Les maîtres du « polar géographique » : la série des Yeruldelgger de Ian Mannok, Françoise Dieterich.

Tout le monde connaît les « polars historiques », de Jean-François Parrot (Nicolas Le Floch), Ellis Peters (Frère Cadfael), Van Gulik (le juge Ti) ou I.J. Parker (Sugawara Akitada), mais il existe aussi des polars géographiques. J’ai ainsi visité l’Ecosse en suivant les indications de Ian Rankin, découvert la face cachée de Venise grâce à Donna Leon, suivi à la trace Maigret dans Paris et la liste est loin d’être exhaustive. Analyse de Françoise Dieterich.

Je viens de découvrir, sur le conseil du documentaliste de mon lycée, les trois ouvrages de Ian Manook (pseudo de Patrick Manoukian) qui ont pour cadre la Mongolie. Le talent de l’auteur est de nous plonger dès les premières pages dans une ambiance prenante, dans laquelle on s’immerge très vite malgré l’étrangeté des situations tant les descriptions sont précises et concrètes. Le premier opus met en vedette un inspecteur de police : Yeruldelgger, un vieux de la vieille dont on découvre vite la profondeur et la droiture.

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L’Europe au miroir de sa démographie, Daniel Oster.

La démographie a la réputation d’une science aride faisant la part belle aux statistiques. Pourtant, derrière les chiffres et les mots des démographes (fécondité, natalité, espérance de vie, mortalité…) se révèlent des aspects essentiels de l’histoire des territoires et du comportement des populations. On le voit clairement à la lecture des données démographiques du continent européen.

Les trois dernières décennies témoignent d’un véritable bouleversement démographique en Europe. Sa population n’augmente plus globalement depuis 1993 et devrait lentement décroître dans quelques années, comme on l’observe déjà dans de nombreux pays. Rappelons que la population européenne représentait le quart de la population mondiale en 1900. Malgré un gain de 180 millions d’habitants entre 1950 et 2000, elle n’en représente plus aujourd’hui qu’environ 10%. Cette évolution globale masque une fracture démographique entre l’Ouest et l’Est qui se creuse toujours davantage depuis la chute du mur de Berlin en 1989. Pourtant les années 1950 à 1970 ont été marquées par une forte convergence démographique entre les deux parties du continent : en 1950, l’Est avait 60 millions d’habitants de moins que l’Ouest ; en 1989, l’Est n’en avait plus que 30 millions de moins. Mais le paysage démographique est bouleversé depuis 1989 avec l’achèvement de la transition démographique et surtout avec la transition économique et sociale des anciens pays communistes.

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Armand Frémont, un grand géographe français, Michel Sivignon, Daniel Oster.

Armand Frémont lors d’une conférence à la médiathèque de Coutances (Source: Ouest France, 6 octobre 2015)

Armand Frémont, qui vient de nous quitter aura marqué la géographie contemporaine de langue française.

Il fut d’abord et très profondément attaché à sa Normandie natale. Attaché en particulier à la ville du Havre et à ce village de l’Eure, Francheville, où avec Monique, sa femme, ils ont passé beaucoup de temps, ces dernières années.

Sans doute beaucoup de géographes ont-ils eu un parcours similaire qui consiste à suivre une veine régionale : pourquoi ne pas exploiter une connaissance intime d’une société inscrite dans votre terre d’origine et en faire un objet d’étude ? Cette démarche était encouragée par l’orientation de la géographie vers les études régionales, depuis les premiers développements de la géographie scientifique, au XXe siècle.

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Amour et colère de Roland Castro pour le Grand Paris, Michèle Vignaux.

Dans une récente intervention à la Fondation Jean Jaurès, Roland Castro a usé de toute sa fougue pour dévoiler quelques points forts du rapport qu’il a remis au président de la République, il y a quelques mois, sur le projet du Grand Paris. Tout l’humanisme de ce texte est contenu dans son joli titre à la Prévert : « Du Grand Paris à Paris en grand ».[1]

Pour l’architecte passionné qui se définit comme « un artiste égaré en politique urbaine », la dernière pensée urbaine est celle des Jauressiens, telle qu’elle s’est exprimée lors du Front Populaire, dans les cités-jardins par exemple. A la situation dégradée actuelle de la métropole parisienne, il donne deux raisons principales.
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Représenter Paris, Denis Wolff.

Cher(e)s ami(e)s des Cafés géo, après le panorama de Rouen (décembre 2015), je vous présente aujourd’hui celui de Paris !

Utagawa Yoshitora, Paris, 1862 (cliché Denis Wolff)

Certains d’entre vous pensent que je fais une erreur, que je me suis trompé en manipulant mon ordinateur… Eh bien, non ! J’ai vu et photographié cette estampe pendant l’été 2018 à Paris, au Musée Guimet (consacré aux arts asiatiques), lors de la superbe exposition intitulée Le monde vu d’Asie-Au fil des cartes.

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Un viaduc inutile (aérotrain) ? Libres propos après la parution du livre de Philippe Vasset, « Une vie en l’air », Denis Wolff.

Le voyageur qui quitte Paris en train par la gare d’Austerlitz ou qui emprunte la Nationale 20 traverse la banlieue jusqu’à Etampes puis s’élève doucement sur le plateau de Beauce. Quelques dizaines de minutes plus tard, il ne peut manquer de remarquer un viaduc qui trouble la monotonie du paysage beauceron ; situé sur sa gauche, peu avant Orléans, il longe ces axes de communications. Précisons tout de suite que l’automobiliste pressé ne verra pas grand chose depuis l’autoroute A10 légèrement en remblai, sans parler des voyageurs prenant le TGV depuis Montparnasse qui, eux, passeront très loin de cet ouvrage. Quelle peut être l’utilité de ce viaduc, d’environ sept mètres de haut et de dix-huit kilomètres de long, qui démarre en pleine Beauce, flirte avec la forêt, pour finir en banlieue orléanaise ?

Viaduc de l’aérotrain dans la Beauce (Source : Wikipedia pour les deux clichés)

Gare de Cercottes. Vue prise en direction d’Orléans. Viaduc visible à gauche des voies

 

Il s’agit d’un viaduc pour l’aérotrain. L’aérotrain est une invention de l’ingénieur Jean Bertin (1917-1975) qui conçoit dans les années 1960 un wagon se déplaçant par sustentation sur un coussin d’air, guidé par une voie en forme de T inversé. Les frottements étant limités, l’aérotrain peut se mouvoir très rapidement (il bat ainsi le record du monde de vitesse sur rail à 430 km/h en 1974). Une voie d’essai de 6,7 kilomètres est construite en 1965 dans l’Essonne, entre Gometz-la-Ville et Limours, sur la plate-forme de l’ancienne ligne de Chartres (c’est aujourd’hui une coulée verte).

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Les géographes sont désormais plus enclins à participer aux débats citoyens, Daniel Oster.

Il existe des gilets de différentes couleurs ! Les « gilets verts » veulent conjuguer justice sociale et urgence écologique (https://www.herault-tribune.com/). Un exemple de débat citoyen où les géographes ont leur mot à dire.

Bien sûr, il y a eu des géographes qui, par le passé, n’ont pas hésité à sortir de leurs universités pour prendre parti sur les grands problèmes politiques ou sociaux de leur temps. Mais constatons que l’époque actuelle est bien plus propice à la participation des géographes aux grands débats citoyens qui portent sur les questions politiques, les mouvements sociaux, la mondialisation, le développement durable, les fractures territoriales…

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Pérou : Le droit des femmes autochtones face au modèle extractiviste ? Avec par Raphaël Colliaux, Paul Codjia, Rocio Silva Santisteban et Maria Luzmila Berinco Chuind.a

Un débat à l’IRIS coorganisé par Terre des Hommes France et le Secours Catholique,animé par Raphaël Colliaux et Paul Codjia, doctorants en sociologie et anthropologie et eut lieu en présence de Christophe Ventura, directeur de recherche à l’IRIS, de Rocio Silva Santisteban, militante péruvienne, professeur d’université et consultante en droits humains et de Maria Luzmila Berinco Chuinda, dirigeante du peuple amazonien Awajun et présidente du Conseil des femmes Awajun et Wampis. Compte rendu de Claudie Chantre.

40 % des 32 millions de Péruviens sont d’origine autochtone. 40% de la superficie du pays est répartie en concessions minières, pétrolières, gazières et forestières implantées sur les territoires des communautés autochtones et paysannes. Dans un contexte de flexibilisation des normes environnementales, de criminalisation de la prestation sociale et d’atteinte aux droits des populations autochtones, quelle est la situation du droit des femmes ? Telle est la problématique proposée en débat, ce jeudi 29 novembre 2018.

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« Gilets jaunes » (suite) : les sciences sociales pour y voir plus clair, Daniel Oster.

17 novembre 2018, Dozulé (Calvados). Des « gilets jaunes » manifestant à un péage de l’autoroute A13. (© Charly Triballeau/AFP)

« Gilets jaunes », acte IV, 8 décembre 2018. Le mouvement dure déjà depuis plusieurs semaines et personne n’est aujourd’hui en mesure de prédire sa fin précise. Une nette majorité de Français estiment « comprendre » ce mouvement hors norme mais cherchent-ils pour autant à réfléchir aux diverses composantes qui s’agrègent pour constituer un phénomène complexe dont la prise en compte est loin d’être aussi évidente que beaucoup le proclament ?

Fracture territoriale, fracture numérique, mondialisation néolibérale et recomposition économique, creusement des inégalités sociales, essor de la précarité et craintes d’un déclassement, transition énergétique et fiscalité écologique, usure du « système » démocratique traditionnel, pouvoirs respectifs des Etats et des multinationales, boucs émissaires (Europe et migrants entre autres) désignés par la vague populiste… La liste des facettes du mouvement des « gilets jaunes » est en réalité celle des ingrédients de notre modernité qui attisent notre inquiétude et parfois notre désarroi. Si nous voulons rester des citoyens lucides et respectueux de nos semblables, il nous faut réellement « comprendre », du moins tenter de le faire, pour aider notre démocratie et notre société à faire les bons choix en toute connaissance de cause. Les sciences sociales (sociologie, géographie, histoire, sciences politiques, sciences économiques et même psychologie) sont là pour guider notre réflexion et nos comportements.

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De l’actualité des Sami, Michèle Vignaux.

La poussée du parti populiste, les Démocrates de Suède, aux dernières élections législatives, la sortie du film Sameblod[1], prix Lux du cinéma du Parlement européen en 2017, le succès des romans policiers d’Olivier Truc[2] dont l’intrigue est fondée sur les relations entre Sami et Suédois de souche……Pourquoi rapprocher ces faits ? Ils ont en commun de nous montrer une image plus trouble de la société suédoise que celle communément véhiculée par le « modèle » scandinave.

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