Café Géographique d’Annecy, le 14 novembre 2019 avec Laine Chanteloup (Université de Lausanne)

« Ni domestiques, ni sauvages, les relations socio-culturelles des Inuits du Nunavik (Québec) aux chiens« 

 

Présentation de l’invitée :
Laine Chanteloup est actuellement professeure assistante à l’Université de Lausanne. Diplômée de l’Institut d’Études Politiques de Rennes et d’un Master de géographie de l’Institut de Géographie Alpine de Grenoble, elle a effectué sa thèse en géographie et en ethno-écologie en cotutelle entre le laboratoire EDYTEM de l’Université de Savoie et l’Université de Montréal au Canada. Après une année d’ATER de géographie à l’université Joseph Fourier de Grenoble, elle a réalisé un post-doctorat au sein de l’observatoire Hommes-Milieux du Nunavik soutenu dans le cadre du labex DRIIHM CNRS. Maître de conférences à Limoges, membre associé de l’UMR GEOLAB, elle a tout récemment pris un poste de professeure assistante à l’Institut de Géographie et Durabilité de l’Université de Lausanne, elle est rattachée au Centre Interdisciplinaire de Recherche sur la Montagne (CIRM) sur le site de Sion. Ses travaux portent sur l’Arctique et les territoires de montagne (elle a notamment travaillé sur le massif des Bauges). Ses thèmes de recherche sont non seulement géographiques mais ethno-géographiques voire ethno-écologiques sur les questions des relations humains/animaux).
Son intervention permet d’avoir un regard spécialisé sur un thème qui illustre l’intérêt de dépasser une pensée binaire, aussi confortable que réductrice (humain-nature, tradition-modernité). Depuis 10/20 ans on note l’émergence de nombreux travaux savants ou de courants de pensée témoignant que ce mode d’organisation de la pensée est finalement très limité dans le temps et dans l’espace (début des temps modernes au mieux et dans un cadre essentiellement européen). L’étude des régions de l’Arctique constitue une magnifique occasion de s’aventurer vers d’autres modes de représentation de l’espace et du monde.
Cette étude a donc une dimension à la fois géographique, de terrain, sur le Canada en l’occurrence, mais aussi ethnologique. Elle permet en effet une interrogation sur ce qu’on a tendance à simplifier sous le terme « autochtone ».

Présentation du sujet, de l’étude dans laquelle il s’intègre

L’étude à laquelle elle participe a commencé en 2017. Elle travaille avec une autre professeure de géographie du Canada (Thora Herrmann) et des équipes vétérinaires canadiennes (équipe de recherche coordonnée par André Ravel de l’Université de Montréal). L’équipe de recherche a été amenée à se rendre régulièrement au Nunavik (région Nord du Québec) afin d’interroger les relations socio-culturelles que les Inuits entretiennent avec leurs chiens dans le Nunavik contemporain.
Elle travaille sur l’Arctique canadien depuis presque 10 ans, ayant réalisé sa thèse en co-tutelle entre la France et le Canada, elle a été amenée à travailler au Nunavut, territoire nordique de l’état fédéral canadien et au Nunavik (Région Nord québécoise). Si on parle souvent du Nunavut car il est le premier territoire inuit canadien à avoir obtenu une forme d’« autonomie » en 1999, la région du Nunavik reste méconnue. Pour cette présentation, on va aujourd’hui principalement parler de cette région.

  • La région d’étude : le Nunavik
    Ce territoire correspond à la partie du Québec située au nord du 55ème parallèle. C’est une région qui est donc soumise aux lois provinciales de Québec. Cependant, on notera que cette région a une certaine indépendance dans la mesure où le gouvernement régional du Nunavik est géré par un gouvernement régional et que des institutions suite à la convention de la Baie James ont été créé pour représenter et protéger les intérêts Inuit notamment par le biais de la société Makivik (constituée le 28 juin 1975 pour administrer les fonds provenant du tout premier règlement de revendications territoriales globales au Canada, soit la Convention de la Baie-James et du Nord québécois). Des désignations administratives ne correspondent pas toujours à la réalité des hommes, même s’ils doivent s’y soumettre (voir les travaux de Martin Simard sur la géopolitique du Nunavik).

    Il est important de souligner que si cette étude de cas permet d’approfondir les enjeux des relations humains-chiens sur un territoire bien précis (le nord du Nunavik), elle a aussi une dimension transversale dans la mesure où d’autres peuples autochtones connaissent aujourd’hui des enjeux similaires ou s’en rapprochant (ex. des Cris ou des Naskapis par exemple).

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