La « Belt &Road Initiative »,  l’Europe et la Chine

Café de géographie de Mulhouse
Mardi 25 février 2017
Xavier Richet

Xavier Richet est Professeur émérite d’économie de Paris Sorbonne-nouvelle,
Chaire Jean Monnet ad personam d’économie de l’intégration européenne
Co-animateur du Séminaire BRIC, FMSH, www.bric.hypotheses.org

“Si tu veux te développer, construis une route…”  proverbe chinois

Dans cette présentation, on expose les objectifs généraux de l’ambitieux projet porté par le gouvernement chinois : One Belt, One Road (OBOR), récemment renommé Bridge and Road initiative (BRI), sa conception, les motivations à son origine, les modalités de financement et sa mise en œuvre. Le projet envisage deux routes, l’une terrestre, qui rejoint l’Europe, l’autre maritime, qui arrive au sud de l’Europe et contourne l’Afrique. La route terrestre, elle-même divisée en plusieurs routes, traverse l’Asie centrale et occidentale. Elle traverse, en Asie, de grands espaces, des économies riches en matières premières mais peu peuplées et peu développées, dont certaines étaient des Républiques de l’ancienne Union soviétique (Figure 1). En Europe, à la sortie de l’Union économique euro-asiatique (UEE) une construction supranationale récente à l’initiative de la Russie (parfois considérée comme une tentative de re-soviétisation) elle transite ensuite dans les nouveaux Etats membres de l’Union européenne et les pays en accession des Balkans, la destination finale étant le cœur de l’Europe (Allemagne, France, Grande Bretagne).

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La vie nocturne de Beyrouth : espaces publics et régimes de visibilité 

Café Géo du 28 février 2018

Marie Bonte est docteure en Géographie, membre du laboratoire PACTE à l’Université de Grenoble Alpes et ATER à l’Université Lyon III Jean Moulin. Elle a soutenu sa thèse en 2017, intitulée « Beyrouth, états de fête. Géographie des loisirs nocturnes dans une ville post-conflit », sous la direction de Myriam Houssay-Holzschuch et Karine Bennafla.

Le travail de thèse de Marie Bonte étudie la vie nocturne de la ville de Beyrouth au Liban au prisme des espaces publics. Ses recherches proposent de questionner et d’enrichir la notion d’espaces publics, une notion centrale en Géographie qui reste plurielle et a parfois du mal à faire consensus.

Marie Bonte présente son objet de recherche, les espaces de la vie nocturne à Beyrouth, comme un objet pluriel : à la fois espace physique des bars et des boîtes de nuits organisé par une diversité d’acteurs qui produisent, régulent consomment ces espaces, à la fois un ensemble de pratiques et de sociabilités, et enfin des discours et des représentations.

L’approche des villes par leurs nuits est une dimension récente des études urbaines : la dimension temporelle des espaces a été bien souvent jusque-là négligée, la nuit apparaissant comme une « dimension oubliée de la ville » (Gwiazdzinski 2002).

Pourtant, étudier la nuit en ville pose un certain nombre d’enjeux : des enjeux d’aménagement (où sont ces lieux, comment sont-ils réglementés, comment y accède-t-on ? Question de l’éclairage urbain), des enjeux socio-économiques (qui a accès aux établissements nocturnes par exemple ?), des enjeux d’inégalités notamment de genre (quelle place pour les femmes dans l’espace public nocturne ?). Il y a donc un véritable intérêt à étudier les espaces urbains la nuit.

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Quelle présence chinoise en  Afrique?

Thierry Pairault. EHESS/CNRS
La Filature

Vagamondes
17 janvier 2018

Je me bats régulièrement contre l’expression « Chinafrique » car elle enferme la pensée dans un cadre prédéfini. Si on l’écrit en deux mots : « Chine-Afrique », on a de fait un gros problème impliquant la perception d’une Afrique homogène alors qu’elle se décompose en 54 entités avec des histoires, des trajectoires économiques et sociales différentes. L’Afrique est tout sauf homogène, donc il ne saurait y avoir une politique mais des politiques fondées de fait sur des accords bilatéraux

L’expression « Chinafrique », avec le e gommé rappelant la « Françafrique » est une autre hérésie. Même si, un des acteurs de cette Françafrique, Pierre Falcone, œuvre à présent à l’établissement de rapports entre la Chine et l’Afrique après l’avoir fait pour la France, cette acception renvoie l’analyse à des rapports de domination hors de tout contexte réel.

Je combats partout cette expression qui nous impose un jugement, une démarche, nous enferme dans une réflexion déterministe et nous interdit de jeter un regard froid sur les réalités de cette présence chinoise.

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France des marges : comment refaire de la géographie ?

Compte-rendu de la matinée « France des marges » avec Samuel DEPRAZ (Université de Lyon / Jean Moulin-Lyon 3) et Olivier MILHAUD (Sorbonne Université, Paris) organisée à l’Institut de géographie de Paris, samedi 3 février 2018.

En guise d’introduction à la séance, Elisabeth Bonnet-Pineau rappelle à quel point le modèle « centre-périphérie » théorisé par Alain Reynaud dans son ouvrage « Société, espace et justice » paru en 1981, et étayé sur des critères principalement économiques, a fait les beaux jours de la géographie. Une application du modèle est d’ailleurs illustrée à l’échelle départementale par une carte de la France selon des données INSEE 2014 (p. 20 dans l’ouvrage de Samuel Depraz, La France des marges, Géographie des espaces « autres », Armand Colin, 2017).

Pourtant, penser en termes de marges impose de prendre de la distance par-rapport à ce modèle, c’est-à-dire par-rapport au centre et à la norme dominante. La distinction centre/périphérie/marges a été introduite au tournant du XXIe siècle, notamment par Christiane Rolland-May qui a dressé un tableau comparatif des trois concepts en soulignant leurs propriétés respectives (Tableau p. 22 dans l’ouvrage de Samuel Depraz). On lira aussi avec profit Antoine Bailly et Brigitte Prost sur ce sujet.

Le vocabulaire de marges a certes été utilisé auparavant en géographie physique, en lien avec l’étude de l’expansion des fonds océaniques – des marges passives sont distinguées des marges actives. Mais le concept de « marge » a ensuite été repris par les sciences sociales et largement enrichi.

Olivier Milhaud, maître de conférences à Sorbonne Université, et auteur d’un numéro de la Documentation photographique sur La France des marges (2017) et Samuel Depraz, maître de conférences à l’Université de Lyon et auteur de l’ouvrage déjà mentionné paru chez Armand Colin en 2017, déclinent un ensemble d’analyses complémentaires sur ce thème proposé aux concours du Capes et des agrégations externes d’histoire et de géographie. (suite…)

L’Ouest à grande vitesse : l’arrivée de la LGV en Bretagne

Compte rendu Café Géographique de Saint-Brieuc
Le mardi 14 novembre 2018

 

Jean Ollivro est professeur de géographie à l’Université Rennes 2. Il anime un séminaire à Sciences-Politiques de Rennes. Il a écrit de nombreux ouvrages sur les mobilités et les territoires : «L’Homme à toutes vitesse », Rennes, PUR, 2006 ; « La nouvelle économie des territoires », Rennes, Editions Apogée, 2011.

Depuis le mois de juillet 2017, une LGV (Ligne à Grande Vitesse) relie Paris à Brest.   Jean Ollivro se propose d’analyser les effets du TGV (Train à Grande Vitesse) sur le développement des territoires et plus particulièrement, ce soir, sur les territoires de la Bretagne.

Les atouts et les limites des lignes à grande vitesse pour les territoires concernés ont été largement étudiés (en particulier pour la Bourgogne que traverse le TGV Paris/Lyon) ; c’est à partir de l’exemple de la Bretagne que notre intervenant mettra en lumière les bénéfices et les effets négatifs d’une LGV.

Une question se pose : en quelle mesure la discipline géographique peut-elle aider les Bretons en général et plus particulièrement les Briochins à se saisir de l’arrivée de la LGV pour en  capter les effets positifs ?

Le 22 septembre 1981 était inauguré le train à grande vitesse français (TGV) entre Paris et Lyon. L’histoire de la grande vitesse en France est lancée : 1989, mise en service de la première branche (ouest) de la LGV atlantique ; 1990, seconde branche (sud-ouest) de la LGV atlantique ; 1993, LGV Nord ; 1994, début du service d’Eurostar ; 2001, LGV Méditerranée ; 2007, première section de la LGV Est ; 2016, mise en service de la seconde section de la LGV Est ;  juillet 2017, mise en service de deux extensions de LGV, une vers l’ouest (Le Mans-Rennes) et une vers le sud-ouest (Tours-Bordeaux).

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Rio de toutes les crises

Café géographique du 11 janvier 2018 avec Mickaël CHÉTRY (université fédérale fluminense, rio de janeiro, Brésil )

La ville de Rio est au centre des attentions aujourd’hui et connaît une situation critique : l’État est en faillite, de nombreux fonctionnaires ne sont plus payés, le chômage augmente et on assiste à une recrudescence de la violence. On ne peut comprendre la crise alarmante touchant actuellement cette métropole internationale, dont l’agglomération compte pas moins de 11 millions d’habitants, sans revenir sur sa trajectoire historique et notamment le fait que pendant plus de 200 ans elle a été la capitale de l’empire puis de la république : pourquoi la crise nationale actuelle touche-t-elle tout particulièrement Rio de Janeiro ?

La particularité de cette ville réside dans le fait qu’elle a été conçue comme un espace national. Rio a été fondée en 1565 ; elle était originellement une petite ville portuaire et un poste militaire. La fondation de la ville repose sur un double enjeu stratégique : celui de sécuriser la côte pour protéger le territoire colonial portugais d’éventuelles intrusions, en permettant dans le même temps l’exploration et l’exploitation des ressources de l’intérieur des terres. La position géographique de la ville, à la fois ouverte sur la baie de Guanabara et surplombée par de hauts reliefs, répond particulièrement bien à ce double objectif.

Pendant un siècle et demi, la ville reste relativement modeste, ce qui change au XVIIe grâce à la découverte de l’or dans la région voisine qui deviendra l’État du Minas Gerais : l’axe économique de la colonie portugaise se déplace alors du Nordeste (jusqu’alors très dynamique grâce au cycle du sucre de canne) vers le Sudeste, ce qui élève Rio de Janeiro en position de principal centre d’exportation de métaux précieux. Le port voit aussi son flux d’importation d’esclaves et de nourriture accru. Cette transition économique s’accompagne en 1763 du transfert de la capitale du vice royaume de Salvador à Rio de Janeiro afin de mieux contrôler cette nouvelle économie et réduire les évasions fiscales. L’importance acquise par la ville portuaire mène à une diversification des activités économiques et des exportations, cependant l’intégralité des exportations reste alors destinée au Portugal.

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L’Afrique : un continent émergent ?

Café géographique de Paris, Mardi 30 janvier 2018
Café de Flore, Paris

Intervenants : Alain Dubresson, Géraud Magrin, Olivier Ninot
Animatrice : Elisabeth Bonnet-Pineau

Après une présentation des trois intervenants, tous géographes spécialistes de l’Afrique et auteurs d’un excellent Atlas de l’Afrique paru aux éditions Autrement en 2016, l’animatrice (EBP) lance le débat en pointant les changements accélérés et d’une ampleur inégalée du continent africain qui sont porteurs autant d’opportunités que de défis.

Propos liminaires sur les thèmes généraux du développement et de l’émergence (Géraud Magrin)

L’atlas qui sert de base à ce café géo n’est ni tout à fait descriptif, ni exhaustif : c’est un atlas à thèmes et à thèse (voire à hypothèses). Le choix éditorial d’aborder l’Afrique dans son ensemble est conforté par la progression des logiques d’intégration, notamment de part et d’autre du Sahara, et par l’existence de nombreuses statistiques à l’échelle du continent dans sa globalité. Cela étant, il faut souligner la diversité, notamment politique, de l’Afrique (54 Etats), ce qui a des implications considérables.

Une des thèses de l’atlas est la diversification croissante des situations au sein de ce continent, tant à l’échelle des pays que des territoires à d’autres échelles. Cette diversification doit être interprétée en écho au sous-titre de l’atlas, « un continent émergent ? ». Le plus important, c’est peut-être le point d’interrogation qui ponctue ce sous-titre.

L’Afrique suscite beaucoup de clichés, certains alimentés par les nombreux manques (routes, argent, etc.) et les grandes peurs occidentales (épidémies, conflits, terrorisme, migrations internationales), d’autres, au contraire, liés à des taux de croissance économique élevés dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne au cours de la période récente (2000-2014), qui laissent penser que le continent est la dernière frontière de la mondialisation grâce à ses ressources naturelles abondantes et à la croissance rapide de sa population. La thématique de l’émergence apparaît ici avec, notamment, l’émergence des marchés intérieurs africains.

Le choix de l’atlas a été de mettre l’accent sur le lien entre les transformations de différentes natures (démographique, économique, environnementale, politique). C’est donc un atlas du développement et de l’intégration à la mondialisation du continent africain. Les prémices de changements profonds en Afrique semblent se traduire en ce moment par une diversification des trajectoires nationales de développement sur ce continent. Sur le temps long, depuis la première mondialisation (XVIème siècle), l’Afrique s’est intégrée dans la mondialisation en exportant d’abord des hommes (traite esclavagiste), puis des matières premières brutes, au bénéfice d’un certain nombre d’acteurs extérieurs et d’acteurs politiques africains et au détriment de la majorité de la population. Le retard de développement de l’Afrique est le produit de cette histoire. Il paraît assez évident, eu égard aux indices internationaux.

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Quand le déjeuner devint petit, le Monde était devenu grand

Quand le déjeuner devint petit, le Monde était devenu grand

Café Géo animé par Christian Grataloup (Chambéry, 31 janvier 2018)

Si des rayonnages entiers de librairies sont consacrés à l’alimentation, à l’histoire de la gastronomie, aux recettes de cuisine, ces ouvrages se focalisent sur les repas de milieu et de fin de journée, tandis que le petit-déjeuner reste un angle mort. C’est en effet un repas répétitif, modeste, qui peut sembler peu intéressant. Et pourtant, l’adjectif « petit » nous fournit un indice sur le caractère récent de ce repas, qu’on peut interroger à la fois sous l’angle de son historicité et de ce qu’il nous dit de notre rapport au monde.

Christian Grataloup part du glissement sémantique qui se joue entre le tableau de François Boucher de 1739, intitulé Le Déjeuner – tout court – et celui de Juan Gris, de 1915, intitulé Le Petit déjeuner.

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Iran, le retour sur la scène internationale d’une grande nation

Conférence de Bernard Hourcade, suivie d’un débat à l’Institut de géographie, samedi 27 janvier 2018
Organisée par Les Cafés géographiques 

 

Bernard HOURCADE (n. 1946) est géographe, directeur de recherche émérite au CNRS. Ancien directeur de l’Institut Français de Recherche en Iran pendant la révolution islamique (1978 – 1993), puis fondateur et directeur de l’équipe de recherche CNRS « Monde iranien » (1993-2005), il a effectué, souvent en collaboration avec ses collègues iraniens, des recherches sur les conséquences politiques des transformations de la société iranienne, la ville de Téhéran et la géopolitique de l’Iran. En dehors de cercles universitaires, il intervient dans les médias et les think tanks sur les questions touchant à la géopolitique de l’Iran aux rapports entre politique, territoire et société en Iran.  Bernard Hourcade est agrégé (1969) et docteur en géographie (Paris-Sorbonne, 1975).

Nous remercions Bernard Hourcade pour nous avoir également fait parvenir un dossier cartographique complet sur l’Iran. Vous le trouverez ci-joint au format PDF (10 Mo) : B_Hourcade, Café Geo Iran.pdf.

CONFÉRENCE DE BERNARD HOURCADE

L’accord du 14 juillet 2015 sur le nucléaire, avec les six plus grandes puissances du monde, vaut à l’Iran reconnaissance sur la scène internationale et juridique. Les Iraniens en éprouvent une fierté immense, surtout les anciennes générations, qui ont subi de multiples  épreuves.

Bernard Hourcade évoque la mise en place de « logiciels inconnus » entre les jeunes et les anciens, mais aussi entre les Iraniens et leurs voisins, proches ou lointains. Beaux chantiers en perspective !

La « fascination de l’islam » est l’autre composante de ces chantiers. Quand l’ayatollah Khomeiny arrive de Neauphle le Château, en 1979, la monarchie des Pahlavi s’effondre. Le Shah d’Iran est contraint de prendre la fuite. Les partis de gauche (dont les communistes) tout autant que ceux de droite sont d’accord pour éliminer « le tyran ». Mais comment fédérer ensuite ? Les religieux sont les seuls à pouvoir prendre le relais. On imaginait que cela serait temporaire….

Mais « l’homme  au turban » suscite bien des fantasmes en Occident qui croît que l’Iran veut « chiitiser » le monde musulman. En Iran, on sait seulement que rien ne peut se faire sans réseau religieux : sans un oncle ayatollah les perspectives sont obscures…

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Tourismes en transition : Réinterroger le changement dans les pratiques récréatives

Café géographique de Lyon, mercredi 22 novembre 2017
Café de la Coche, Lyon Bellecour
Philippe Bourdeau est professeur de géographie à l’Institut d’urbanisme et de géographie alpine de l’Université de Grenoble.

Introduction : la géographie du tourisme de demain

Il faut se poser la question de la géographie du tourisme de demain, quelle est-elle ? Comment le tourisme est-il lié aux impératifs du développement durable ? Un « éco-tourisme » au sens strict est-il possible ou faut-il plutôt envisager plus généralement un tourisme de transition ? Ces solutions sont-elles porteuses de promesses ? Il est question d’enjeux tout à la fois sociaux, environnementaux et économiques qui marquent un changement dans le tourisme et ses pratiques.

Philippe Bourdeau a principalement travaillé sur les Alpes, on ne parlera pourtant pas tant de montagnes, le but pour tout chercheur étant de monter en généralité. Il faut faire des allers-retours dans les transformations du tourisme, en quoi et comment il s’inscrit dans une échelle plus globale, dans un changement culturel. On peut à la fois parler de changement et de nouveauté, il faut toutefois prendre des précautions avec le terme « nouveauté ». On ne peut pas dire que tout est nouveau : il y a des inerties et des permanences. Le tourisme est marqué par une dialectique articulée entre permanences et changements.

Quand on passe devant un kiosque, par exemple dans une gare, on est frappés de l’exubérance de journaux et magazines qui promettent des choses intemporelles dans les destinations de voyages : le rêve, l’insularité, le paradis. Ce sont des stéréotypes qui utilisent la dialectique classique entre un « ici » et un « ailleurs » idéalisé dénotant le groupe de citadins que nous sommes qui rêvent de nature comme lieu de ressourcement. On voit apparaître à travers ces couvertures la mythologie touristique que cette dialectique déploie.

L’Organisation Mondiale du Tourisme observe actuellement une croissance exponentielle du nombre de touristes qui ne ferait qu’augmenter de manière plus marquée dans les années à venir. Pourtant on peut relever un paradoxe entre cette croissance, la permanente abondance de promesses et de plus en plus de critiques à leur égard sur fond de triple crise climatique, énergétique et économique, qui plus est dans un contexte de changement culturel et technologique. Ce dont rend compte une image diffusée par les « casseurs de pubs » qui montre la figure du touriste –affublé de ses attributs : lunettes de soleil, chapeau, appareil photo et chemise à fleur, mais aussi automobile, avion, skis…– au bord du gouffre dans une ambiance de « de fin de partie ». Ainsi, alors que le tourisme est au cœur de nos modes de vie, constitue un des principaux facteurs de mobilité à l’échelle mondiale et que les progrès technologiques promettent sans cesse une plus grande rapidité et fluidité de transport, on observe une montée des questions et doutes, face aux incertitudes du monde contemporain et de ses enjeux.

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