Comment lire les territoires de l’eau en France : « une approche géEAUgraphique »

Stéphane GHIOTTI, Chercheur CNRS en géographie (Art-Dev, Université Paul Valéry Montpellier)
Café-géo de Montpellier du mardi 07 octobre 2014

* Qu’est-ce que l’eau?
Une divinité ? Une simple équation ?Une composante physico chimique ?Une force hydraulique ?Un élément qui tisse des liens entre les sociétés et les hommes ?

Au milieu du XIXème siècle, vision qui va réduire l’eau à sa composante physico chimique HO2==> eau moderne, et dans toutes ses fonctions (le transport, le refroidissement, l’eau potable) une eau qui est mesurable, objectivable, a-territoriale , a-historique.

L’eau est un objet hybride, à la fois une matérialité, mais aussi construction sociale autour de cette matérialité ; les usages, les modes de gestion relèvent de ces matérialités, de notre compréhension de celles-ci (connaissance de la ressource et du cycle de l’eau) ; elle est appropriée, elle est gérée, variant dans le temps et l’espace : elle ne se réduit pas à sa seule composition chimique, elle est facteur de lien entre sociétés et les hommes.

Au XIXème siècle, on apprend à lire le monde en parcourant les pages des abécédaires géographiques : nous allons utiliser ce procédé pour comprendre le fonctionnement et les enjeux des territoires de l’eau.

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Tirer parti du danger sur les volcans javanais

Les ressources en milieu volcanique

Les fortes densités de population sur les flancs des volcans javanais sont à l’origine d’une importante  exposition  aux  aléas  volcaniques.  Elles  témoignent  aussi  d’une  certaine attractivité de ces milieux. Les ressources des espaces volcaniques javanais contribuent à fixer durablement des populations capables d’en tirer parti. Le Merapi, dont les éruptions très récurrentes, pouvant menacer jusqu’à plus d’un million de personnes, en ont fait le volcan le plus surveillé d’Indonésie. Traditionnellement, les dépôts laissés dans le fond des vallées par les coulées pyroclastiques ou les laharsi sont utilisés par les populations locales qui les revendent sur l’ensemble de l’île de Java. Les blocs d’andésite et les fractions sableuses représentent des matériaux de construction très prisés. Les carrières du Merapi, aménagées dans les corridors de coulées pyroclastiques et de lahars, ont longtemps fonctionné avec les dangers et la ressource que constituent les matières premières apportées par les aléas volcaniques. Cependant, l’éruption de 2010 a induit plusieurs ruptures dans le système traditionnel mis en place sur le Merapi entre les sociétés javanaises et le volcan. L’étude sur le long terme des évolutions et tentatives d’adaptation successives de cette activité encore mal encadrée révèle combien les espaces volcaniques sont attractifs. Cela entraîne une démultiplication d’acteurs extérieurs au Merapi plus ou moins bien identifiés. Cette situation engendre  des  conflits  entre  des  populations  locales  qui  accusent  les  industriels  de confisquer leurs ressources. Les conflits portent aussi sur la dégradation économique et environnementale qui menace les moyens de subsistance traditionnels des sociétés du Merapi. Ces dernières se tournent donc de plus en plus vers d’autres modes de mises en valeur du volcan.

Les ressources qui permettaient de fixer et de protéger économiquement les sociétés sur le Merapi  sont  aujourd’hui  à  l’origine  d’une  certaine  compétition.  La  concurrence  est importante, tant dans le domaine de l’extraction que dans celui du tourisme. La question soulevée est celle de l’adéquation des mesures de gestion des risques avec les enjeux générés par l’évolution des conditions de vie sur le volcan.

Edouard de Bélizal est agrégé et docteur en géographie, rattaché à l’UMR 8591 Laboratoire de Géographie Physique Paris 1-CNRS

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La ville et son agriculture : « retour vers le futur »

Compte-rendu du Café géo de Montpellier – le 13 janvier 2015 au Café Riche.

Ce Café Géo a permis au public de rencontrer Nicolas Rouget, maître de conférences à Valenciennes, spécialisé dans la géographie rurale. Il a réalisé son doctorat sous la direction de Jean Paul Charvet, géographe et professeur émérite de Nanterre-Paris X, spécialiste de ce même domaine. A cette occasion, Nicolas Rouget a eu la possibilité de nous présenter une partie de son travail et a abordé le sujet de l’agriculture à travers le prisme de nos sociétés actuelles.

La ville et son agriculture : « retour vers le futur » est une approche des projets actuels touchant à la ville et à l’agriculture. Le cœur de la problématique est selon lui « la réactualisation des liens ville-campagne ». Pour ce faire, Nicolas Rouget s’est servi d’une étude de cas, la métropole lilloise et ses projets périurbains ; le Nord-Pas-de-Calais étant en effet une zone d’étude privilégiée où se mêle une forte urbanité, de fortes densités démographiques – quatre millions d’habitants – mais également un lien très étroit entre la ville et l’agriculture notamment dans les bassins miniers de cette région. Le conférencier insiste sur « la symbiose entre l’agriculture et les activités humaines » présente sur ce territoire mais aussi sur la nécessité de changer l’image de ce pays noir qui, force est de constater, est en pleine reconversion. Le dernier aspect qui fut évoqué est celui de Lille, métropole qui s’intéresse à ces liens ville-campagne dans l’optique d’une préservation de l’espace naturel qui relie le cœur de l’agglomération à son bassin minier.

Au terme d’une seconde révolution agricole et de la période des Trente Glorieuses, la ville s’est désolidarisée de la campagne. En 1981 par Philippe Violier qui, dans sa thèse, aborde l’agriculture mais seulement sous l’aspect de sa résistance ou de sa dépendance à la ville. En 1992, Bruno Bonduelle publie un ouvrage intitulé Lettre aux 86 maires de Lille dans lequel il dénonce la concurrence entre les communes qui composent la métropole de Lille. Ce qu’il propose est un processus qui se base sur des modèles existants tels que ceux de Cologne, Copenhague ou des villes hollandaises : il s’agit de faire de Lille une grande métropole  »verte » du Nord. Mais Bonduelle ne voit pas en l’agriculture une solution.

Nicolas Rouget a abordé cette problématique en suivant trois axes à commencer par une contextualisation et une présentation des enjeux, puis une analyse des projets agricoles et paysagers actuels, pour terminer sur l’argument de proximité dont s’emparent des professionnels de la grande distribution.

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La construction Européenne a-t-elle relevé le défi de la cohésion territoriale ?

Café Géo de Montpellier 11 février 2014 (Café Riche 19h30)
animé par Benoît MONTABONE, en partenariat avec le Mouvement Européen 34

Benoît Montabone, Maître de Conférences à l’Université de Rennes, est un géographe spécialiste de la question européenne et de la Turquie. Il a notamment écrit un ouvrage intitulé L’Union Européenne et la Turquie : les enjeux d’un développement régional (Presses Universitaires de Rennes, 2013). Ce soir, il va nous éclairer sur les enjeux que représente la cohésion territoriale, et les politiques mises en place par l’Europe dans le but d’y parvenir Son intervention est suivie de celle de Cyril Robin-Champigneul, chef de la Représentation régionale de la Commission européenne à Marseille et membre du Mouvement Européen France. L’opinion publique a tendance à percevoir l’Europe comme une entité abstraite et technocratique mais Benoît Montabone tente de nous montrer la présence européenne au niveau local et les politiques mises en œuvre pour harmoniser le développement européen.

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Les communautés inuit face au développement minier de l’Arctique

Café Géo de Montpellier du 14 janvier 2014
« Les communautés inuit face au développement minier de l’Arctique »

Les invités de cette soirée sont Jean-Louis MARTIN (directeur du département Dynamique et gouvernance de systèmes écologiques CEFE/CNRS, Montpellier) et Sylvie BLANGY (ingénieur de recherche CNRS/CEFE, Montpellier), tous deux ayant une grande expérience de terrain dans le Grand Nord canadien.

• Retrouvez les diapos de présentation de ce café géo au format PDF :
 Présentation_Café-Géo_Blangy-Martin.pdf

I – Présentation du Nunavut à partir de photos
(Jean-Louis Martin, écologue)

L’Arctique est un vaste territoire, devenu un enjeu géopolitique important. C’est une région qui subit en fait de plein fouet les effets du changement climatique. Il sera ici question du Nunavut, qui a acquis un nouveau statut territorial depuis 1999, dans le Nord canadien. Cet espace se caractérise par certains éléments : il est difficile d’y aller, les coûts sont élevés, les paysages sont vastes, le relief peu marqué, une forte présence de l’eau (grandes rivières…) avec des formations intéressantes d’un point de vue géobiologique (tourbières,…), le climat est froid et rude avec des zones humides. Présence de baies au ras du sol, de fleurs, d’arbres (saules nains / bouleaux nains, de la taille d’une fleur. La faune y est importante de manière saisonnière (notamment les insectes : véritables nuages d’insectes). L’essentiel de la faune est constitué de migrateurs et notamment d’oiseaux très divers comme les petits échassiers, les oies des neiges qui nichent en très grand nombre dans le Nord. Il existe quelques espèces vertébrées sédentaires comme le lagopède, mais également des mammifères tels que le lièvre arctique, le lemming (qui alimente les populations de renards gris), les bœufs musqués (menacés d’extinction il y a trente ou quarante ans, ils connaissent un retour spectaculaire et on les compte aujourd’hui en dizaines de milliers) ou encore les caribous (qui constituent les plus grandes migrations de grands mammifères qui perdurent). Ces caribous quittent la zone forestière pour la zone de toundra en été, afin de se reproduire et pour éviter les moustiques. Problème : avec le réchauffement climatique, on constate la remontée des moustiques ce qui contribue à l’épuisement des animaux qui cherchent à les éviter et peinent donc à se reproduire. Ces animaux sont suivis par leurs prédateurs.

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Montpellier, une métropole en projet(s?)

Café Géo Montpellier
mardi 03 Décembre 2013, Café Riche

Intervenants :
Nicolas Roubieu, Directeur adjoint de l’urbanisme et de l’habitat de la communauté d’agglomération de Montpellier
Jean Paul Volle, Professeur émérite de géographie à l’Université Paul Valéry Montpellier 3

Animateur :
Alexandre Brun, Maître de conférences à l’Université Paul Valéry Montpellier 3, membre de l’unité de recherche ART-Dév.

Introduction par Alexandre Brun, qui remercie les deux intervenants, le Professeur Jean-Paul Volle de l’Université Montpellier 3 et Nicolas Roubieu, Directeur adjoint de l’urbanisme et de l’habitat de la communauté d’agglomération de Montpellier.

En quoi le projet urbain va contribuer à repenser la métropole ? à recréer des solidarités qui manquent peut-être l’échelle de la métropole actuelle ?

Quel effet le Projet Urbain Montpellier 2040 va-t-il avoir à l’échelle régionale également ? comment va-t-il s’articuler avec l’échelle départementale ? avec l’échelle régionale ?

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Les inondations méditerranéennes d’hier à aujourd’hui: dégâts et sinistrés

Débat animé par Nancy Meschinet de Richemond (Maître de conférences-HDR, UMR GRED, université Paul-Valéry-Montpellier III et IRD), le mardi 2 avril 2013 à 19h30 au café Riche

Dans une ambiance festive et chaleureuse, Caroline Calandras, Professeur en classes préparatoires au lycée Joffre de Montpellier, nous présente Nancy Meschinet de Richemond dont l’intervention porte sur les inondations méditerranéennes d’hier à aujourd’hui. L’exposé est enrichi d’un diaporama dont les photos, schémas et cartes viennent illustrer le propos.

Plan de l’intervention :

1. Une inégale répartition dans le temps et l’espace

1.1. Comment définir une inondation méditerranéenne ? exemples de 2002 et 1940

1.2. Des faits : l’irrégularité des crues

1.3. Types de répartition des dommages : inondations torrentielles et pluviales

2. Des inondations, témoins de l’hybridation Société/Nature

2.1. Une sous-représentation des inondations pluviales dans les archives

2.2. Des choix politiques de gestion du XVIIIe siècle qui se traduisent par une répartition des tâches entre l’Etat et les populations locales : à l’Etat la lutte contre les inondations importantes par débordement, aux villageois la lutte contre les inondations pluviales localisées

2.3. L’accroissement récent et massif des enjeux dans les zones à risque : (re)découvrir les vulnérabilités fonctionnelles

3. Faire face aux inondations : « l’indemnisation » témoigne des transformations de la société du XVIIIe siècle à nos jours.

3.1. Une indemnisation qui devient essentiellement financière

3.2. Du sinistré sujet du roi au sinistré citoyen, statut de l’aide

3.3. D’une perception empirique et globale à une approche plus théorique et sectorielle ?
Les inondations constituent un risque majeur sur le territoire national comme régional. En Languedoc-Roussillon, il est avéré pour 1132 des 1545 communes de la région et pour 25 % de la population.

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Marseille-Provence 2013, capitale européenne de la culture

Café-géo de Montpellier du mardi 29 janvier 2013

Boris Grésillon (professeur de géographie à l’université d’Aix-Marseille, responsable de l’équipe « Villes, culture et grands projets » au sein du laboratoire Telemme), auteur du livre paru en 2011 Un enjeu « capitale » : Marseille-Provence 2013, Paris, Editions de l’Aube,171p.,

Clotilde Berrou (Architecte DENSAIS, Urbaniste, Mention au Prix Tony Garnier d’Urbanisme 2003 de l’académie d’Architecture, chef de projet ARM Architecture).

L’élection de Marseille comme capitale européenne de la culture a donné lieu à la création de projets audacieux, originaux et quelques fois assez fous dans tout le département des Bouches-du-Rhône, mais c’est un territoire complexe, donc difficile à fédérer. 600 évènements au total : des expositions, la construction de nouveaux musées, mais également des projets décalés comme la conception d’un « GR 2013 » qui ferait découvrir aux touristes toutes les zones de Marseille qu’ils n’auraient jamais visitées comme les quartiers « sensibles », l’aéroport ou les usines de la ville. La réputation de Marseille est aujourd’hui acquise à travers l’image qu’elle véhicule. Boris Grésillon parle de « marketing urbain et culturel » de Marseille : l’attractivité de la ville et le potentiel succès de cette opération ne peuvent s’effectuer sans l’intermédiaire des médias. Le projet Marseille-Provence 2013 peut être abordé sous l’aspect spécifique de la géographie sociale : on peut se rendre compte de nombreux dysfonctionnements qui amènent à leur tour des questions et des problèmes liés à la ségrégation sociale, à la gestion politique, ou encore aux conflits d’intérêts grandissants.

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Archives – Café géographiques de Montpellier

Retrouvez toutes les archives des comptes rendus des Cafés Géographiques de Montpellier, à consulter et télécharger au format PDF.

Les inondations méditerranéennes d’hier à aujourd’hui : dégâts et sinistrés, Nancy Meschinet de Richemond, 2 avril 2013
pdf_icon_16 CR Inondations méditerranéennes – N Meschinet.pdf

Marseille-Provence 2013, capitale européenne de la culture, Boris Grésillon, Clotilde Berrou, 29 janvier 2013
pdf_icon_16 CR MP2013 capitale euro culture – B Grésillon C Berrou.pdf

Vers un nouveau monde arabe ?, Jean-Marie Miossec, 24 avril 2012
pdf_icon_16 CR Vers un nouveau monde arabe.pdf

Comment les fondamentalistes religieux s’imaginent le monde, Maud Lasseur & Bertrand Lemartinel, 17 janvier 2012
pdf_icon_16 CR Fondamentalistes religieux.pdf

 La France est-elle compétitive ?, Gilles Ardinat, 25 septembre 2012
pdf_icon_16 CR France est elle compétitive – G Ardinat.pdf

Aqua domitia, une solution pour l’approvisionnement en eau du Languedoc Rousillon, Thierry Ruf, 4 octobre 2011
pdf_icon_16 CR Aqua Domitia.pdf

Paradoxes en Languedoc-Rousillon : une région surfaite ?, Georges Roques, 17 mai 2011
pdf_icon_16 CR Paradoxe en Languedoc-Roussillon.pdf

Les sites naturels paysagers, une aubaine pour faire de la géographie, Martine Amber, 22 mars 2011
pdf_icon_16 CR Les sites naturels paysagers.pdf

La carte en débat, Jean Paul Bord, 18 janvier 2011
pdf_icon_16 CR La carte en débat.pdf

Exploitation minière et conflits au Kivu, Roland Pourtier, 23 novembre 2010
pdf_icon_16 CR Exploitation minière et conflit au Congo.pdf

L’Europe, objet géographique non identifié ?, Yann Richard, 1 juin 2010
pdf_icon_16 CR Europe objet géo non identifié – Y Richard.pdf

Les musiques du monde, Yves Raibaud, 6 avril 2010
pdf_icon_16 CR Géographie et musique – Y Raibaud.pdf

Le Sud à grande vitesse, Laurent Chapelon, 9 juin 2009
pdf_icon_16 CR Sud à grande vitesse – L Chapelon.pdf

Comment l’Europe a découpé le Monde, Christian Grataloup, 1 décembre 2009
pdf_icon_16 CR Europe decoupe le monde – C Grataloup.pdf

Réforme administrative et nouveaux territoires de France, Jean-Marie Miossec, 20 octobre 2009
pdf_icon_16 CR Réforme administrative.pdf

« Le bonheur est dans la ville », Dominique Crozat, 21 avril 2009
pdf_icon_16 CR Bonheur dans la ville – D Crozat.pdf

Être en bonne santé : un privilège de riche ?, Henri Picheral, 24 février 2009
pdf_icon_16 CR Santé privilège – H Picheral.pdf

Un nouveau président pour les Etats-Unis : une nouvelle donne pour les Américains (et pour le monde) ?, Christian Montès, 16 décembre 2008
pdf_icon_16 CR Nouveau président EU – C Montes.pdf

La Chine rayonne. Après les JO de Pékin, vers l’Expo de Shanghai. Plus loin ?, Pierre Gentelle, 14 octobre 2008
pdf_icon_16 CR La Chine rayonne – P Gentelle.pdf

 

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