Cafés géopolitiques du 9 mars 2020, Paris, animé par Henry Jacolin et Michel Sivignon, Compte rendu de

De gauche à droite, Henry Jacolin, Jacques Rupnik et Michel Sivignon, au Café de la Mairie (Paris 3ème), lundi 9 mars 2020 (Photo de Jean-Pierre Némirowsky).
Une conférence remarquable par la qualité de l’information et par l’aisance pédagogique de Jacques Rupnik. Une des meilleures des cafés géopolitiques.
Jacques Rupnik, historien et politologue, est né à Prague. Il est titulaire d’un doctorat de l’Université Paris 1 en histoire des relations internationales et diplômé de russe à l’INALCO. Professeur à Sciences Po, il est directeur de recherches au CERI (Centre d’Etudes et de Recherches Internationales) Il a été conseiller du président de la République tchèque Vaclav Havel.
Ses derniers ouvrages parus :
- Géopolitique de la démocratisation : l’Europe et ses voisinages. Presses de Sciences Po, 2014
- L’Europe des Vingt Cinq. 25 cartes pour un jeu complexe (avec Chr. Lequesne), Autrement, 2004
- Les Européens face à l’élargissement : perceptions, acteurs, enjeux. Presses de Sciences-Po 2004
Dans son introduction, JR remet en question le terme d’élargissement, car il ne s’agit pas d’un élargissement, terme mal accepté en Europe de l’Est, mais d’une unification. Autrement dit l’Europe de l’Est accepte mal d’être réduite à un rôle d’accessoire dont on va combler le retard.
2020 est un bon moment pour dresser un bilan de la période qui vient de s’écouler depuis 1989.
En effet c’est le moment où les certitudes communément admises à l’Ouest sont remises en question : l’élargissement est-il un bien en soi ? N’a-t-on pas péché par ignorance ou méconnaissance de la situation réelle des systèmes politiques de l’Est ?
J.R. se propose d’aborder les thèmes suivants :
- La question de la démocratie ou de la dérive antilibérale.
- La crise des migrants, occasion d’une divergence majeure
- Le clivage sur la libéralisation sociétale (Statut des femmes, LGBT, multiculturalisme). Débat sur ce que sont les valeurs européennes.
Sur tous ces points, JR propose d’utiliser la métaphore du verre à moitié plein ou à moitié vide, pour juger d’une situation. Autrement dit d’éviter les réponses simplistes.
Les aspects positifs
Pendant 15 ans, l’UE (au début la CEE) a été la référence pour les pays de l’Est, qui n’avaient qu’un objectif : adopter son modèle.
Mais, pour en juger, un rapide retour historique est nécessaire
a) la transformation politique
1989 met fin à la formidable expansion de l’URSS après 1945. En 1991, dissolution du Pacte de Varsovie, créé en 1955 qui unit militairement tous les pays de l’Europe de l’Est sous l’égide de l’URSS. Cette dissolution crée un grand no man’s land. Personne n’aime être dans un no man’s land. L’UE et l’OTAN ont fourni conjointement le cadre de substitution, car les pays de l’Est vivent dans l’obsession de la sécurité militaire : crainte de la Russie commune à la plupart des sociétés, facteur de consensus. Tout comme la transformation démocratique.
Il s’agit là pour l’UE d’un succès spectaculaire que l’on a aujourd’hui oublié.
b) la transformation économique
Depuis le début du XIXe siècle il n’y a jamais eu dans l’histoire de convergence aussi rapide. La plupart de ces pays étaient situés à l’intérieur d’Empires (Prusse puis Allemagne, Autriche-Hongrie, Russie, Empire ottoman). Dans cet espace qui sera divisé en Etats-Nations domine une paysannerie archaïque par ses techniques et ses structures sociales, avec une seule exception, la Bohème qui concentre les 2/3 de l’industrie de la Double Monarchie. Et aussi les régions allemandes qui constitueront la D.D.R. La modernité est venue avec le Kulturkampf allemand.
En 1917 le communisme s’installe en Russie puis après 1945 dans l’Europe de l’Est. Il se présente comme un projet de modernisation économique et sociale. Il est fondé sur l’industrie lourde, charbon et acier. Du point de vue technique cela ressemble à ce qui se fait à l’Ouest (la CECA, Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier après 1945).
La croissance est forte dans les années cinquante et l’exemple fonde les progrès des partis communistes de l’Ouest. Mais cette économie dirigée par un appareil d’Etat connaît des limites et même des blocages.
La perestroïka de Gorbatchev enregistre cet échec.
Le projet européen constitue la troisième modernisation. Il a enregistré des succès extraordinaires du moins dans un certain nombre d’Etats. En Slovaquie par exemple la croissance a dans les années 2000 a parfois dépassé10% par an. En 25 ans, les convergences sont spectaculaires : le PIB par habitant de la Pologne dépasse désormais celui de la Grèce ou du Portugal.
Il s’agit donc d’une formidable transformation de ces pays, politique, sociale, économique.
Les aspects négatifs
Thème n° I : celui de la démocratie,
Le problème est celui de l’état de droit, surtout en Hongrie et Pologne, où des partis politiques conservateurs et antidémocratiques arrivent au pouvoir.
Le moyen de détruire le système démocratique prôné par l’Ouest : modifier la constitution. En Pologne, attaque en règle contre l’indépendance de la justice. Nouvelle loi en février 2020, qui remet en cause la procédure de nomination des juges. Nouvelle constitution en Hongrie. « L’état de droit a cessé d’exister en Hongrie » dit le président de la cour constitutionnelle. Sans compter la mise au pas des médias. On peut dès lors se poser des questions historiques : à l’Ouest les droits civiques sont acquis dès la fin du XVIIIe siècle, du moins dans certains pays. Pour faire vite, les droits politiques viennent au XIXe siècle puis les droits sociaux au XXe siècle.
La situation est très différente à l’Est. Est-ce un élément important d’explication ?
Thème n° 2 : de la crise migratoire à la question de la nation.
Le groupe de Višegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovaquie) fait référence à une union du XIV° siècle des royaumes de Pologne, Bohême, Hongrie contre les Habsbourg. Sa finalité initiale est de faciliter l’intégration de ces pays à la fois dans l’Union Européenne et dans l’OTAN. Ce qui fut fait.
Toutefois, depuis 2015 un fossé s’est creusé entre le groupe de Višegrad et les institutions européennes à propos du statut des migrants et de la décision de Bruxelles d’imposer à chaque pays de l’UE un quota de migrants, ce que le groupe refuse absolument. Dès lors le groupe s’est transformé en groupe d‘obstruction. Hostilité absolue à la politique d’accueil d’Angela Merkel. Ce qui s’est traduit par la construction d’obstacles physiques impossibles à franchir pour les migrants venant des Balkans : murs ou barbelés autour de la Hongrie.
Un élément d’explication tient au fait que les Etats de l’Europe de l’Est ont vu leurs frontières modifiées brutalement plusieurs fois, à l’issue des deux guerres mondiales, par exemple .la Hongrie et la Pologne. La politique migratoire leur apparaît comme une remise en cause de la légitimité de leurs frontières et de la nécessité de les contrôler. Les Hongrois : « Sans le mur que nous avons construit nous serions devenus comme Marseille ! »
Un exemple des incertitudes : le statut de Czernowitz, actuellement en Ukraine occidentale : capitale de la province autrichienne de Bucovine à l’intérieur de l’Autriche-Hongrie jusqu’en 1919, avec une importante minorité juive de forte culture allemande. En Roumanie de 1919 à1940.
De 1940 à 1944, occupation roumaine et allemande. Annexée à l’URSS en 1945. Puis dans l’Ukraine indépendante après 1989. Que signifie ici l’identité nationale ?
Thème n° 3 : Divergence sur les questions sociales et sur la question de la civilisation.
Vaclav Havel parle de « civilisation européenne ». Mais le contenu est-il le même à l’Est et à l’Ouest ? Il y a une divergence sur le multiculturalisme, dont l’Est ne veut pas.
L’Europe de l’Est est en porte-à-faux sur la question féministe, sur le statut du genre (LGBT).
Pour beaucoup de questions, il y a une dissonance Est-Ouest. Par exemple sur l’antisémitisme, dont on ne parle pas en Pologne. Ne pas oublier que les frontières ont été fermées pendant 45 ans et que les débats que nous avons connus à l’Ouest n’ont pas eu leur équivalent à l’Est.
1989 marque l’arrivée d’une forme de mondialisation.
Mais le fond politique est profondément conservateur. Ce qui provoque une division politique majeure en Pologne, Hongrie, Roumanie, République tchèque.
En revanche, l’opinion publique est profondément pro-européenne : tous les sondages le montrent. Les ¾ des Polonais font confiance à l’UE. Elle est un garde-fou. Le Brexit sert de repoussoir : c’est ce qu’il ne faut surtout pas faire.
Mais en même temps constitution d’un front nationaliste en Europe où beaucoup à l’Est se retrouvent, qui s’appuient sur un vent favorable à l’extrême droite.
Questions des auditeurs de la conférence :
Plusieurs questions sur la démographie, sur la corruption (qui ne sera pas traitée ici), sur la réaction au réchauffement climatique ;
La démographie
Baisse considérable de la natalité, qui est globalement plus faible qu’à l’Ouest (avec des nuances) Surtout migration des jeunes ; La Bulgarie se retrouve avec 7 millions d’habitants au lieu de 9 en 1990. Très faible population des Etats baltes. Migration des Polonais en Grande-Bretagne. En même temps, le manque de main d’œuvre, compte tenu de la surchauffe économique, aboutit à une forte immigration surtout en provenance d’Ukraine de Biélorussie, de Russie. Sait-on qu’en 2018 le nombre de permis de séjour accordés aux immigrants extérieurs à l’UE a été plus élevé en Pologne (635.000) qu’en Allemagne (543.000) ?
Le réchauffement climatique n’est pas perçu avec la même urgence à l’Est. La Pologne continue à compter sur la houille et le lignite pour accroître sa production d’électricité.
Ces notes ne sont pas exhaustives, tant le contenu de la conférence a été riche.
Michel Sivignon et Henry Jacolin pour les cafés géopolitiques, 22 Mars 2020.
Café géo de Paris, mardi 25 février 2020, Café de Flore, Paris, animé par Denis Wolff, compte rendu rédigé par Daniel Oster.

A gauche, la façade de l’Institut de Géographie à Paris (inauguré en 1926). A droite, la couverture de la deuxième partie du tome VI de la Géographie Universelle, consacrée à la « France économique et humaine » et rédigée par Albert Demangeon (la première partie, consacrée à la « France physique », faisant l’objet d’un autre volume rédigé par Emmanuel de Martonne).
Denis Wolff présente le sujet du café géo en évoquant l’importance des années 1920 dans l’histoire de la géographie française car, en ces lendemains de Grande guerre, la géographie française se réorganise. La mort de Paul Vidal de la Blache en 1918 y contribue fortement. Emmanuel de Martonne fonde en 1920 l’AGF (Association de géographes français) ; les Annales de géographie sont restructurées ; l’UGI (Union géographique internationale) est fondée en 1922 ; la Géographie universelle, initiée par Vidal de la Blache, est remise en route sous la direction de Lucien Gallois. En réalité, les transformations de la géographie française ont été décisives dès la fin du XIXe siècle, sous la houlette de Vidal de la Blache et de ses élèves, ce qui conduira ce café géo à dépasser les limites chronologiques annoncées par son titre afin d’explorer les bouleversements de la géographie française dans les années antérieures à la guerre de 14-18. (suite…)
Samedi 1er février 2020, Institut de Géographie, compte rendu rédigé par Mélanie Le Guen.

Vincent Moriniaux, Jean-Paul Amat, Bertrand Sajaloli, Étienne Grésillon et Mélanie Le Guen. Photo de Jean-Pierre Némirowsky
Peu après sa sortie, l’ouvrage collectif Le Sacre de la nature (1) avait fait l’objet d’un compte rendu de Michèle Vignaux. Le samedi 1er février 2020, ses deux directeurs et deux de ses contributeurs sont venus discuter avec les participants invités par les Cafés géographiques, dont plusieurs agrégatifs de géographie travaillant la question « La nature, objet géographique » de leur programme. La séance a cependant suscité l’enthousiasme général, au-delà des seuls candidats au concours : chez chacun, le terme et le thème de la nature réveillent des souvenirs, imprègnent des représentations, posent des questions ou recèlent, au contraire, des réponses. La nature touche aussi les géographes de toutes ces façons, en plus de faire l’objet de réflexions et de débats dans plusieurs champs de la discipline, que les quatre intervenants partagent ce matin.
Élisabeth Bonnet-Pineau reçoit ce mardi 28 janvier, au nom des Cafés géo, deux universitaires géographes, Monique Poulot-Moreau, professeure à l’université de Paris Nanterre, et Pierre Pistre, maître de conférences à l’université de Paris Diderot. Ils sont conviés pour traiter d’un sujet à première vue traditionnel, mais en fait en plein renouvellement : la ruralité française. La première s’est particulièrement intéressée, depuis une dizaine d’années, à la périurbanisation et à l’évolution des relations villes-campagnes sous l’angle de la transformation des pratiques agricoles ; le second a étudié la diversité des campagnes en France métropolitaine, de l’influence des manières de les définir à leurs transformations sociodémographiques. Compte rendu rédigé par Michèle Vignaux.
Les Cafés géographiques reçoivent ce samedi 18 janvier à l’Institut de géographie Jean-Paul Kauffmann, journaliste et écrivain, pour dialoguer sur la thématique de l’esprit géographique de son œuvre d’écrivain. Une matinée particulièrement réussie autour d’un invité exceptionnel par son histoire personnelle, sa riche personnalité et la qualité de sa production littéraire.
Cette rencontre se présente sous forme d’une conversation avec l’invité (JPK) animée par le trio Claudie Chantre (CC), Daniel Oster (DO), Michèle Vignaux (MV). Compte rendu rédigé par Micheline Huvet-Martinet.
Ce mardi 17 décembre, les Cafés Géo reçoivent au Flore François-Michel Le Tourneau, géographe, directeur de recherche au CNRS, pour faire le point sur une question qui a été fortement médiatisée : les menaces qui pèsent sur l’Amazonie.
Homme de terrain qui a « baroudé » avec la Légion étrangère en Guyane à l’occasion d’expéditions qui ont donné lieu à des documentaires TV, notre invité refuse d’emblée d’être qualifié « d’explorateur », terme inventé par les Européens dans la conquête d’un monde déjà habité. Daniel Oster (DO) est l’interviewer. Compte rendu rédigé par Michèle Vignaux. (suite…)
Café géographique de Paris, 19 décembre 2019, animé par Daniel Oster, compte rendu de Daniel Oster.
C’est un voyage à travers la banlieue parisienne que le Café géo de cette soirée se propose de faire en compagnie de l’unique intervenante, Marie-Hélène Bacqué, sociologue, professeur d’études urbaines à l’Université de Paris-Nanterre, et auteur du livre « Retour à Roissy. Un voyage sur le RER B » (Éditions du Seuil, 2019). Ce livre relate un voyage de près d’un mois, en mai-juin 2017, dans la banlieue parisienne en suivant la ligne B du RER, presque trente ans après le livre de l’écrivain-éditeur François Maspero qui était accompagné de la photographe Anaïk Frantz. Dans les deux cas, un voyage à deux (Marie-Hélène Bacqué était accompagnée du photographe André Mérian) et un livre à deux voix (un texte et des photos en noir et blanc).
Cafés géographiques, Paris, Café de la Mairie – 3ème – Lundi 18 novembre 2019, animé par Michel Sivignon, compte rendu de Maryse VerFaillie.
Henry Jacolin, notre intervenant ce soir, est géographe de formation et aussi ancien ambassadeur à Fidji, Tonga, Tuvalu, Kiribati et Nauru. C’est donc une double vision (du géographe et du diplomate) qu’il nous propose du Pacifique Sud, qu’il a habité et exploré. Il a mis cinq documents à notre disposition.
Marie Redon, maître de conférences HDR en géographie à l’Université Paris 13, poursuit ses recherches au sein du laboratoire Pléiade où elle co-dirige l’axe « Marges, inégalités, vulnérabilités » ; elle est membre du Comité de rédaction d’EchoGéo et des Cahiers d’Outre-Mer. Sa thèse, soutenue en 2007, portait sur l’étude d’îles traversées par une frontière internationale (Haïti/République Dominicaine, Saint-Martin/Sint-Maarten et Timor Leste/Indonésie) et a été éditée en 2010 par les Presses de l’Université du Mirail. Son habilitation à diriger des recherche, soutenue en 2017, porte sur la géographie des jeux d’argent ; un ouvrage sur ce thème est en préparation. En mai 2019, Marie Redon a publié un ouvrage édité aux Éditions du Cavalier bleu s’intitulant : « Géopolitique des îles »
En ce mardi 24 septembre 2019, elle est l’intervenante du Café Géo de rentrée dont le titre « Un monde d’îles » laisse entrevoir un monde à l’écart du reste du monde comme si les îles échappaient aux problématiques d’aujourd’hui.
Café géographique de Paris, 24 septembre 2019, animé par Elisabeth Bonnet Pineau. Compte rendu rédigé par Élisabeth Bonnet-Pineau et Mélanie Le Guen





