Téléphériques urbains en France, par Delphine Giney

Mercredi 5 février 2020, Café « Boulang’ et Pâtiss’ », Lyon. Analyse des projets français et mise en perspective internationale, par Delphine GINEY, docteure en géographie, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Laboratoire LADYSS – UMR 7533 du CNRS, Paris. Séance co-organisée par la Géothèque et l’APHG – Régionale de Lyon, et animée par Martin CHARLET, APHG de Lyon. Compte-rendu rédigé par Samuel Depraz.

Cette première séance de l’année marque la reprise des Cafés géographiques de Lyon, désormais portés par l’engagement de deux associations lyonnaises, la Géothèque et l’APHG, qui souhaitent ainsi maintenir le lien entre l’actualité de la recherche en géographie et le grand public lyonnais.

Pour cette occasion, nous avons le plaisir d’accueillir Delphine GINEY, qui a récemment soutenu une thèse de doctorat sur l’acceptabilité sociale des projets de transport en commun par téléphériques urbains, à l’Université Paris 1, sous la direction du Pr. Pierre PECH. Il s’agit d’une thèse au format peu commun, puisqu’elle s’est inscrite dans le cadre d’un partenariat industriel en R&D (programme I2TC, comprenant notamment le transporteur Poma, le constructeur Eiffage, la recherche appliquée de l’Ecole centrale et la RATP) pour développer cette technologie en milieu urbain. On parlera bien ici d’un mode de transport qui n’est pas à finalité touristique, mais bien à considérer comme une solution de transport en commun à part entière. En cela, il s’agit d’une solution nouvelle, puisqu’elle n’existait pas dans les villes françaises avant 2016 avec la première réalisation de ce type, à Brest.

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Israël-Palestine : quelles frontières ? par Michel Foucher.

A Mulhouse, le vendredi 17 janvier 2020, dans le cadre du festival Les Vagamondes 2020 organisé à La Filature, une conférence de Michel Foucher, géographe, diplomate et essayiste, porte sur le sujet : « Israël-Palestine : Quelles frontières ? ». Compte rendu de Françoise Dieterich.

Un mot de rappel de mes travaux sur ce sujet. J’ai publié voici 35 ans mon premier article dans Hérodote et il portait le même titre que celui de cette conférence. C’est un sujet qui n’a jamais été un sujet de recherche ou académique mais sur lequel j’ai travaillé en tant que conseiller d’Hubert Védrine, lorsque nous tentions de faire avancer, finalement sans succès après l’assassinat d’Yitzhak Rabin, le processus de paix.  Ce sujet me tient à cœur et je continue à clarifier pour les politiques français ses enjeux, notamment territoriaux et démographiques, d’autant plus difficiles à cerner que la Palestine n’est pas un Etat.

On ne peut pas traiter de tout. Ce conflit dure depuis un siècle et nous ne sommes pas dans une réunion politique de soutien à tel ou tel. En tant que diplomate, je cherche le légitime et l’acceptable dans tous les cas[1].

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La Syrie : une guerre sans fin ? Fabrice Balanche.

Samedi 25 janvier 2020 à La Filature au Festival Les Vagamondes à Mulhouse

La Syrie est en 2020 bouleversée par une guerre qui n’est pas terminée. Le Nord-Est est encore sous pression entre Turcs et Kurdes tandis qu’un groupe proche d’al Qaïda, est retranché près d’Alep.

Cependant, les combats semblent se limiter au Nord du pays, avec des attentats et des sièges, mais on commence à voir la fin d’un conflit d’envergure à moins qu’un conflit plus large n’éclate entre Israël et Iran. Dans ce cas, les Israéliens feront peut-être une guerre préventive pour se prémunir d’une militarisation iranienne en Syrie où le gouvernement alaouite (chiite) de Bachar el Assad doit beaucoup à Téhéran.  D’autre part, si on constate actuellement une pause du fait des élections américaines, on peut s’attendre après novembre, si le nouveau Président est Trump ou Biden, à voir éclater un épisode guerrier avec en arrière-plan la question du nucléaire iranien.

C’est dans ce cadre qu’il faut replacer la guerre de Syrie.

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 La Chine impose-t-elle un nouvel ordre mondial ? par Alain Nonjon.

Les cafés géo à La Filature à Mulhouse, le 28 novembre 2019

« La Chine impose-t-elle un nouvel ordre mondial ? » par Alain Nonjon, professeur de chaire supérieure au Lycée Michelet à Vanves et directeur de collections chez Ellipses

Les distorsions des propagandes

Évoquer la Chine peut suggérer … de remonter «  jusqu’à Noé, qui aurait rapporté de Chine, une brassée de rameaux ; des Etats-Unis, une brindille et d’Europe, rien » (Marc de Scitivaux ) . Cette parabole rappelle qu’on a tendance souvent à surestimer la Chine et à sous- estimer l’Europe et que l’on doit réinstaller l’épaisseur de l’Histoire d’une civilisation millénaire. Si on veut éviter les clichés et se garder de tomber dans la propagande d’un communisme chinois qui prédit une Chine hégémonique en 2049, il faut s’intéresser à tous les facteurs.  En dehors des réussites économiques, il existe des limites à l’influence du PC chinois comme le démontrent l’éruption sur la scène de mouvements de revendications démocratiques ou les « 300 000 insurrections intérieures annuelles » s’élevant contre la corruption, les attaques envers l’environnement, les défaillances des transports. Il faut se garder de toute propagande systémique sur  la réussite globale de la Chine et de toute prophétie autoréalisée si nombreuses sur le basculement asiatique[1]. Ainsi en 1994,  pour le dirigeant singapourien Lee Kuan Yew « la Chine dans les  30 ans ne sera pas un acteur de plus sur la scène mondiale mais le plus grand acteur mondial dans l’histoire de l’Humanité.

Un autre risque est d’être influencé par la vision de Donald Trump qui accuse la Chine d’être responsable de tout ce qui se passe dans le monde, de voler des emplois comme d’inventer le réchauffement climatique.  Selon Mike Pence : « si vous voyez la Chine en ennemi, elle vous verra en ennemi ». Trump noircit le tableau pour diaboliser la Chine.

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La géopolitique pour les nuls : comprendre le Moyen-Orient par les cartes, par Pascal Orcier.

Pascal Orcier Cartographe et géographe, Festival Vagamondes  la Filature de Mulhouse samedi 12 janvier  2019. Compte rendu de Françoise Dieterich.

Le Moyen-Orient fait référence au mystère, à l’exotisme et on l’a parfois surinvesti. Mais il est   souvent défini de l’extérieur. D’où vient ce nom de Moyen-Orient ?

En 1914, l’empire ottoman était encore puissant, contrôlant l’Anatolie et le Proche-Orient tel que vu par les Français et qui comprenait les régions de l’Iran à la Palestine. Pour les Anglais, le Moyen-Orient est la zone séparant l’Europe du monde indien, une zone intermédiaire allant de l’Iran à l’Égypte englobant la péninsule arabique et la Turquie. Il fallait contrôler cet espace qui va se singulariser. Après les accords Sykes&Picot de 1916, le Moyen-Orient va s’insérer dans le grand jeu mondial avec des acteurs limités au départ : ottomans, français, anglais et russes, des acteurs beaucoup plus nombreux aujourd’hui.

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L’Irak après Daech, par Cyril Roussel, notes de Françoise Dieterich.

Cyril Roussel, Université de Poitiers, Festival Vagamondes Mulhouse, 12 janvier 2018. Notes de  Françoise Dieterich

Réfléchir à l’Irak après DAECH revient à analyser les enjeux territoriaux car DAECH est un produit de l’Irak, né dans la région sunnite d’Anbar. Depuis les accords Sykes-Picot de 1916, l’Irak, dans la sphère d’influence anglaise, a conservé les 3 wilayats de l’empire ottoman: Bagdad, Mossoul et Bassora.

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La mondialisation des pauvres, loin de Wall Street et de Davos ?

Présentation par Olivier PLIEZ, Directeur de Recherche CNRS au LISST, Université Toulouse – Jean Jaurès

Ce Café Géo a eu lieu le mercredi 10 octobre 2018 à la Brasserie des Cordeliers à Albi à partir de 18h30.

Présentation problématique :

La mondialisation ne se résume pas au succès de quelques multinationales et à la richesse d’une minorité de nantis. Les acteurs les plus engagés dans la mondialisation demeurent discrets, souvent invisibles. Depuis une trentaine d’années, les routes de l’échange transnational ont connu de profondes mutations. Elles relient aujourd’hui la Chine, souvent considéré comme « l’atelier du monde », à un « marché des pauvres » fort de quatre milliards de consommateurs, qui recoupe généralement les Sud. Pour apercevoir ces nouvelles « Routes de la Soie », il faut se détacher d’une vision occidentalo-centrée et déplacer le regard vers des espaces jugés marginaux, où s’inventent des pratiques globales qui bouleversent l’économie du monde. On découvre alors une « autre mondialisation », vue d’en bas, du point de vue des acteurs qui la font.

Compte-rendu :

Compte-rendu réalisé par Elouan LE POUAHER et Antoine BEDU, étudiants en première année de licence d’histoire, repris et corrigé par Thibault COURCELLE et Mathieu VIDAL, enseignants-chercheurs, co-animateurs des Cafés Géo d’Albi.

Eléments de la présentation :

Olivier Pliez a choisi pour cette présentation le titre La Mondialisation des pauvres loin de Wall street et Davos, titre tiré d’un ouvrage qu’il a lui-même coécrit avec Armelle Choplin et publié en février 2018 aux Editions du Seuil, dans la collection « La République des idées ». Il tente une approche différente de la mondialisation en elle-même. Le monde décrit par le rapport de la commission Brandt en 1980, commission indépendante initiée par l’ex-chancelier social-démocrate allemand Willy Brandt, est divisé en deux pôles : le Nord est riche et industrialisé alors que le Sud est en marge.

La vision des choses depuis 1980 n’a pas tant changé que cela, alors que le monde évolue :

  • D’abord, nous devrions dire qu’il y a des « Nord » et des « Sud » car certains pays émergents comme les membres des BRICS (groupe rassemblant le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud) ont un niveau de vie et des structures sociales et économiques qui leur permettent de rivaliser avec certains pays développés. Ces pays émergents sont devenus des moteurs économiques de la mondialisation. Certains ont même pris les premières places dans les exportations énergétiques et dans les exportations de produits manufacturés à l’instar de la Chine et d’autres Etats d’Asie orientale et du Sud.
  • D’autre part, certains pays africains ou asiatiques ont réussi à entrer dans la mondialisation grâce à l’exportation de marchandises alimentaires, énergétiques, etc.

Dans le monde actuel, des PMA (les pays les moins avancés) restent cependant en marge des échanges et sont très loin de s’être intégrés à la mondialisation.

Ainsi, notre point de vue doit être modifié concernant la mondialisation des pauvres.

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Se cultiver dans les espaces périurbains : une mission impossible ? Avec Catherine Didier-Fèvre et Fabrice Beauvois.

Les Cafés géographiques de Lyon, Au Café de la Cloche (Lyon 2e) le 19 septembre 2018. Catherine Didier-Fèvre est docteure en géographie, agrégée d’histoire-géographie, professeure en classes préparatoires littéraires (Lycée Sainte-Marie, Lyon). Fabrice Beauvois est maire de Bressolles et président du festival ZAC-en-scène à La Boisse, dans l’Ain. Compte-rendu rédigé par Jean-Benoît Bouron.

Catherine Didier-Fèvre explique que sa thèse portait principalement sur la mobilité des jeunes dans les espaces franciliens, mais la question de l’accès à la culture en milieu périurbain s’y posait aussi en filigrane. Après avoir rappelé le ZAU (Zonage en Aires Urbaines) de 2010 et le seuil des 40 % des actifs qui travaillent dans un pôle urbain, elle revient sur les enquêtes qualitatives qu’elle a mené sur trois terrains de la couronne périurbaine de Paris et de Sens, à partir de trois lycées (Sens, Montereau-Fault-Yonne et La Queue-les-Yvelines) recrutant une part importante d’élèves vivant dans les espaces périurbains.

Alors que ces derniers prennent le car parfois à 6h55 pour les cours à 8h et rentrent à 19h, ce qui l’a frappée c’est leur capacité à négocier ces temps de transport et à en faire une ressource. Dans la contrainte (2h de transport/jour), il y a une forme de liberté et d’autonomisation des élèves explorant les espaces autour du lycée dans les temps situés entre les cours et les temps de transport. Les élèves, y compris les siens, ont parlé très librement. Elle a également réalisé des sondages en ligne pour savoir comment on fêtait ses 18 ans à la ville, dans le rural et dans le périurbain ainsi qu’un sondage sur les pièces de la maison, composante importante du choix du périurbain pour les parents.

La variété sociologique des terrains retenus est à noter : l’Ouest francilien présente davantage de cadres venus s’installer, grâce à la proximité relative de la Défense, alors qu’à l’Est les professions intermédiaires, les employés et les ouvriers sont plus représentés. Ces espaces ont également connu une histoire de périurbanisation différente. Les communes étudiées dans l’Ouest francilien ont connu une croissance plus précoce que dans l’Est.

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Biodiversité et alimentation : du jardin à l’assiette, par Stéphane Crozat.

Stéphane Crozat, ethnobotaniste, historien d’art des jardins, directeur du Centre de Ressources de Botanique Appliquée (http://www.crba.fr )
Le Café géographique lyonnais du 6 avril 2018 se déroule dans le contexte particulier de la Nuit de la Géographie, organisée à l’espace Hévéa, rue Maurice Zimmermann, à Lyon. Compte-rendu rédigé par Martin Charlet, complété par François Besancenot.

Le Café d’aujourd’hui met à l’honneur la biodiversité domestique à travers une approche historique et géographique. Les phénomènes spatio-temporels  de répartition, de diffusion,  de disparition et de ré-introduction des plantes arbustives, fruitières et potagères présentés par Stéphane Crozat, sont issus de la région lyonnaise. En guise d’illustration culinaire, le poireau ‘Bleu de Solaize’ a été proposé en dégustation par l’association Santé-Goût-Terroir (https://www.sante-gout-terroir.com/). Son but est de sensibiliser par les sens et d’établir les liens entre le terroir qui nous nourrit et notre santé.

La botanique appliquée est un champ de recherche intéressant, car elle a une dimension autant biologique que sociale pour répondre aux grandes questions de l’approvisionnement alimentaire de l’humanité et au changement global. En effet, l’immense diversité de fruits, de légumes et de céréales qui existaient depuis des siècles se réduit de manière inéluctable. Or, les espèces domestiques locales et anciennes, adaptées à leur milieu et à leur climat, sont plus résistantes que des variétés créées en laboratoire. Elles peuvent être diffusées dans d’autres régions où leur acclimatation permettrait de répondre aux besoins et aux conditions naturelles, elles-mêmes en évolution constante.

Le Centre de Ressources de Botanique Appliquée (CRBA) est un laboratoire d’idées et de recherches appliquées. Il gère, coordonne, expérimente et anime 5 conservatoires participatifs et vivants de la biodiversité domestique. Il propose une expertise et des conseils en conception et en restauration de jardins historiques ou contemporains. Il développe par la transversalité des disciplines, des programmes de recherches et de valorisations dans le domaine de la botanique appliquée allant de l’agriculture à l’horticulture, de la conception à la réhabilitation de jardins, de l’histoire à l’utilisation actuelle des plantes.

La question du retour au terroir est d’actualité, comme le montre l’existence de l’Association Santé-Goût-Terroir qui cherche à promouvoir les bonnes variétés pour la santé et l’environnement.

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Aujourd’hui et demain, les réfugiés, par Céline Schmitt.

Céline Schmitt, Porte-parole du UNHCR à Paris [Haut Commissariat  des Nations Unies pour les réfugiés. 11 janvier 2017, Société Industrielle de Mulhouse, Festival  Vagamondes 2017. Notesde  F. Dieterich

La problématique des réfugiés est devenue une question de tous les jours. Je travaille pour le HCR depuis 9 ans et me réjouis que cette conférence ne soit qu’une des expressions de cette thématique, très présente dans le festival Vagamondes. Le HCR travaille avec African Artists for Development  qui a conçu avec Salia Sanou le spectacle « Désir d’Horizons » et utilise la danse comme vecteur de réconciliation, comme message de paix.

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