Peut-on parler d’un système productif fromager ? Par Claire Delfosse.

Les Cafés Géo de Lyon accueillent ce mercredi 19 novembre à 18h à la Cloche Claire Delfosse, professeur de géographie à l’Université Lumière Lyon 2 directrice du Laboratoire d’Etudes Rurales sur le sujet « Peut-on parler d’un système productif fromager ? ». Auteure de La France fromagère (1850 – 1990) et d’Histoires de Bries, elle propose une lecture du fromage autour d’une question au programme du CAPES et de l’agrégation externes. Elle travaille sur les fromages dans une approche géohistorique, avec un intérêt fort pour les produits de qualité et le terroir. Pour commencer son intervention, elle montre des fromages mis en scène aux Halles Bocuse, lieu touristique lyonnais mais aussi espace d’achat et de consommation. La notion de filière n’est pas satisfaisante à ses yeux pour parler des fromages. Dans une perspective géohistorique, cette notion est trop linéaire car elle sous-entend un échange du producteur au consommateur. La production ne domine peut-être plus uniquement, à l’heure où l’aval joue aussi un rôle important. La notion de filière semble trop économique : pour C. Delfosse, elle peine à s’appliquer dans l’espace. Le bassin de production a pu être proposé, s’attachant alors à la production et aux flux produits, mais cette focale peine à s’intéresser au produit. Qu’en est-il du système productif ? Cette notion est-elle plus satisfaisante ? Le système productif se définit comme « l’ensemble des facteurs et des acteurs concourant à la production, à la circulation et à la consommation des richesses » (Carroué, 2013).

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Bien être en ville. Quand la nature est l’objet du désir des citadins, par Lise Bourdeau-Lepage.

Les Cafés Géo de Lyon accueillent, le 11 Juin 2014, Lise Bourdeau-Lepage, professeur à l’Université Jean Moulin – Lyon 3 et chercheuse à l’UMR 5600 EVS (directrice adjointe du CRGA). L’intervenante a eu l’idée et a présidé le comité d’organisation du colloque « Bien-être en ville : regards croisés nature-santé ». Compte-rendu réalisé par Silvia Flaminio.

La présentation s’appuie notamment sur une enquête qu’elle a conduite et qui s’est intéressée aux désirs des citadins lyonnais, mais aussi sur différents travaux antérieurs. En effet, l’intervenante a déjà dirigé un numéro spécial de la revue Métropolitiques un numéro spécial de Géographie, économie, société sur la relation ville, nature et bien-être, un ouvrage Nature en ville : attentes citadines et politiques publiques (2014, avec Roland Vidal, Editopics).

La problématique des travaux présentés est la suivante : Comment la nature devient-elle l’objet de désir du citadin ? Quels sont les éléments qui expliquent cette évolution ? La présentation est conduite en deux temps : une mise en contexte du désir de nature et l’analyse de quelques résultats d’une enquête lyonnaise.

Contextualisation

Les désirs des citadins préoccupent l’ensemble des acteurs urbains. Mais la conciliation entre ville et nature peut s’avérer difficile voire complexe. Premièrement, la notion de nature est elle-même délicate à définir. Deuxièmement, le besoin de nature de l’homme doit être concilié avec son besoin d’urbanité à l’heure de l’homo urbanus. Comment peut-on rapprocher les notions d’urbanité, de bien-être et de nature ?

On assiste aujourd’hui à un verdissement de la société qui s’explique par une prise de conscience globale des effets de notre développement sur notre environnement que nous rappelle notamment la multiplication de catastrophes naturelles. Ce verdissement serait une réponse à l’idée de la finitude des ressources. Pour répondre à cette inquiétude, des accords internationaux se multiplient et sont traduits aux échelles nationales et locales (comme les Plans Climats ou les Agendas 21).

La nature pèse dans le choix de localisation des individus et des entreprises. L’environnement constitue une aménité pour les hommes. Ainsi, l’environnement est dans certains classements internationaux pris en compte pour évaluer l’attractivité des métropoles globales, c’est-à-dire les villes qui jouent un rôle majeur dans l’économie globalisée aujourd’hui (cf. Classement de la Mori Memorial Foundation) ou encore à l’échelle locale, il permet de distinguer les villes où il fait bon vivre – différents journaux se livrent régulièrement à cet exercice. Par ailleurs, en ville, un marketing du « vert » se développe. A l’échelle individuelle, les citoyens peuvent aussi s’engager : c’est le cas des membres du Guerrilla Gardening, des Colibris, des Incroyables Comestibles… Des labels se mettent en place, par exemple label écojardin – il nécessite de respecter des techniques de production (éviter les pesticides, avoir une technique écoresponsable) et d’être ouvert à différents types de population. De nombreux autres exemples existent.

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Les animaux sauvages, ennemis des hommes ? Par Farid BENHAMMOU.

Café géographique à Toulouse le 23.04.2014, par Farid BENHAMMOU. Compte-rendu par Jérémy PASINI.

Farid Benhammou est agrégé de géographie et docteur en géographie de l’environnement de l’ENGREF – Agro Paris Tech. Passionné depuis l’enfance par la faune, comme il le confie lui-même en préambule de « son » café-géo, il est aujourd’hui considéré comme l’un des spécialistes français des grands prédateurs. Il travaille sur les conflits autour de la conservation de l’ours et du loup depuis 1998. En 2007, il soutient une thèse distinguée par le Comité national français de géographie: « Crier au loup pour avoir la peau de l’ours : une géopolitique locale de l’environnement ». Il est l’auteur de nombreux articles sur le sujet et a été invité en 2012 dans l’émission « La tête au carré », l’émission scientifique de la radio France Inter.

Une anecdote : l’ibis sacré, un animal majestueux qui déchaîne les passions.

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Le territoire au service de la santé ? Aménagement, urbanisme et santé publique. L’exemple de la santé infantile à Villeurbanne. Avec Céline Broggio, Virginie Chasles, Sophie Pamiès.

Céline Broggio, géographe, Université Jean Moulin Lyon 3. Virginie Chasles, géographe, Université Jean Moulin Lyon 3. Sophie Pamiès, médecin, Direction de l’écologie urbaine (Lyon).

Les Cafés Géo de Lyon accueillent le 26 mars 2014 à 18h au Café de la Cloche, deux maîtres de conférences en géographie Virginie Chasles et Céline Broggio de l’Université Jean Moulin Lyon 3 et Sophie Pamiès, médecin territorial, médecin directeur de l’Ecologie urbaine à Lyon. Ce Café Géo vise à articuler des discours scientifiques et une pratique de terrain. Il s’agit d’articuler un champ de la géographie (la géographie de la santé) et un terrain d’action (le quartier des Buers à Villeurbanne), et de voir s’il est possible de mobiliser le territoire pour préserver et améliorer la santé des populations concernées. Cette question est ancienne mais est renouvelée par des enjeux de santé, notamment le surpoids et l’obésité. Ce propos vise alors à relier les facteurs individuels mais aussi le rôle du territoire comme déterminant de santé. De ce fait, l’intervention s’organise en trois temps : en premier lieu, il s’agit de présenter le territoire comme un élément déterminant de la santé ; ensuite, l’objectif est d’expliquer pourquoi l’obésité (et plus particulièrement infantile) est un enjeu de santé publique majeur et enfin, la présentation du terrain d’action ouvre la réflexion sur la problématique de l’urbanisme favorable à la santé.

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Géopolitique de l’Europe, par Pascal Orcier.

Café de géographie du 11 février 2014, par Pascal Orcier (Université de Lyon III), Café l’Avenue, Mulhouse. Notes de Françoise Dieterich

La géopolitique de l’Europe est un sujet d’actualité à 100 jours des élections européennes, 48 heures après la votation suisse et en pleins Jeux Olympiques de Sotchi.

La question de l’Ukraine est au cœur de l’actualité car écartelée entre l’UE et la Russie mais comment se représente la frontière pour chacune de ces entités ? Une frontière négociée pour l’UE?  Un front ou un glacis pour les Russes ?

Sur un autre plan, l’attitude ambiguë de la Suisse face à UE dont elle est une enclave depuis l’adhésion de l’Autriche en 95 mais qui reste en marge de l’UE.

L’Europe est un continent neuf en terme géopolitique. Ses frontières ont été stables entre 1945 et 1990, avant les bouleversements liés à la fin de la Guerre Froide. Ensuite sa carte politique a changé à plusieurs reprises : implosion de l’URSS,  morcellement de la Yougoslavie, scission de la Tchécoslovaquie.  La dernière modification date de 2008 avec la création du Kosovo. Elle va peut-être encore évoluer selon le résultat du référendum de septembre prochain en Écosse.

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Les capitales européennes de la culture en Méditerranée : lieux, acteurs, enjeux, avec Boris Grésillon.

Débat « Les capitales européennes de la culture en Méditerranée : lieux, acteurs, enjeux », avec Boris Grésillon, professeur de géographie à l’université d’Aix-Marseille, le 18 janvier 2014, à La Filature, Mulhouse

Le titre de « capitale européenne de la culture » est devenu au fil du temps un label envié par les villes européennes. Il est censé, pendant un an, faire porter les feux des projecteurs sur une ville européenne. Au-delà de l’organisation d’une année culturelle, ce label suscite des enjeux qui dépassent la stricte sphère culturelle : il s’agit tout à la fois d’attirer des touristes, de réaliser une opération économiquement rentable, de réorganiser un territoire, d’améliorer l’image ou la visibilité internationale d’une ville, de recréer du lien social à partir de projets culturels de terrain, etc. D’une certaine manière, Marseille et son territoire offraient en 2013 un terrain de jeu idéal pour répondre à ces défis.

Exceptionnellement, et en l’absence de compte-rendu, retrouvez sur cette thématique l’article de Boris Grésillon, Marseille-Provence 2013, analyse multiscalaire d’une capitale européenne de la culture, publié le 4 novembre 2013 sur le site de Géoconfluences.

Géographies de l’Apocalypse, par Henri Desbois.

Café géographique à Toulouse – 19.02.2014 : Géographies de l’Apocalypse ou comment l’arme nucléaire a engendré notre cartographie, par Henri Desbois. Compte-rendu établi par Jean-Marc PINET..

Henri Desbois, maître de conférences à Paris X-Nanterre, fait partie de l’équipe Réseaux, Savoirs & Territoires et du laboratoire LAVUE. Ses recherches actuelles portent les relations entre les techniques numériques et les représentations de l’espace. A paraître aux Presses de l’ENSIB (Lyon), son prochain livre  « Les mesures du territoires » qui portera sur les aspects techniques, politiques et culturels de la mutation de la carte topographique.

Sans stratégie de la destruction mutuelle assurée, pas de GPS, pas de SIG (système d’information géographique), ni peut-être de satellites d’observation de la terre.

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Grèce : le bout du tunnel existe-t-il ? Par Michel SIVIGNON

Café-repas géographiques du 18 décembre 2013 : Grèce : le bout du tunnel existe-t-il ? par Michel SIVIGNON (Professeur émérite de géographie à l’Université de Paris X, spécialiste des Balkans et de la Grèce). Compte-rendu établi par Jean-Marc Pinet.

Quelques images
Pour entrer dans la crise grecque, quelques images non touristiques. En effet, nous entendons souvent des gens qui viennent de passer leurs vacances d’été en Grèce s’étonner : « la crise ne se voit pas » ou « la crise, connais pas ». Le tourisme de masse est-il propice à révéler la criseaux touristes ? Il est fait pour populariser une image de la Grèce qui correspond aux besoins de l’industrie touristique afin qu’elle puisse ensuite renouveler ses clients : pas d’images dramatiques surtout.

Autre question, celle du géographe attaché aux paysages : la crise est-elle visible ? Anecdote: la voisine d’une amie grecque perd son boulot, son mari aussi, ils ne peuvent pas payer la facture d’électricité (qui comporte aussi les impôts locaux), l’électricité est coupée, elle dépose chaque jour ses victuailles dans le frigo de mon amie… Est-ce visible ?
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L’Amérique centrale l’est-elle vraiment ? par Lucile Medina.

68ème café de géographie de Mulhouse, Jeudi 28 novembre 2011, Lucile Medina, UMR ART-Dév, Université de Montpellier 3. Notes de Françoise Dieterich

Quelle est la centralité de l’Amérique centrale ? A part sa position géographique, la question se pose vraiment.  La géopolitique et l’économie peuvent aider à y répondre.

Il faut tenir compte de deux dimensions :
– La dimension longitudinale : l’Amérique centrale est-elle un lien entre le Nord et le Sud du continent ? Est-elle une charnière ?
– La dimension transversale : sa centralité à l’échelle mondiale avec  Panama à la centralité d’échanges mondiaux.

L’isthme est cependant le « ventre mou » du continent avec 40 millions habitants, 500 000 km² fragmentés en 7 Etats. Des paysages différents, un relief morcelé avec une cordillère centrale. Pour Alain Musset, c’est une mosaïque de petits mondes. L’Amérique centrale est mal connue ou partiellement comme « région chaude », affectée par des séismes, le volcanisme, des cyclones, des inondations. Un climat politique longtemps délétère : les Sandinistes, les guérillas etc..

Néanmoins, l’Amérique centrale est un ensemble original qui s’étend géographiquement de l’isthme de Tehuantepec à celui de Panama. Elle se rattache à la Méso Amérique et à l’Amérique du Sud.

On a peu de publications en français (et même en espagnol et en anglais) sur cet espace. Alain Musset en 1994, a publié « Amérique centrale et Antilles ». Le tome sur l’Amérique latine dans la collection de la Géographie Universelle de Belin-Reclus lui consacre également un chapitre en 1994, rédigé par Noëlle Demyk. On peut aussi mentionner “Guerre et paix » en Amérique centrale d’Alain Rouquié (1992) ou encore un numéro thématique de la revue Problèmes d’Amérique latine en 2009 « Amérique centrale, fragilité des démocraties ». En anglais, est paru « Historic Atlas of America », (coord. Hector Perez Brignoli et Carolyn Hall), en 2003.

Pour revenir sur le modèle centre- périphérie qui vient de l’économie avant d’avoir été récupéré par la géographie en 1980 (Alain Reynaud), il se rapproche des théories néo marxistes décrivant un monde vu en terme de dominations : celle des PDEM [Pays Développés à Economie de Marché] sur les PED  [Pays En Développement]

L’Amérique centrale est-elle un centre ou une périphérie ? Elle semble plutôt périphérique, sous dépendance de l’Amérique du Nord, mais est-elle intégrée ou dominée ? C’est en question.

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Roland Pourtier : Les États africains sont-ils condamnés à la faillite ?

Café géographique, Strasbourg, Mercredi 23 octobre 2013. Compte rendu de  Jean-Luc Piermay,

Curieuse question ! Peut-on parler d’une possible faillite des États africains, comme dans les années 1990 ? « Négrologie : pourquoi l’Afrique meurt », avait écrit Stephen Smith en 2003. C’était le comble de l’afro pessimisme. Un débat avait eu lieu, Boubacar Boris Diop, Odile Tobner et François-Xavier Verschave répondant « Négrophobie » (2005) aux « négrologues ».

Aujourd’hui, on n’est plus dans l’afro pessimisme. Bien au contraire : Courrier international titre en 2013 « Afrique 3.0 » (c’est-à-dire l’Afrique d’aujourd’hui), sous-entendu après « Afrique 2.0 » (les Indépendances) et Afrique 1.0 (la colonisation). Aujourd’hui, les publications vantent l’Afrique, sa croissance, ses changements. Jean-Michel Sévérino, avec « Le temps de l’Afrique » (2010), a été l’exemple type de l’afro optimisme ; sa parole a eu d’autant plus de retentissement qu’il avait été le patron de l’Agence Française de Développement. Les organismes internationaux tiennent tous le même discours. On parle des « lions » africains, on vante la croissance à 5 % par an, on fonde l’optimisme sur la jeunesse du continent. Il y a très peu de voix discordantes : Axelle Kabou (« Et si l’Afrique refusait le développement », 1991) parle d’une révolution chromatique : on est passé du noir au rose.

En fait, répondre à la question posée dépend de la perspective selon laquelle on se place. Il ne faut pas confondre les flux (la croissance, qui est forte) et les stocks (le point de départ, qui est très bas). Ainsi, en termes d’IDH, parmi les trente derniers pays classés, 27 sont africains ; les « intrus » sont l’Afghanistan, Haïti et le Yémen… Le PIB moyen par habitant est sur la planète de 12 000 dollars ; en Afrique, il est de 3 000.

Mais, avec ses 57 États, le continent est très divers. Il y a des États « faillis », comme disent les politologues : la Somalie, le Mali ; des États fantômes, comme la République centrafricaine, le sentiment de délaissement expliquant d’ailleurs la rébellion. Des narco-Etats, comme la Guinée-Bissau, fondant leur quête de ressources sur des trafics juteux. Les conflits de l’est de la République Démocratique du Congo sont récurrents. Sans compter la Libye, dont on ne parlera pas, afin de réserver la réflexion aux pays sud-sahariens. Partout, les États sont fragiles. Mais les situations sont aussi très changeantes. Après des années de guerre, la Côte d’Ivoire retrouve le chemin de la croissance, mais aussi de la sécurité. De même, Libéria et Sierre Leone ont bien redémarré. Il n’y a pas d’Afrique condamnée ; il n’y a pas non plus de bons élèves qui aient réussi définitivement. Certes, peu États ont échappé à la guerre. Le Congo versa dans le conflit civil dans la semaine qui suivit l’Indépendance ; puis il y eut le Biafra, le Tchad à plusieurs reprises, la Somalie, l’Érythrée, etc. Le conflit du Sahara occidental n’est pas réglé. Le Somaliland reste un État qui n’est reconnu par personne, ce qui est quand même étonnant, alors que l’Érythrée et le sud-Soudan, également nés d’un démembrement d’États issus de la décolonisation, l’ont été. Depuis 1960, année de la majorité des indépendances, il y aurait eu en Afrique autant de morts que durant la seconde guerre mondiale. Pourtant, beaucoup de problèmes ont été réglés.
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