Monique Gherardi est géographe et ingénieure en Science de l’Information Géographique à l’Université de Montpellier Paul-Valéry. Au cours des trois dernières années, elle s’est consacrée à la direction et l’écriture de l’Atlas de la ruralité mahoraise, publié en 2024 aux éditions Orphie. Cet atlas a pour objectif de conserver une mémoire des espaces ruraux de Mayotte et d’aider à mieux comprendre leur rôle et leurs recompositions dans ce territoire. Co-écrit avec de nombreux spécialistes, l’ouvrage est particulièrement riche en documentation : 13 portraits de femmes et d’hommes, 64 cartes, 31 contributeurs, un artiste peintre, 180 personnes sollicitées, un lexique en shimaore/français/kibushi et près de 100 références bibliographiques.
Café géographique de Montpellier, le 03 février 2026. Auteurs du compte rendu : Léa Talafre Licence 2 de Géographie et aménagement du territoire. Université Paul Valéry Montpellier.

Atlas de la ruralité mahoraise présenté au café-géo de Montpellier – Photo : Les café-géo de Montpellier, 2026

Monique Gherardi invitée du café-géo de Montpellier au Gazette Café le 03 février 2026 – Photo : Les café-géo de Montpellier, 2026
Mayotte est un archipel volcanique des Comores, situé dans le canal du Mozambique. D’une superficie de 375 km², l’île représente environ trois fois Paris intra-muros. Souvent comparée à un hippocampe inversé, elle est composée de deux îles principales : Grande-Terre et Petite-Terre, et d’un lagon de 1 600 km². Mayotte compte 17 communes (dont 16 littorales), sous-divisées en 72 villages. Depuis le 1er janvier 2026, Mayotte a changé de statut, passant de Département à Région d’outre-mer. Grâce aux îles Eparses et à Mayotte, la France détient la deuxième plus vaste zone économique exclusive (ZEE). Caractérisée par une forte et lointaine insularité (8 000 km entre Paris et Mamoudzou), elle n’en représente pas moins un point stratégique pour la Métropole. Elle est un avant-poste pour l’Union Européenne de par sa position dans le canal du Mozambique, avec 30% du transport maritime d’hydrocarbure qui transite par là. Elle est dotée également d’une force armée FAZSOI (forces armées dans la zone sud de l’océan indien) et d’un centre d’écoute sur Petite-Terre. La conférence de Monique Gherardi s’organise autour de quatre axes relatifs aux espaces ruraux mahorais : leurs forces, leurs faiblesses, leurs opportunités et les menaces qui pèsent sur eux.
Menaces sur une île aux multiples vulnérabilités
La principale menace mise en avant est le manque de prévention face aux risques. Le 14 décembre 2024, le cyclone tropical intense Chido traverse Mayotte. Le territoire n’étant pas suffisamment préparé, de nombreux dégâts sont recensés. La connexion inter-îles entre Grande-Terre et Petite-Terre, séparées par 2,6 kilomètres, a été fortement perturbé avec 3 barges sur 5 impactées. Cela a été perçu comme une troisième insularité, retardant les secours et les vivres. Cet événement met en évidence la forte vulnérabilité du territoire et de ses populations. Les principaux centres névralgiques (administratifs, économiques et aéroportuaires), situés sur Petite-Terre, sont paralysés ce qui impacte tout le fonctionnement du territoire. Ce sont également les ressources alimentaires qui ont été touchées par le passage du cyclone et tout particulièrement les cultures de coco, de manioc et, en général tous les jardins mahorais (productions vivrières) qui constituent la base essentielle de l’alimentation mahoraise. Monique Gherardi montre des images de plantations de cocotiers dévastées, qui une fois replantées, mettront jusqu’à cinq ans avant de produire de nouveaux fruits.
Le manque de nourriture s’accompagne d’une problématique majeure liée à l’eau. Celle-ci est peu disponible sur l’île du fait du manque d’infrastructures. L‘unique usine de dessalement, créée en 1997 sur Petite-Terre, ne peut répondre aux besoins d’une population en pleine croissance démographique (+3,8% de croissance entre 2012 et 2017). Il arrive que l’eau soit coupée pendant une quinzaine d’heures. Lorsque l’eau manque pour la population, elle manque également pour l’agriculture. Même si le modèle du jardin mahorais est peu gourmand en eau, grâce à son système multi-strates qui apporte ombrage et retient un sol humide, certains agriculteurs doivent irriguer manuellement en transportant l’eau par arrosoirs. La nouvelle usine de dessalement en construction à Ironi Bé sur Grande-Terre, crée quant à elle des débats et des tensions autour de la question environnementale, mais s’avère particulièrement urgente. À cela, s’ajoute une quantité importante de déchets liés à la catastrophe de Chido : ils restent largement non traités et impossibles à recycler dans les conditions de développement et d’équipement du territoire. Ils jonchent encore par tas au bord des routes et sont entraînés par les ruissellements, contribuant à une forte pollution du lagon. Ce dernier ayant été déjà impacté par le cyclone, en accentuant la dégradation d’une grande partie du récif, dégradation par blanchissement avant Chido, dû à des températures de l’eau plus élevées ses dernières années.
Les faiblesses socio-démographiques mises en lumière par la catastrophe
En matière d’éducation, de nombreux enfants n’ont pas un accès complet à la scolarité. Le nombre de naissances (plus de 10 000 / an depuis 2021) dépasse largement le nombre de places disponibles dans les établissements. Après le passage du cyclone, plusieurs écoles ont été détruites contraignant les élèves du primaire à suivre une demi-scolarité (demi-journée de cours). L’absentéisme scolaire s’est aggravé pour cette population très jeune dont il faut pourtant assurer la formation. Selon les données de l’Insee, Mayotte compte environ 329 000 habitants, dont 3/10 ont moins de 10 ans et 55% ont moins de 17 ans. Cette structure démographique exceptionnellement jeune explique la pression extrême sur les infrastructures scolaires. Officiellement, 117 000 élèves sont recensés. Le recensement est d’ailleurs rendu complexe par l’habitat informel et les situations particulières instables. Son approche de terrain permet cependant à Monique Gherardi de faire une estimation qui serait plus proche de 142 000 enfants. Cela signifie donc que plusieurs dizaines de milliers d’enfants ne seraient pas scolarisés.
La population est par ailleurs globalement pauvre et très défavorisée. Le cyclone Chido a mis en lumière de nombreux bidonvilles qui étaient auparavant dissimulés par la végétation forestière ou les mangroves. La défoliation des arbres a rendu visible une situation de grande vulnérabilité marquée par un manque important d’infrastructures, notamment de logements. À Kawéni ou à Ongojou par exemple, les bidonvilles autrefois cachés par un dense couvert végétal, ont été révélés au grand public par les images satellitaires post-Chido. Certaines populations ont par ailleurs profité de la destruction du couvert forestier pour cultiver les terres en pratiquant le brûlis (300 ha a minima semblent avoir été gagnés). Inversement, la musada, qui signifie « entraide », est une pratique centrale à Mayotte. Elle a joué un rôle essentiel après la catastrophe provoquée par le cyclone dans les zones rurales afin de permettre à chacun une modeste résilience : remise en état des parcelles, plantations, etc. Les associations comme celle de la vanille ou du cacao ont aussi permis de pratiquer la musada en plantant de jeunes plants, financés par la Fondation de France.
Une autre faiblesse du territoire concerne l’âge des agriculteurs. La pyramide des âges des exploitants agricoles témoigne du manque d’attrait de ce métier pour la jeunesse. Pourtant, de nombreuses filières à fort potentiel sont proposées dans le lycée agricole de Coconi, permettant de mettre en avant les capacités vivrières et tout le patrimoine rural ancré dans les pratiques agricoles.
Les forces d’un territoire rural pourtant original.
La principale force de l’île réside dans son patrimoine culturel, les liens sociaux que ces cultures rurales permettent et la variété d’un secteur artisanal qui mérite largement d’être développé. L’Atlas s’est fait une mission de répertorier ces caractéristiques et atouts culturels ruraux. Les savoir-faire artisanaux mahorais sont en effet très nombreux. Le métier de la brique par exemple, est un savoir-faire ancestral. Les briques de terre crue (BTC), résistantes et offrant une bonne isolation, recommencent à être utilisées sur l’île, notamment par le Rectorat dans la construction de nouveaux établissements. Malgré des conditions de production difficiles, la qualité de ces briques demeure reconnue. L’enjeu est de préserver ce métier et d’attirer davantage de jeunes vers cette activité – avec une coopérative qui se structure petit à petit.
Le métier d’ébéniste est également reconnu à Mayotte, tant pour la fabrication de meubles que d’objets traditionnels. Lors des mariages, des ustensiles de cuisine comme les pilons, des instruments de musique et des jeux peuvent être intégrés à la dot des mariés. Les ébénistes fabriquent également des mhara wa tso, un jeu traditionnel souvent pratiqué par les hommes et qui constitue un objet emblématique. Dans cette île à 90 % musulmane, Mme Gherardi montre l’importance des moments de rassemblement culturels et cultuels les plus importants dans la vie sociale et les traditions qui les accompagnent (danses et musiques, connaissance de la pharmacopée, bijouterie de filigrane, maquillages appelés musindzano, extraction de l’ylang ylang, sel des Mamas shingo, …). Tout ce corpus culturel est à ce jour relancé par le secteur du tourisme et la Direction des Affaires Culturelles, notamment lors des salons et des journées du patrimoine.
Les opportunités dans les espaces ruraux mahorais
Les opportunités sont nombreuses. Le lagon constitue par exemple un atout majeur pour l’île. Depuis 2010, ce dernier est classé au sein du Parc naturel marin de Mayotte, ce qui constitue un levier majeur de protection environnementale et de valorisation du territoire. Par exemple, il protège le poulpe en interdisant sa pêche du 1er avril au 15 juin pour lui permettre sa reproduction. La pêche représente un potentiel économique réel, mais elle connaît de nombreuses limites à ce jour. Dans les traditions locales, les pêcheurs ne dépassent généralement pas le récif, ce qui restreint les zones exploitées. Des aides européennes ont été mises en place pour moderniser et mettre aux normes les bateaux de pêche, mais elles ne sont pas toujours adaptées aux pratiques des pêcheurs mahorais ou à leur statut professionnel. Des pontons ont été installés avec des équipements neufs, sans que le matériel nécessaire soit encore disponible pour pouvoir les utiliser.
L’offre touristique constitue enfin une opportunité importante, notamment à travers le tourisme vert et bleu. En plus de ses nombreuses plages de sable sur l’ensemble de ses côtes, l’île est le seul territoire français offrant à voir des baobabs (plus de 2 000 recensés) dont une espèce endémique. De nombreux sentiers de randonnées permettent de découvrir les anciens cratères volcaniques au lac Dziani, les monts, comme son célèbre Choungui à 594 m d’altitude ou les cascades de Soulou, également reconnu pour ses pratiques animistes. Mayotte possède également une biodiversité particulièrement riche, dont des espèces endémiques comme les makis (lémuriens) et les roussettes (sorte de chauves-souris qui vivent le jour). L’offre touristique reste cependant pour le moment faiblement organisée et faiblement soutenue. Les hôtels sont peu nombreux, avec un prix moyen de la nuitée élevé par rapport à d’autres territoires d’outre-mer, et souvent réquisitionnés pour les personnels hospitalier et sécuritaire.

Carte de l’offre touristique à Mayotte – Source : Atlas de la ruralité mahoraise, 2024 éditions Orphie

Carte des établissements de formation à Mayotte – Source : Atlas de la ruralité mahoraise, 2024 éditions Orphie
Temps d’échanges :
Est-ce que le gouvernement français a un rôle à jouer dans ce manque de développement et dans cette difficulté à faire sortir le territoire de la crise ?
Oui, on peut l’affirmer. Un agent de la DAAF(1) m’expliquait « qu’autrefois le plan ORSEC(2), en cas d’alerte cyclonique, prévoyait de prépositionner des hommes, des rations et du matériel. Aujourd’hui, cela ne se fait plus et on a perdu la culture du risque à Mayotte ». Le gouvernement est représenté à Mayotte par la préfecture. Il y a cependant un turnover très important dans les équipes. Il existe par ailleurs, une défiance des Mahorais vis-à-vis d’un Etat et d’une préfecture qui leur semblent éloignés de la réalité du terrain. Lors du passage du cyclone, c’est un médiateur scientifique nommé Said Hachim, géographe, qui a pris la parole toute la nuit sur Mayotte la 1ere, en shimaore et en français, pour mettre en garde sur la dangerosité du cyclone et sur l’importance de se mettre à l’abri. Selon Monique Gherardi, cet homme a sauvé de nombreuses vies et a fourni une information vitale. Il faut retrouver la confiance entre la population et les services de l’Etat, par des messages clairs, des médiateurs formés, plus de concertation.
La géographe évoque aussi la nécessité de former les maires, face à certaines pressions familiales que l’on ne mesure pas toujours.
Lorsque l’on suit l’actualité de Mayotte, la situation paraît catastrophique. Avec dix, vingt ou trente ans de recul, s’améliore-t-elle malgré les crises récentes ou continue-t-elle de se dégrader ?
Si l’on prend l’angle des enfants, la catastrophe a conforté une situation déjà critique. Au début des années 2010, de nombreux enfants étaient visibles dans l’espace public, livrés à eux-mêmes, parfois contraints de chercher de quoi se nourrir. L’absence de structures d’accueil adaptées interrogeait. Une partie de ces enfants est issue de l’immigration comorienne. Lorsqu’un parent est reconduit à la frontière, la réglementation ne permet pas de renvoyer les enfants avec lui. Aux Comores existe la pratique du confiage, selon laquelle un enfant appartient à une famille élargie plutôt qu’à ses seuls parents biologiques. Lorsqu’une famille ne peut plus l’élever, il est confié à un proche, qui ne peut refuser. À Mayotte, cette logique conduit à confier des enfants à des familles déjà fragilisées. Beaucoup ne sont ni scolarisés ni véritablement encadrés. Certains grandissent dans la rue et peuvent basculer dans des formes de violence. Il n’existe pas d’orphelinat sur l’île. La scolarisation pose problème également pour celles et ceux qui obtiennent un diplôme, comme le baccalauréat, mais qui ne disposent pas de la nationalité française. Ils se voient refuser l’accès aux études supérieures et deviennent à leur tour des illégaux sans avenir ! Près de la moitié de la population a moins de dix-sept ans. Théoriquement, ces jeunes devraient être scolarisés puisque l’école est obligatoire jusqu’à quinze ou seize ans. Pourtant, malgré environ 117 000 élèves recensés, un écart important subsiste, estimé à plusieurs dizaines de milliers d’enfants non scolarisés. Sur l’île, la présence massive de jeunes est particulièrement visible. La question de la formation apparaît donc centrale. Il ne s’agit pas uniquement d’orienter vers l’université, mais aussi de développer des formations professionnelles (comme celles des Maisons de Formation Rurale, du Régiment du Service Militaire Adapté ou de l’Ecole Maritime), afin de permettre l’apprentissage de métiers et l’intégration pleine à la citoyenneté.
Parallèlement, le territoire connaît un processus d’équipement progressif. Mayotte est française depuis 1841, mais les premières écoles ne se sont développées qu’à partir des années 1970. Il n’existait alors qu’un seul lycée, ce qui explique que les élites locales se soient formées dans un cadre très restreint. À la même époque, une seule route reliait Mamoudzou à Sada et les déplacements entre villages se faisaient principalement en pirogue. Les villages de l’intérieur correspondent aux anciens villages agricoles, appelés tobes. Avant l’instauration du visa Balladur, des Comoriens venaient travailler les terres à Mayotte. La restriction des circulations a favorisé des installations clandestines, ce qui constitue un élément important pour comprendre les dynamiques actuelles. Depuis la départementalisation en 2011, le produit intérieur brut de Mayotte est devenu largement supérieur à celui des Comores (7,5 fois plus), ce qui renforce son attractivité régionale. Pour de nombreuses familles, l’enjeu principal reste la scolarisation des enfants et l’espoir d’une ascension sociale. La situation demeure donc ambivalente. Des progrès indéniables ont été réalisés, notamment en matière d’infrastructures (routes, assainissement), d’établissements scolaires (du primaire à l’université), de services déconcentrés. Toutefois, la croissance démographique extrêmement rapide maintient le territoire dans un décalage constant et dans un déficit structurel d’infrastructures. On ne peut pas construire l’équivalent d’une classe par jour. L’amélioration reste ainsi fragile et dépend en grande partie des politiques publiques et des investissements à venir.
Dans quelle mesure le fort turnover des agents métropolitains, lié au manque de formation et de recrutement des acteurs locaux, fragilise-t-il la continuité et l’efficacité de l’action publique à Mayotte ?
La question du turnover au sein des services de l’État à Mayotte interroge directement la continuité des politiques publiques. Le manque de formation et de recrutement des populations locales conduit au recours d’agents métropolitains qui exercent sur le territoire de manière temporaire avant de repartir. Cette rotation fréquente alimente une forme de défiance et ne favorise pas un suivi des actions sur le long terme. De plus, de nombreux diplômés mahorais rencontrent des difficultés pour accéder à des postes dans les directions administratives. L’attractivité de Mayotte pour les fonctionnaires métropolitains s’explique notamment par une majoration salariale d’environ 40 %, ainsi que par la perspective d’un accélérateur de carrière, en particulier pour certains hauts fonctionnaires. Enfin, la volonté de l’État français de conserver un contrôle étroit sur les territoires d’outre-mer peut également être perçue comme un frein à une plus grande responsabilisation des acteurs locaux, dans la mesure où une autonomie accrue est parfois considérée comme un risque de perte d’influence sur ces territoires.
Conclusion :
En fin de compte, ce qui ressort de cette conférence, c’est l’image d’un territoire coincé entre une volonté de développement rapide et des freins structurels persistants. Si Monique Gherardi souligne avec justesse les atouts culturels et le potentiel du lagon, on voit bien que le territoire a été affecté par des crises à répétition qu’elles soient climatiques, sanitaires ou démographiques. Le vrai point de blocage semble être la temporalité. La ruralité mahoraise, créée au fil de générations, est bouleversée par une croissance démographique galopante exigeant des infrastructures longues à mettre en place (question du foncier, des marchés, etc.), le tout aggravé par un turnover administratif. Finalement, la question centrale pour l’avenir de Mayotte n’est pas seulement technique, elle est politique et humaine : arrivera-t-on enfin à faire confiance aux compétences locales, à garder les forces de la ruralité mahoraise, plutôt que de continuer à importer des solutions métropolitaines temporaires ?
(1) DAAF : Direction de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt de Mayotte
(2) Plan ORSEC : plan d’urgence polyvalent français de gestion de crise
