Compte rendu du café géographique du 31 janvier, avec A. Spire et C. Schmoll

Avec Amandine Spire et Camille Schmoll, maîtresses de conférences à l’université Paris-Diderot (Paris VII). Amandine Spire a notamment travaillé sur les migrations en Afrique de l’Ouest. Elle s’intéresse actuellement davantage aux problématiques de droit à la ville et de productions de normes sociales et spatiales dans les sociétés urbaines. Camille Schmoll est spécialiste des migrations dans l’espace euro-méditerranéen. Elle s’intéresse notamment aux migrations féminines, à travers une approche par le genre.

Le thème de ce café géographique s’articule autour d’une question d’actualité, mais a aussi pour objectif de discuter la notion de « crise » : est-ce qu’il s’agit de l’acmé d’un mouvement qui a débuté anciennement ou bien plutôt d’un phénomène récent ? Quelles en sont les causes principales ?

Les limites spatiales de cette crise sont également problématiques. Parler de crise migratoire européenne, c’est d’une part s’interroger sur les limites spatiales de l’Europe : un certain nombre de pays qui ne font pas partie de l’Union Européenne sont également touchés. D’autre part, cette crise interroge également les limites politiques de l’Europe : est-ce que la crise migratoire ne serait finalement pas un révélateur d’autres crises, des frontières européennes, de l’hospitalité, de la solidarité entre Etats-membres ou encore du projet européen dans son ensemble ?

Camille Schmoll propose de croiser les approches temporelles et spatiales afin de mieux recontextualiser le phénomène actuel. Elle revient sur la notion de « crise » : en partant d’une conception gramscienne, elle explique que la crise est un moment de transition, où quelque chose se meurt mais sans savoir sur quoi il va s’ouvrir[1].

I. Caractériser les flux migratoires contemporains

Quantification des flux migratoires contemporains

Camille Schmoll commence en expliquant que depuis 2011, on remarque une hausse des traversées méditerranéennes, qui correspond au déclenchement des Printemps arabes : les premiers flux sont majoritairement constitués de Tunisiens. Mais, à partir de 2014, le nombre de personnes qui traversent la Méditerranée augmente précipitamment, en lien avec la guerre civile syrienne. Cette augmentation brutale des traversées maritimes s’explique par la fermeture des routes terrestres : bien entendu il n’a pas fallu attendre 2011 pour que l’Europe devienne une destination migratoire.

En 2016, sur les 363 000 arrivées recensées, 176 000 personnes sont arrivées en Grèce, notamment sur les îles de la mer Egée. L’accord signé, en mars 2016, entre l’Union Européenne et la Turquie[2] a crée un déplacement des flux vers la Sicile. En termes de nationalités, ces flux sont essentiellement constitués de Syriens, de personnes venant d’Asie centrale, d’Afrique Orientale (Erythrée, Somalie, Ethiopie, Soudan) et dans une moindre mesure d’Afrique occidentale (Nigéria, Gambie, Côte d’Ivoire). Le profil des migrants a tendance à se modifier : de plus en plus de mineurs isolés (ils représenteraient 20% des déplacés) mais également des femmes seules prennent le parti de traverser la Méditerranée.

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