des parfums.

Au Canada, la tranquillité du castor (castor canadensis) a été fortement perturbée par la conquête européenne. A la fin du XVIème siècle, le vieux continent est un gros consommateur de sa fourrure brillante pour ses vêtements et surtout ses chapeaux de feutre. S’établit alors un gros trafic de pelleteries entre France et Nouvelle-France. Mais les autorités royales françaises ne comprennent pas toutes les potentialités de ce commerce et c’est à deux Anglais que revient la création de la Cie des Aventuriers. Expéditions consacrées aux fourrures et exploration du Canada vont alors de concert. La Cie de la Baie d’Hudson, fondée par le Prince Rupert fait fortune grâce aux peaux de castors exportées en Europe à partir de la Baie d’Hudson, et 40% du Canada échappe à la France.

Les Anglais se procurent les peaux en faisant du troc avec les autochtones dans les pourvoiries. Rapidement le castor devient une monnaie d’échanges (par exemple on achète deux peaux d’ours avec dix peaux de castor), ce qui traduit sa place prépondérante dans le commerce colonial.

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Les animaux comme symboles nationaux en Afrique : quels enjeux ?

 A l’occasion du Festival International de Géographie de Saint-Dié-des-Vosges, Catherine Fournet-Guérin, professeure à l’université Paris-Sorbonne (Paris IV) nous a proposé un café sur le thème « territoires humains, mondes animaux » au bar 1507 dimanche 1er octobre 2017 : « Les animaux comme symboles nationaux en Afrique : quels enjeux ? »

Les animaux ont été choisis comme emblèmes nationaux par de nombreux Etats africains pour leurs liens avec le territoire ou leur symbolique. Quelle est la signification de ces choix ? Quelle lecture peut-on en faire en termes de géographie politique ?

  1. Etat des lieux : quels sont les animaux nationaux et où les trouve-t-on ?

Après les indépendances, beaucoup d’Etats ont choisi comme symbole national un animal valorisant la force, la vigueur, l’énergie, surtout des mammifères (lions, éléphants, panthères, léopards, antilopes, hippopotames, cheval) mais aussi des oiseaux de proie (aigle) ;

Peu de contre-exemples en-dehors du dauphin aux Seychelles et du Dodo à Maurice (animal disparu à la fin du XVIe siècle, que sa réputation de stupidité ne valorise pas) : cas original de choix d’un animal peu valorisé et incarnant la prédation humaine.

On ne retrouve ce choix d’animal exaltant la puissance ni en Amérique du Sud, ni en Asie à l’exception de l’Inde et de la Chine.

Présents sur armoiries, drapeaux, billets de banque, timbres…ces animaux sont largement utilisés par les équipes nationales de sport (les plus connus étant sans doute les Springboks, rugbymen d’Afrique du Sud). Là aussi il y a une surreprésentation des équipes africaines dans l’adoption d’un nom ou d’un surnom animalier, au niveau mondial.

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Comment faire cohabiter hommes et requins à l’île de La Réunion ?

A l’occasion du Festival International de Géographie de Saint-Dié-des-Vosges édition 2017, François Taglioni, professeur à l’université de La Réunion, et Emmanuelle Surmont, doctorante à l’université Bordeaux-Montaigne, ont tenté de répondre à une question sensible devant un public nombreux venu les écouter au bar Thiers ce vendredi 29 septembre 2017 : « Comment faire cohabiter hommes et requins à l’île de La Réunion ? »

Depuis 2011, les attaques de requins sont plus fréquentes sur les côtes américaines et australiennes, mais c’est l’île de La Réunion, et particulièrement sa côte ouest, qui est relativement la plus concernée.

Pour essayer de comprendre ce phénomène, François Taglioni a constitué une base de données sur ces attaques afin d’analyser les variables environnementales, contextuelles et individuelles du jour des attaques. Certes le moustique reste l‘animal le plus dangereux pour l’homme, mais le taux de mortalité qui découle des attaques de requins (sur les 24 intervenues entre 2011 et 2017, 40% ont été mortelles) inquiète la population. Surtout que le nombre de personnes à risque est bien plus élevé face à l’aléa piqure de moustique que morsure de requin.

La zone dans laquelle se concentrent les attaques, correspond à celle des activités balnéaires. Les sports de glisse sont les premiers concernés, mais il n’y a aucune relation entre la forme de la planche du surfeur et les attaques (la planche, plus longue, du surfeur constitue, au contraire une protection plus efficace que celle du bodyboarder). Les attaques par le requin-bouledogue, causant les blessures les plus délétères, sont la principale raison de cette surmortalité à La Réunion.

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Pas simple d’être Belge ?

Café géo animé par Clotilde Bonfiglioli, doctorante à l’Université Reims Champagne-Ardenne, le dimanche 2 octobre 2016 au Bar Thiers (Saint-Dié-des-Vosges).

Photographies prises par Joseph Viney En haut : la rue Thiers, principale artère de Saint-Dié-des-Vosges aux couleurs du pays invité. En bas à droite : Clotilde Bonfiglioli au milieu des nombreuses personnes venues l’écouter ce dimanche 2 octobre au matin En bas à gauche : Clotilde Bonfiglioli interviewée par la chaîne Vosges Télévision

Photographies prises par Joseph Viney

En haut : la rue Thiers, principale artère de Saint-Dié-des-Vosges aux couleurs du pays invité.

En bas à droite : Clotilde Bonfiglioli au milieu des nombreuses personnes venues l’écouter ce dimanche 2 octobre au matin

En bas à gauche : Clotilde Bonfiglioli interviewée par la chaîne Vosges Télévision

Ce titre gentiment provocateur est-il la marque d’un humour français prompt à ironiser sur son voisin du Nord ou de l’autodérision dont les Belges font preuve à leur propre égard ?

Clotilde Bonfiglioli ne répond pas à cette question mais cherche à démonter dans son intervention les idées reçues trop simplistes des Français sur la Belgique.

La population du royaume n’oppose pas deux camps, Wallons et Flamands. Elle comprend aussi des gens qui se sentent avant tout Bruxellois, Liégeois, francophones de Flandre, néerlandophones de Wallonie, germanophones…et même Belges.

Première idée reçue : la Belgique serait « un Etat-tampon artificiel » créé au profit des intérêts britanniques en 1830.

Pas plus artificiel que ses voisins – notamment la France- démontre C. Bonfiglioli.

En fait c’est dès le XVIe siècle que les sujets catholiques des Habsbourg vivant dans les Pays-Bas méridionaux se révoltent contre les protestants au cri de « Un pays, une langue ». Toutes les élites sont alors francophones et les classes populaires parlent des dialectes variés.

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La falaise : un objet d’imaginaire

Dessin du géographe n°47

La falaise : un objet d’imaginaire (à propos d’une promenade géographique sur le littoral du Pays de Caux) par Michèle Vignaux.

Pour le géographe ou le géomorphologue, la définition d’une falaise est précise : escarpement rocheux en pente forte, le long d’une côte, créé par l’érosion….     Pour le promeneur  et pour l’artiste, la falaise nourrit l’imagination et inspire des émotions et des sensations diverses. Elle peut apparaitre fragile ou hostile. Fragile au randonneur qui observe les éboulis qui s’accumulent sur la grève et l’encoche que la mer creuse à sa base. Hostile au marin lorsqu’elle se dresse pour barrer l’accès au rivage. Perché sur ses hauteurs, l’observateur a aussi un sentiment de puissance à observer sur une large étendue « la mer aux spasmes de méduse » (Saint-John Perse).

Lors des récentes tempêtes hivernales, la presse a ravivé les craintes de ses lecteurs sur le recul du trait de côte, particulièrement sur les littoraux à falaises (voir le rapport du GIP littoral aquitain sur les falaises du Pays basque), l’effondrement de pans entiers de roche symbolisant alors la menace que fait peser le changement climatique sur la planète.

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