La présentation de Romane Michaux fait suite à ses travaux de Master 1 Géographies et Montagnes, réalisé en 2021 à l’Université Savoie Mont Blanc, elle aborde la mise en place du dernier parc national français, créé en 2019, et ses enjeux sociaux. Pour rappel, ce type d’espace protégé concerne un territoire sur lequel un intérêt est manifeste et où il n’est pas d’intervention artificielle susceptible d’en altérer l’aspect, le tout dans un but de préservation environnementale. Il est régi par une charte valable pour quinze années et se délimite spatialement par une aire d’adhésion et une ou plusieurs zones cœurs.


Mise en contexte.

La mise en place du parc est issue d’une initiative nationale de protection des forêts feuillues de plaine, découlant des lois Grenelle de 2009 et 2010, qui décrète la création de trois nouveaux parcs nationaux. Celui-ci est situé à cheval entre les régions Bourgogne-Franche-Comté et Grand Est, entre les départements de Côte-d’Or et de Haute-Marne, et plus précisément sur le plateau de Langres. Romane Michaux rappelle que ce choix n’a pas été unanime et que d’autres territoires ont refusé une telle protection, comme Verdun et Bitche, comme une « patate chaude » dont personne ne semble vouloir. De même, ce projet a fait l’objet d’oppositions au sein de la population, dont une partie dénonçait un projet politique du ministère de l’Écologie.

Document 1. Le parc en France et dans son espace régional (réalisation : Romane Michaux).

Pour ce qui est du territoire du parc en lui-même, l’intervenante énonce quelques chiffres importants, justifiant d’une certaine manière la mise en place du parc : 23% de son territoire se trouve être en zone Natura 2000, ZNIEFF ou qualifié en importance communautaire, de même qu’une réserve intégrale a vu le jour (10/12/2021) au nord du parc, à proximité de Châteauvillain. La diversité paysagère est notable ; sur une topographie vallonnée, il apparaît des villages nichés au creux des vallées, des cultures et des prairies, et en grande majorité des reliefs ondulés couverts par de très vastes étendues forestières. Il en découle des usages variés, tel que l’exploitation de granulats, une importante filière bois et un grand nombre d’activités en lien avec les loisirs.

Les difficultés de l’appropriation locale du projet.

Au premier abord, il est apparu une certaine complexité de la charte, possiblement incomprise par le plus grand nombre. Cette incompréhension est, selon Romane Michaux, inhérente à ce type de grands projets ; les accusations d’ingérence parisienne adviennent et les propriétaires privés témoignent de leur attachement à leurs terres et d’une peur de spoliation de celles-ci. Le lobbyisme de la FDSEA et des chambres de commerce et d’agriculture est également à prendre en considération, tant le projet de parc ouvre une brèche dans l’exacerbation de leurs revendications.

Il s’ajoute à cela des changements récurrents de porteurs du projet : une dizaine de ministres d’État se succède en dix ans, de même que les préfets coordonnateurs, ce qui fragilise la tenue du projet. En 2012, un avis défavorable de l’État est publié, ce qui force le groupement d’intérêt public (GIP) à changer sa feuille de route : la méthode agrégative est abandonnée et laisse place à un retirement de parties dans une zone cœur préalablement plus vaste. 12000 hectares de surface agricole sont pris en compte, ce qui génère une peur et une colère des agriculteurs.

En 2016, la charte est écrite et les inquiétudes sont alimentées, notamment chez les agriculteurs en raison de l’importante part de terres agricoles dans le parc. Le manque de communication rend la discussion impossible avec un certain nombre d’acteurs, à quoi s’ajoutent une désinformation prégnante et une déformation des propos : un agriculteur expliquait à l’intervenante que des loups seraient jetés dans le parc par hélicoptère. L’intervention de l’association Des Racines et des hommes, protéger sans interdire de Jean Lassalle dans le débat alimente également la peur des agriculteurs et une vraie défiance est affirmée vis-à-vis de l’État et même de l’Union Européenne.

Document 2. Les stratégies adoptées par les acteurs (réalisation : Romane Michaux)

Les stratégies des acteurs face au projet de parc sont variables et changent selon les acteurs : si certains y voient une motivation territoriale et sont ouverts au débat, d’autres pratiquent la politique de la chaise vide, en gardant le silence. Quant aux anti-parcs, ils manifestent parfois violemment refusant la « mise sous cloche » du territoire.

Un projet concrétisé mais partiellement adopté.

Le consensus autour du parc est tout à fait manqué et, malgré les accords, un réel dissensus est à déplorer. La temporalité et les discours ont été complexes et les perceptions variables selon les acteurs. Romane Michaux insiste sur le fait que les opposants ont été minoritaires, bien qu’il soit difficile de les quantifier précisément, mais qu’ils ont été menés par des gens influents.

Document 3. Frise chrono-systémique : actions et réactions face à la création du Parc (réalisation : Romane Michaux)

Finalement, ce sont 95 des 127 communes du périmètre initial qui ont adhéré à la charte du parc national de Forêts, proportionnellement de manière plus importante du côté haut-marnais. Trois années après la mise en place de cet espace protégé, de nouvelles dynamiques et une acceptabilité plus ancrée sont à signaler, notamment avec des populations qui apprennent à vivre avec cette entité nouvelle et qui en voient les contours de manière plus précise. Quinze nouvelles adhésions à la charte ont été signées depuis sa création.

Réactions et questions du public.

Le public présent n’a pas été avare de questions : les traces d’oppositions sur le terrain ont été abordées, autant d’un côté que de l’autre, se résumant à quelques pancartes et installations.

Puis il s’est agi du respect de la présence du parc : les mesures y sont peu nombreuses mais la présence des gardes du parc influe positivement sur le respect des lieux.

La question de la temporalité sur l’acceptation, évoquée en troisième partie de la présentation, est reposée : la communication et une confiance nouvelle envers le parc sont à noter depuis sa création, notamment par un changement de stratégie de communication. Celle-ci est d’ailleurs évoquée dans une dernière question, sur des aspects de tourisme, qui, bien que n’étant pas le premier des arguments d’un tel périmètre de protection, demeure très présent dans la promotion du plateau de Langres.

                           Antonin Van der Straeten                          avril 2023