Olivier Truc, Le cartographe des Indes boréales

Olivier Truc, Le cartographe des Indes boréales, Paris, Métailié, 2019.

Olivier Truc est venu récemment à l’Institut de géographie pour nous parler des Sami aujourd’hui et de leur intégration dans les sociétés d’Europe du nord (voir le compte rendu de Claudie Chantre). Son dernier roman évoque le temps (XVIIème siècle) de leurs premiers contacts avec la Couronne suédoise.

D’abord un titre. Un titre poétique qui renvoie à l’imaginaire de ces hommes du début du XVIIème siècle qui voulaient découvrir le monde et en extraire les richesses symboliques et matérielles. Ne pouvant s’installer durablement ni dans les Indes orientales, ni dans les Indes occidentales, les Suédois ont choisi d’établir leur souveraineté sur les terres du Grand Nord, les terres boréales.

Sous le titre de couverture, une baleine s’acharne, telle Moby Dick, à renverser une chaloupe de marins accrochés à leur rame pour sauvegarder leur vie. C’est à ce monde de baleiniers qu’appartient le héros du roman, Izko.

Monde arctique, ambitions politiques suédoises, chasse à la baleine, société lapone, fanatisme religieux… tels sont quelques-uns des domaines où Izko, évolue avec courage et intelligence. Il nous emmène de Saint-Jean-de-Luz au sud du Portugal et de Stockholm à la mer de Barents, du palais royal aux tentes de Laponie.

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Géographie et polar polaire: les Cafés géo reçoivent Olivier Truc

Le samedi 16 mars 2019 de 10h à 12h, un public nombreux est rassemblé dans la salle du nouvel amphi de l’Institut de Géographie pour accueillir Olivier Truc, journaliste et écrivain français qui habite Stockholm depuis 1994. Il est l’auteur d’une trilogie de romans policiers « ethnologiques » consacrés aux Sami de Laponie. Olivier Truc est de passage à Paris pour la sortie de son dernier livre « Le cartographe des Indes boréales » aux éditions Métailié qu’il présente au Salon du Livre ce week-end.

Cette rencontre a lieu sous forme d’un échange avec Daniel Oster et Michèle Vignaux. Elle donne une suite substantielle à l’article « De l’actualité des Sami » signé Michèle Vignaux et publié sur ce site en novembre 2018.

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Henry JACOLIN, « L’ambassadeur et le siège, Sarajevo 1993-1995 », Paris, Fauves Éditions, 2018.

Henry JACOLIN, L’ambassadeur et le siège, Sarajevo 1993-1995, Paris, Fauves Éditions, 2018.

 

 

Assiéger une ville fait partie des actions militaires dans toutes les guerres que les hommes se livrent depuis des millénaires. De Troie à Leningrad, les sièges prennent en otages des populations civiles que l’on espère détruire par la faim et le découragement. Plus proche de nous dans le temps et dans l’espace – à quelques centaines de kilomètres des rues bien achalandées de Milan et de Vienne -, le siège de Sarajevo a isolé près de 400 000 habitants du reste du monde entre avril 1992 et décembre 1995.

C’est cette expérience que nous raconte Henry Jacolin, ambassadeur de France dans la ville martyre, expérience vécue à double titre, en tant que victime –le plus souvent sans ravitaillement, ni gaz, ni électricité et sous la menace des snipers – et en tant qu’acteur – ambassadeur de France négociant sans relâche avec toutes les parties en présence -. Des Fidji où il représentait auparavant la France à la Bosnie-Herzégovine, la transition est brutale. Non seulement l’hiver est rigoureux dans la montagne balkanique, surtout sans chauffage, mais les conditions matérielles sont telles que les autres diplomates ont préféré exercer leur fonction en-dehors du pays en guerre.

L’ouvrage nous apporte une analyse de la situation politique et militaire du conflit, montrant l’affrontement des communautés et des idéologies, telle que peut la faire un témoin soucieux d’informer le plus exactement possible son gouvernement. Il livre aussi ses impressions personnelles sur les personnes qu’il rencontre mais aussi sur les souffrances du quotidien.

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Amour et colère de Roland Castro pour le Grand Paris

Dans une récente intervention à la Fondation Jean Jaurès, Roland Castro a usé de toute sa fougue pour dévoiler quelques points forts du rapport qu’il a remis au président de la République, il y a quelques mois, sur le projet du Grand Paris. Tout l’humanisme de ce texte est contenu dans son joli titre à la Prévert : « Du Grand Paris à Paris en grand ».[1]

Pour l’architecte passionné qui se définit comme « un artiste égaré en politique urbaine », la dernière pensée urbaine est celle des Jauressiens, telle qu’elle s’est exprimée lors du Front Populaire, dans les cités-jardins par exemple. A la situation dégradée actuelle de la métropole parisienne, il donne deux raisons principales.

La première repose sur un réquisitoire sévère contre Le Corbusier, architecte génial mais « penseur assassin », dont la Charte d’Athènes qui instaure un zonage de la ville entre quatre fonctions (habiter/travailler/recréer/circuler), est baptisée « totalitaire ».

La seconde tient à la suppression du département de la Seine en 1964, qui casse le système permettant une sorte d’unité entre communes pauvres et communes riches. Cette fois c’est la pensée technocratique de Paul Delouvrier, promoteur des villes nouvelles oublieuses de la géographie, qui est accusée.

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De l’actualité des Sami

La poussée du parti populiste, les Démocrates de Suède, aux dernières élections législatives, la sortie du film Sameblod[1], prix Lux du cinéma du Parlement européen en 2017, le succès des romans policiers d’Olivier Truc[2] dont l’intrigue est fondée sur les relations entre Sami et Suédois de souche……Pourquoi rapprocher ces faits ? Ils ont en commun de nous montrer une image plus trouble de la société suédoise que celle communément véhiculée par le « modèle » scandinave.

Les Suédois ne sont-ils pas les champions des Droits de l’homme, ouverts au multiculturalisme, volontiers moralisateurs à l’encontre des vieilles puissances coloniales britannique et française ?  Certes les Sami ont, en Suède, un niveau de vie que peuvent leur envier les autres peuples de l’Arctique, mais dès le XVIIe siècle leur territoire, au nord de la Scandinavie, est colonisé par les Suédois attirés par des gisements d’argent, ce qui entraîne paiement de l’impôt, évangélisation forcée et peuplement.

Aujourd’hui les Sami sont intégrés dans la vie économique suédoise et seule une minorité pratique encore l’élevage de rennes. Alors que prime le mythe de l’homogénéité suédoise (même si les Sami sont reconnus comme minorité ethnique dans la constitution), il faut soit un regard étranger comme celui d’Olivier Truc, soit la recherche identitaire de jeunes artistes aux origines métissées comme Amanda Kernell et Liselotte Wajsted, pour dévoiler la brutalité qu’ont eue les institutions suédoises à leur égard.

L’épreuve la plus humiliante que subit Elle Marja, l’héroïne du film d’Amanda Kernell, qui incarne sa grand-mère sami, est celle où elle sert d’objet d’étude à des anthropologues suédois dépourvus de toute empathie à son égard. Adolescente dans les années 1930, elle est mesurée et observée comme un animal afin de « vérifier » qu’elle appartient bien, en tant que Sami, à une sous-catégorie de l’espèce humaine. Cette « infériorité génétique » lui est d’ailleurs constamment rappelée par son institutrice suédoise, pourtant séduite par son intelligence.

Les mesures recueillies par les anthropologues constituent les archives de l’Institut d’Etat pour la biologie raciale, créé en 1928 à Uppsala, remplacé, en 1958, par l’Institut d’Etat pour la génétique humaine. L’étude des crânes y occupe une place majeure. « Crânes courts » et « crânes longs » servent à établir un classement entre « Tziganes », « Juifs », « Sami », « criminels », … Cet intérêt pour les crânes n’a pas disparu aujourd’hui. Des crânes sami sont l’objet de l’enquête menée par les deux policiers qui essayent de défendre les intérêts des éleveurs de rennes dans La Montagne rouge d’Olivier Truc[3]. Cette recherche les conduit du musée d’Histoire de Stockholm au musée de l’Homme de Paris. Ils rencontrent aussi un inquiétant antiquaire-collectionneur de crânes dont le passé nazi n’a pas empêché une intégration facile dans la Suède d’après-guerre.

La Montagne rouge évoque une autre particularité de la politique suédoise, les stérilisations forcées, pratiquées dès les années 1930, par peur de la dégénérescence. Il n’y a pas de discours officiel explicitement racial, mais on y évoque des « gens de mauvaise qualité » et, en 1941, les « nomades », les « peuples basanés » sont les catégories les plus touchées. Ultérieurement les stérilisations frappèrent surtout les handicapés mentaux et les « cas sociaux ». Ce n’est qu’en 1997 qu’une commission comprenant médecins, juristes et historiens condamna cette politique eugéniste et proposa d’indemniser les victimes.

Le lien entre politique de stérilisation et Etat-providence, est un sujet de controverse entre historiens. Le modèle social suédois visant à réduire fortement inégalités et risques a été mis en place par le SPD (parti social-démocrate), constamment au pouvoir depuis 1932, sauf à trois reprises. La stérilisation a-t-elle servi d’instrument de discrimination entre ceux qui pouvaient bénéficier des avantages sociaux et les autres ? Est-elle inhérente à l’Etat-providence ?[4]

Mais au sein de la société, quels sont les rapports entre Suédois de souche et Sami ? Sameblod dénonce tout ce que doit affronter une jeune Sami qui refuse le déterminisme de sa naissance pour adopter la culture et le mode de vie suédois, durant l’entre-deux-guerres. En quittant une famille peu affectueuse, pratiquant l’élevage traditionnel des rennes, Elle Marja ne rencontre que des gens pour lesquels elle représente l’altérité même. Ces rencontres peuvent être physiquement violentes, lorsque des jeunes hommes la « marquent à l’oreille » comme on le fait aux jeunes rennes, ou marquées d’une bienveillante condescendance lorsque de jeunes anthropologues la réduisent à l’exotisme de sa culture primitive.

Que faire pour ressembler à une Suédoise ?

D’abord changer son nom sami pour un « Cristina » passe-partout.

Abandonner son lourd vêtement de feutre et ses bottes colorées pour une robe légère et des escarpins noirs.

Se débarrasser de son odeur sami, sujet de moqueries et de dégoût.

Reprendre les stéréotypes véhiculés par les « vrais » Suédois sur ce peuple « voleur, menteur et bruyant ».

Malgré tous ses efforts, Elle Marja est tout de suite ramenée à sa condition indigène dans la ville d’Uppsala où la population est très homogène physiquement et culturellement, ce qui n’est plus le cas dans la Suède contemporaine.

Le film ne montre pas l’itinéraire de la femme adulte qui a réussi totalement son intégration à la société suédoise, au prix d’une rupture voulue avec ses origines mais qui s’avère douloureuse lorsqu’elle doit retrouver sa famille à l’occasion d’un deuil.

Aujourd’hui seule une minorité de Sami pratique l’élevage de rennes, dans des conditions bien différentes de celles de leurs ancêtres. L’hélicoptère sert au regroupement des troupeaux et le déplacement des rennes, équipés d’un collier GPS, est suivi sur les écrans d’ordinateurs. Si les autorités suédoises ne sont pas avares de belles déclarations sur les Sami, elles ne sont guère disposées à s’opposer aux lobbies économiques qui ont des intérêts en Laponie-Säpmi, espace de transhumance pour les éleveurs, et aux mouvements environnementaux qui veulent y installer des éoliennes. En 2013 une manifestation de Sami s’est durement heurtée à la répression policière. Ils voulaient protester contre la compagnie britannique Beowulf et sa filiale suédoise, prêtes à exploiter un gisement de fer au nord du cercle polaire dans une zone de pâturages de rennes.

C’est à ces luttes que s’intéresse Olivier Truc. Dans La Montagne rouge, la justice doit rendre un jugement sur le litige qui oppose forestiers et éleveurs de rennes dans une région au sud de la Laponie, constituée d’une zone boisée riche en lichens. Qui sont les premiers occupants ? Les forestiers prétendent à l’antériorité de leur présence, ce que les policiers de la police des rennes cherchent à dénoncer comme une supercherie.

Les Sami suédois ont obtenu – comme leurs homologues norvégiens et finlandais – la constitution d’un parlement de 31 membres, le Sameting, qui siège à Kiruna et s’est réuni pour la première fois en 1993. En 2002 il reçoit le droit de superviser tout ce qui a trait au patrimoine culturel, mais sa représentativité est faible et il doit appliquer la politique suédoise.

La Suède n’a pas encore – à la différence de la Norvège- ratifié la Convention 169 sur les peuples indigènes et tribaux adoptée en 1989 par l’OIT. Ce traité international prévoit le droit à la terre et aux ressources naturelles ainsi qu’à l’autodétermination pour les populations autochtones[5]. Des appels à la ratification sont lancés régulièrement par les Sami, mais aussi diverses associations suédoises.

Pour mieux comprendre la situation de ceux qui sont le seul peuple aborigène d’Europe, les Cafés géo auront le plaisir d’accueillir Olivier Truc au printemps prochain.

 Michèle Vignaux, novembre 2018

[1] Sameblod d’Amanda Kernell est sorti en France, en novembre 2018, sous le titre Sami, une jeunesse en Laponie.

[2] Olivier Truc, journaliste et écrivain français, habite Stockholm depuis 1994. Il est notamment l’auteur d’une trilogie de romans policiers « ethnologiques » consacrés aux Sami de Laponie. Un quatrième roman de cette série doit paraître au printemps 2019 aux éditions Métailié.

[3] Olivier Truc, La Montagne rouge, Editions Métailié, 2016.

[4] Voir Patrick Zylberman, Eugénique à la scandinave : le débat des historiens, M/S n°10, vol.20, octobre 2004.

[5] Pour approfondir la connaissance sur ce traité, on peut consulter sur Internet Comprendre la Convention n°169 relative aux peuples indigènes et tribaux, publié par le BIT à Genève.

 

Alain MUSSET (dir.), 7 routes mythiques. Quand l’histoire se mêle à la légende

Alain MUSSET (dir.), 7 routes mythiques. Quand l’histoire se mêle à la légende, Paris, Armand Colin, 2018.

Avant sa lecture, le premier plaisir offert par ce livre tient à l’objet lui-même, un livre gai, coloré, aux nombreuses illustrations qui nous replongent dans les albums et bandes dessinées d’un passé plus ou moins proche. A chaque route sa couleur et à chaque chapitre ses dessins à la plume, aux crayons de couleur ou à l’aquarelle. Les auteurs sont historien, géographe, anthropologue, politologue.

Ces routes nous sont familières, du moins elles sont familières à notre imaginaire. Certaines nous ont fait rêver à travers les manuels d’histoire (Via Appia, Les Routes de la Soie). D’autres ont amené les pèlerins-randonneurs à boucler leur sac (Le Chemin de Saint-Jacques-de Compostelle, Les Chemins Incas). Trois d’entre elles évoquent les vacances (Nationale 7), le rêve américain (La Route 66) et les exploits renouvelés des cyclistes (Paris-Roubaix).

Ces routes sont mythiques car inscrites dans le temps, millénaire pour la Via Appia ou pluri décennal pour Paris-Roubaix et inscrites dans l’art, la littérature et même la chanson.

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Compte rendu du Café géographique de Jacques Lévy ; L’Europe à qui perd gagne ?

Festival international de géographie,
6 octobre 2018

Ce Café, animé par Michèle Vignaux, porte un titre qu’elle juge intrigant. Mais les préoccupations européennes de l’intervenant, Jacques Lévy, sont bien connues : deux ouvrages portant sur l’Europe, en 1997 et en 2013, et une revendication constante de sa « nationalité européenne », font de lui un conférencier de confiance pour les nombreux convives chargés de questions.
Lévy prend la parole et lance une première idée pour lancer le débat. Autrefois l’Europe ennuyait beaucoup, et à Saint-Dié on n’en parlait pas, comme d’un tabou. Depuis 2005, petite passion pour les sujets européens a émergé : des passions politiques, « bonnes pour l’Europe », dit-il. C’est la fin d’un cycle où les gens favorables à la construction européenne pensaient qu’il ne fallait pas trop en parler, que les choses se feraient tranquillement, dans l’indifférence générale, avec un vocabulaire incompréhensible, et qu’un jour on se réveillerait en Europe sans le savoir. Si ce système a marché un temps, les citoyens se sont aperçus que c’était important, surtout les réticents vis-à-vis des décisions prises. Ce qui s’est passé à Saint-Dié – prises de conscience, mise du sujet sur le tapis – n’est qu’un microcosme.

Puis Jacques Lévy raconte l’histoire d’un paradoxe : celui du Brexit. La question de l’Irlande du Nord reste non résolue dans les négociations entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne, les accords de 1998 (Good Friday) ayant aboli la frontière entre l’Irlande et l’Irlande du Nord. Elle serait rétablie dans le cas où le Brexit adviendrait… ce que l’Irlande du Nord refuse, pour des raisons pratiques et symboliques, en mémoire de la « violence sale » des années 1980-1990. Indépendamment des rapports interétatiques, l’Europe se construit ; ce ne sont pas là des histoires d’Etats, mais d’Europe, ou plutôt de rapport à l’Europe. « Parce que c’est un même peuple que le peuple irlandais ! » rétorque quelqu’un dans la salle. C’est plus que cela : l’idée de vivre en paix, de disposer d’un espace commun, fait son chemin. Exemple : l’Irlande a obtenu son indépendance en 1921. Le Royaume-Uni a gardé l’Ulster (l’Irlande du Nord), région la plus développée du royaume. Or l’Irlande est devenue un des pays les plus riches de l’UE, alors que l’Ulster est la partie la plus pauvre du Royaume-Uni ; Dublin est devenu leur centre économico-culturel, alors que Belfast a décliné. Cela montre bien que la construction d’une société européenne s’effectue indépendamment des constructions étatiques nationales ou supranationales.
Les questions s’enchaînent : « L’Ecosse pose le même problème, sauf qu’elle est rattachée depuis bien plus longtemps au Royaume-Uni ». Ce n’est pas une raison, répond Lévy : la construction européenne est au contraire, pour ces régions n’adhérant pas ou à certaines conditions au sentiment national porté par l’Etat, une bonne occasion pour instaurer des marges de manœuvre qu’ils n’ont jamais eues auparavant. A titre d’exemple, la Bretagne n’a jamais voté contre l’Europe.

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Voyage en Ecosse (juin 2018)

Outre ses lochs, ses châteaux et son whisky, l’Ecosse a beaucoup à apprendre au voyageur géographe en matière de transformation urbaine et d’aspirations identitaires, ce que nous avons essayé d’appréhender en quelques jours.

Que redoute un Français voyageant au Royaume-Uni ? Subir la pluie et mal manger. Or les parapluies sont restés au fond du sac et les produits locaux (poissons et agneau) ont satisfait les gourmands. Nous étions donc dans les meilleures conditions pour apprécier nos visites.

  • Edimbourg

Le site, l’architecture et les jardins font d’Edimbourg une métropole européenne, originale et attachante (les très nombreux touristes attestent de cet intérêt).

Construite sur des collines volcaniques érigées à l’ère tertiaire, Edimbourg offre des dénivelés conséquents au promeneur. La ville est divisée par une zone d’effondrement creusée par les glaciers du quaternaire dans les roches tendres qui entouraient les blocs de basalte. Au Sud, Old town s’est étendue au pied de son château dont les premières constructions remontent au XIème siècle. Elle a gardé sa structure médiévale avec ses ruelles (« closes ») qui descendent de la colline, mais beaucoup de bâtiments ont été reconstruits ultérieurement. La surpopulation est telle au milieu du XVIIIème siècle qu’il faut envisager un nouvel urbanisme au Nord du fossé, New town, ce qu’a réalisé James Craig. La « ville nouvelle » a un plan ordonné par de larges rues perpendiculaires et d’élégantes places.

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Rencontres en prison

Je suis allée en prison… de mon plein gré… et pendant quelques heures. Il n’est donc pas question ici de faire une analyse, ni même de donner un avis motivé sur l’univers carcéral. Des sociologues, psychologues et même géographes ont fait ce travail (voir la belle thèse d’Olivier Milhaud publiée chez CNRS Editions en 2017, Séparer et punir. Géographie des prisons françaises). Le but de ce petit texte est de transmettre quelques impressions ressenties lors d’une rencontre avec des détenues dans le cadre d’une expérience culturelle qu’elles ont suivie pendant un an. La prison, c’est certainement le surpeuplement, la promiscuité, des conditions matérielles et psychologiques souvent dégradantes, mais ce peut être aussi autre chose.

Le centre de détention de Réau est situé non loin d’une autoroute, au voisinage d’une banlieue banale de Seine et Marne. De loin on pourrait le prendre pour un centre de vacances avec ses bâtiments de moyenne hauteur, aux murs jaunes, enserrant des cours intérieures. Le bâtiment est récent (il a été inauguré par le président Sarkozy) ; aussi ne souffre-t-il pas de la vétusté de la plupart des prisons françaises.

Réau comprend une centrale pour les hommes condamnés à de longues peines et une partie réservée aux femmes qui y purgent de longues ou courtes peines (le faible pourcentage des femmes dans la population carcérale ne justifie pas de faire la distinction).

La coordinatrice culturelle qui introduit notre petit groupe à l’intérieur des murs, explique rapidement quelles sont les activités offertes aux détenu.e.s pour faciliter leur réinsertion future. Formations professionnelles et cours dispensés par l’Education nationale permettent à des gens dont le niveau varie de l’analphabète au doctorant d’acquérir un diplôme à leur sortie. Plusieurs activités culturelles (théâtre, arts plastiques…) sont aussi proposées. Seule une minorité souhaite y participer, mais, ici comme « au-dehors », la proportion des femmes est trois fois supérieure à celle des hommes.

Nous ne sommes pas à Réau pour suivre une conférence sur le monde pénitentiaire, ni pour faire une visite guidée, mais pour rencontrer des femmes, non parce qu’elles sont prisonnières mais parce qu’elles ont sculpté la terre pendant un an pour exprimer leurs émotions et que leurs réalisations sont exposées au cœur de la prison. L’artiste Marion Lachaise, plasticienne et vidéaste, a guidé ce travail et fait une vidéo, Antiportraits à Réau (2017), dans laquelle images et voix se combinent pour laisser entrevoir les personnalités des huit femmes qui ont participé à l’expérience. Leur parole accompagne la projection de leurs créations sur lesquelles se superposent un œil, un sourire, le coin d’une joue.

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La pax sinisensa

Le mercredi 29 novembre 2017, s’est tenu à la Maison de la Mutualité un colloque intitulé « Les Nouvelles Routes de la Soie ». Il était organisé par l’IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques) et l’Ambassade de Chine. Le petit texte ci-dessous n’est pas un compte rendu des communications qui y ont été données, mais une réaction subjective à quelques propos entendus.

Détail d’une carte nautique catalane représentant l’Asie du XIIIe siècle, Majorque, 1375, Bibliothèque Nationale de France, Paris (www.lemonde.fr)

Les villes historiques de Mésopotamie sont détruites  les unes après les autres par des bombes, des massacres ethniques ravagent le sud-Soudan, la menace nucléaire est régulièrement brandie par la Corée du Nord….Face au chaos du monde, l’ONU n’émet que quelques timides recommandations et les objurgations des Grandes Puissances restent vaines. Faut-il désespérer ?

Non. Une solution existe. C’est le « remède chinois ». Après la  Pax romana, limitée au monde méditerranéen, et la  Pax americana  qui voulut imposer un ordre mondial à son profit,  la  Pax sinisensa  va rééquilibrer la mondialisation économique, défendre le multilatéralisme et construire les infrastructures dont le manque est un « piège à pauvreté ». Quelques grands principes chinois encadrent ce beau programme dont le « dialogue politique », l’« esprit de construction », le « gagnant-gagnant », la « consultation »…L’ « esprit inclusif » (savoir dialoguer) des Chinois devrait rassurer tous ceux qui émettraient  quelques inquiétudes à l’encontre des intentions chinoises.

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