Cette année, le FIG (Festival International de Géographie) a bénéficié de conditions météorologiques exceptionnelles et, que ce soit en salle ou en terrasse, les festivaliers ont pu échanger de façon chaleureuse sur les conférences présentées par près de 200 intervenants.
Le thème choisi était paysage, les pays invités, la Bulgarie et la Roumanie.
Compte rendu de Maryse Verfaillie, octobre 2026

Affiche officielle de la 37e édition du FIG, https://fig.saint-die-des-vosges.fr/
A remarquer que pour la première fois, c’est une femme qui observe le monde.
Le paysage
Le thème de l’année, pour cette 37 ème édition du FIG créée par Christian Pierret, peut paraître banal puisque tout le monde est concerné au quotidien par son environnement : le paysage est-il « naturel », transformé par les humains, en danger ? Quelle est l’attitude des humains face à la forêt, à la steppe, au désert ? Bien sûr l’important, le vital, c’est l’eau, celle qui dort, celle qui court, celle qui irrigue nos champs et nous abreuve. Un changement (un dérèglement) climatique est en cours dont nous ne savons pas grand-chose encore mais sur lequel de nombreux scientifiques réfléchissent.
La région Grand Est s’implique dans la promotion du FIG
– A l’occasion de l’Année internationale des parcours et du pastoralisme proclamé par l’ONU, le FIG 2026 propose un parcours inédit consacré aux liens entre paysage, élevage et territoire de montagne dans les Vosges.
– Les terres vosgiennes du géographe Albert Demangeon (1872-1940) ont été rappelées dans un article de la revue Villages Lorrains (été 2026) rédigé par Denis Wolff, membre de l’association Les Cafés géographiques.
– Comme chaque année, le journal Libération a consacré un supplément de huit pages au festival et laissé la parole à : Léa Sallenave, directrice scientifique du FIG, à Gilles Fumey qui explique « Comment nous dévorons le monde qui nous entoure », et à Emmanuelle Boulineau qui s’intéresse au devenir de la Bulgarie et de la Roumanie. Ces pays qui ont connu le communisme après 1945 avec la collectivisation des terres, les travailleurs logés en habitat collectif doivent à présent intégrer un monde occidental, libéral, capitaliste où ils ne sont pas forcément bienvenus.
– Une conférence présentée par Béatrice Von Hirschhausen, rappelle qu’il existe des « frontières fantômes » issues des anciens empires et d’un monde balkanique.
La carte et le paysage
La carte de Cassini réalisée par quatre générations de Cassini fut une prouesse scientifique, commandée sous Louis XIV, terminée en 1815,
Elle peut être complétée par le photographie aérienne comme le montrent Colette Renard-Grandmontagne et André Humbert, venus de Lorraine. La carte est l’outil par excellence des géographes : elle récrée des montagnes et des vallées et avec des couleurs fait circuler les cours d’eau, les villes qui les bordent et le toponyme révélateur de l’histoire. Jean-Luc Arnaud a eu Carte blanche pour nous en parler.
Mais quel intérêt auront les cartes demain, celles réalisées avec tant de patience et de passion alors que l’IA (l’Intelligence Artificielle) pourra les réaliser en un clin d’œil et les falsifier si bon lui semble ? Le journal Le Monde a consacré pendant le FIG, une double page intitulée : « Cartes, Un outil au pouvoir débattu. »
Des cartes héritées des puissances coloniales aux critiques portées par les pays du Sud global, les différentes projections (Mercator, Equal Earth) symbolisent autant de visions concurrentes du monde.
A la croisée des sciences et de l’art, la carte n’est jamais neutre, confirme le géographe Philippe Rekacewicz. Elle traduit toujours un point de vue du monde.
Bulgarie et Roumanie –Pays invités.
En guise d’introduction, Michel Foucher, géographe et diplomate a proposé une conférence intitulée « L’Europe au prisme de ses confins orientaux ».
C’est la 3ème fois, depuis 1945, dit-il que les Européens doivent se déterminer par ce qui les dépasse :
– En 1947 le Plan Marshall apporte une aide énorme à la reconstruction de l’Europe.
– En 1991, l’effondrement de l’URSS se fait par elle-même et pour elle-même. Nous croyons alors à la possibilité d’instaurer la démocratie de Brest à Brest-Litovsk…. Ce fut une illusion. Naissent alors bon nombre de trajectoires autocratiques.
– En 2022, le 24 février, la Russie envahit l’Ukraine qui souhaite rentrer dans l’U.E qui lui propose à ce jour d’être un pays associé dans une Coalition des Volontaires. La guerre en Ukraine sera-t-elle une guerre sans fin ?
Où situe-t-on ces pays : en Europe balkanique ou médiane, en Europe du Sud-est ou de l’Est, de quelle Europe ces deux pays sont-ils le nom ?
Ils sont une interface sur la mer Noire, en position d’entre-deux entre l’Est et l’Ouest de l’Europe et ils ont en partage les rives du Danube.
D’autres frontières sont extérieures, en contact avec les Balkans à l’ouest, la Turquie au sud, la Moldavie au nord, candidate à l’entrée dans l’UE et l’Ukraine marquée depuis 4 ans par un conflit avec la Russie qui l’a envahie sans état d’âme.
Une conférence présentée par Béatrice Von Hirschhausen rappelle qu’il existe des « frontières fantômes » issues des anciens empires et d’un monde balkanique.
Pont entre Orient et Occident, creuset de plusieurs civilisations, leur patrimoine artistique est considérable. Il existe une « route des monastères en Roumanie ». La Bulgarie possède un patrimoine archéologique exceptionnel : vestiges thraces, hellènes, romains, etc.

In Le Parisien, 30 mars 2024.
Bulgarie et Roumanie dans l’UE en 2007, puis dans l’espace Schengen en 2025.
A présent, ces pays sont intégrés dans l’OTAN, dans l’UE, dans l’espace Schengen, La Roumanie devait intégrer la zone euro en 2024 mais n’a pas réuni les critères de convergence. La Bulgarie vient d’adopter l’Euro en 2026. Quel est leur avenir ? Le chemin fut long après la chute du rideau de fer et nombreux sont les pays qui ont aussi voulu adhérer à cet occident qui promettait tant : on est aujourd’hui 27 sous cette bannière. Et d’autres encore veulent nous rejoindre.
Plusieurs conférences se sont tenues sur les Balkans :
– A Bucarest (Roumanie) nous dit Carmen Rafanell, la ruralité perdure dans la capitale, liée à l’installation d’importantes populations villageoises qui maintiennent de forts liens de solidarité. La Roumanie est devenue le 7ème Etat le plus riche de l’Europe à 27.
– En Roumanie, nous disent Nicolae Popa et Alexandra-Camelia MARIAN-POTRA, le paysage urbain est le fruit de la période industrielle et de la transition post-socialiste : usines désaffectées et quartiers ouvriers offrent des opportunités de régénération durable de l’espace urbain. Après 20 ans d’intégration européenne et le passage d’une planification centralisée et rigide à une approche axée sur la compétitivité, le défi majeur et de trouver une cohésion territoriale et de diminuer les disparités régionales, fortes aussi en Bulgarie.
– En Bulgarie, Sofia, la capitale représente 44 % du PIB national. Mais tout oppose les régions métropolisées riches et les régions rurales encore très pauvres. Le déclin démographique est d’autant plus élevé que les mouvements migratoires persistent vers des pays plus riches, plus démocratiques. Entre 1990 et 2020 la Bulgarie a perdu 20 % de sa population et la Roumanie 15 %
Le Danube reste une sentinelle de l’Europe car après avoir traversé le Vieux Continent, il termine sa course entre Roumanie et Bulgarie et met en contact l’Europe et la mer Noire : il peut être zone de contact ou ligne de séparation…
Entre migrations, conflits et coopération, fronts et frontières restent un objet géopolitique crucial.
Regards sur le monde & Rencontres
Au Salon du livre, la géographie est à l’honneur. Quelques 60 éditeurs et 100 auteurs étaient présents, dont :
Magali Reghezza-Zitt, géographe, dont les travaux portent sur l’environnement et les risques de catastrophes naturelles ;
Marie-Hélène Lafon, écrivaine qui témoigne de la vie rurale dans son Cantal natal ;
Yann Arthus Bertrand, photographe et auteur de best-sellers dont La Terre vue du ciel.
Philippe Pelletier a présenté à l’IUT, une conférence intitulée « Paysage et nationalisme au Japon ».
Il reprend une thèse de son ouvrage « De Hiroshima à Fukushima, guerre nucléaire et politique au Japon (PUF de Lyon). Il explique comment, à la fin du XIX ème siècle le député nationaliste Shiga Shigetaka a imaginé une nouvelle conception paysagère mêlant modernité savante et tradition afin de créer une identité nationale forte.
Un hommage a été rendu à Yves Lacoste (1929-2026) par Béatrice Giblin et Delphine Papin.
Géographe visionnaire, fondateur de la géopolitique française, il a renouvelé la discipline en rappelant que la géographie est une clé de compréhension des rapports de pouvoir, des territoires et des conflits.
La fête ne serait pas totale si on oubliait de s’attarder au Salon de la Gastronomie qui nous offre à la dégustation non seulement les produits locaux (du lard fumé au munster, en passant par le miel) mais aussi des plats cuisinés venus des pays invités, sans oublier les multiples boissons à consommer avec modération : bières, vins, alcools.
Le FIG 2026 a tenu ses promesses, élargissant notre champ de vision, remettant en cause nos certitudes, nous rappelant que des milliards de personnes sont vulnérables et que nous restons bien trop insouciants face aux dangers qui menacent notre environnement.
Le pays invité en 2027 sera le Canada. Le thème retenu « Consommer » !
Alors, à l’an prochain.
Maryse Verfaillie, géographe.
