« Quand les artistes dessinaient les carte » – Exposition des Archives Nationales.

Les Archives Nationales présentent à l’Hôtel de Soubise jusqu’au 6 janvier 2020 une remarquable exposition intitulée « Quand les Artistes dessinaient les cartes ». Le tout grâce à la passion visible des deux commissaires pour leur objet, Juliette Dumasy et Camille Serchuk.

Cette exposition est d’un grand intérêt pour le géographe, mais aussi pour l’historien et plus généralement pour qui s’intéresse au rapport au paysage et à sa représentation graphique.

On pouvait  croire que tout ce matériel était connu. Or il est surprenant de constater que sur 97 cartes, 46 n’ont jamais été exposées, et 28 inédites (au sens de non publiées ou publiées de façon confidentielle). Cette exposition est donc d’abord le fruit d’une patiente recherche dans « l’océan des archives judiciaires ». Ce fut aussi l’occasion de leur restauration et de leur numérisation. (suite…)

Tou·te·s au lac ? La privatisation des rives lacustres : éclairages historiques, juridiques et géographiques, avec Alice Nikolli.

Café Géographique de Chambéry-Annecy, animé par Alice Nikolli (Annecy, 26 septembre 2019). Compte rendu de  E. Bukowski et C. Marot.

Pour ce premier café géo de la saison, Alice Nikolli, ATER en géographie à l’ENS de Lyon, nous présente les principaux résultats de sa thèse sur la privatisation des rives des lacs périalpins, qu’elle a préparée à l’Université Savoie Mont Blanc, au sein du laboratoire EDYTEM, et qu’elle soutiendra dans un mois.

Elle va aujourd’hui insister sur une tension autour de ces rives lacustres qui font l’objet d’une forte demande sociale, d’une fréquentation importante, mais qui sont également sujettes à des restrictions d’accès auxquelles on va se heurter si l’on veut accéder au bord du lac ou le longer. L’accès est selon elle une notion empirique, à l’échelle du corps, du déplacement physique. Ses terrains de thèse sont le lac d’Annecy, le lac du Bourget, le Léman et le lac de Côme, mais son propos de ce soir se focalisera principalement sur le cas du lac d’Annecy.

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Dessin du Géographe N° 76. A la recherche du paysage beauceron.

Le sentier vers les fermes par Louis-Joseph Soulas

 

Louis-Joseph Soulas est un graveur peintre, né en 1905, à Coinces, dans un village proche d’Orléans, dans une famille d’agriculteurs beaucerons ; et mort en 1954 d’une crise cardiaque à la gare d’Austerlitz alors qu’il rentrait à Orléans pour occuper le poste de directeur du Conservatoire qui venait de lui être attribué.

Un de ses thèmes de prédilection fut la description des paysages de la Beauce, sa terre natale.

Ses dessins donnent une image de la Beauce des années 1930- 1950 mais son œuvre dépasse de beaucoup le cadre local de ses origines. Très souvent, il privilégie l‘uniformité des paysages ruraux sous le manteau des céréales. En somme, le paysage classique de la Beauce. Il a merveilleusement su évoquer la quasi-horizontalité de ses paysages en la soulignant par un détail d’apparence insolite,  tel ce sentier au milieu des blés. « Le sentier vers les fermes » en est une illustration. La Beauce ne fut pas sa seule source d’inspiration : il a également évoqué, quoique avec moins de bonheur, la Sologne et ses étangs, notamment en illustrant le roman « Raboliot » de Maurice GENEVOIS qui obtint le prix Goncourt en 1925. On aurait garde d’oublier l’illustration qu’Il fit des évènements contemporains, comme dans sa magnifique traversée de la Loire par un flot ininterrompu de piétons se succédant sous le Pont Royal d’Orléans qui vient d’être détruit par un bombardement.

Pour autant, il ne faut pas demander à ce paysage rural, présenté ici, au-delà de son intérêt esthétique, des fondements historiques qui en expliquent la genèse. La monoculture céréalière qu’il décrit ne rend pas compte des structures agraires sous-jacentes.

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Un monde d’îles, par Marie Redon.

Marie Redon, Géopolitique des îles, Le Cavalier Bleu, 2019

Marie Redon, maître de conférences HDR en géographie à l’Université Paris 13, poursuit ses recherches au sein du laboratoire Pléiade où elle co-dirige l’axe « Marges, inégalités, vulnérabilités » ; elle est membre du Comité de rédaction d’EchoGéo et des Cahiers d’Outre-Mer. Sa thèse, soutenue en 2007, portait sur l’étude d’îles traversées par une frontière internationale (Haïti/République Dominicaine, Saint-Martin/Sint-Maarten et Timor Leste/Indonésie) et a été éditée en 2010 par les Presses de l’Université du Mirail. Son habilitation à diriger des recherche, soutenue en 2017, porte sur la géographie des jeux d’argent ; un ouvrage sur ce thème est en préparation. En mai 2019, Marie Redon a publié un ouvrage édité aux Éditions du Cavalier bleu s’intitulant : « Géopolitique des îles »

En ce mardi 24 septembre 2019, elle est l’intervenante du Café Géo de rentrée dont le titre « Un monde d’îles » laisse entrevoir un monde à l’écart du reste du monde comme si les îles échappaient aux problématiques d’aujourd’hui.

Café géographique de Paris, 24 septembre 2019, animé par Elisabeth Bonnet Pineau. Compte rendu rédigé par Élisabeth Bonnet-Pineau et Mélanie Le Guen

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Toulouse-Lautrec

Exposition « Toulouse-Lautrec – Résolument moderne » au Grand Palais, Galeries nationales du 9 octobre 2019 au 27 janvier 2020

Au Moulin Rouge, 1892, Huile sur toile, The Art institute of Chicago

 

Il suffit de prononcer le nom de Henri de Toulouse-Lautrec pour que la légende pointe son nez, toujours sulfureuse depuis plus d’un siècle. Le Grand Palais organise une nouvelle rétrospective cet automne (après celle de 1992) sur cet artiste inventif, portraitiste magnifique et prodigieux témoin de la vie sociale d’une fin de siècle désenchantée. Il meurt en 1901, acteur des grands bouleversements de l’art moderne, ni déclassé, ni maudit.

 

Ce tableau résume sa légende, celle d’un homme qui passe son temps au cabaret, avec ses amis (en redingote et haut de forme) et entouré de femmes : la diva Macarona, assise, l’air absent, paupières lourdes, Mademoiselle Nelly, qui surgit en bas à droite, blafarde dans la lumière artificielle, visage renversé et comme recouvert d’un masque au vert électrique, yeux écarquillés, au bord de la peur. Au fond de la salle, La Goulue, de dos se recoiffe devant un miroir.

Henri de Toulouse Lautrec est le peintre du monde qui passe, de la comédie humaine qui se joue dans les lieux de la marginalité. Son regard aigu transcende les classes sociales mais échappe cependant aux penchants moralistes des caricatures de l’époque.

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Compte rendu du Café Géo « Spécial Master » Café géographique de Chambéry-Annecy du 9 octobre 2019.

Le 9 octobre 2019 les Cafés Géo de Chambéry-Annecy ont accueilli au Café Le Beaujolais de Chambéry trois étudiants de l’Université Savoie Mont Blanc venus présenter leur sujet de mémoire réalisé durant leur Master de géographie. Par ce Café Géo singulier, les travaux de recherche d’étudiants en géographie ont été mis en lumière, en suscitant le grand intérêt voire l’inspiration d’un public en grande partie étudiant.
Les trois sujets présentés ont été développés par Fabien Pouillon, Thomas Matheret et Axelle Egon qui ont respectivement traité du grindadráp aux îles Féroé, du geocaching, et des conflits liés à la ZAD de Roybon et à son projet de Center Parcs.

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SAJALOLI Bertrand et GRESILLON Etienne (dir.), Le Sacre de la Nature, Paris, Sorbonne Université Presses, 2019

SAJALOLI Bertrand et GRESILLON Etienne (dir.), Le Sacre de la Nature, Paris, Sorbonne Université Presses, 2019

 

Titre et image de couverture (le détail d’un tableau de Maurice Denis) peuvent tromper le futur lecteur sur la nature de l’ouvrage. Réflexion philosophique, esthétique, religieuse ? C’est aussi cela, mais c’est avant tout un ouvrage collectif dirigé par deux géographes spécialisés dans les relations entre homme et nature, entre religion et écologie.

 

Le livre paraît après un été caniculaire qui a redonné force et arguments aux mouvements écologistes qui prédisent l’apocalypse, et la consécration de Greta Thunberg comme icone mondiale de la défense planétaire. On pourrait donc évoquer un livre d’actualité. Mais l’objectif de Bertrand Sajaloli et d’Étienne Grésillon est d’appréhender les liens entre nature et sacré dans leur profondeur historique et leur diversité culturelle et géographique. Pour cela ils ont fait appel à plusieurs spécialistes des sciences humaines et même à des théologiens et ont demandé une préface à un historien qui a consacré son travail aux spiritualités médiévales, André Vauchez. Ce dernier définit bien la « nature » comme « construction sociale », mais ni la préface ni l’introduction des deux directeurs de publication ne donnent de définition approfondie des termes « sacré » et « nature »… En fait, il faut les 370 pages de l’ouvrage pour essayer de cerner leur(s) signification(s) dans le temps et dans l’espace.

 

L’ouvrage qui a réuni les communications de vingt-neuf auteurs, est découpé en trois parties dont la première traite de la place de la nature dans les principales religions et pratiques sacrées. Mais c’est essentiellement le christianisme qui est au cœur de la réflexion, parfois confronté au monde religieux gréco-romain, les autres univers religieux ne sont évoqués qu’incidemment.

Si on peut clairement distinguer une nature, incréée, imprégnée de sacralité chez les Anciens, de la Création biblique fortement anthropocentrique où le sacré est banni du quotidien, les approches de la nature ont varié au sein même de christianisme. (suite…)