Le dernier Festival International de Géographie de Saint-Dié (2-4 octobre 2026) a invité, cette année, deux pays d’Europe orientale, la Bulgarie et la Roumanie, entrés dans l’UE en 2007 après une longue histoire dans l’orbite de l’URSS. Leur expérience nous permet de réfléchir aux effets de l’intégration dans l’UE, expérience utile aux futures intégrations de pays de l’Europe balkanique ou orientale.
On doit constater que ces deux pays restent les plus pauvres de l’UE et de l’Europe en général, leur PIB/hab. se situant à 68% de la moyenne européenne. A leur sortie du système socialiste (1989), ils ont connu une grande dépression suivie d’une remontée à marche forcée pour répondre aux critères d’entrée dans l’UE, politiques et économiques. Membres de l’UE depuis 2007, ils souffrent d’une économie fragile dont le bilan général cache de très fortes inégalités. La pauvreté affecte particulièrement les campagnes roumaines et le nord-ouest de la Bulgarie.
L’entrée dans l’UE n’a pas provoqué de rupture sur le plan démographique. Dès les années 1980 la population diminue à cause d’une baisse de fécondité qui se poursuit jusqu’à aujourd’hui (1,3 enfant par femme) et si l’espérance de vie augmente, elle reste une des plus faibles de l’UE (76 ans). Le recul de la population et son vieillissement sont aggravés par une émigration qui a connu un premier pic en 1989, puis un deuxième pic en 2001. En Roumanie, l’âge médian de la population est de 44 ans.
Sur le plan politique, Bulgares et Roumains ont montré un réel désir de participer à la vie démocratique, sous sa forme parlementaire et libérale, ce que montrent les nombreuses élections qui se sont déroulées. Depuis 2007, la transition démocratique est réussie, ce qui n’est pas le cas des pays restés en dehors de l’UE. Pourtant, les deux pays connaissent une forte poussée d’une extrême-droite très antisémite qui véhicule de nombreux clichés et stéréotypes auxquels la population semble sensible. Elle n’est pas liée à la présence de communautés étrangères ; les immigrés qui représentent 4% de la population en Bulgarie et 6% en Roumanie sont bien moins nombreux que dans le reste de l’Europe. Elle se focalise sur les Roms, citoyens à part entière et présents depuis plusieurs siècles.
Mais les intervenants insistent sur le fait que si l’extrême droite est « aux portes du pouvoir », elle n’est pas « au pouvoir » et que la montée de l’autoritarisme ne concerne pas uniquement l’Europe postcommuniste. D’autres grands partis sont actifs dans ces pays.
La Bulgarie et la Roumanie sont entrés dans l’OTAN. Si le Premier Ministre bulgare a une attitude ambigüe à l’égard de la Russie, le gouvernement roumain est un allié de l’Ukraine, ce qui en fait la cible des ingérences russes.
Si les Bulgares sont entrés dans la zone euro et non les Roumains, les citoyens des deux pays avaient de grandes espérances en matière économique. Ils espéraient particulièrement être débarrassés de la corruption très présente à l’époque communiste. Même si elle est en baisse, la Bulgarie reste le pays le plus corrompu de l’UE et la pratique des réseaux (familiaux, clientélistes etc…) a subsisté.
La transition d’une économie socialiste au capitalisme a augmenté les inégalités. Une grande partie de la population – très qualifiée dans l’ensemble mais affectée par des licenciements massifs – a ressenti un sentiment de dépossession, de déclassement. Néanmoins les deux pays ont bénéficié des programmes d’aide de l’UE.
En conclusion, on peut rappeler que le processus d’arrêt de l’élargissement de l’UE, arrêté en 2013, a été relancé par l’invasion de l’Ukraine en 2022. C’est donc la menace russe qui pousse actuellement à frapper aux portes de l’UE. Désormais le processus d’adhésion va être celui « des pas à pas ».
Michèle Vignaux, octobre 2026
