La géopolitique : effet de mode ou nouveau champ disciplinaire ?


A l’occasion de la parution du Dictionnaire de Géopolitique dans la collection Initial des éditions Hatier (voir l’article sur le  Dictionnaire de géopolitique, Hatier, 2021)), nous avons invité les deux géographes qui ont dirigé l’ouvrage, Stéphanie Beucher, professeur de chaire supérieure au lycée Montaigne de Bordeaux, et Annette Ciattoni, professeur honoraire de chaire supérieure au lycée Louis-le-Grand à Paris. Le but de ce café géo était de faire une mise au point sur la géopolitique, d’expliquer sa nature comme sa grande attractivité depuis plusieurs décennies. L’effet de mode est incontestable mais en même temps le succès actuel de la géopolitique n’est-il pas lié à notre désir de comprendre les enjeux très complexes présents sur l’ensemble de la planète ? Micheline Huvet-Martinet a été la modératrice de ce café. (suite…)

200 ans d’indépendance de la Grèce moderne

Le 25 mars dernier, on a commémoré le bicentenaire du début de l’insurrection qui a abouti à la création d’un Etat grec en 1832. Cet événement ne pouvait qu’intéresser les Cafés géo qui ont confié à Michel Sivignon, professeur honoraire de géographie, spécialiste des Balkans et particulièrement de la Grèce, le soin de nous en révéler l’histoire complexe. Cette curiosité pour le passé grec est largement partagée en France, comme l’attestent plusieurs manifestations, parmi lesquelles l’exposition du Louvre Paris-Athènes. Naissance de la Grèce moderne.1675-1919 est sans doute la plus remarquable.

Daniel Oster a été le modérateur de ce café. (suite…)

Voyager le long du fleuve Congo

 

Roland Pourtier, Professeur émérite de géographie à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, était l’unique intervenant de ce premier café géo post-covid au Café de Flore (Paris, 6e arrondissement) qui s’est tenu mardi 19 octobre 2021 de 19h à 21h. Pour cette reprise la salle était bien remplie et a clairement exprimé sa satisfaction à l’issue des dernières questions ayant suivi l’exposé de Roland Pourtier, animé par les questions de Michèle Vignaux, modératrice de la soirée.

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Un siècle de géographie française

Café géo de Paris, mardi 25 février 2020, Café de Flore (Paris 6ème)

A gauche, la façade de l’Institut de Géographie à Paris (inauguré en 1926). A droite, la couverture de la deuxième partie du tome VI de la Géographie Universelle, consacrée à la « France économique et humaine » et rédigée par Albert Demangeon (la première partie, consacrée à la « France physique », faisant l’objet d’un autre volume rédigé par Emmanuel de Martonne).

 

Denis Wolff présente le sujet du café géo en évoquant l’importance des années 1920 dans l’histoire de la géographie française car, en ces lendemains de Grande guerre, la géographie française se réorganise. La mort de Paul Vidal de la Blache en 1918 y contribue fortement. Emmanuel de Martonne fonde en 1920 l’AGF (Association de géographes français) ; les Annales de géographie sont restructurées ; l’UGI (Union géographique internationale) est fondée en 1922 ; la Géographie universelle, initiée par Vidal de la Blache, est remise en route sous la direction de Lucien Gallois. En réalité, les transformations de la géographie française ont été décisives dès la fin du XIXe siècle, sous la houlette de Vidal de la Blache et de ses élèves, ce qui conduira ce café géo à dépasser les limites chronologiques annoncées par son titre afin d’explorer les bouleversements de la géographie française dans les années antérieures à la guerre de 14-18.

Denis Wolff présente alors les deux intervenants du café géo : Christian Grataloup, géohistorien, professeur émérite à l’Université Paris Diderot-Paris 7, et Pascal Clerc, géographe, professeur à l’Université de Cergy-Pontoise.

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Discussions autour du Sacre de la nature

Le samedi 1er février, 10h – 12h30, Institut de Géographie

Avec Jean-Paul Amat, Étienne Grésillon, Vincent Moriniaux et Bertrand Sajaloli

 

Vincent Moriniaux, Jean-Paul Amat, Bertrand Sajaloli, Étienne Grésillon et Mélanie Le Guen. Photo de Jean-Pierre Némirowsky

 

Peu après sa sortie, l’ouvrage collectif Le Sacre de la nature (1) avait fait l’objet d’un compte rendu de Michèle Vignaux. Le samedi 1er février 2020, ses deux directeurs et deux de ses contributeurs sont venus discuter avec les participants invités par les Cafés géographiques, dont plusieurs agrégatifs de géographie travaillant la question « La nature, objet géographique » de leur programme. La séance a cependant suscité l’enthousiasme général, au-delà des seuls candidats au concours : chez chacun, le terme et le thème de la nature réveillent des souvenirs, imprègnent des représentations, posent des questions ou recèlent, au contraire, des réponses. La nature touche aussi les géographes de toutes ces façons, en plus de faire l’objet de réflexions et de débats dans plusieurs champs de la discipline, que les quatre intervenants partagent ce matin.

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La nouvelle ruralité française

Élisabeth Bonnet-Pineau reçoit ce mardi 28 janvier, au nom des Cafés géo, deux universitaires géographes, Monique Poulot-Moreau, professeure à l’université de Paris Nanterre, et Pierre Pistre, maître de conférences à l’université de Paris Diderot. Ils sont conviés pour traiter d’un sujet à première vue traditionnel, mais en fait en plein renouvellement : la ruralité française. La première s’est particulièrement intéressée, depuis une dizaine d’années, à la périurbanisation et à l’évolution des relations villes-campagnes sous l’angle de la transformation des pratiques agricoles ; le second a étudié la diversité des campagnes en France métropolitaine, de l’influence des manières de les définir à leurs transformations sociodémographiques.

 

1-La première question d’Élisabeth Bonnet-Pineau (EBP) porte sur la définition même de la ruralité. Quels en sont les éléments de spécificité ? Quelle en est la singularité ?

Selon Pierre Pistre (PP), la réponse ne peut être que complexe et change selon le critère adopté. D’abord, la définition du rural en France est étroitement liée à la manière de définir la ville : en effet, depuis le XVIIIe et surtout le XIX siècle, il est avant tout défini comme « tout ce qui n’est pas urbain » (cf. définition de la ville comme un espace de bâtis agglomérés de plus de 2000 habitants). Ensuite, la complexité tient aujourd’hui à la pluralité des définitions statistiques – notamment produites par l’INSEE – qui co-existent pour définir les espaces ruraux ; par exemple, en fonction des critères choisis, la population rurale varie entre 4,5% et 44% de la population totale. Pour clarifier la définition statistique du rural en France, l’INSEE prévoit de publier pour mi-2020 un nouveau zonage spécifique, en associant vraisemblablement des critères démographiques et fonctionnels.

Monique Poulot-Moreau (MPM) insiste sur la difficulté à définir la ruralité selon un critère statistique car les enjeux sont très forts dans les politiques publiques. La définition fait appel à des notions compliquées (par exemple, selon une définition européenne, Le plateau de Saclay fait partie du monde rural). Et où placer la notion de densité (de la population et des réseaux) ? On assiste à un glissement du rural vers de nouvelles ruralités.

 

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Comment sauver l’Amazonie ?

 

François-Michel Le Tourneau et Daniel Oster, le 17 décembre 2019 au Café de Flore (Paris)

                 

Ce mardi 17 décembre, les Cafés Géo reçoivent au Flore François-Michel Le Tourneau, géographe, directeur de recherche au CNRS, pour faire le point sur une question qui a été fortement médiatisée : les menaces qui pèsent sur l’Amazonie.

Homme de terrain qui a « baroudé » avec la Légion étrangère en Guyane à l’occasion d’expéditions qui ont donné lieu à des documentaires TV, notre invité refuse d’emblée d’être qualifié « d’explorateur », terme inventé par les Européens dans la conquête d’un monde déjà habité.

Daniel Oster (DO) est l’interviewer. (suite…)

Voyage à travers la banlieue parisienne

Mardi 26 novembre 2019, au Café de Flore à Paris. C’est un voyage à travers la banlieue parisienne que le Café géo de cette soirée se propose de faire en compagnie de l’unique intervenante, Marie-Hélène Bacqué, sociologue, professeur d’études urbaines à l’Université de Paris-Nanterre, et auteur du livre « Retour à Roissy. Un voyage sur le RER B » (Éditions du Seuil, 2019). Ce livre relate un voyage de près d’un mois, en mai-juin 2017, dans la banlieue parisienne en suivant la ligne B du RER, presque trente ans après le livre de l’écrivain-éditeur François Maspero qui était accompagné de la photographe Anaïk Frantz. Dans les deux cas, un voyage à deux (Marie-Hélène Bacqué était accompagnée du photographe André Mérian) et un livre à deux voix (un texte et des photos en noir et blanc).

La première partie du Café Géo a consisté en un échange d’une heure environ entre l’intervenante, Marie-Hélène Bacqué (MHB) et le modérateur, Daniel Oster (DO), dont le but était d’exposer les grandes problématiques du sujet avant la deuxième partie où l’intervenante a répondu aux questions de la salle pendant une heure également.

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Un monde d’îles

Marie Redon, maître de conférences HDR en géographie à l’Université Paris 13, poursuit ses recherches au sein du laboratoire Pléiade où elle co-dirige l’axe « Marges, inégalités, vulnérabilités » ; elle est membre du Comité de rédaction d’EchoGéo et des Cahiers d’Outre-Mer. Sa thèse, soutenue en 2007, portait sur l’étude d’îles traversées par une frontière internationale (Haïti/République Dominicaine, Saint-Martin/Sint-Maarten et Timor Leste/Indonésie) et a été éditée en 2010 par les Presses de l’Université du Mirail. Son habilitation à diriger des recherche, soutenue en 2017, porte sur la géographie des jeux d’argent ; un ouvrage sur ce thème est en préparation. En mai 2019, Marie Redon a publié un ouvrage édité aux Éditions du Cavalier bleu s’intitulant : « Géopolitique des îles »

En ce mardi 24 septembre 2019, elle est l’intervenante du Café Géo de rentrée dont le titre « Un monde d’îles » laisse entrevoir un monde à l’écart du reste du monde comme si les îles échappaient aux problématiques d’aujourd’hui.

Élisabeth Bonnet-Pineau invite Marie Redon à définir l’île même si « elle s’impose comme une évidence ». En réalité, c’est une fausse évidence géographique même si François Doumenge a recensé des critères objectifs qui forment une « grille d’évaluation du degré d’insularité ».

Définir l’île, c’est introduire une réflexion sur les notions d’île et d’insularité et sur celles d’île et d’îléité.

Le monde des îles est familier à Marie Redon depuis l’enfance ; elle a toujours abordé les îles, notamment celle de la Méditerranée, aux côtés de son père, navigateur à ses heures, avec une grande curiosité.

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L’Arctique à l’épreuve de la mondialisation et du réchauffement climatique

Ce Café Géo s’est tenu au Café de Flore (Paris 6e). Les deux intervenantes étaient Clara Loïzzo et Camille Tiano, agrégées de géographie, professeures de chaire supérieure en classes préparatoires littéraires au lycée Masséna (Nice) et au lycée Louis le Grand (Paris).

Clara Loïzzo & Camille Tiano (2019), L’Arctique à l’épreuve de la mondialisation et du réchauffement climatique, Paris, Armand Colin

 

La parution récente de leur ouvrage (16 octobre 2019) L’Arctique à l’épreuve de la mondialisation et du réchauffement climatique aux éditions Armand Colin tombait à pic.

 

I- Qu’est-ce que l’Arctique ? Quelles sont ses limites ? Celles-ci sont-elles relativisables ?

 

Étymologiquement, l’Arctique constitue la région mondiale située autour du pôle Nord, puisque c’est la région de l’ours (du grec arktos), non pas l’ours polaire mais la Grande et la Petite ourse qui permettent en toute saison dans l’hémisphère Nord de retrouver l’étoile polaire, donc le Nord.

Mais si l’on veut être plus précis, il existe une série de frontières et limites reconnues de l’Arctique :

1) des limites astronomiques: le cercle polaire arctique qui est la ligne imaginaire reliant les points à partir desquels se produit le phénomène d’aurore boréale (au moins une fois par an le soleil ne se couche pas). Cette ligne s’établit à la latitude de 66° N., ce qui donne une région arctique de quasiment 21 M km2, dont 14,2 M km2 d’océan.

2) des limites écobiologiques fondées sur différents seuils :

– seuil en matière de température : ligne de Köppen (isotherme 10°C en juillet) ;

– plus largement seuils en matière climatique : limite du climat polaire (quel que soit son faciès) pour les climatologues ;

– seuils en matière de végétation : tree line = limite septentrionale de l’arbre ;

– seuils en matière de cryosphère : limite méridionale du pergélisol (continu ou discontinu) pour les espaces terrestres ; limite méridionale de la banquise hivernale pour les espaces maritimes, …

3) des frontières administratives puisque la plupart des pays arctiques n’ont qu’une partie de leur territoire située dans l’Arctique, d’où des délimitations administratives internes qui ne reprennent pas forcément des critères écobiologiques, et n’ont le plus souvent pas les mêmes critères d’un pays à un autre :

– l’Arctique canadien est administrativement constitué des 3 territoires du Nord (c-à-d Yukon, Territoires du NO et Nunavut) et a pour limite les 60° lat. N ;

– dans les pays nordiques (Finlande, Norvège, Suède), la limite sud est proche du cercle polaire ; en 2013, la zone Arctique russe a fait l’objet d’une redéfinition administrative en vue de circonscrire les zones prioritaires de développement économique dans le cadre de la stratégie arctique 2020 de la Russie (donc limite moins liée à la latitude qu’aux intérêts russes).

4) des limites géopolitiques comme l’appartenance à certaines instances de la gouvernance internationale comme le fait d’être un membre (avec différents statuts : membre ou un membre observateur) du Conseil de l’Arctique. ;

Au-delà de ce constat d’une région arctique à géométrie variable, 2 caractéristiques semblent intéressantes à soulever (et on le verra pas uniquement pour ce qui concerne la question des limites) : celle de logiques paradoxales à l’œuvre dans la région, et celle d’une forte incertitude quant aux évolutions à moyen et long termes dans la région.

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