Le changement climatique provoque partout dans le monde des analyses et des remises en question qui n’épargnent pratiquement aucun domaine. Le secteur militaire n’échappe pas à la règle. Les dirigeants politiques créent des instances de réflexion et de recherche pour mesurer l’impact du dérèglement climatique sur l’outil militaire et adapter le rôle des armées aux nouveaux défis environnementaux. En 2015, le chef d’état-major des armées françaises soulignait que les effets des changements climatiques risquaient d’accroître la nature des missions confiées aux forces armées ainsi que leur volume. Début 2019, un amiral américain déclarait devant la Commission des armées du Sénat que le changement climatique allait probablement alimenter des troubles sociaux et pourrait même menacer certaines bases militaires américaines. Le 29 août dernier, à Helsinki, les ministres de la Défense de l’Union européenne se penchaient pour la première fois sur les liens entre défense et changement climatique.

Les interventions vont davantage être orientées vers des opérations de sécurité civile en lien avec les catastrophes naturelles (Source: ministère des armées)

Le dérèglement climatique, un multiplicateur de menaces

Les autorités politiques et militaires de nombreux pays s’accordent aujourd’hui pour qualifier le changement climatique de « multiplicateur de menaces » selon les termes utilisés par le département de la Défense des Etats-Unis. Un excellent article du quotidien Libération (https://www.liberation.fr/planete/2019/08/29/le-climat-nouveau-champ-de-mines-pour-les-armees) le montre clairement en analysant quelques exemples choisis avec pertinence, essentiellement en Afrique. Ainsi, le Niger est durement affecté, comme l’ensemble du Sahel d’ailleurs, par l‘augmentation des températures, la réduction de la saison des pluies et l’essor des épisodes météorologiques extrêmes, sans compter un assèchement important du fleuve Niger dû en partie à l’exploitation minière (uranium). La poursuite de ces effets du changement climatique ne sera pas sans provoquer une augmentation des flux migratoires, notamment vers la Libye et l’Europe, et une déstabilisation politique du pays avec une activité grandissante des groupes terroristes. L’auteur de l’article rappelle une statistique de 2017de l’Index mondial de la paix qui précise que « 61 % des déplacements de populations sont causés par des catastrophes liées au climat, contre 38 % par des conflits armés. De quoi alarmer de plus en plus de nations. »

Les infrastructures militaires elles aussi menacées

Selon le Pentagone, une bonne part des installations militaires américaines sont ou seront bientôt exposées à un risque d’inondation ou de sécheresse. Les soldats doivent s’adapter à un environnement climatique qui évolue (températures plus élevées, etc.). Les armées occidentales réfléchissent aux changements indispensables de leurs pratiques de combat mais aussi à leurs stratégies de maintien de la paix (comme l’aide aux populations pour une meilleure adaptation aux nouvelles conditions climatiques).

L’aggravation des tensions stratégiques

Le réchauffement climatique, particulièrement rapide dans l’Arctique, crée de nouvelles tensions le long des routes polaires, mettant aux prises les grands Etats riverains (Russie, Etats-Unis, Canada) et les Etats plus éloignés mais soucieux d’exploiter des routes maritimes plus courtes pour relier les grands pôles commerciaux de la planète. Ainsi la stratégie chinoise des « nouvelles routes de la soie » comporte un axe arctique entre le détroit de Behring et l’Atlantique Nord, c’est-à-dire à proximité des côtes russes. Etats-Unis, Chine, Russie : un trio de grandes puissances pour lesquelles les intérêts géostratégiques et économiques sont aussi liés aux conséquences du changement climatique dans les différentes régions de la planète à l’heure de la mondialisation exacerbée.

Daniel Oster, septembre 2019