Amaury Lorin : Variations birmanes (Ed. Samsa, 2022), Michèle Vignaux,.

Armaury Lorin, Variations birmanes, Bruxelles, Editions Samsa, 2022

La Birmanie est mal connue des Français. Elle n’est sujet d’actualité que dans des moments singuliers, le prix Nobel de la paix accordé à Aung San Suu Kyi ou les violences exercées sur les Rohingya. Aussi l’ouvrage d’Amaury Lorin qui se présente comme « historien-voyageur », apporte-t-il des connaissances et des éclairages bien utiles au lecteur contemporain. Sobrement intitulées « récits », les Variations birmanes (1) se déclinent en 14 courts chapitres. Des variations dans l’espace, de la petite échelle traitant de l’ensemble du territoire et de sa position en Asie au gros plan sur la pagode de Schwedagon, et des variations dans le temps, des royaumes antérieurs au XVIIIe siècle à l’actuelle dictature militaire. Aussi ne retiendrons-nous que quelques thèmes majeurs. (suite…)

Des lieux religieux associant culte et tourisme, monastères grecs orthodoxes dans l’île de Chypre, marabouts soufis en Tunisie, Jean Rieucau, Michel Sivignon.

Au début du XXIe siècle, deux phénomènes se télescopent dans le monde, le poids croissant des religions et la mondialisation spatiale du tourisme. Le développement inexorable du tourisme, comme genre commun de l’humanité, transforme les lieux sacrés, saints, religieux, en patrimoine matériel, à visiter par les touristes du monde entier.

Le tourisme international pénètre, d’une part les lieux saints et les sanctuaires, dans lesquels les cultes ne sont plus célébrés. Il s’immisce d’autre part, dans les lieux de culte en activité, mais bien souvent en perturbant le déroulement des célébrations et des rites. D’autres lieux de culte ont été désacralisés (perte de la fonction religieuse pour une activité profane). Sur l’île Chypre à Nicosie Nord (partie de la ville occupée par la Turquie), des églises, à Athènes (Froment, 2019), des mosquées, ont perdu leur fonction cultuelle première. Dans la capitale grecque, la mosquée Fethiye, édifiée au XVIIe siècle, a été restaurée et transformée en lieu d’exposition. La mosquée Tzistarakis, construite en 1759, malgré plusieurs tentatives pour la rétablir dans sa fonction cultuelle originelle, sert d’annexe au musée d’Art populaire grec (Froment, op. cit.).

Au Maghreb (Tunisie), en Méditerranée orientale (partie de l’île de Chypre occupée par la Turquie), perdurent, depuis des siècles, des lieux saints partagés, entre les fidèles des trois religions monothéistes du Livre. Ils sont de surcroît ouverts au tourisme international, de populations non-croyantes.

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« Le déni français » : un débat tenu à l’IMA.

L’Institut du monde arabe (Photo ©IP3 PRESS/MAXPPP)

Depuis 2015 l’IMA organise des Journées de l’Histoire en partenariat avec les Rendez-vous de l’Histoire de Blois. Cette année le thème est « Révoltes et Révolutions ». Par un hasard tragique, les interventions du 18 octobre 2020 portaient sur   « Le rôle de la religion », deux jours après l’exécution d’un professeur d’histoire-géographie par un militant salafiste. Un « Face à face » modéré par Béatrice Giblin, géopolitologue,  a permis à l’historien Pierre Vermeren de présenter son ouvrage Le Déni français (1), dont il a débattu avec Ali Bensaad, géographe et professeur de géopolitique.

Ce déni, c’est celui de la montée de l’islamisme politique radical. Déni qui rappelle à l’historien l’attitude de l’État algérien qui avait occulté, il y a trente ans, la dimension politique de l’islamisme (2).  met en cause d’une part l’attitude de certaines élites françaises, d’autre part la politique arabe des différents gouvernements français.

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Le patrimoine religieux de Porto-Novo (Bénin), Jean Rieucau.

Photo 1 : Façade avant des deux grandes mosquées de Porto-Novo. © J. Rieucau, septembre 2018

Photo 2 : Façade arrière des deux grandes mosquées de Porto-Novo. © J. Rieucau, juillet 2018

La société béninoise participe de la profonde religiosité des peuples africains. Une situation de tolérance religieuse caractérise le pays, dans lequel la vie quotidienne est profondément marquée par le culte vaudou. Au sein de cet apaisement confessionnel, la concurrence entre les religions monothéistes (christianisme et islam) s’exprime néanmoins par un foisonnement de lieux de culte urbains et par leur monumentalité. La grande mosquée de style afro-brésilien, bâtie selon l’architecture d’une cathédrale baroque, constitue un patrimoine unique au Bénin et occupe une place singulière dans le paysage religieux et cultuel de Porto-Novo. Cet édifice jouxte une grande mosquée moderne qui reçoit de très nombreux fidèles. La richesse du patrimoine religieux dans la ville-capitale du Bénin, qui repose également sur le patrimoine chrétien, Orisha-Vaudou, fonde-t-elle une fréquentation touristique africaine et internationale ?

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Discussions autour du Sacre de la nature, avec Jean-Paul Amat, Étienne Grésillon, Vincent Moriniaux et Bertrand Sajaloli

Samedi 1er février 2020, Institut de Géographie, compte rendu rédigé par Mélanie Le Guen.

 

Vincent Moriniaux, Jean-Paul Amat, Bertrand Sajaloli, Étienne Grésillon et Mélanie Le Guen. Photo de Jean-Pierre Némirowsky

Peu après sa sortie, l’ouvrage collectif Le Sacre de la nature (1) avait fait l’objet d’un compte rendu de Michèle Vignaux. Le samedi 1er février 2020, ses deux directeurs et deux de ses contributeurs sont venus discuter avec les participants invités par les Cafés géographiques, dont plusieurs agrégatifs de géographie travaillant la question « La nature, objet géographique » de leur programme. La séance a cependant suscité l’enthousiasme général, au-delà des seuls candidats au concours : chez chacun, le terme et le thème de la nature réveillent des souvenirs, imprègnent des représentations, posent des questions ou recèlent, au contraire, des réponses. La nature touche aussi les géographes de toutes ces façons, en plus de faire l’objet de réflexions et de débats dans plusieurs champs de la discipline, que les quatre intervenants partagent ce matin.

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Sajaloli Bertrand et Grésillon Etienne (dir.), Le Sacre de la Nature, Paris (Sorbonne Université Presses, 2019), Michèle Vignaux

SAJALOLI Bertrand et GRESILLON Etienne (dir.), Le Sacre de la Nature, Paris, Sorbonne Université Presses, 2019

Titre et image de couverture (le détail d’un tableau de Maurice Denis) peuvent tromper le futur lecteur sur la nature de l’ouvrage. Réflexion philosophique, esthétique, religieuse ? C’est aussi cela, mais c’est avant tout un ouvrage collectif dirigé par deux géographes spécialisés dans les relations entre homme et nature, entre religion et écologie.

Le livre paraît après un été caniculaire qui a redonné force et arguments aux mouvements écologistes qui prédisent l’apocalypse, et la consécration de Greta Thunberg comme icone mondiale de la défense planétaire. On pourrait donc évoquer un livre d’actualité. Mais l’objectif de Bertrand Sajaloli et d’Étienne Grésillon est d’appréhender les liens entre nature et sacré dans leur profondeur historique et leur diversité culturelle et géographique. Pour cela ils ont fait appel à plusieurs spécialistes des sciences humaines et même à des théologiens et ont demandé une préface à un historien qui a consacré son travail aux spiritualités médiévales, André Vauchez. Ce dernier définit bien la « nature » comme « construction sociale », mais ni la préface ni l’introduction des deux directeurs de publication ne donnent de définition approfondie des termes « sacré » et « nature »… En fait, il faut les 370 pages de l’ouvrage pour essayer de cerner leur(s) signification(s) dans le temps et dans l’espace.

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Géographie du christianisme, par Brigitte Dumortier.

Café géographique de Paris, Mardi 27 mars 2018, Café de Flore, Paris. Intervenante : Brigitte Dumortier, maître de conférences à l’Université de Paris-Sorbonne. Animateurs : Michel Sivignon, Olivier Milhaud. Compte rendu rédigé par Daniel Oster.

En préambule de ce café géo, Michel Sivignon rappelle l’Atlas des religions de Brigitte Dumortier paru en 2002 aux éditions Autrement. L’ouvrage, certes un peu ancien, pose des questions éminemment géographiques toujours d’actualité : la difficulté de quantifier et donc de cartographier le fait religieux qui explique peut-être le retard avec lequel les géographes ont étudié cet aspect socioculturel ; le problème du choix du niveau d’appartenance religieuse (la croyance, la pratique, le rattachement revendiqué, l’appartenance culturelle ?) pour cartographier ; l’importance des questions d’échelle (continentale, nationale, régionale ou encore beaucoup plus fine) pour aborder la territorialisation religieuse. Voilà trois exemples de question qu’une réflexion géographique portant sur le fait religieux se doit d’aborder.

Olivier Milhaud (OM) : Un sujet effectivement peu facile d’autant que les idées préconçues sont nombreuses selon qu’on est franco-centré ou catholico-centré dans l’analyse, alors qu’il existe une diversité considérable des ancrages des christianismes dans le monde. Une étude géographique du fait religieux est-elle vraiment possible vu le nombre des chausse-trappes statistiques, méthodologiques, d’affiliation… pour appréhender le christianisme ?

Brigitte Dumortier : Une première difficulté est liée à la définition du chrétien. Le critère le plus significatif est sans doute la déclaration d’appartenance, c’est-à-dire le fait de se sentir de telle ou telle religion. Mais en France la réflexion sur ce qu’est « être chrétien » a été limitée. Ceci pose donc le problème de la catégorisation. D’autre part on est réduit à des estimations car chaque religion, chaque Eglise va avoir tendance à gonfler le nombre de fidèles, notamment au Moyen-Orient pour des raisons politiques (pas de recensement au Liban depuis 1932 car on saurait officiellement que les chrétiens maronites ne sont plus majoritaires), sans compter les Eglises ou les confessions plus faciles à quantifier que d’autres (les archives du Vatican sont considérées comme fiables, tout comme les registres des Mormons bien sûr).

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