Quelques dessins de Jean-Pierre Allix, peintre et géographe (1927-2013), Michel Sivignon & Stéphane Allix. Le dessin du géographe n°73

Jean-Pierre Allix enseignait la géographie dans des classes préparatoires parisiennes. A ce titre il a publié deux ouvrages qui sont des essais: « L’espace humain. Une invitation à la géographie» (Le Seuil 1996) et « l’Europe, cette belle inconnue » (Ed. Michalon 1999).

Jean-Pierre Allix était aussi (et peut-être surtout) un peintre. On recommande sur ce thème son livre-testament, publié à titre posthume et préfacé par son fils Stéphane: « L’homme qui croyait peindre des paysages » (Albin Michel 2017).

Cet intérêt pour la peinture était probablement sa vocation première. Elle lui venait de son oncle américain, le peintre Alfred Rigny. Quant à la géographie, l’influence d’André Allix, géographe et frère de son père, qui fut professeur à l’Université de Lyon et recteur, n’y fut pas étrangère. Louis, son père architecte, l’encouragea dans des études qui lui permettraient ensuite d’être à l’abri du besoin, considérant sa vocation artistique comme plus aléatoire.

Jean-Pierre Allix passa beaucoup de temps dans son atelier adjacent à sa maison de Larchant près de Nemours, surtout à partir de sa retraite, mais ne fit guère connaître ni ses dessins ni ses peintures, y compris dans ses propres livres. C’est dans son atelier de Larchant que nous avons pu les voir grâce à l’obligeance de Claude, sa femme.

Jean-Pierre Allix voyagea beaucoup, vers l’Asie Centrale, son domaine de prédilection, avec une mention particulière pour l’Afghanistan, un Afghanistan d’avant l’invasion soviétique (nous étions en 1956), où l’on pouvait circuler à peu près partout, celui que traverse Nicolas Bouvier quelques années auparavant et qu’il décrit dix ans plus tard dans « L’usage du monde », un maître-livre. Toutefois, il semble que Jean-Pierre Allix  arrêta ensuite de dessiner sur le motif. Le titre de son ouvrage « L’homme qui croyait peindre  des paysages» nous introduit à sa manière de voir.

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« Un géographe de plein vent. Albert Demangeon, 1872-1940 » (Coédition Bibliohtèque Mazarine, Ed. des Cendres, 2018), , Michel Sivignon.

La bibliothèque Mazarine vient à la fois de présenter une exposition sur le géographe Albert Demangeon et de publier aux Editions des Cendres les bonnes pages d’un colloque qui vient de se tenir autour d’Albert Demangeon (1872-1940) dit ici « géographe de plein vent ».

On y trouvera matière à utile réflexion sous la plume de Denis Wolff qui a consacré sa thèse à ce géographe, de l’historien Nicolas Ginsburger et de Marie-Claire Robic qui a pris depuis longtemps la relève de Philippe Pinchemel dans l’étude de l’histoire de notre discipline. La présence de deux bibliothécaires, Yann Sordet, directeur de la Mazarine, et Patrick Latour n’est pas étrangère à la très belle qualité graphique de l’ouvrage et à l’excellence de ses illustrations.

On comprend mieux cette qualité des illustrations lorsqu’on parcourt l’exposition dédiée à Demangeon à la Bibliothèque Mazarine. Grâce à la générosité de sa famille et à l’attention de son gendre Perpillou, une masse considérable de documents a permis de constituer un stock d’archives remarquable, dont il est peu d’exemples dans la corporation géographique.

Denis Wolff situe Demangeon à partir de ses origines familiales. Pur produit de l’élitisme républicain, issu d’une modeste famille et formé dans l’école publique d’une petite ville de l’Eure, il réussit à entrer à l’Ecole Normale supérieure, devient agrégé, puis professeur à Lille et à la Sorbonne. L’ENS lui fournit le réseau sur lequel il s’appuiera.

Nicolas Ginsburger élargit le champ en cherchant son orientation idéologique. Le titre de son chapitre est révélateur : « de l’Affaire Dreyfus au danger nazi : un intellectuel vigilant, mais un engagement modéré ». Là encore, sans dissimuler ses opinions, Demangeon reste en retrait. Il devient progressivement dreyfusard, mais pas au point de s’engager.

Marie-Claire Robic cherche la place de Demangeon dans les débats entre géographie, sociologie et histoire. Sans revenir aux détails des diverses polémiques où finalement Demangeon est réticent à s’engager, notre géographe est convaincu de la vanité d’affrontements dont les dés sont biaisés. Il s’agit, pense-t-il, pour les sociologues et historiens de restreindre le territoire de la géographie et de s’emparer de ses dépouilles. Sa défense est de s’adresser à la clientèle en lui disant : « Voyez ce que nous faisons plutôt que ce qu’ils déclarent ».

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Relire un géographe : André Siegfried (1875-1959), Denis Wolff.

André Siegfried et son maître-livre (source: www.sciencespo.fr)

Dans un texte daté du 3 mars 1946, André Siegfried écrit[1] : « Trois maîtres ont exercé sur ma formation une influence décisive : Izoulet, mon professeur de philosophie, m’a donné le goût des idées générales ; Seignobos m’a enseigné le réalisme psychologique politique ; Vidal de la Blache m’a fait comprendre, du moins je l’espère, l’esprit profond de la géographie. » En effet, il fut à la fois géographe, historien, sociologue, politiste… Plusieurs disciplines revendiquent d’ailleurs son héritage. Des historiens ont travaillé dans son sillage, tel Paul Bois dans sa thèse sur les paysans de l’Ouest, soutenue en 1960[2]. Pour les professeurs de Sciences Po, notamment François Goguel et Alain Lancelot, il fait partie de leur histoire ; ils ont d’ailleurs baptisé une salle de son nom mais elle a aujourd’hui disparu. Et les géographes ? Ils l’ont longtemps caricaturé, réduisant son oeuvre à une citation d’ailleurs fausse : « le calcaire vote à gauche, le granit à droite ». Ils semblent surtout l’avoir oublié jusqu’aux années 1970. Mais ils se rattrapent ensuite en organisant un colloque à Nantes en mars 1987, puis un autre à la Sorbonne en décembre 1988, avec publication des actes dans les deux cas[3]. Et, beaucoup plus récemment, André-Louis Sanguin, puis Hugh Clout rédigent sa biographie[4]. On trouve en outre des informations sur André Siegfried dans plusieurs dictionnaires[5] et sur des encyclopédies en ligne comme Larousse, Wikipedia…

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Croquis d’Albert Demangeon en Limousin (1906-1911), Denis Wolff.
Le dessin du géographe, n°62

L’habileté d’Emmanuel de Martonne (1873-1955) en tant que dessinateur a impressionné ses collègues et des générations d’étudiants ; Gaëlle Hallair a relevé dans Le dessin du géographe un fort bon exemple en Roumanie[1] et Jean Nicod y a décortiqué ces fameux blocs-diagrammes[2]. En revanche, personne ne mentionne les dessins de son collègue Albert Demangeon (1872-1940). En effet, si des cartes, des coupes géologiques, des plans de maisons et de villages apparaissent dans ses écrits, on n’y trouve jamais de croquis de représentation de paysage. Il préfère utiliser des photographies pour appuyer son propos et dispose d’un talent indéniable dans leur réalisation (cf. par exemple, celles de la Géographie universelle sur les Iles Britanniques ou la Belgique). Serait-il un piètre dessinateur ?

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« Des géographes hors-les-murs ? », Pascal Clerc, Marie-Claire Robic, dir. (L’Harmattan, 2015), Denis Wolff
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Pascal Clerc, Marie-Claire Robic (dir.), Des géographes hors-les-murs ? Itinéraires dans un Monde en mouvement (1900-1940), L’Harmattan, 2015, 408 p., 34 €. Contributions de Roland Carrupt, Christian Germanaz, Nicolas Ginsburger, Josefina Gomez Mendoza, Philippe Oulmont, Hugues Peurey, , Michel Sivignon, Mercedes Volait.

Chers amis des Cafés géo, savez-vous qu’à côté des Vidal, Martonne, Blanchard et autres célébrités, il existe une constellation, une myriade de géographes inconnus ? Ce sont les géographes hors-les-murs, des hétérodoxes, des hommes libres. Leur itinéraire, bien différent de ceux des « grands », jalonné de bifurcations, jamais linéaire, sort de la voie classique : ENS, agrégation, thèse, chaire universitaire. Cet ouvrage propose des monographies d’une dizaine de ces outsiders de la première moitié du vingtième siècle et quelques chapitres sur les Balkans, espace marginal pour des Français, mais travaillé aussi par les Allemands et au cœur des enjeux de la Première guerre mondiale (un chapitre sur le géographe serbe Jovan Cvijić et un autre sur la géographie des Balkans rédigé par Michel Sivignon).

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