Les nouvelles routes de l’entre-soi(e) (Sophie Boisseau du Rocher, Emmanuel Dubois de Prisque, 2019), Claudie Chantre.

Sophie Boisseau du Rocher et Emmanuel Dubois de Prisque, « La Chine e(s)t le monde. Essai sur la sino-mondialisation », Éditions Odile Jacob, janvier 2019

 

Sophie Boisseau du Rocher, chercheur associé au Centre Asie de l’IFRI et d’Emmanuel Dubois de Prisque, chercheur associé à l’Institut Thomas More et corédacteur en chef de la revue Monde chinois-nouvelle Asie sont les auteurs du passionnant « La Chine e(s)t le monde. Essai sur la sino-mondialisation », publié en janvier 2019 aux éditions Odile Jacob.

Dans le chapitre 3, les auteurs se livrent à une réflexion sur les Routes de la soie, cette proposition chinoise d’une nouvelle organisation de l’espace mondial. Il s’agit de créer de nouvelles connectivités entre la Chine et le monde pour un budget annoncé de 1 000 milliards de dollars.

Ce projet répond d’abord à une urgence économique. A son arrivée au pouvoir en 2013, Xi Jinping cherche à maintenir un taux de croissance jugé nécessaire à la paix sociale et à la stabilité politique. La Chine qui dispose d’une capacité financière considérable doit résorber ses surcapacités industrielles. Elle va chercher à l’extérieur les points de croissance indispensables à sa stabilité et à la légitimité du Parti. Le projet Routes de la soie permet aussi de réduire les déséquilibres territoriaux persistants (désenclavement et contrôle du Grand Ouest chinois).

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Les nouvelles routes de la soie : le grand dessein chinois, rencontre avec Emmanuel Vernon.

Café Géographique de Saint-Brieuc, 9 novembre 2018

Emmanuel Véron, est géographe. Il vient de rejoindre l’Ecole Navale en tant qu’enseignant-chercheur de géopolitique et de relations internationales après quatre années à l’INALCO (Département des Etudes chinoises). Spécialiste de la Chine et sinologue, il a soutenu sa thèse en 2016. Ses recherches portent sur les mutations de la Chine et sur les aspects géopolitiques et géoéconomiques liés à l’expansion de la puissance chinoise. 

Emmanuel Véron se propose d’analyser dans le cadre de ce café géographique la géopolitique des « nouvelles routes de la soie »,  pour mieux comprendre le grand dessein chinois. Pour la première fois, avec ce projet lancé en 2013, la Chine  prend l’initiative d’un plan qui a une dimension globale (diplomatique, économique, éventuellement militaire) et qui a pour terrain l’espace mondial. Les conférences, tables rondes, colloques, articles, documentaires qui se multiplient sur le sujet sont révélateurs des questions qui se posent sur ce tournant majeur dans la stratégie chinoise d’expansion de sa puissance qui pourrait modifier l’ordre mondial.

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La « Belt &Road Initiative »,  l’Europe et la Chine, rencontre avec Xavier Richet.

Café de géographie de Mulhouse, Mardi 25 février 2017, Xavier Richet (Xavier Richet est Professeur émérite d’économie de Paris Sorbonne-nouvelle, Chaire Jean Monnet ad personam d’économie de l’intégration européenne Co-animateur du Séminaire BRIC, FMSH, ww.bric.hypotheses.org ). Notes de Francoise Dieterich

“Si tu veux te développer, construis une route…”  proverbe chinois

Dans cette présentation, on expose les objectifs généraux de l’ambitieux projet porté par le gouvernement chinois : One Belt, One Road (OBOR), récemment renommé Bridge and Road initiative (BRI), sa conception, les motivations à son origine, les modalités de financement et sa mise en œuvre. Le projet envisage deux routes, l’une terrestre, qui rejoint l’Europe, l’autre maritime, qui arrive au sud de l’Europe et contourne l’Afrique. La route terrestre, elle-même divisée en plusieurs routes, traverse l’Asie centrale et occidentale. Elle traverse, en Asie, de grands espaces, des économies riches en matières premières mais peu peuplées et peu développées, dont certaines étaient des Républiques de l’ancienne Union soviétique (Figure 1). En Europe, à la sortie de l’Union économique euro-asiatique (UEE) une construction supranationale récente à l’initiative de la Russie (parfois considérée comme une tentative de re-soviétisation) elle transite ensuite dans les nouveaux Etats membres de l’Union européenne et les pays en accession des Balkans, la destination finale étant le cœur de l’Europe (Allemagne, France, Grande Bretagne).

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Comprendre la mondialisation par la géographie, rencontre avec Daniel Oster.

Café géographique de Saint-Brieuc du 13 octobre 2016, compte rendu de Christiane Barcellini.

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Daniel Oster, a longtemps enseigné la géographie en classes préparatoires au lycée Henri IV (Paris). Il est l’auteur de plusieurs ouvrages universitaires dont « La mondialisation contemporaine » (Nathan, 2013, seconde édition à paraître en 2016) et « La Cartographie » (Nathan, 2014).

Daniel Oster se propose de nous donner ce soir quelques clefs pour comprendre ce que l’on appelle la mondialisation ; si elle nous concerne tous, elle n’est pas si simple à définir.

Nous pouvons, dans un premier temps, définir la mondialisation comme un processus de mises en relation et d’interactions des territoires dans une logique de production et d’échanges. Mais ce processus qui, depuis plusieurs décennies, est devenu incontournable pour expliquer les mutations du monde actuel, est complexe.

C’est cette complexité que Daniel Oster se propose de mettre en évidence dans la 1ère partie de son intervention. Des mécanismes  complexes, une interprétation qui fait débat, mais une mondialisation visible car elle s’inscrit dans l’espace et remodèle les territoires. La géographie, parce qu’elle est l’étude des lieux, apparaît donc comme essentielle pour lire et comprendre la mondialisation. C’est à partir de l’analyse de quelques cartes (l’outil du géographe) que Daniel Oster, dans une 2ème partie, soulignera l’importance de la mondialisation dans le bouleversement du monde.

1 – Définir la mondialisation pour mieux comprendre le processus

       1 – Est-il possible de définir et de dater la mondialisation ?

Le terme est apparu en 1961 dans sa version anglaise « globalization », mais il ne s’impose vraiment qu’au début des années 1980. Si le terme s’est popularisé depuis maintenant plus de trente ans, son contenu, sa signification fluctuent. Pourquoi ? Il est possible d’avancer plusieurs raisons. Alors que l’anglais n’a qu’un terme pour définir le processus, le français en a deux, mondialisation et globalisation qui n’ont pas toujours le même sens ; c’est, par ailleurs, un processus inédit en constante évolution, le terme à ses débuts n’évoquait que le volet économique du processus associé au triomphe du capitalisme-néo-libéral alors qu’en réalité, la mondialisation a des répercussions sur tous les aspects de l’organisation des sociétés et des territoires. Et ce grand basculement mondial fait débat. On charge la mondialisation de tous les maux ou de toutes les promesses de l’avenir ; il y a ceux qui l’encensent et ceux qui l’accusent de dérives préjudiciables à de vastes territoires et à des populations très importantes, voire à l’ensemble de la terre sur le plan environnemental.

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L’Asie centrale, des empires à la mondialisation, par Julien Thorez.

Julien Thorez est géographe, chargé de recherche au CNRS, membre du laboratoire « Mondes iranien et indien ». Il a récemment dirigé la publication d’un ouvrage intitulé Asie centrale : des indépendances à la mondialisation.. Compte-rendu rédigé par Clara Curmi.

L’expression « Asie centrale » désigne une entité géographique dont les limites diffèrent suivant les périodes, les approches, les auteurs. Dans le cadre de cette conférence, Julien Thorez s’intéresse à l’Asie centrale post-soviétique, aujourd’hui composée de cinq états indépendants : le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Turkménistan, le Kirghizstan et le Tadjikistan. Au cœur du continent eurasiatique, cette région du monde turco-iranien été au centre du « grand jeu » entre l’empire britannique et l’empire russe au XIXe siècle. Après avoir été colonisée par l’Empire tsariste puis intégrée à l’Union soviétique, elle entre dans la mondialisation.

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Naviguer sur les océans : quels moteurs pour la mondialisation ? Avec André Louchet et Antoine Frémont

Café Géo d’André Louchet et d’Antoine Frémont, au Café de Flore (Paris) le mardi 25 novembre 2014. Animé par Olivier Milhaud. Compte-rendu rédigé par Yohan Lafragette.

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Olivier Milhaud nous invite à prendre « moteurs » dans le sens métaphorique comme dans le sens concret. La navigation sur les mers est bien un moteur de la mondialisation, mais les questions techniques, des moteurs des bateaux sont aussi déterminantes pour comprendre la navigation contemporaine.

Nos deux intervenants présenteront chacun un sens du mot « moteur ». Antoine Frémont, directeur de recherche à l’IFSTAAR, et co-auteur avec Anne Frémont-Vanacore d’une Documentation photographique à paraître sur les espace maritimes, traitera plus du rôle moteur joué par les navires dans la mondialisation. André Louchet, Professeur à Paris-Sorbonne et auteur entre autres de Les océans. Bilan et perspectives et de La planète océane, s’intéressera plutôt aux moteurs des bateaux comme entrée pertinente pour saisir la géographie océane.

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La Mondialisation contemporaine (2/2), Daniel Oster.

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Le  navire porte-conteneurs, symbole de la maritimisation du monde actuel 

1- Quelques  aspects de la mondialisation contemporaine[1]

a-   Les nouveaux enjeux maritimes

La maritimisation du monde actuel constitue à l’évidence un des aspects majeurs de la mondialisation contemporaine. Cette réalité est en rapport avec l’accroissement exceptionnel des mobilités et des échanges, à toutes les échelles, dont le transport maritime représente l’élément central. Jamais le monde n’a été aussi tributaire des flux maritimes et la révolution du conteneur incarne cette capacité d’interconnexion croissante de la planète.

Mais la maritimisation ne se résume pas à la question des transports maritimes. Les mers et les océans sont désormais présentés comme la « dernière frontière » du monde contemporain dont les immenses ressources, prouvées ou espérées, aiguisent les appétits des Etats et des entreprises. Dans cette perspective, le nouveau droit de la mer, mis en place depuis trois décennies, favorise une territorialisation grandissante du domaine océanique, battant ainsi en brèche la traditionnelle liberté des mers. Cette stratégie cherche à fixer des règles pour l’exploitation de l’espace maritime sans pouvoir empêcher les contestations entre les Etats. La modestie des actions de réglementation internationale et les difficultés croissantes liées à la criminalité transnationale comme aux questions environnementales soulignent l’importance des nouveaux enjeux maritimes.

Ceux-ci expliquent la montée en puissance des aspects géopolitiques et géostratégiques des océans provoquant une recomposition des puissances maritimes.

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