Las Vegas dans l’ombre des casinos

17 septembre 2021, Saint-Brieuc

Pascale Nédélec est professeure agrégée de géographie en CPGE au lycée Janson-de-Sailly (Paris), normalienne, docteure en géographie.

L’un des objectifs du café géo est voir ce qui est vrai dans nos représentations de Las Vegas. Une vidéo tournée à Las Vegas lors du confinement en 2020 montre une grande avenue urbaine bordée de grands bâtiments à l’architecture que beaucoup considèrent comme kitsch : comment se fait-il que tous ces casinos soient côte à côte dans un contexte concurrentiel ? Pourquoi a-t-on un tel poids du tourisme là-bas, pourquoi les casinos sont-ils très présents dans nos représentations?  Peut-on résumer Las Vegas au quartier des casinos ? Las Vegas est pourtant similaire à de nombreuses villes. L’environnement est banal, on y croise des personnes qui font leur jogging, qui décorent leur jardin pour Halloween, qui vont au supermarché, à l’église (mormone)… Las Vegas est, au-delà des clichés, une vraie ville. Pourtant on peut difficilement s’éloigner des actions touristiques : la banalité urbaine est toujours dans l’ombre des casinos (publicités de corps dénudés, personnages déguisés…).

Comment peut-on avoir une concentration touristique inégalée avec une architecture sans équivalent (bulle de rêve, de débauche, de démesure), et en même temps une aire urbaine de plus de 2 millions d’habitants qui habitent à l’ombre des casinos ? Dans quelle mesure l’aspect touristique déforme l’autre revers de Las Vegas ? (suite…)

Voyager le long du fleuve Congo

 

Roland Pourtier, Professeur émérite de géographie à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, était l’unique intervenant de ce premier café géo post-covid au Café de Flore (Paris, 6e arrondissement) qui s’est tenu mardi 19 octobre 2021 de 19h à 21h. Pour cette reprise la salle était bien remplie et a clairement exprimé sa satisfaction à l’issue des dernières questions ayant suivi l’exposé de Roland Pourtier, animé par les questions de Michèle Vignaux, modératrice de la soirée.

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Où en sont les frontières chypriotes ?

Marie Pouillès Garonzi, doctorante en géographie à l’Université Lumière Lyon 2, ED 483, UMR 5600 EVS-IRG, analyse la division de l’île de Chypre de part et d’autre de la « Ligne Verte », pour les Cafés géo de Montpellier.

La polysémie du concept de frontière

En guise d’introduction, Marie Pouillès Garonzi souligne la polysémie du concept de frontières à travers trois définitions proposées par des géographes et politologues français :

  • Bruno Tertrais et Delphine Papin définissent la frontière comme une « limite géographique -ligne ou espace- dont le tracé reflète les relations entre deux groupes humains : rapport de force militaire ou diplomatique, mais aussi traditions ou relations de bon voisinage. C’est en quelque sorte de l’histoire inscrite dans de la géographie ou ‘temps inscrit dans l’espace’ (Michel Foucher) ». (Tertrais & Papin, 2016, p.13).
  • Jean-François Staszak met l’accent sur les divisions sociales et spatiales établies par la frontière qu’il définit comme « tout dispositif géographique qui opère une division à la fois sociale et spatiale ». (Staszak, 2017, p.25)
  • Bernard Reitel insiste pour sa part sur « le caractère ambivalent de la frontière, tantôt fixe, tantôt fluctuante ». La frontière « semble à la fois associer et dissocier, différencier et articuler ». Il explique que la « frontière instituée fonctionne grâce à un jeu de fermetures et d’ouvertures que traduisent des durcissements (bordering), des dévaluations (debordering), voire des raffermissements (rebordering) ». (Reitel, 2017, p.54-55)

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Bùn cha et pad thai : quel avenir pour la « street food » en Asie du Sud-Est ?

Les Cafés Géo de Montpellier ont reçu Gwenn Pulliat, chargée de recherches en géographie au CNRS, UMR ART-Dev pour parler de « street-food » en Asie.

La conférence porte sur la vente alimentaire de rue en Asie du Sud-Est. Le terme de « street food » est très à la mode et un élément de l’identité internationale de l’Asie du Sud-Est connue pour sa gastronomie de rue. Netflix a d’ailleurs créé une série sur la « street food », qui commence à Bangkok. Or la street food fait l’objet d’un contrôle croissant voire d’une éviction par les autorités des grandes villes sud-est asiatiques. Il y a donc une ambivalence entre d’un côté une promotion internationale et de l’autre un contrôle accru des vendeurs. La présentation porte surtout sur Hanoï et Bangkok. (suite…)

L’ancienne mine d’or de Salsigne : chronique d’une catastrophe environnementale annoncée ?

Présentation par Frédéric OGÉ, juriste, géographe et ancien Chargé de recherche au CNRS à l’UMR PRODIG. Ce Café Géo a eu lieu le mercredi 11 mars 2020 au café le « Au 14.80 » à Albi à 18h30.

Présentation de la thématique du café géo :

A quatre-vingt-dix minutes en automobile d’Albi, le versant Sud de la Montagne Noire est malheureusement connu mondialement pour la catastrophe environnementale qu’il subit. Sur une surface d’environ 200 km² sont déposées des centaines de milliers de tonnes d’éléments toxiques impactant un large territoire en aval de ce qu’on dénomme par facilité la « mine d’or de Salsigne ».

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L’Égypte : carrefour ou impasse migratoire ?

Présentation par Julie PICARD, Maîtresse de conférences, Université de Bordeaux, INSPE de l’Académie de Bordeaux.

Ce Café Géo a eu lieu le mercredi 20 Novembre 2019 au 14.80, brasserie Sainte-Cécile (Albi) à partir de 18h30.

Présentation problématique :

Moins médiatisée que ses voisins nord-africains lorsque sont évoqués les flux migratoires en Méditerranée, l’Égypte accueille pourtant depuis le début des années 1990 des migrants originaires du sud du Sahara, dont les nationalités et les statuts se sont progressivement diversifiés (demandeurs d’asile, réfugiés, étudiants, autres migrants, etc.). Pour la majorité d’entre eux, l’objectif initial n’était ni d’atteindre l’Europe, ni de rester durablement en Égypte. Pourtant, en dépit de conditions de vie difficiles (discriminations, racisme, absence de politiques d’accueil gouvernementales, instabilité locale), beaucoup se sont finalement installés au Caire (métropole de plus de 23 millions d’habitants), depuis parfois plus de 20, voire 30 ans.

Les recherches de Julie Picard (menées sur place depuis 2005) lui ont permis d’identifier un certain nombre de parcours et de profils de migrants et de mieux comprendre comment ces processus d’ancrage territorial « non prévus » se réalisaient (quartiers d’installation, emploi, réseaux sociaux). Certains acteurs confessionnels (ONG, anciennes Églises missionnaires) mais aussi les propres croyances et pratiques religieuses des migrants sont apparus comme des ressources particulièrement actives dans la vie quotidienne de ces migrants africains, afin de mieux vivre l’exil, l’arrivée et l’« attente ». Julie Picard tentera ainsi de montrer que, malgré leur sentiment d’être « en transit » de longue durée, ces étrangers subsahariens possèdent de multiples compétences afin de s’ancrer et de prendre discrètement place dans la ville

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Les jeux d’argent : quels enjeux de géographie politique ?

Présentation par Marie REDON, Maitresse de Conférence en géographie, Université de Sorbonne Paris Nord (anciennement Paris 13), co-auteur de Géopolitique des jeux d’argent (Cavalier Bleu).

Ce Café Géo a eu lieu le mercredi 20 mars 2019 à la Brasserie des Cordeliers à Albi à partir de 18h30.

 

Présentation problématique :

S’il existe depuis longtemps des travaux de recherche sur les jeux en histoire, en sociologie ou encore en anthropologie, à la fois du côté de la pratique culturelle et du rapport au risque généré par l’addiction, en géographie, les études sur les jeux se sont développées ces dernières années sur le thème des jeux vidéo, des jeux de plateau et des jeux dits institutionnels (tarots, bridge, échecs) avec des géographes comme Hovig Ter Minassian et Samuel Rufat.

Lorsque de l’argent est misé, la possibilité du gain vient se mêler au plaisir du jeu et la pratique ludique devient un secteur d’activité économique à part entière. Ce secteur est organisé différemment selon les pays considérés, de manière plus ou moins contrôlée et formelle, mais existe dans nombre d’États avec une importance croissante. A l’heure où les jeux en ligne se développent, où les téléphones portables permettent de miser et où les paris sont mondialisés, les jeux d’argent interrogent la question de la souveraineté puisque ce secteur est censé être contrôlé par l’État. Comment s’articulent les relations entre Etat et jeux d’argent dans des contextes aussi différents que la France, Haïti, le Timor oriental et le Bénin ?

Les jeux d’argent, dont la pratique relève parfois de l’aménagement du territoire (casinos) ou de la rente de situation (Macao), permettent d’analyser une autre forme de globalisation en mettant en évidence les flux monétaires et matériels qui relient les espaces des jeux. Et puis, derrière les jeux d’argent, c’est aussi tout un système de représentations et une sociabilité qui se lisent. Les mutations actuelles des jeux dits traditionnels (combats de coqs) et les politiques menées pour cibler de nouveaux publics, par exemple en Afrique de l’Ouest (femmes, jeunes) sont porteuses d’enseignement sur les rapports de domination et la circulation des normes et des modèles.

Des pistes de réflexions seront ainsi lancées pour montrer la richesse d’une lecture des jeux d’argent en termes de géographie politique.

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La prison : paradoxe d’un espace d’enfermement et de réinsertion

Présentation par Olivier MILHAUD, Maître de Conférence en géographie, Sorbonne Université. Ce Café Géo a eu lieu le mercredi 13 février 2019 à la Brasserie des Cordeliers à Albi à partir de 18h30.

 

Présentation problématique :

Peut-on réinsérer quelqu’un dans la société en le coupant de ses semblables, en l’éloignant de la société, en le précipitant dans un espace radicalement autre ? A priori, c’est un pari géographique impossible. C’est pourtant ce que cherche à faire l’institution carcérale. La prison est depuis la Révolution française chargée de punir et d’amender, mais aussi de dissuader et de neutraliser, d’instruire et de soigner ; on lui demande même depuis peu de déradicaliser. Comment assurer tant de missions en recevant précisément ceux que le milieu familial, l’école, le marché de l’emploi, ou le tissu social n’ont pas su intégrer ?

Les prisons, longtemps attenantes aux tribunaux de centre-ville, tendent à être implantées de plus en plus dans le périurbain. C’est assurément sources de contraintes pour les proches de détenus, pour les avocats, les personnels et les bénévoles intervenant en détention, et cet éloignement plonge symboliquement dans l’oubli une bonne partie des quelques 200 établissements pénitentiaires français. Les distances s’accroissent architecturalement. Entre les murs, tout semble reposer sur la séparation et la partition : séparation entre le dedans et le dehors, entre bâtiments, entre étages, entre cellules. Comme le rappellent les personnels pénitentiaires, il y a un objectif de réinsertion mais un impératif de sécurité. Et ce principe sécuritaire séparatif se traduit chez les personnes détenues par tout un usage habile de l’espace, pour sortir de la cellule et mieux passer le temps.

Ce café géo explorera toute la géographie interne d’une prison.

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Pierre Soulages de Conques à Rodez. Un apôtre du noir et de la lumière

Abbaye de Conques, oculus de Pierre Soulages. © Maryse Verfaillie

 

Ses œuvres, d’emblée non figuratives, tranchent avec l’ambiance artistique de son époque. L’abstraction était certes dans l’air du temps, mais sous une forme construite.

Soulages, avec ses premières peintures sur papier, avec ses coups de brosse organisés en une forme qui se lit d’un seul coup, ouvrait une voie autre, qu’il n’allait cesser d’approfondir tout en tentant de nouvelles expériences picturales.

Le geste créatif du tableau, dit-il est plus important que le tableau. Il ajoute : « c’est du noir que surgit la lumière, alors la lumière viendra du tableau ».

Ses œuvres sont aujourd’hui présentes dans 90 musées dans le monde.

 

Soulages en quelques dates

1919 : naissance à Rodez.

1931 : sa visite de l’abbatiale de Sainte Foy à Conques est un choc pour lui. Il commence à peindre.

1938-39 : découvre le Louvre et la galerie Rosenberg, admire Cézanne et Picasso.

1947 : s’installe à Paris. Réalisation de Brou de noix sur papier et sur verre.

1954 : première exposition aux États-Unis où il est reconnu par la critique avant de l’être en France.

1960 : installe son atelier à Sète.

1967 : première exposition personnelle au Musée national d’art moderne.

1986-1994 : réalisation des vitraux de Conques.

2005 : donation de 500 pièces à la ville de Rodez, en vue de la création d’un musée Soulages.

2009 : grande exposition au Centre Pompidou.

2014 : inauguration du musée Soulages à Rodez.

2019 : pour ses cent ans, de nombreuses institutions lui rendent hommage.

2000-2020 : réalisation de très grands formats dans l’outrenoir.

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Le Groenland dans la politique arctique du Danemark

Café Géographique de Saint-Brieuc

12 mars 2020

 

 

Benoît Raoulx est géographe, maître de conférences, Habilité à Diriger des Recherches, à l’Université de Caen-Normandie. Spécialiste de l’Europe nordique, ses travaux de recherches en géographie sociale et culturelle portent essentiellement sur l’étude de la marginalité spatiale et la marginalité sociale.

 

En guise d’introduction

En août 2019, une nouvelle a fait la une des médias à l’échelle internationale : par un tweet, le président des Etats-Unis, Donald Trump, souhaitait négocier l’achat du Groenland au Danemark. Cette demande incongrue a donné lieu à un florilège de caricatures.

 

Greenland : « I promise no to do this to Greeland » Donald Trump

 

Mette Frederiksen, Première Ministre du Danemark a répondu vivement au Président des Etats-Unis « Le Groenland n’appartient pas au Danemark. Le Groenland appartient aux Groenlandais ».

L’intérêt du président des Etats-Unis pour un territoire arctique, le Groenland, a mis en évidence l’importance géopolitique de l’Arctique à l’échelle mondiale. La réponse de Mette Frederiksen est révélatrice des relations entre le Danemark et le Groenland en rappelant la situation particulière du Groenland : si le Groenland dépend de la Couronne du Danemark, il jouit d’une autonomie renforcée.

Benoît Raoulx se propose d’organiser son propos en trois parties : dans un premier temps, souligner les nouveaux enjeux de l’Arctique à l’échelle mondiale ; dans un deuxième temps, rappeler les relations dans le temps long entre le Groenland et le Danemark pour comprendre la place du Danemark en Arctique et dans un troisième temps, rendre compte des évolutions en particulier de la société groenlandaise par une étude à l’échelle locale de la région de Thulé.

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