Aménager le territoire en France : la question du logement avec Philippe Mazenc, 14 octobre 2023

Philippe Mazenc (cliché de Denis Wolff)

Invité des Cafés géo, Philippe Mazenc a un parcours original. Elève à Sciences-po Bordeaux, il passe le concours des Affaires maritimes et devient administrateur des Affaires maritimes, corps d’officiers de la Marine nationale. Puis il quitte ce corps et part dans la fonction publique civile, d’abord à la direction du Budget, puis au Secrétariat général du ministère de l’Ecologie, puis à la sous-direction de la Législation de l’Habitat, de l’Urbanisme et des Paysages, et fait partie de ceux qui mettent en place la loi ALUR (2014). Il travaille ensuite à la préfecture de l’Ile-de-France puis à celle de Bretagne. Après y avoir passé quelques années, il devient directeur de cabinet adjoint de Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires puis, depuis quelques mois, il est directeur général de l’Aménagement, du Logement et de la Nature. Il est donc fort bien placé pour exposer les principaux aspects de la question du logement en France.

Compte rendu rédigé par Denis Wolff.

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La crise du logement, avec Marie Chabrol et Yankel Fijalko

Introduction de Judicaëlle Dietrich : Marie Chabrol (MC) et Yankel Fijalkow (YF) sont deux chercheurs travaillant sur les thématiques du logement dans différents contextes de recomposition urbaine contemporaine dans le cadre de la métropolisation des villes européennes. Le sujet est vaste et nous aborderons ainsi la notion de crise mais aussi le lien entre crise et creusement des inégalités avec les vulnérabilités résidentielles. Compte-rendu rédigé par Clara Curmi.

Marie Chabrol est maître de conférence en géographie à l’Université de Picardie-Jules-Verne à Amiens, elle a fait sa thèse sur un quartier bien connu :Château Rouge la Goutte-d’Ori. Elle a questionné les relations entre les dynamiques résidentielles d’un quartier touché par le phénomène de gentrification et les dynamiques commerciales de ce quartier marqué par de fortes centralités africainesii. Elle mène actuellement ses recherches dans un quartier de Bruxelles qui partage nombre de caractéristiques avec la Goutte d’Oriii.

A ses côtés, Yankel Fijalkow, géographe, est Professeur à l’Ecole Nationale d’Architecture de Paris Val de Seine et auteur notamment d’ouvrages « ressources » : dans la collection « Repères » de « Sociologie du logement » et « Sociologie des villes »iv. Il mène des recherches sur les politiques publiques du logement.

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Patrimonialisation et participation habitante : expériences en banlieue, par Anne Hertzog.

Café-Géo de Montpellier du 24 Novembre 2015. Par Anne Hertzog (MCF Université Cergy-Pontoise)

La soirée débute par des remerciements à l’intention du public présent en nombre, suivi d’une présentation de la conférencière Anne Hertzog, maître de conférences en géographie à l’Université de Cergy-Pontoise, et membre du Laboratoire MRTE. Son premier travail de thèse (2004) s’intitule Là où le passé demeure. Les musées de Picardie : étude géographique. Contribution à l’étude des lieux géographiques de mémoire. Ses recherches portent ainsi sur les lieux de mémoire, les processus de patrimonialisation des lieux et les enjeux territoriaux du patrimoine. Domaine longtemps réservé aux historiens et historiens de l’art, le patrimoine est aujourd’hui un sujet d’étude majeur pour la géographie.

Anne Hertzog précise qu’elle s’intéresse spécifiquement aux acteurs des processus de patrimonialisation que sont les habitants, et notamment dans le territoire particulier des périphéries urbaines. L’ancrage territorial périphérique de l’université de Cergy-Pontoise pousse à réfléchir avec toutes les ressources locales. En effet, on constate une effervescence sociale autour de la question du passé de la ville comme le montre l’exposition co-organisée par la Communauté d’Agglomération au Pavillon de l’Arsenal à Paris en 2015 sur l’histoire et l’urbanisme de la Ville, ou encore l’inventaire du patrimoine réalisé par le Service Patrimoine et Inventaire d’Ile de France à la demande de la même institution.

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La vie domestique (I. Czajka, 2013) : desperate périurbain, Bertrand Pleven.

La vie domestique (Isabelle Czajka), France, Octobre 2013, 1h33

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Desperate périurbain

« Domaine du grand parc », indiquent des lettres posées sur un  panneau de bois, tandis que la voiture emprunte l’allée. Il ressemble étrangement à celui planté par le générique de la série télévisée américaine Weeds (1) à l’entrée d’« Agrestic », la gated community qui sert d’environnement aux deux premières saisons

Juliette et son mari rentrent d’un diner chez un voisin, chef d’une entreprise de photocopieuse et caricature de misogynie affable. Il a remis Juliette a sa place, celle d’une Desperate Housewife dont la seule ambition devrait être de s’ « occuper ».

Il fait nuit, la voiture progresse. On ne voit rien encore du cadre que le film va progressivement définir et indurer, celui d’un lotissement périurbain cossu, d’un espace social agissant comme une nasse sur notre captive  volontaire à son corps défendant  jouée par Emmanuelle Devos.

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Carte postale d’un habitat sur cour (Abidjan), Bénédicte Tratnjek.
Un espace-cour à Treichville, quartier populaire d’Abidjan Crédits : Bénédicte Tratnjek, 2009

Un espace-cour à Treichville, quartier populaire d’Abidjan
Crédits : Bénédicte Tratnjek, 2009

Des Cartes postales, 2010

Un espace-cour au cœur de Treichville, quartier populaire d’Abidjan. Atypique par rapport à d’autres formes d’espaces-cours de par le monde : la première impression que laisse l’habitat sur cour reste son aspect hétéroclite et désordonné. Le linge flotte sans discontinu au centre de la cour, à proximité du puits qui recueille les eaux de pluie. Autour de cet espace central, des canapés miteux sont installés sous des toits en tôle usée qui permettent de s’installer dans l’espace-cour par temps de pluie comme par grand soleil. Sous la tôle, des rigoles récupèrent les eaux et les entraînent dans la rue sans système de tout à l’égout. Elles s’amasseront dans les autres saletés de la rue de Treichville. A l’intérieur de l’espace-cour, les canapés de récupération sont accolés aux murs peints de couleur vive, mais décrépis. Derrière les murs, des pièces séparées qui accueillent des familles nombreuses. Elles se sont dotées, depuis les années 1980, de cuisines sommaires, et de postes de télévision reliées par des branchements informels au câble. L’intérieur contraste avec l’espace-cour : la lumière y est absente, les murs qui donnent sur la rue sont dotés seulement de petites fenêtres voilées par des rideaux épais. Le tout forme l’habitat sur cour, un espace clos qui ne donne sur la rue que par une petite porte sommaire, en bois, délabrée, mais qui marque nettement le seuil d’entrée entre espace public et espace privé partagé. Rien ne permet d’observer ce qui se passe à l’intérieur depuis la rue : on passe de la rue à l’espace-cour par cette seule porte. Une sorte de « sas » qui permet d’être observé par tous les habitants qui se partagent l’espace-cour, qui est bien plus vivant que l’intérieur des pièces. « Sas » non par la forme ultra-sécurisée, mais par la surveillance accrue : entrer dans l’espace-cour demande d’être identifié (et donc accepté) par tous les habitants, et non pas seulement celui que vous visitez. Pour dresser le portrait de l’habitat sur cour, il manque à la photographie le son : l’habitat sur cour n’est pas un lieu des plus reposants. Le bruit y est constant, entre les jeux des enfants et les « palabres » des adultes.
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