La quadrature de l’hexagone : peut-on encore faire une géographie de la France ? par Eloïse Libourel.

Café Géo du 25 septembre 2018 – Paris, Café de Flore, animé par et compte rendu de Daniel Oster.

Du programme du FIG sur « La France demain » à la réforme des programmes scolaires en passant par les interrogations récentes sur la Réforme territoriale, la « géographie de la France », classiquement hexagonale, est nécessairement questionnée. Pour ce premier Café Géo de la saison 2018-2019, Eloïse Libourel, professeur de géographie en CPGE au lycée Léon Blum (Créteil), se propose d’interroger la géographie de la France au prisme du renouvellement des problématiques de la recherche. 

 

Ce Café Géo aborde en fait deux questions, d’une part, celle des mutations du territoire français dans le cadre de l’intégration européenne et d’une mondialisation croissante, d’autre part, celle du renouvellement de la réflexion géographique avec de nouveaux concepts pour mieux prendre en compte la complexité des processus territoriaux.

NB : Pour faciliter la rédaction du compte rendu, les questions sont notées DO (Daniel Oster) et les réponses sont notées EL (Eloïse Libourel).

DO : Pourquoi avoir choisi un tel titre (« La quadrature de l’hexagone : peut-on encore faire une géographie de la France ? ») ?

EL : Un premier titre avait été envisagé : « Doit-on repenser la géographie de la France ? ». Finalement, j’ai proposé ce titre un peu plus percutant, qui reflète également une certaine perplexité face à l’idée de repenser la géographie de la France. En tout cas, je préfère évoquer quelques pistes de réflexion sur le sujet plutôt que des réponses à propos de ce qu’il conviendrait de faire pour une géographie de la France.

DO : Quel est l’intérêt scientifique pour la France et son devenir territorial ?

EL : La question de la prospective territoriale est très présente dans les publications récentes et le choix du thème du FIG 2018 (« La France de demain »). Un premier questionnement porte sur la validité des cadres conceptuels par lesquels on approche la géographie de la France aujourd’hui. Un autre point de départ concerne l’intérêt du grand public pour celle-ci qui est nourri par le discours politique (thème de l’identité nationale par exemple) et aussi par certaines formes de littérature empreintes d’une réflexion géographique (Le tour de la France par deux enfants d’aujourd’hui, nouvelle mouture du mythique manuel de lecture de G. Bruno). Enfin, un dernier point se rapporte à la réforme des programmes scolaires (et en particulier ceux du lycée) qui va inviter à se reposer la question de la place qui sera donnée au cadre hexagonal. Tous ces éléments m’amènent à tenter d’expliquer l’intérêt porté par les chercheurs, les enseignants et le grand public à la géographie de la France. Pour cela il faut se placer dans un triple contexte, celui de la mondialisation des flux et des échanges, celui de l’européanisation, et celui de la définition d’une identité économique, sociale et territoriale.

En consultant de manière non exhaustive un certain nombre de manuels consacrés à la géographie de la France, j’ai constaté que l’entrée purement régionale a été remplacée par une entrée thématique. L’entrée régionale est héritée des ouvrages anciens du XVIIIe et du XIXe siècle qui cherchaient à décrire les différents territoires de manière un peu encyclopédique, avec des chapitres reproduisant à peu près le même plan (géographie physique, démographie, activités humaines, mise en valeur du territoire). Le dernier avatar de cette géographie dite régionale de la France est très récent : La France des 13 régions (dir. Laurent Carroué, Armand Colin, 2017) et s’inscrit dans le contexte de la réforme régionale. Aujourd’hui l’entrée est très majoritairement thématique, à vocation beaucoup plus analytique et avec une démarche multiscalaire. Malgré des plans différents les mêmes axes de réflexion s’y retrouvent : population, économie, aménagement du territoire, villes et campagnes.

Quant aux grandes lignes de partage du territoire français, on retrouve dans les manuels du secondaire comme du supérieur certains schémas anciens qu’on aurait pu croire révolus : schémas montrant un hexagone dont l’organisation serait agencée selon des éléments de géographie physique (montagnes, grandes vallées, seuils, etc.), schémas bâtis autour de données démographiques (densités de population, principales agglomérations, littoralisation des hommes et des activités), schémas réalisés à partir des espaces productifs (reproduisant une réalité territoriale mais souvent trop figée). De tels schémas sont finalement rassurants par leur objectif de traduire une réalité perceptible par la communauté des géographes et communicable de manière simple à un public assez large. Mais les concepts véhiculés (bassins industriels en reconversion, « diagonale du vide », littoraux innovants, etc.) sont tous remis en question par les études scientifiques en géographie (exemple de la « diagonale du vide » qui contient des territoires dynamiques).

DO : Peut-on encore faire une géographie de la France ?

EL : La question, c’est plutôt comment on étudie la géographie de la France ? pourquoi on l’étudie ? est-ce pertinent d’étudier le territoire français en tant que territoire français ou ne faut-il pas appréhender de manière différente le territoire français ?

La « banane bleue » a-t-elle déstructuré l’hexagone ? En tout cas, il est sûr que le territoire français ne se comprend plus s’il n’est pas fait mention de son ouverture vers les autres pays européens. Son européanisation s’est traduite par exemple par la création d’Eurorégions et aujourd’hui par la métropolisation et par des points d’ancrage liés aux grands nœuds de transport.

Projection de plusieurs représentations cartographiques (pour continuer à déstructurer la vision de la géographie de la France que l’on a). Ces figures remettent en cause la vision hexagonale et centrée sur le territoire national qui a été présentée précédemment. Malgré leur caractère schématique elles mettent en scène un espace dans lequel le périmètre national n’aurait plus vraiment de sens.

En-dehors de l’Europe, l’autre grande dynamique dans laquelle la lecture du territoire français peut s’inclure, c’est la France dans le monde ou bien la France dans la mondialisation (projection de nouvelles représentations cartographiques illustrant cette dynamique). Dans ce cas le territoire français est pensé comme un élément d’un système à une échelle beaucoup plus vaste (c’est-à-dire mondiale).

DO : Après avoir déstructuré la vision traditionnelle de la géographie de la France, comment la restructurer ?

EL : Pour cela je propose 4 pistes de réflexion.

D’abord doit-on faire de la France un terrain ? En examinant les intitulés de thèse portant sur la géographie de la France, le milieu des années 1980 marque une césure claire avec les dernières thèses de géographie régionale en dehors des territoires d’Outre-mer qui suscitent encore aujourd’hui des travaux s’inscrivant dans cette démarche régionale. Depuis le milieu des années 1980, les thèses portant sur la France ou une partie importance de la France abordent une question thématique d’intérêt européen ou mondial, d’autant plus que désormais le secteur privé participe également au financement des travaux de recherche universitaire (sur les énergies, la gestion de l’eau, les transports, l’aménagement du territoire, etc.).

Dans le domaine de l’enseignement l’évolution est identique : l’étude régionale laisse la place essentielle aux grandes thématiques que l’on étudie dans le cadre de la géographie de la France mais que l’on pourrait aussi bien étudier dans un autre cadre géographique. Ces grandes thématiques sont : la mondialisation, les systèmes productifs, l’urbanisation, l’aménagement, l’ultra-périphéricité ou la marginalité, l’européanisation du territoire. Les futurs programmes scolaires pourraient encore accentuer la place de ces thématiques aux dépens de la géographie régionale de la France, aujourd’hui réduite à peu de chose de toute façon.

Le deuxième axe de réflexion aborde ce qui subsiste de la géographie régionale. En fait, il reste principalement deux aspects, l’étude des territoires de proximité (notamment ceux qui sont proches de l’établissement scolaire) et la géographie régionale de l’Europe dans laquelle s’insère le territoire français.

Un troisième axe de réflexion pose la question de savoir si l’on peut faire de l’hexagone un prisme pour lire autre chose. Dans les programmes actuels de lycée (qui seront remplacés à la rentrée 2019), la géographie de la France est étudiée en classe de première alors que le fil directeur de la classe de seconde est le développement durable et celui de la classe terminale est la mondialisation. La France apparaît comme une manière de passer de l’un à l’autre (du thème au développement durable à celui de la mondialisation), une façon de cristalliser différents enjeux de géographie qu’on veut faire étudier aux élèves.

Enfin, une dernière question : les dynamiques hexagonales existent-elles ? Les grandes thématiques évoquées plus haut invitent à réfléchir aux périmètres les mieux adaptés pour l’étude de chacune de ces thématiques ou dynamiques, des périmètres qui coïncident rarement avec celui du territoire français ou celui d’une région française. Parmi ces grandes thématiques, non seulement l’européanisation et la mondialisation, mais aussi l’intégration, la transition, l’adaptation, la recomposition, qui apparaissent de plus en plus souvent et qui posent des problèmes aux élèves car elles les obligent à avoir une pensée plus conceptuelle. De même, l’idée de prospective territoriale est peu explorée, aussi le thème de l’aménagement est-il vu de manière très historique avec ce qui a été fait précédemment en oubliant de réfléchir à l’avenir (voir le thème du FIG 2018 : « la France de demain »).

Questions de la salle :

DO : Quelques observations. La première concernant les liens entre la recherche universitaire et l’enseignement au collège et au lycée. Certains aspects de la recherche « ancienne » (les chorèmes ou les schémas inspirés de Roger Brunet) perdurent longtemps dans les manuels de géographie, parfois sans trop de précautions « pédagogiques », tandis que des aspects plus récents (exemple de la notion « habiter », fil directeur du programme de sixième), ont été intégrés peut-être de façon imprudente.

Quant à l’élaboration de cartes de synthèse à l’échelle du territoire français, elle répond sans doute à l’utilité de la généralisation ou de la simplification mais il faut insister sur l’intérêt de la réflexion multiscalaire pour appréhender valablement la réalité géographique d’un phénomène ou d’un territoire.

Autre chose encore. Les questions au programme des concours d’enseignement (CAPES, agrégation) et le contenu des principaux manuels de l’enseignement supérieur abordent le plus souvent les thèmes classiques de la géographie de la France (tourisme, espaces ruraux, espaces productifs, etc.), beaucoup plus rarement, ils tentent de réfléchir à des thèmes plus novateurs comme la « nature » ou la « France des marges ».

Et si l’on n’ose plus trop faire aujourd’hui de la géographie régionale à cause des processus d’européanisation et de mondialisation, ne va-t-on pas vers de nouveaux découpages territoriaux simplificateurs tels que la division binaire France des métropoles/France « périphérique » ou encore le clivage territoires « gagnants » de la mondialisation/territoires « perdants » de la mondialisation.

Peut-on encore faire une géographie de la France ? On doit la faire car il y a des programmes, il y a une nécessité citoyenne, mais c’est de plus en plus difficile à faire car les processus et les dynamiques au sein du territoire français sont de plus de plus complexes du fait de la mondialisation, sans compter l’obligation de réfléchir à plusieurs échelles.

EL : Mon intérêt pour les croquis à des échelles variées plutôt que pour les cartes de synthèse se heurte à la difficulté de représenter des thèmes des programmes tels que l’adaptation, la transition ou la recomposition. Un croquis représente par nature une situation figée à un moment donné. Plusieurs croquis sont nécessaires pour représenter une évolution. Apparaissent dans les manuels les schémas heuristiques (schémas permettant de représenter visuellement et de suivre le cheminement de la pensée) qui ont leur intérêt mais qui sont mal adaptés à une réflexion géographique.

A propos des difficultés de l’intégration des apports scientifiques récents dans les programmes l’exemple de la notion d’habiter est intéressant. En fait celle-ci sert surtout de prétexte à l’enseignement de différents chapitres (les espaces de faibles densités, les métropoles, le peuplement du monde, etc.). D’une façon plus générale, le contenu de l’enseignement universitaire évolue avec pas mal de retard sur le champ scientifique tandis que les programmes scolaires sont eux-mêmes influencés avec retard par l’enseignement universitaire tout en conservant une part importante de leur contenu antérieur.

Question : Si le contenu de l’enseignement de la géographie a connu un bouleversement ces dernières décennies, il semble que la formation des enseignants n’ait pas « suivi » de bouleversement. Qu’en est-il plus précisément ?

EL : Une grande part du problème réside dans le fait que 80 à 90% des candidats au CAPES sont des historiens qui ont eu une formation réduite en géographie au cours de leurs années de licence.

Question : Les chercheurs en prospective territoriales n’exploitent suffisamment les données statistiques. D’un autre côté, les statistiques démographiques appréhendent très mal les mobilités. Pouvez-vous réagir à cet aspect ?

EL : La plupart des objets géographiques sont mesurés avec un degré d’incertitude, souvent à partir d’estimations. Pour les élèves il existe une sorte de fétichisme des chiffres, des données statistiques. De toute façon, il est nécessaire de s’interroger sur d’autres manières de représenter les données dont on dispose.

Question : Que penser des travaux du géographe Christophe Guilluy sur la « France périphérique » ?

EL : Je pense que C. Guilluy a écrit un ouvrage polémique pour faire débat social et politique. En tant qu’enseignante ou chercheuse je ne sais pas trop ce que serait une « France périphérique » qui perd contrairement à des métropoles qui gagnent. Sans doute des données incluses dans les travaux de cet auteur sont pertinentes mais personnellement je n’ai pas approfondi la réflexion sur tout cela.

Intervention dans la salle : La géographie de la France est un objet saturé de représentations, saturé de méthodes, saturé de manières de faire. Une première difficulté réside dans le paradigme du territoire alors que les mutations deviennent de plus en plus complexes. Une deuxième difficulté tient au paradigme de la région.

EL : Le périmètre régional reste quelque chose d’infiniment flou et mouvant, variable et non comparable.

Question : La cartographie est-elle encore valide ?

EL : Bien sûr ! J’évoquais seulement tout à l’heure la difficulté de cartographier des dynamiques territoriales. D’autres thèmes sont mal cartographiables. Si l’on prend l’exemple de la fracture numérique, de territoriale celle-ci est devenue socio-économique et là cela devient problématique à cartographier.

Intervention dans la salle : Il reste quelques cartes très parlantes comme la carte des densités de population qui fait émerger la « dorsale européenne » ou la carte de l’évolution démographique en France qui montre un gonflement de la population du littoral pendant que le Nord-Est se vide.

EL : Une autre représentation permet de bien visualiser la « dorsale européenne », les principales zones peuplées et la littoralisation, c’est la photographie de l’Europe vue de nuit.

Question : Pourquoi la carte par anamorphose a-t-elle du mal à se diffuser dans l’enseignement ?

EL : Ce type de carte est très parlant. L’usage qui en est fait peut séduire les élèves mais il est rendu difficile s’il l’on n’a pas en tête une carte de localisation basique des principaux repères du territoire représenté (villes, massifs montagneux, etc.).

Intervention dans la salle : Un autre aspect de la carte par anamorphose c’est qu’il existe plusieurs modèles mathématiques utilisés ce qui rend encore plus complexe son interprétation.

Question : Que penser de l’ouvrage de Jacques Lévy Réinventer la France. Trente cartes pour une nouvelle géographie (Fayard, 2013) ?

EL : C’est un essai qui propose une nouvelle image de la France à partir de cartes assez originales. Le territoire national ne se caractérise plus par l’opposition traditionnelle entre villes et campagnes car l’urbanisation est désormais achevée. C’est un espace mobile dont les potentialités se situent à de multiples échelles, c’est un pays qu’on ne peut comprendre sans ouvrir son horizon vers l’Europe et le Monde.

Question : Comment les pays européens (géographes, institutions, etc.) voient-ils le territoire français par rapport au cœur de l’Europe (« dorsale européenne ») ?

EL : Je ne connais pas la vision des géographes allemands par exemple sur le territoire européen. En revanche, j’ai eu l’occasion de travailler avec des géographes espagnols ce qui m’a permis d’avoir une idée de la géographie de l’Europe vue de la péninsule ibérique. Celle-ci considère la France bien sûr comme le nœud par lequel il faut nécessairement passer pour accéder au centre économique de l’Europe. En ce qui concerne les projets d’aménagement du territoire au sein de l’UE, le territoire français est considéré jusqu’aux années 1990 comme un nœud des réseaux parce qu’il est proche du centre de gravité économique de l’Europe. Mais depuis 2004 le centre de gravité se déplace vers l’est, d’un point de vue spatial et aussi du point de vue des politiques publiques européennes (logique des corridors de transport). Du coup, la place de la France est envisagée différemment et la Commission européenne veille à l’équilibre des projets entre les différents pays et à rétablir ainsi une certaine équité territoriale en faveur des nouveaux pays entrants.

Compte rendu rédigé par Daniel Oster, octobre 2018

Approche géographique du centenaire de la Grande Guerre, entre Nation et Bretagne, par Antoine Rodriguez.

Café Géographique de Saint-Brieuc, 24 mai 2018, Compte rendu de Christiane Barcellini.

Antoine Rodriguez, historien de formation, est depuis 2012, directeur du service départemental des anciens combattants et victimes de guerre d’Ille-et-Vilaine. Il a été directeur adjoint de la « Mission Histoire » au Conseil Général de la Meuse où il a travaillé sur l’aménagement et la valorisation des sites de mémoire du département, en particulier celui de Verdun.

Notre intervenant, Antoine Rodriguez présente en quelques mots l’organisme public pour lequel il est directeur en Ille-et-Vilaine : l’ONACVG (Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerres) créé pendant la Première Guerre mondiale et qui est sous tutelle du Ministère des Armées. L’ONACVG a trois missions essentielles, la première est celle de la reconnaissance et de la réparation pour les anciens combattants engagés dans les conflits d’hier (Première et Seconde Guerres mondiales, guerre d’Indochine et guerre d’Algérie) mais aussi pour les combattants des conflits actuels (Mali, Afghanistan…); la deuxième mission est celle de l’action sociale avec des aides en particulier pour les victimes de la barbarie nazie mais aussi pour les victimes des attentats; la troisième mission concerne les actions mémorielles et citoyennes.

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Vincennes – Une ville pleine d’histoires (7 avril 2018).

7 avril 2018. Les Cafés géographiques  vous ont  proposé une journée exceptionnelle à Vincennes, autour d’un déjeuner en commun. Nous ne sommes allés ni au bois, ni au zoo,  mais deux intervenants ont guidé nos pas. Par J-P. Némirowsky, avec l’aide précieuse de Sandra Dos Santos.

Le Samedi matin nous découvrons la Vincennes, royale et résidentielle.

 Sous la houlette de Sandra Dos Santos, guide à l’Office du tourisme nous partons à la découverte d’une ville qui doit aussi sa célébrité, au fait d’avoir  abrité (jusqu’au milieu du XX ème),  l’industrie cinématographique, notamment grâce aux frères Pathé.

Puis nous arpentons le Cœur de ville qui abrite de belles propriétés,  l’Hôtel de Ville : mairie singulière, réalisée en deux temps, qui confronte un bâtiment néo-Renaissance et un bâtiment nettement Art déco.  Nous  avons eu la chance de visiter la salle des mariages, classée monument historique en 1982.

La matinée s’achève par un  repas en commun au restaurant Le Petit Bofinger

Le Samedi après-midi  est consacré au château, en deux temps

Le château de Vincennes est le plus vaste château royal toujours existant en France. Il est dominé par un donjon de plus de 50 m de hauteur. Pavillon de chasse, lieu de villégiature des monarques, prison, site militaire, il fut classé monument historique en 1913. Le ministère de la Culture assure, via le Centre des Monuments nationaux, la gestion de la Sainte Chapelle et du donjon. Le ministère de la Défense gère tous les autres espaces et, via son Service historique de la Défense (SHD), les bibliothèques et archives.

  • Sous la conduite de Monsieur Henri Zuber, conservateur général du patrimoine, nous découvrirons les archives du SHD. Ce fonds exceptionnel compte plus de 3 000 documents, (essentiellement des cartes de l’armée de terre), jalousement gardés et protégés dans « le mur des cartes ». Quelques documents, parmi les plus remarquables de la collection, seront exposés sous nos yeux, l’espace d’un moment. Nous pourrons aussi parcourir les pavillons du roi, de la reine et des armées, ainsi que la salle de lecture Louis XIV.
  • En fin d’après-midi nous aurons accès à la Sainte Chapelle et au Donjon.

Puis nous sommes allés découvrir la remarquable église Saint-Louis de Vincennes, chef d’œuvre du mouvement de l’Art décoratif des années 1920.

Maryse Verfaillie

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Enez Sun, vivre sur une île, rencontre avec Louis Brigand.

Cafés Géographiques de Saint-Brieuc, Vendredi 16 mars 2018, compte rendu de Christiane Barcellini.

 

Louis Brigand est professeur de géographie à l’Université de Bretagne occidentale (Brest). Spécialiste de la vie insulaire, ses recherches portent sur les îles du Ponant. Ses nombreuses missions l’ont mené aussi vers d’autres îles comme Sakhaline ou les Galapagos. Les îles et la vie insulaire constituent pour Louis Brigand, un inépuisable objet d’étude. Parmi ses ouvrages; « Les îles en Méditerranée : enjeux et perspectives », Economica, 1992 ; « Les îles du Ponant », Palantine, 2002 ; « Besoin d’îles », Stock, 2009 ; « Enez Sun, carnet d’un géographe à l’île de Sein »,  illustré par Didier-Marie Le Bihan, éditions dialogues, 2017 (Grand Prix 2017 du Salon du livre insulaire).

Avant d’engager son propos, Louis Brigand regrette que Didier-Marie Le Bihan qui vit à Sein et illustrateur de son dernier ouvrage n’ait pas pu venir ; avec une navette par jour qui relie Sein au continent, il lui fallait prévoir trois jours pour participer à ce café géographique (l’insularité est une réalité qui se vit quotidiennement pour les îliens). Louis Brigand précise aussi que le travail qu’il va nous présenter sur l’île de Sein est le résultat de ses recherches ainsi que  de celles de trois de ses étudiantes en thèse. La réflexion qu’ils ont menée est basée sur un véritable travail de terrain qui s’intègre au programme de recherche, ID-îles (Initiatives et Développement dans les îles du Ponant) initié il y a 7 ans et mené avec l’association des îles du Ponant et de nombreux partenaires (www.id-iles.fr). Ce programme de recherche qui donne lieu à un magazine télévisuel de 26mn diffusé tous les deux mois, sur les télévisions locales de l’Ouest et réalisé par une des étudiantes de Louis Brigand, est au service du développement local « Entreprendre sur les îles, du constat aux témoignages, de l’expérience au projet ». Les initiateurs du programme, partant du constat que des entrepreneurs commençaient à s’installer sur les îles,  souhaitent transmettre aux populations insulaires les résultats de leurs recherches sur ces nouvelles entreprises et accompagner cette dynamique entrepreneuriale récente.

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Les noms de lieux de la France, par Roger Brunet.

Café géographique de Paris, Mardi 28 novembre 2017, Café de Flore, Paris. Intervenant : Roger Brunet. Modérateur : Daniel Oster

Roger Brunet, l’un des meilleurs géographes français, a consacré ses travaux aux formes, à la production et à l’aménagement des territoires et des paysages par les sociétés humaines, aux régions de France, au vocabulaire scientifique et aux noms de lieux, aux cartes et aux atlas. Son dernier livre, Trésor du terroir. Les noms de lieux de la France (CNRS Editions, 2016), sert de support à ce café géographique. Autrement que par la lecture traditionnelle des toponymes proposée par les linguistes, R. Brunet a choisi de partir des lieux et non des langues. Cela nous donne une synthèse très riche et soucieuse de mettre en avant les exigences des sociétés humaines sur leurs territoires.

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La friche : un espace en marge ? Abandon, usages et innovations, avec Kaduna-Eve Demailly

Café géographique de Montpellier, 2017 : La friche : un espace en marge ? Abandon, usages et innovations, avec Kaduna-Eve Demailly, LABEX Futurs Urbains. Université Paris-Est Marne-la-Vallée. Lab’URBA, chercheure associée au LADYSS. Kaduna-Eve Demailly a soutenu une thèse en 2014 sur les espaces urbains vacants jardinés[1]. Il s’agissait d’étudier les jardins partagés installés sur des friches, et de comprendre en particulier les mécanismes de réappropriation par les habitants, sur des terrains essentiellement situés en Île-de-France. Compte-rendu rédigé par Caroline Meynet.

Téléchargez l’intégralité du compte-rendu au format PDF : La friche : un espace en marge ? (PDF, 413ko)

Dans le cadre de ce café, on rentrera dans ce thème des friches par la notion de marge, au programme de l’agrégation de géographie et du CAPES d’histoire-géographie, et on se demandera dans quelle mesure les friches, comme espaces marginalisés, font aujourd’hui l’objet d’initiatives et sont en voie de réintégration ? En somme, comprendre les processus de marginalisation et de démarginalisation des friches, qui sont souvent des espaces de centralité économique, hier en marge, et aujourd’hui réinvestis, donc démarginalisés.

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Etape en Bourbonnais : de Moulins à Vichy (8-10 septembre 2017)

Moulins

Qui sait que le Bourbonnais n’est autre que le département de l’Allier ? Qui connaît Moulins, préfecture somnolente, sinon par son artiste anonyme mais célèbre qui a adopté son nom : le « maître de Moulins ? Qui sait ce qu’est Vichy, derrière ses sources et son régime de si funeste mémoire ? Qui connaît enfin le fleuve Allier, le seul cours d’eau sauvage d’Europe occidentale ?

Mais le Bourbonnais a davantage à montrer et à démontrer ! Moulins s’éveille, le centre national du costume de scène étant le symbole de la renaissance de l’ancienne capitale des ducs de Bourbon. Vichy, aussi, sort d’une période difficile, mais montre qu’elle ne manque pas d’atouts urbanistiques, touristiques, culturels et sportifs. Le trait d’union entre les deux cités mérite lui aussi d’être davantage connu : un fleuve sauvage avec ses saumons, ses oiseaux migrateurs et ses méandres capricieux. Bref, vous attend tout un monde urbain et naturel insoupçonné à 300 km de Paris à peine …

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Atlas politique de la France (Jacques Lévy, 2017), Michel Sivignon.

Jacques Lévy, Atlas politique de la France. Les révolutions silencieuses de la société française, Editions Autrement, 2017, 95 p.

L’atlas politique de Jacques Lévy vient à son heure. Il fait montre d’une curiosité très large et suggère que tout peut faire géographie. Son mérite principal est de rassembler des données que les géographes ne sollicitent ordinairement pas, de les synthétiser et de rechercher dans les scrutins qui viennent de se dérouler des signes de l’émergence de phénomènes nouveaux qui affectent la société française.

Après plusieurs mois de fièvre électorale, marquée par la publication de nombreuses cartes dans les quotidiens et périodiques, rendant compte de la distribution géographique des scrutins et aussi par les nombreuses analyses accompagnant ces cartes, Jacques Lévy propose  de faire le point.

Cet atlas s’inscrit dans une collection très fournie d’atlas publiés chez le même éditeur, collection qui témoigne d’un intérêt soutenu  pour l’expression cartographique appliquée à des thèmes extrêmement variés. Les géographes ne peuvent que se réjouir de cet intérêt et de ces efforts pour le combler.

Le souci cartographique, l’ambition de communiquer par la carte est un besoin ancien, mais qui s’est répandu depuis la dernière décennie dans la presse et l’ensemble des médias. Comment ne pas être surpris  de l’extrême abondance  des cartes offertes au lecteur après chaque épisode de la session électorale que nous venons de vivre.

Les médias demandent à des spécialistes de science politique d’en faire le commentaire, mais de nombreux géographes sont également sollicités, ce qui contribue heureusement à mettre la géographie sur le devant de la scène

Le propos de Jacques Lévy n’est pas de participer à cette diffusion de l’image cartographique, mais de montrer que les résultats des scrutins qui viennent de se dérouler reflètent ce qu’il appelle « les révolutions silencieuses » de la société française. Il s’agit de tirer de la carte électorale un diagnostic.

Ce travail appelle d’abord quelques remarques techniques. La quasi-totalité des cartes est produite  par anamorphose ou si l’on préfère ces cartes sont des cartogrammes. La plus grande partie de ces cartes prend comme base spatiale le département et applique la règle qui consiste à substituer à la surface de l’entité spatiale choisie une valeur qui peut être la population ou les résultats d’un scrutin, soit en valeur absolue soit en valeur relative. Cette méthode suppose que les surfaces attribuées à chaque entité soient déformées considérablement par rapport à la surface réelle et donc que les entités soient difficilement reconnaissables. Survient donc un problème de lecture des cartes : les grandes villes sont reconnaissables, mais les entités de petite taille le sont beaucoup moins.

Le plan de l’ouvrage est parfaitement démonstratif de la voie choisie.

La première partie s’intitule « Portrait de la France mutante ». Je ne suis pas sûr que mutant signifie autre chose que changeant : la mutation a remplacé le changement depuis quelques lustres dans la littérature des sciences sociales. Modification du vocabulaire plutôt que nouveau concept.

Le  premier chapitre décrit  « Le périurbain et l’ascension du Front National. » C’est le fondement de l’interrogation majeure : à quelles particularités sociales correspond la répartition spatiale du vote en faveur du FN. Dans ses développements,  l’auteur emploie un grand nombre de dénominations où le lecteur a du mal à se retrouver entre  le périurbain, les zones hypo-urbaines et l’infra-urbain. Pour une part il s’agit de catégories de l’INSEE et pour une autre part, (le périurbain) de catégories propres à l’auteur.

L’auteur est tout-à-fait fondé à lier le vote FN aux scrutins reliés à la question de l’Europe : en particulier au référendum de 2005 sur la Constitution européenne.

Les cartes donnant les résultats des élections en Grande-Bretagne, Autriche, Finlande sont très éclairantes et Jacques Lévy a eu la bonne idée d’y joindre les votations suisses. Résultat : nous pouvons ainsi déprovincialiser notre réflexion et trouver des correspondances  au-delà de nos frontières. La carte du vote américain aux présidentielles (Trump contre Clinton) vient à l’appui mais demanderait bien sûr de plus amples développements.

A cette réserve près les cartes européennes sont parmi les plus intéressantes du volume.

Le dernier ensemble de ce premier chapitre, au titre énigmatique « L’espace change de place » est à mon sens moins convaincant.

Vient ensuite un chapitre intitulé « Manières d’habiter » où le lecteur  quitte les résultats électoraux pour se mettre en quête d’explications dans le domaine sociologique et dans le domaine économique.

L’auteur abandonne à juste titre la technique des anamorphoses pour cartographier le prix du sol habitable en 2017. C’est une des cartes les plus importantes, car elle témoigne d’inégalités fondamentales de notre société, inégalité des patrimoines plus encore que des revenus. Inégalité qui détermine en partie les choix de résidence. Une bonne réflexion nourrit cette question des choix de résidence. Choisit-on vraiment ?

Il convient de la rapprocher d’une carte de la capacité financière d’accès au  sol (p.44)

Il y a à mon sens moins d’explications claires dans la taille moyenne des ménages  et moins encore dans les naissances hors mariage. Même remarque avec la possession d’une ou plusieurs voitures.

Le mode de garde des enfants est éclairant, mais nécessiterait d’être affiné. Il me semble ici que les cartes à l’échelle nationale n’apportent pas de réponse convaincante.

A ce stade de la lecture, voici quelques exemples parmi les plus caractéristiques.

La carte de la répartition des ouvriers est difficile à analyser sans prendre  en compte les évolutions des autres secteurs de la population active : oui, les ouvriers l’emportent dans beaucoup de campagnes, parce que l’emploi agricole est devenu marginal et parce que dans ces campagnes, les services du secteur tertiaire sont limités. Des cartes bien venues viennent nous en persuader.

Plus inattendue est la carte de l’économie créative (p.54), notion que Lévy lui-même qualifie de critiquée, mais stimulante.

A partir du chapitre « Développement et justice », l’atlas part dans des directions inattendues et il n’est pas toujours sûr que la carte fournie soit une source d’information suffisante. Que tirer par exemple des cartes des « flux paradoxaux » ou l’on voit la localisation des hypermarchés, des restaurants, des pharmacies, des salons de coiffure ? Même remarque pour ce qui est intitulé « L’enjeu écologique ». Certaines cartes posent un problème de fiabilité. Telle la carte de la page 63 intitulée « les liens entre espaces locaux dans le Centre-Est ». Sans doute s’agit-il d’une carte fondée sur des données de la DATAR. Mais comment expliquer  l’absence de liens entre Mâcon et Lyon? Est-ce simplement parce qu’on ne considère que les liens intérieurs à chaque région et que Lyon et Mâcon appartiennent à deux régions différentes?

La réponse est peut-être donnée par Jacques Lévy lui-même qui souligne que  « produire des typologies est toujours destructeur de singularités » (p.54). On ne saurait mieux dire.

Au-delà du livre de Jacques Lévy, dont les mérites sont grands, apparaissent ici les fondements d’un débat qui se poursuit depuis quelques années, à la suite de divers  travaux dont ceux de Christophe Guilluy : Fractures françaises en 2010, puis Le crépuscule de la France d’en haut en 2016)

Ce débat est réapparu à la faveur des élections de 2017. Dans le même organe de presse, « Le Monde », sont publiés le 27 avril sous le titre « Deux France face à face» des papiers de Hervé Le Bras, Jacques Lévy, Christophe Guilluy, Béatrice Giblin, puis le lendemain, le 28-04-2017  un autre article, signé de Frédéric Gilli,  qui en prend le contrepied : « Non, il n’y a pas deux France qui s’opposent».

Ce débat confronte la légitimité de la généralisation en sciences sociales, position qui est celle aussi bien de Jacques Lévy que de Christophe Guilluy au souci de coller au plus près au terrain qui est celui des universitaires ou chercheurs qui reprocheraient volontiers aux premiers  une certaine désinvolture par rapport à la complexité des situations locales. Dans ce débat, l’Atlas politique de la France apporte sa très utile contribution, mais il est loin de le clore. Gageons que les « révolutions silencieuses » vont encore faire couler beaucoup d’encre.

Michel Sivignon 13 juillet 2017

 

Île de la Réunion (6 au 15 avril 2017).

Association « Les Cafés géographiques » Voyage du 6 au 15 Avril 2017. Ce voyage a été préparé et réalisé par Marcel Cassou et Maryse Verfaillie pour l’association Les Cafés géographiques de Paris.

Île de la Réunion

Une île paradisiaque ou pas ?

Montagne volcanique à plus de 3 000 mètres dans l’Océan indien, elle offre des paysages à couper le souffle, mais l’île est aussi vulnérable aux cyclones, aux coulées de lave, etc.

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Les enjeux de l’eau dans et autour de la métropole de Montpellier, Thierry Ruf.

Le Mardi 13 Décembre 2016 s’est tenu un café géo au Gazette Café présenté par Thierry Ruf sur «  Les enjeux de l’eau dans et autour de la métropole de Montpellier ». Rencontre avec Thierry Ruf est Géographe, Directeur de Recherche à l’IRD, spécialiste de gestion sociale de l’eau. Il est Vice-président du Conseil d’Administration de la Régie Publique de l’Eau de la Métropole de Montpellier Méditerranée. Compte rendu de Geoffrey Nail-Baud.

Dans une approche géopolitique de la question de la gouvernance de l’eau, Thierry Ruf aborde son analyse en commençant par un cadrage historique de la place de l’eau, puis il poursuit l’expansion urbaine de Montpellier et de ses périphéries au XXIème siècle, avant de mettre au grand jour les enjeux actuels anciens et actuels.

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