Le Chili, une « folie géographique » : mémoire et identité, Claudie Chantre.

Désert d’Atacama. Vallée de la Lune (2265m). (Photo Claudie Chantre, 2025)

Partir au Chili c’est aller à la rencontre d’une excentricité géographique affirmée et constitutive de l’identité nationale. C’est parfois aussi s’y engager sur les traces d’une géographie qui a servi de cadre à des formes de contrôle de la population, notamment pendant la dictature de Pinochet (1973-1990).

 

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Croquer le terrain au tournant du siècle : un carnet de Vidal de la Blache. Denis Wolff
Le dessin du géographe n°96.

Le terrain… un mot mythique pour des générations de géographes qui, ne se contentant pas d’une recherche livresque, sortent de leur bureau, munis d’un appareil photos et d’un carnet de notes. Mais ces carnets ont le plus souvent disparu. On en retrouve parfois, tels ceux d’Albert Demangeon en Limousin au début du XXe siècle, que nous avons dénichés dans les archives de la Bibliothèque Mazarine. (suite…)

L’hiver au Siècle d’or hollandais, par Alexis Metzger.

Alexis Metzger au Flore. Photo M. Huvet-Martinet

Mardi 4 avril, au café de Flore, Alexis Metzger (A.M), Docteur en géohistoire, est notre invité pour une soirée originale et fort agréable de géoclimatologie culturelle autour de L’hiver hollandais au Siècle d’or, titre de son ouvrage paru en 2019, fruit de sa thèse sur le froid au Siècle d’or hollandais *. Michèle Vignaux est l’animatrice de ce café. Compte rendu rédigé par Micheline Huvet-Martinet .

Les Provinces-Unies dont l’indépendance est proclamée en 1648 sous le statut de république, à l’issue de longues guerres d’indépendance, sont alors délivrées du joug espagnol et connaissent une période de stabilité politique, de croissance démographique et de fleurissement culturel et économique grâce notamment à la prospérité de leur commerce maritime. Les peintres de la Hollande (principale province des Provinces-Unies), se mettent à représenter l’hiver comme on ne l’avait jamais vu, alors que la Hollande, connait quelques hivers froids ou ressentis comme tels. A.M interpelle les sources de l’histoire du climat derrière le grand initiateur qu’a été E. Le Roy Ladurie, pour nous proposer une lecture géohistorique des œuvres d’art des maîtres hollandais.  

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« Sur les bancs du paysage. Enjeux didactiques, démarches et outils », Anne Sgard & Sylvie Paradis, dir. (Ed. Metis Presses, 2019), Claudie Chantre

Anne Sgard, Sylvie Paradis, dir. » Sur les bancs du paysage. Enjeux didactiques, démarches et outils », Editions MetisPresses, 2019

En avril 2019, Anne Sgard et Sylvie Paradis ont dirigé et publié aux Editions MetisPresses, un ouvrage intitulé « Sur les bancs du paysage. Enjeux didactiques, démarches et outils ».

Anne Sgard est géographe, professeure conjointement au Département de géographie et environnement et à l’Institut de formation des enseignants de l’Université de Genève. Sylvie Paradis est géographe, architecte-urbaniste et chercheure associée à l’UMR (Unité mixte de recherche) Territoires de l’Université de Clermont-Ferrand.

Ainsi que le définissent les auteures, « Cette recherche est née de la volonté d’une dizaine d’enseignants-chercheurs de réfléchir à leurs pratiques pédagogiques, d’échanger sur leurs outils et leurs terrains et d’identifier ce qui peut nourrir une didactique du paysage afin de renouveler les formations au et par le paysage. »

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Art et géographie dans deux paysages de David Hockney, Roland Courtot.

Outpost Drive, Hollywood, 1980 (152 x 152 cm) © David Hockney

 

Mulholland Drive, the road to studio, 1980 (218 x 617 cm) ©Museum of arts LA

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le panorama de Rouen, Denis Wolff.

Chers ami(e)s des Cafés géo, vous pensiez que je vous présenterais

Cette photographie ?
Or, ce sera celle-là !
 
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Panorama de Rouen depuis Bonsecours[1] (côte Sainte-Catherine) (Mai 2014, Wikipédia)

rouen-panorama-xxl


Panorama XXL (au fond, le pont Gustave Flaubert ; Cliché Denis Wolff)

Dans l’acception courante, un panorama est une « vaste étendue de pays qu’on découvre d’une hauteur » (dictionnaire Larousse). Pourtant, le terme existe également en peinture, pour désigner une oeuvre de grande dimension développée circulairement sur le mur intérieur d’une rotonde, c’est-à-dire d’un édifice cylindrique surmonté d’une coupole (par extension on appelle aussi panorama la rotonde, le bâtiment lui-même). En effet, le spectateur, après avoir parcouru un couloir et des escaliers assombris qui le désorientent, est le plus souvent placé sur une tribune au centre ; il voit les objets représentés sur le tableau comme si, sur une hauteur, « il découvrait tout l’horizon dont il serait environné » (dictionnaire Littré). Un autre dictionnaire[2] précise : « Les tableaux de ce genre imitent exactement l’aspect d’un site vu dans toutes les directions et aussi loin que l’oeil peut distinguer. » Ce dictionnaire précise : « La lumière vient d’en haut par une zone de vitres dépolies ménagées à la partie inférieure du comble et frappe spécialement le tableau. Un vaste parasol, suspendu à la charpente au-dessus de la tribune, qu’il dépasse en diamètre, couvre le spectateur d’une pénombre et lui cache en même temps les points d’où vient la lumière. » (voir photographies ci-dessous). La réalisation d’un panorama est longue et coûteuse : plusieurs mois de travail avec une équipe de plusieurs peintres.

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Raoul Dufy et le paysage rural, dialogue entre l’art et la géographie, Roland Courtot.

Bien que Dufy soit considéré et connu depuis longtemps comme un peintre aux multiples facettes, le volet ruraliste de son œuvre n’a été mis en valeur que récemment. Cette facette a été découverte par le grand public lorsque le Musée d’art et d’histoire de Langres a organisé en 2012 une exposition qui a fait date en mettant  au jour un pan de l’œuvre du peintre jusque là quasi inconnue : ses œuvres (dessins et tableaux) sur la moisson dans le pays de Langres dans les années 1936-1939. Olivier Caumont, conservateur en chef des musées de Langres, a été à l’origine de cette initiative tandis que Christian Briend, conservateur au Musée national d’art moderne du Centre Pompidou, a rédigé le catalogue de l’exposition sous le titre « La route bleue. Raoul Dufy en pays de Langres » (Briend, 2012). Rappelons toutefois que, dans son catalogue raisonné de l’œuvre peint de Raoul Dufy publié de 1972 à 1977 (4 volumes), Maurice Laffaille enregistrait de nombreux tableaux de moissons et de scènes de battages associés à des séjours dans la campagne française, parmi lesquels ceux qui ont été présentés à l’exposition de Langres ; de même, les dessins qui ont précédé ou accompagné ces tableaux figurent dans le catalogue raisonné des dessins de Raoul Dufy, publié en 1991 par Fanny Guillon-Laffaille.

Admirateur de longue date de Dufy, j’ai découvert ce versant de son œuvre d’une façon fortuite à l’occasion de la visite du musée des Beaux-Arts de Nancy où se trouve une toile de Dufy qui a retenu mon attention : « Paysage près d’Avila ».  Cette toile peinte sur le motif  représente un pan de colline dans le « secano » [1] des environs de la ville sur le piémont nord de la Sierra de Guadarrama, avec ses ceps des vignes à faible densité, ses amandiers, ses petites parcelles de blés moissonnés et mis en gerbes d’épis…La terre aux tons ocres et jaunes affleure partout. C’est un paysage cultivé qu’on pouvait voir encore dans les années 1960, au moment où démarre le grand mouvement d’exode rural et de mutations économiques et sociales dans les campagnes peu productives de l’Espagne des plateaux intérieurs (ici la Vieille- Castille). J’ignorais qu’il avait fait un voyage en Espagne, et je me suis mis à la recherche d’informations sur Internet. J’ai trouvé peu de choses sur Dufy en Espagne, par contre j’ai découvert l’exposition faite à Langres en 2012 et le catalogue publié à cette occasion. Sa lecture m’a amené à m’interroger en géographe sur cette œuvre, et je me permets ici de vous dire les quelques remarques que cela m’a inspiré.

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Le village lorrain rurbanisé, Jean-Pierre Husson,.

La dernière excursion de l’association des cafés géographiques a conduit le groupe à découvrir ou retrouver l’habitat rural lorrain désormais bien éloigné de ce qui a été appris dans les ouvrages qui traitaient du système d’openfield, avec des fermes jointives situées en cœur de village. Tout a changé, tout s’est transformé avec la rurbanisation des villages, le déplacement des fermes devenues installations classées. Habiter relève de la spatialisation et encore d’une pratique souvent très dilatée des territoires. Depuis trente à quarante ans, au rythme où s’affirment et s’étalent les effets de la renaissance rurale détectée dès 1975 par Bernard Kayser, cette fonction essentielle a beaucoup changé en sens, en charge affective et encore au gré des mobilités souhaitées, consenties ou subies.  L’évolution tient également compte des changements  dessinés dans la taille des ménages, des effets du vieillissement, des écarts de fiscalité mobilière et immobilière, des distances-temps consenties pour se déplacer et encore du coût du budget énergétique[1]. Se pencher sur ce thème éclaire un objet géographique original ; celui de la projection de l’homme dans son espace pratiqué et familier. Ceci débute par le microcosme (le couloir qui distribue les pièces, le garage ; voire l’atelier, la véranda, la terrasse, le jardin et son prolongement en verger)[2] et se poursuit avec toutes les mobilités que nous acceptons ou subissons. Pour affiner cela, nous sommes invités à nous rapprocher de l’architecture, de l’histoire patrimoniale des lieux, de la sociologie et encore de la mise en scène des territoires, en tenant tout à la fois compte des espaces privés, des lieux destinés à l’usage (usoir ou parge du village lorrain), du mobilier rural qui a « citadinisé » l’ambiance (éclairage, abri bus, salle des fêtes), enfin de l’espace public où s’applique le principe de précaution (chicane, ralentisseurs de la vitesse automobile).

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Ecrire le paysage, de Daniel Oster.
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Maylis de Kerangal  lit  des extraits de son dernier livre. Fondation Facim, 2014).

Lors des 14es Rencontres littéraires en pays de Savoie organisées par la Fondation Facim à Chamonix le 7 juin 2014 sur le thème « Ecrire le paysage »,  Maylis de Kerangal  lit  des extraits de son dernier livre paru sous le titre « à ce stade de la nuit » dans la collection « Paysages écrits » (éditions Guérin/Fondation Facim, 2014).

Depuis 2010 avec le prix Médicis décerné à son roman Naissance d’un pont, l’œuvre de Maylis de Kerangal rencontre une audience grandissante que vient confirmer  le très grand succès de Réparer les vivants paru en 2014. La plupart des livres de cet écrivain témoignent d’un intérêt marqué pour la question de l’espace géographique et en particulier pour celle des paysages. Cela nous vaut une merveille de petit texte (76 pages) que viennent de publier les éditions Guérin dans la collection « Ecrire le paysage » sous le titre  à ce stade de la nuit , avec un « à » minuscule comme pour souligner la place incertaine de pensées nocturnes dérivant sans logique autre que les rebonds d’un esprit qui se laisse emporter de digressions en digressions.

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Géographie du paysage à propos d’un chef-d’œuvre [Jan Van Eyck], Roland Courtot.
Fig.1. Le paysage « géographique » vu du portique de la chambre de la Vierge Jan Van EYCK,, La vierge du Chancelier Rolin, 1430-1434, détail ©RMN

Fig.1. Le paysage « géographique » vu du portique de la chambre de la Vierge. Jan Van EYCK,, La vierge du Chancelier Rolin, 1430-1434, détail ©RMN

Le tableau de Van Eyck « La vierge du chancelier Rolin », un des plus célèbres du musée du Louvre (il figure dans les œuvres à ne pas manquer sur les dépliants distribués à l’entrée sous la pyramide), mérite toute l’attention des touristes pour les qualités esthétiques et le sens profond du divin, du sacré et de l’humain exprimés dans cette œuvre1.

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