Réflexions géographiques sur la Chine et le coronavirus

Depuis son apparition à Wuhan (Chine) à la mi-décembre 2019, l’épidémie de coronavirus a beaucoup fait parler d’elle jusqu’à inquiéter aujourd’hui (6 mars 2020) le monde entier. Le coronavirus, nommé officiellement « covid-19 » par l’OMS, a déjà causé plus de 3 400 décès tandis que le nombre de 100 000 personnes infectées dans une soixantaine de pays va être dépassé ces jours-ci. Certains n’hésitent plus à parler d’une véritable psychose collective qui se répand largement grâce à la médiatisation planétaire et la puissance des réseaux sociaux. La France n’échappe pas à cette vague déferlante malgré la gestion raisonnée des pouvoirs publics. Il nous semble qu’une réflexion géographique, même succincte et parcellaire, a toute sa place dans le flot des innombrables commentaires de toute nature que le coronavirus suscite, ne serait-ce que pour mettre en évidence quelques simples faits spatiaux qui ne manquent pourtant pas d’importance.

Après le SRAS apparu en 2003, un nouveau coronavirus est parti de Chine en décembre 2019 pour ensuite se propager dans le reste du monde (Source: https://img.medscape.com/thumbnail_library/is_200117_china_map_800x450.jpg)

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L’impact du tourisme de masse sur les sites UNESCO

 

Pour l’INSEE, « le tourisme comprend les activités déployées par les personnes au cours de leurs voyages et séjours dans des lieux situés en dehors de leur environnement habituel pour une période consécutive qui ne dépasse pas une année, à des fins de loisirs, pour affaires et autres motifs non liés à l’exercice d’une activité rémunérée dans le lieu visité. » (https://www.insee.fr/fr/metadonnees/definition/c1094)

 

L’activité touristique, en croissance continue depuis plusieurs décennies, constitue un atout majeur pour le développement économique. Il crée plus de 200 millions d’emplois/an à travers le monde et représente désormais 10% du PIB mondial. Cependant, le tourisme de masse excède parfois les capacités d’accueil de certains sites comme ceux du patrimoine culturel mondial de l’UNESCO. Dans ces cas de surexploitation, des impacts négatifs interviennent sur la société, l’environnement et la culture de ces destinations. Le tourisme comprend les activités déployées par les personnes au cours de leurs voyages et séjours dans des lieux situés en dehors de leur environnement habituel pour une période consécutive qui ne dépasse pas une année, à des fins de loisirs, pour affaires et autres motifs non liés à l’exercice d’une activité rémunérée dans le lieu visité.

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Le patrimoine naturel du Monténégro : défis touristiques et enjeux de préservation

Le Monténégro est un petit pays des Balkans dont l’essor touristique résulte en bonne part d’un riche patrimoine naturel. En même temps, il est l’objet de mesures de protection importantes depuis plus d’un demi-siècle : quatre parcs nationaux, sites classés à l’UNESCO, etc.

L’intérêt du sujet réside dans les liens ambigus entre l’essor touristique, devenu très important depuis deux décennies, et la protection du patrimoine naturel. Le développement de cette protection attire une clientèle touristique avide de milieux préservés mais, parallèlement, l’afflux touristique occasionne diverses atteintes du patrimoine naturel qui nécessitent des mesures de protection susceptibles de contrôles les flux de visiteurs

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Du populisme et du nationalisme en Hongrie et en Pologne

La jolie maison de Jean Monnet à Bazoches-sur-Guyonne accueille régulièrement des colloques et conférences sur l’Union européenne, ses réalisations, ses travaux et les menaces qui pèsent sur elle. La semaine dernière, était évoqué un sujet qui inquiète beaucoup de citoyens européens, au-delà des deux pays évoqués, « Le réveil des nationalismes et des populismes en Europe : les violations de l’Etat de droit et des libertés individuelles en Pologne et en Hongrie ».

 

La Hongrie et la Pologne : des populismes bien implantés (http://files.newsnetz.ch/story/2/4/8/24829055/3/topelement.jpg)

 

La volonté n’est pas de stigmatiser deux États voisins mais de montrer comment l’intolérance y est de plus en plus institutionnalisée et les principes fondateurs de l’UE bafoués, même si on peine à trouver un vocabulaire adéquat car « nationalisme » se réfère aussi à la formation de nouveaux États aux XIXe et XXe siècles et « populisme » est un terme ancien qui a été réinstitué récemment.

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Le dessin du géographe N°78 – Christian GRATALOUP, caricaturiste d’Espaces Temps.

Notre collègue Christian Grataloup s’est maintenant fait un nom dans la géohistoire. En témoigne le remarquable Atlas Historique Mondial que viennent de publier les éditions L’Histoire et les Arènes (2019, 655 pages)

Mais il a d’autres talents, qu’il a exprimés dans les premiers numéros d’Espaces Temps dès 1976, où il donnait dans la caricature politico-géographique. Il signait alors CEGER.  Sans doute ne reprendrait-il pas aujourd’hui tous ces dessins : c’était il y a longtemps et on a parfaitement le droit d’évoluer dans ses visions et ses partis pris.

Avec le recul de ce presque demi-siècle (le premier numéro date d’octobre 1975) on peut dire que la critique épistémologique avancée par Espaces Temps rendait un son neuf. C’est bien ce qu’avait compris Maurice Le Lannou, qui prit à partie les initiateurs dans son feuilleton du journal « Le Monde »  intitulé « Des géographes contre la Géographie » les 8-9 février 1976. A quoi d’ailleurs les concepteurs de la revue répondirent dans les mêmes colonnes du quotidien les 14-15 mars 1976 : « Des géographes pour une autre géographie ».

Le débat sur notre discipline sortait du cadre des colloques et séminaires pour apparaître au grand jour.

Il ne s’agit pas de revenir sur cette polémique mais de présenter quelques-uns des dessins de Christian Grataloup issus des premiers numéros d’Espaces Temps d’octobre 1975 à 1979.

 

PREMIÈRE  CARICATURE  Espaces Temps 1977 N° 5.

« La géographie en réponses. Autoportrait d’une incertitude 2 »

Illustration d’une question dans un sondage adressé aux géographes :

« L’importance des travaux en géographie rurale et tropicale est-elle significative d’une vision primitiviste des rapports sociaux ? »

Il paraît qu’à l’époque on pouvait reconnaître le géographe qui bout dans la marmite. 

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Phnom Penh, la ville résiliente [1]

Vue de Phnom Penh depuis le Mékong https://freedomdestinations.co.uk/wp-content/uploads/Image-2-Phnom-Penh-City.jpg

 

Nous voilà à présent installés à Phnom Penh, la colline de Madame Penh. Le déménagement est arrivé plus tard que prévu. A temps, certes, au port de Sihanoukville, mais coincé dans les procédures douanières et les multiples jours fériés de cette fin d’année et notamment le festival de l’Eau.

Nous sommes ravis et enchantés !

Nous sommes aussi dans cette belle période qu’est la découverte d’une nouvelle aventure et d’une culture étrangère, et également dans les souvenirs de nos mamans respectives qui ont vécu au Vietnam. La toute proche Hô Chi Minh-Ville, ex-Saïgon, n’est qu’à 250 km environ de Phnom Penh.

 

Début décembre, nous sommes montés à Siem Reap vers le nord en voiture pour participer au marathon d’Angkor Vat (dix km pour moi seulement). Il faisait 16 degrés le matin. Royal. Les parcours des 10 et 21 km étaient tracés à travers les temples, ce fut merveilleux. Prendre le départ à l’aube et admirer en courant le soleil qui monte timidement derrière les temples…et le silence dans la forêt. Nous n’avons pas eu le temps durant ce court week-end de visiter en détail ces superbes architectures, qui méritent au moins deux jours pleins tant il y a de temples, ce sera l’objet de prochaines balades dans l’année.

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L’esprit géographique de l’œuvre de Jean-Paul Kauffmann

Les Cafés géographiques reçoivent ce samedi 18 janvier à l’Institut de géographie Jean-Paul Kauffmann, journaliste et écrivain, pour dialoguer sur la thématique de l’esprit géographique de son œuvre d’écrivain. Une matinée particulièrement réussie autour d’un invité exceptionnel par son histoire personnelle, sa riche personnalité et la qualité de sa production littéraire.

 

Jean-Paul Kauffmann au milieu de ses « interviewers » (Photo de Jean-Pierre Némirowsky)

 

Cette rencontre se présente sous forme d’une conversation avec l’invité (JPK) animée par le trio Claudie Chantre (CC), Daniel Oster (DO), Michèle Vignaux (MV).

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Malaga, ville d’art andalouse sur la Costa del Sol

Le cube de Daniel Buren, partie émergée du Centre Pompidou Malaga © Maryse Verfaillie

 

Cette photo résume la cité andalouse d’aujourd’hui : face à la mer, avec un décor de palmiers et au milieu des tours issues d’un tourisme de masse, la ville vient d’effectuer une reconversion spectaculaire. Cité balnéaire de la célébrissime Costa del sol, elle s’affirme à présent haut et fort comme « cité où l’art habite ».

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« OK Boomer ! ». Petites leçons de démographie (lucides et positives malgré tout).

OK Boomer : une expression découverte en 2019 qui a connu un succès foudroyant. Annonce-t-elle une lutte des âges? (https://news.northeastern.edu/2019/11/20/heres-how-ok-boomer-is-and-isnt-like-the-slang-that-came-before-it/)

 

J’appartiens à une « génération sans pareille » pour reprendre l’expression de l’historien Jean-François Sirinelli[1] qui a beaucoup étudié cette génération du baby-boom née au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. A ce titre, j’ai longtemps bénéficié de l’alignement des planètes ayant permis « la paix, la prospérité, le plein emploi et le progrès comme ligne d’horizon »[2]. Ayant eu 20 ans en mai 68, je suis souvent considéré comme un ancien soixante-huitard, donc forcément porteur de valeurs et de contre-valeurs jugées néfastes pour l’évolution de la société française par les uns ou, au contraire, éminemment positives par les autres. En fait, comme beaucoup de jeunes, j’ai trouvé qu’à cet âge il était dur d’« apprendre sa partie dans le monde »[3]. Aujourd’hui que j’ai un âge, disons…plus avancé, je suis accusé de ne rien comprendre au « nouveau monde », en particulier à l’urgence des solutions pour faire face au changement climatique(« OK, boomer »[4]). Heureusement, je vais peut-être bientôt expier mon péché générationnel grâce à Michèle Delaunay, une ancienne ministre socialiste[5], également baby-boomeuse[6], qui me prédit un « fabuleux destin » ainsi qu’à l’ensemble de mes collègues baby-boomers. Et en prime, après mai 68, je vais pouvoir participer à une seconde révolution, une « révolution de l’âge » cette fois-ci !

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Le dessin du géographe N° 77 – Maroc Le dessin colonial de Théophile Jean DELAYE

L’histoire de Th. Jean Delaye (1896-1970) s’articule avec celle du XXe siècle marocain.

Recruté par le Service Géographique du Maroc, il a suivi tous les épisodes de la conquête coloniale depuis 1924 jusqu’en 1940. C’est là qu’il exerça ses talents en relevant la topographie de plusieurs massifs montagneux du Rif à l’Atlas, sans compter ses missions de reconnaissance aérienne et vécut au Maroc jusqu’en 1960.

Il fut d’abord un cartographe, mais aussi un géographe. On a même pu écrire (Aurelia Dusserre) qu’il fut « un des principaux acteurs de la géographie marocaine de l’Entre-Deux Guerres. Il a été un des membres les plus actifs du Comité de la Société de Géographie en 1931, il en devient l’un des vice-présidents en 1939. Il collabore régulièrement à la Revue de Géographie du Maroc, avant d’en devenir le rédacteur en chef en 1942. » Inutile de dire qu’il approuve totalement l’action coloniale, en quoi il ne dépare pas des manuels de géographie de l’époque : dans son édition de 1959, soit trois ans après l’indépendance, le manuel de première de Hatier (par H. Boucau et J. Petit) écrivait : « L’économie marocaine était, vers 1912, au stade du Moyen-Age ; son développement s’affirme très brillant, grâce à l’afflux des capitaux et des techniciens français ».

Jean-François Troin nous en a opportunément rappelé le souvenir en reproduisant dans ses « Carnets de géographie anecdotique » (Éditions Petra, Paris, décembre 2018) un dessin de la place de France à Casablanca. C’est que Delaye fut aussi un dessinateur et un illustrateur d’ouvrages très fécond, et que son travail permet de mieux comprendre la place que le protectorat marocain a occupé dans les représentations coloniales françaises de cette époque.

En effet, à côté de ses aquarelles et dessins de la vie populaire et de l’architecture traditionnelle, qui constituent un apport intéressant mais un peu attendu, Delaye exprime la modernité du Maroc, suivant en cela le discours colonial du moment : la France voyait dans le protectorat marocain sa plus belle réussite coloniale. En témoignent les dessins des villes nouvelles et des installations portuaires.

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