Les militaires et le changement climatique

Le changement climatique provoque partout dans le monde des analyses et des remises en question qui n’épargnent pratiquement aucun domaine. Le secteur militaire n’échappe pas à la règle. Les dirigeants politiques créent des instances de réflexion et de recherche pour mesurer l’impact du dérèglement climatique sur l’outil militaire et adapter le rôle des armées aux nouveaux défis environnementaux. En 2015, le chef d’état-major des armées françaises soulignait que les effets des changements climatiques risquaient d’accroître la nature des missions confiées aux forces armées ainsi que leur volume. Début 2019, un amiral américain déclarait devant la Commission des armées du Sénat que le changement climatique allait probablement alimenter des troubles sociaux et pourrait même menacer certaines bases militaires américaines. Le 29 août dernier, à Helsinki, les ministres de la Défense de l’Union européenne se penchaient pour la première fois sur les liens entre défense et changement climatique.

Les interventions vont davantage être orientées vers des opérations de sécurité civile en lien avec les catastrophes naturelles (Source: ministère des armées)

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Trieste, du déclin à la renaissance ?

La ville de Trieste aujourd’hui. Au premier plan, le Grand Canal construit au XVIIIe siècle qui a permis l’entrée des bateaux au cœur de Trieste. (https://www.lepoint.fr/voyages/trieste-concentre-de-culture-22-03-2011)

 

Situé au pied des Alpes dinariques sur la mer Adriatique, le port de Trieste fut longtemps le principal débouché méditerranéen du Saint-Empire romain germanique puis de l’Empire austro-hongrois. L’histoire complexe de la ville s’explique par une position en Europe au carrefour des influences latine, germanique et slave. La fondation romaine (Tergeste), la rivalité avec Venise, l’installation de nombreux juifs après 1492, l’intégration dans l’Empire des Habsbourg (port franc en 1719), constituent quelques étapes marquantes de cette histoire.

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La géographie aux Éditions du CNRS

La célébration des 80 ans du CNRS (Centre national de la recherche scientifique) constitue une belle occasion d’attirer l’attention d’un large public sur le travail discret mais efficace de la filiale éditoriale de cette institution française. CNRS Éditions constitue la vitrine de la recherche française qui s’apprête à publier, entre août et novembre, les premiers volumes d’une nouvelle collection (Les nouvelles voix de la recherche) dans laquelle des scientifiques de toutes disciplines proposent une synthèse claire et concise de leurs recherches. A titre d’exemple, signalons la parution dès le 29 août du livre de Jean Jouzel, Climats passés, climats futurs. Nul doute que cette centaine de pages du climatologue français rencontrera un succès mérité à l’heure où l’urgence des questions environnementales nécessite une diffusion à grande échelle du savoir scientifique pour étayer les positionnements citoyens.

 

 

Nous profitons de cette opportunité éditoriale pour rappeler qu’à côté des sciences « dures » les sciences humaines occupent une large place dans les publications de CNRS Éditions. Et au sein de ce vaste secteur la géographie n’est pas en reste. C’est une réalité qui mérite d’être divulguée, non seulement auprès des lecteurs soucieux de parfaire leur culture géographique (étudiants, enseignants…), mais aussi auprès d’un public plus large intéressé par le rôle de l’espace comme clé de compréhension du monde contemporain.

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L’Europe au miroir de sa démographie

La démographie a la réputation d’une science aride faisant la part belle aux statistiques. Pourtant, derrière les chiffres et les mots des démographes (fécondité, natalité, espérance de vie, mortalité…) se révèlent des aspects essentiels de l’histoire des territoires et du comportement des populations. On le voit clairement à la lecture des données démographiques du continent européen.

Les trois dernières décennies témoignent d’un véritable bouleversement démographique en Europe. Sa population n’augmente plus globalement depuis 1993 et devrait lentement décroître dans quelques années, comme on l’observe déjà dans de nombreux pays. Rappelons que la population européenne représentait le quart de la population mondiale en 1900. Malgré un gain de 180 millions d’habitants entre 1950 et 2000, elle n’en représente plus aujourd’hui qu’environ 10%. Cette évolution globale masque une fracture démographique entre l’Ouest et l’Est qui se creuse toujours davantage depuis la chute du mur de Berlin en 1989. Pourtant les années 1950 à 1970 ont été marquées par une forte convergence démographique entre les deux parties du continent : en 1950, l’Est avait 60 millions d’habitants de moins que l’Ouest ; en 1989, l’Est n’en avait plus que 30 millions de moins. Mais le paysage démographique est bouleversé depuis 1989 avec l’achèvement de la transition démographique et surtout avec la transition économique et sociale des anciens pays communistes.

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Géographie et polar polaire: les Cafés géo reçoivent Olivier Truc

Le samedi 16 mars 2019 de 10h à 12h, un public nombreux est rassemblé dans la salle du nouvel amphi de l’Institut de Géographie pour accueillir Olivier Truc, journaliste et écrivain français qui habite Stockholm depuis 1994. Il est l’auteur d’une trilogie de romans policiers « ethnologiques » consacrés aux Sami de Laponie. Olivier Truc est de passage à Paris pour la sortie de son dernier livre « Le cartographe des Indes boréales » aux éditions Métailié qu’il présente au Salon du Livre ce week-end.

Cette rencontre a lieu sous forme d’un échange avec Daniel Oster et Michèle Vignaux. Elle donne une suite substantielle à l’article « De l’actualité des Sami » signé Michèle Vignaux et publié sur ce site en novembre 2018.

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Armand Frémont, un grand géographe français

 

Armand Frémont lors d’une conférence à la médiathèque de Coutances (Source: Ouest France, 6 octobre 2015)

 

Armand Frémont, qui vient de nous quitter aura marqué la géographie contemporaine de langue française.

Il fut d’abord et très profondément attaché à sa Normandie natale. Attaché en particulier à la ville du Havre et à ce village de l’Eure, Francheville, où avec Monique, sa femme, ils ont passé beaucoup de temps, ces dernières années.

Sans doute beaucoup de géographes ont-ils eu un parcours similaire qui consiste à suivre une veine régionale : pourquoi ne pas exploiter une connaissance intime d’une société inscrite dans votre terre d’origine et en faire un objet d’étude ? Cette démarche était encouragée par l’orientation de la géographie vers les études régionales, depuis les premiers développements de la géographie scientifique, au XXe siècle.

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Les géographes sont désormais plus enclins à participer aux débats citoyens

Il existe des gilets de différentes couleurs ! Les « gilets verts » veulent conjuguer justice sociale et urgence écologique (https://www.herault-tribune.com/). Un exemple de débat citoyen où les géographes ont leur mot à dire.

Bien sûr, il y a eu des géographes qui, par le passé, n’ont pas hésité à sortir de leurs universités pour prendre parti sur les grands problèmes politiques ou sociaux de leur temps. Mais constatons que l’époque actuelle est bien plus propice à la participation des géographes aux grands débats citoyens qui portent sur les questions politiques, les mouvements sociaux, la mondialisation, le développement durable, les fractures territoriales…

Nous y voyons plusieurs raisons. Tout d’abord, la discipline a effectué sa mue en adoptant les habits complexes d’une science sociale vivante, en perpétuelle évolution, sans pour autant abandonner son regard particulier sur le monde qui nous entoure. Il est vrai qu’elle a été aiguillonnée par le dynamisme d’autres sciences sociales telles que la sociologie, l’histoire, l’économie, et bien d’autres encore, pour rendre compte des faits sociaux à partir de leur dimension spatiale, ce qui constitue son ADN ou plutôt sa « marque de fabrique ».

Une autre raison tient à la multiplication des lieux d’expression et de confrontation des idées où les géographes, à l’instar d’autres intellectuels, peuvent utiliser leurs compétences pour éclairer à leur manière tel sujet d’actualité ou telle grande question « sociétale ». Les émissions d’information/débat à la radio et à la télévision, les chaînes d’information en continu, la multiplication des tribunes dans la presse écrite, l’essor formidable des blogs et des diverses ressources électroniques, tout cela donne une idée de l’énorme potentiel de réflexion mis à la disposition des citoyens, pour le meilleur et… le pire !

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« Gilets jaunes » (suite) : les sciences sociales pour y voir plus clair

17 novembre 2018, Dozulé (Calvados). Des « gilets jaunes » manifestant à un péage de l’autoroute A13. (© Charly Triballeau/AFP)

« Gilets jaunes », acte IV, 8 décembre 2018. Le mouvement dure déjà depuis plusieurs semaines et personne n’est aujourd’hui en mesure de prédire sa fin précise. Une nette majorité de Français estiment « comprendre » ce mouvement hors norme mais cherchent-ils pour autant à réfléchir aux diverses composantes qui s’agrègent pour constituer un phénomène complexe dont la prise en compte est loin d’être aussi évidente que beaucoup le proclament ?

Fracture territoriale, fracture numérique, mondialisation néolibérale et recomposition économique, creusement des inégalités sociales, essor de la précarité et craintes d’un déclassement, transition énergétique et fiscalité écologique, usure du « système » démocratique traditionnel, pouvoirs respectifs des Etats et des multinationales, boucs émissaires (Europe et migrants entre autres) désignés par la vague populiste… La liste des facettes du mouvement des « gilets jaunes » est en réalité celle des ingrédients de notre modernité qui attisent notre inquiétude et parfois notre désarroi. Si nous voulons rester des citoyens lucides et respectueux de nos semblables, il nous faut réellement « comprendre », du moins tenter de le faire, pour aider notre démocratie et notre société à faire les bons choix en toute connaissance de cause. Les sciences sociales (sociologie, géographie, histoire, sciences politiques, sciences économiques et même psychologie) sont là pour guider notre réflexion et nos comportements.

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Jeremy GHEZ, Etats-Unis : déclin improbable, rebond impossible

Jeremy GHEZ, Etats-Unis : déclin improbable, rebond impossible, V.A. Editions, 2018

L’élection inattendue de Donald Trump à la Présidence des Etats-Unis en 2016 a donné lieu à toute une littérature interrogeant la nature du « trumpisme » pour mieux comprendre les fractures de l’Amérique et tenter de répondre à la question du déclin ou du rebond de la première puissance de la planète. Dans cette avalanche d’analyses et de témoignages un petit livre réussit le tour de force de nous présenter en une centaine de pages les principales clés, politiques et économiques, nous permettant de saisir les enjeux essentiels d’un tournant majeur de l’histoire des Etats-Unis. Son auteur, Jeremy Ghez, enseigne l’économie et les affaires internationales à HEC et codirige le Centre de Géopolitique de cette école. Tout au long de l’ouvrage, mine de rien, il témoigne d’une connaissance intime des rouages du système politique américain, ce qui nous vaut des anecdotes éclairantes toujours suivies de courtes synthèses qui dévoilent le nouveau visage des Etats-Unis.

Les raisons d’une élection surprise

Les observateurs les plus avisés de la vie politique américaine ont été surpris par la victoire de Donald Trump en 2016 d’autant plus que les médias n’ont cessé de stigmatiser le caractère démagogue, populiste et vulgaire de la campagne du candidat républicain. C’était oublier un peu vite le désarroi d’une partie importante de la population ayant l’impression d’être abandonnée, surtout depuis la crise des subprimes de 2008. Rappelons que la victoire de Trump est largement liée au basculement de trois Etats, traditionnellement démocrates, en faveur du milliardaire new-yorkais : le Wisconsin, le Michigan et la Pennsylvanie, tous situés dans la Rust Belt au Nord-Est des Etats-Unis. Le désarroi de cette population s’explique principalement par des raisons économiques, à savoir les effets de la mondialisation et de l’automatisation des procédés de production. Mais à cela s’ajoute « la peur du déclassement, notamment par rapport aux minorités historiques du pays ». Le cocktail chômage/vote identitaire/rejet de l’establishment a provoqué « la soif de changement, le souhait de bousculer la vie politique américaine » d’une « coalition Trump » séduite par un leader jugé charismatique et surtout pragmatique, prêt à tout pour « redonner » sa grandeur à l’Amérique.

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Bannir simplismes et caricatures pour comprendre le mouvement des « gilets jaunes »

 

 

Ce petit texte est né de l’exaspération suscitée par les doctes assertions de plusieurs figures médiatiques sur l’état de la société française alors même que bien souvent elles ne font qu’asséner des schémas simplistes, voire caricaturaux. L’autre raison de son écriture, intimement liée à cette exaspération, est de contribuer à la diffusion d’un remarquable article[1] du géographe Aurélien Delpirou démontrant avec grande rigueur qu’en réalité le mouvement des « gilets jaunes » « ne reflète pas une France coupée en deux, mais une multiplicité d’interdépendances territoriales ».

Aurélien Delpirou n’a pas la prétention d’expliquer à chaud tous les enjeux qui se mêlent dans ce mouvement plus complexe qu’il n’y paraît. Il se contente de chausser les lunettes du géographe pour exploiter au mieux les différentes sources d’information à sa disposition (voir les notes de bas de page et la bibliographie des références utilisées). Pour cela il a choisi de répondre à quatre questions qui apparaissent comme autant de pistes explicatives, toutes bâties sur des oppositions binaires, « entre villes et campagnes, entre centres-villes et couronnes périurbaines, entre bobos et classes populaires, entre métropoles privilégiées et territoires oubliés par l’action publique ».

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