« Partager la géographie, Institut de géographie » (Lydie Goeldner-Gianella, 2023), Denis Wolff.

Institut de géographie de Paris.- Géographies en partage, coord. par Lydie Goeldner-Gianella ; préf. de Christian Grataloup, Ed. de la Sorbonne, 2023

Les Editions de la Sorbonne viennent de publier un livre sur l’UFR (Unité de formation et de recherche) de géographie de Paris I dans leur collection consacrée au jubilé de cette université. Intitulé Géographies en partage1, cet ouvrage auquel ont participé 55 auteurs, est coordonné par Lydie Goeldner-Gianella, directrice actuelle de l’UFR. Il sort un peu plus de cinquante ans après la fondation de l’Université de Panthéon-Sorbonne (Paris I) et de l’UFR de géographie en 1971. Cette naissance est liée à l’éclatement de la Sorbonne après les événements de mai-juin 1968 puis la loi Edgar Faure. A Paris, la géographie est alors étudiée et enseignée dans les universités de Paris I Panthéon-Sorbonne, Paris IV (aujourd’hui Sorbonne Université) et Paris VII Paris-Diderot.

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L’Institut de Géographie : un lieu-symbole des pouvoirs académiques et institutionnels mais révélateur de ses clivages disciplinaires, Christian Andrei, Hugues Bellevier-Royal, Étienne Carteron.

Photographie prise par Hugues Bellevier-Royal le mercredi 14 octobre 2020 à 16h21 à Paris (75005)

Des Cartes postales, 2021

L’Institut de Géographie : l’exemple d’une appropriation spatiale par des pouvoirs académiques et institutionnels

Cette carte postale révèle les techniques et stratégies spatiales qu’opèrent les pouvoirs académiques et institutionnels pour s’approprier l’espace public. En effet, on observe des inscriptions ponctuelles de ces pouvoirs, appelées « marquages ». Pour les étudier et les comprendre, portons nous sur la définition des Mots de la Géographie « le marquage symbolique de l’espace est destiné à signaler une appropriation » (Brunet, 1993) ou du Dictionnaire de l’habitat et du logement « le marquage, par la disposition des objets ou les interventions sur l’espace habité, est l’aspect matériel le plus important de l’appropriation » (Segaud, 2003). Ainsi, le marquage doit être compris comme le produit d’une action matérielle et symbolique.
La principale stratégie d’appropriation de l’espace public rendue visible, dans cette photographie, par les pouvoirs académiques et institutionnels est le « marquage trace [ou] architectural » (Veschambre, 2004). Ils se mettent en scène via le processus de « monumentalisation de l’espace public » (Monnet, 1998), c’est-à-dire la construction d’un édifice prestigieux qui occupe le centre de la carte postale : l’Institut de Géographie. De facto, cet établissement et son toponyme gravé sur la pierre permettent d’inscrire dans la durée les autorités académiques. Enfin, est écrit en haut de l’édifice que « l’Institut de Géographie a été fondé par la marquise Arconati-Visconti en souvenir de son père Alphonse Peyrat, homme de lettres et sénateur ». Ce marquage laisse la trace de la « réussite économique et [de la] domination sociale et politique [des classes dominantes] » (Veschambre, 2004), ici les intellectuels du quartier latin considérés comme les acteurs des pouvoirs dominants de l’espace étudié.
La deuxième stratégie d’appropriation spatiale du pouvoir académique s’observe par la présence des corps d’étudiants au premier plan. Appelée « marquage présence » (Ibid.), elle matérialise une communauté représentative des autorités académiques : les enseignants-chercheurs et étudiants appartenant à la discipline géographique. Mais ces derniers peuvent matérialiser des « marquages contestataires », plus éphémères et modestes que ceux émis par les pouvoirs dominants. En effet, au second plan, à droite de la photographie, des étudiants et enseignants ont accroché une affiche sur le mur de l’édifice (« Géographes mobilisés pour une société plus juste et solidaire ») qui critique la loi LPPR portée par la Ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal. Cette forme de « contre-pouvoir » rend ce bâtiment comme un mur support de tracts.

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Préparer l’épreuve de géographie au CAPES externe d’Histoire-Géographie avec les Cafés géographiques (2019), Emilie Viney, Joseph Viney.

Les Cafés géographiques ont recensé les articles parus ces dernières années et relatifs aux trois thèmes de géographie au concours du CAPES externe d’Histoire-Géographie (session 2019). Vous trouverez également des articles susceptibles de vous aider à préparer l’épreuve orale « Analyse de situation professionnelle ».

1. Géographie des territoires : Les espaces ruraux en France

La Compôte (73) dans DEPRAZ Samuel, « Les nouveaux bourgeois des campagnes: vers une éviction rurale ? », Cafés géographiques, Rubrique Les Comptes Rendus, 11 janvier 2017

  • CHARVET Jean-Paul, « 2005, année charnière: la France agricole et rurale transformée en un vaste champ d’expérimentation», Cafés géographiques, Rubrique Vox geographica, 2 février 2005

http://cafe-geo.net/wp-content/uploads/2005-france-agricole-rurale.pdf

Les évolutions des dernières décennies avaient déjà engendré de profonds bouleversements dans les campagnes françaises (Charvet, 1977). Les réformes de la Politique Agricole Commune de 1992, puis de 1999 (Agenda 2000) avaient ensuite encouragé l’émergence de nouveaux modèles de production agricole. Avec la réforme actuelle -dont les grandes lignes ont été tracées par l’accord de Luxembourg du 26 juin 2003 -on entre dans une nouvelle phase de transformation profonde de la PAC. Sous la pression des nouvelles demandes adressées à l’agriculture par la société globale (traçabilité et qualité des produits, sécurité alimentaire, bien être animal, meilleure gestion de l’environnement …) et des négociations commerciales internationales menées dans le cadre de l’OMC, la PAC entame, peu de temps après la réforme précédente, une authentique mutation (Charvet, 2004). Cette nouvelle PAC doit être mise en place dans l’Union européenne entre 2005 et 2007. Pour la France ce sera en 2006, mais avec une année d’expérimentation en 2005.

  • DELFOSSE Claire, LASSAGNE Didier, « Le terroir et sa gastronomie facteurs de développement local », Cafés géographiques, Rubrique Les Comptes Rendus, 13 juin 2017.

http://cafe-geo.net/terroir-gastronomie-facteurs-de-developpement-local/

On note un regain d’intérêt pour alimentation et l’identité des territoires dans un contexte de globalisation et d’hyper-mobilité des populations. Ceci a d’ailleurs contribué à une véritable déconnexion entre l’acteur économique et son territoire, entre le mangeur et son terroir.

D’où cette question : au regard du passé et des projections sur l’avenir, en quoi le terroir est-il en mesure de contribuer au développement local ainsi qu’au rayonnement des territoires ?

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Billet d’humeur, brevet 2018 : une géographie simpliste et parisiano-centrée ! Denis Wolff.

A l’épreuve d’histoire-géographie du brevet 2018, cette carte de France a été fournie aux candidats qui devaient la colorier et la compléter. Sans s’embarrasser de subtilité (on est au brevet !), la France métropolitaine est ici divisée en deux catégories elles-mêmes subdivisées en deux. Hormis les territoires ultramarins, la France se retrouve donc divisée en quatre ! La géographie est vraiment une merveille de simplicité ! Que ceux qui ont de mauvais souvenirs avec l’apprentissage des départements se réjouissent, aujourd’hui tout est limpide ! Cependant certains s’interrogeront sur l’utilisation des termes territoires et espaces : pourquoi les uns sont dynamiques alors que les autres sont en difficulté ? On pourra même se demander quelle logique préside à l’insertion d’un terme ou de l’autre dans la légende de la carte…

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Un peu de pédagogie géographique sur Internet, Roland Courtot.

Avant les vacances, et sans vouloir vous dégoûter à l’avance des plages et de l’eau bleue, voici quelques images du site https://remonterletemps.ign.fr, qui est un outil efficace pour le géographe (et pas seulement !).

Cette chronique est partie d’un article de la presse au titre évocateur « Au Havre, une falaise recrache ses déchets dans la Manche » …terrible, évidemment ! (https://www.lemonde.fr/planete/article/2018/05/30/au-havre-une.., Le Monde, 31 mai 2018).

Je suis donc allé voir sur le site de l’IGN cette fameuse falaise à Dollemard, dans la banlieue nord du Havre, et j’ai comparé deux photographies aériennes disponibles à 60 ans de d’intervalle : 1955 et 2015. Sur l’écran partagé en 2, le curseur de la souris se dédouble en flèche d’un côté et en croix de l’autre. Si les deux images sont bien calées géodésiquement (et théoriquement elles doivent l’être), les deux curseurs se sinuent au même endroit sur chacune des deux photos. On peut donc visualiser en direct le déplacement dans le temps d’un phénomène géographique linéaire, par exemple, ici, le pied du versant de la falaise (la limite terre-mer qui fluctue ici avec les marées serait plus difficile à comparer), et repérer les zones ou la terre « avance » et celles ou elle « recule ».

1955 | 2015

Les curseurs étant quelquefois « fantasques » sur l’un ou l’autre écran, j’ai pointé avec la croix la position du pied de versant en 1955 sur la photo de 2015 : elle se trouve au milieu d’un grand renflement de la partie inférieure de la pente, qui créé un bombement, une avancée du pied de la pente sur la plage sur plusieurs centaines de mètres du nord au sud.

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Dans ma salle de classe, quelle géographie ! Représenter l’espace de la classe, Bénédicte Tratnjek.

Dossier proposé à l’occasion de l’exposition Change ta classe ! (14 février / 18 mars 2013, Cité de l’architecture & du Patrimoine, Paris) qui présente les travaux de neuf classes marocaines, tunisiennes et béninoises « dont l’objectif est d’une part de transformer la classe en espace de création et d’autre part de sortir de la typologie des lieux scolaires en proposant un réel espace de qualité : pour la lecture, l’écriture, les arts plastiques… ».

En 1936, Pierre George signe un article sur « Les premiers éléments de la géographie par l’expérience »[1] dans le tout premier numéro de L’Information géographique : le ton est donné pour cette revue qui publie depuis 1936 sur l’approche pédagogique de la géographie : « l’enseignement de la géographie seul nous intéresse »[2]. Pierre George consacre ainsi aux résultats proposés par Miss Sanders aux conférences d’Oxford pour « constituer dès les premières années scolaires une “expérience géographique” qui permette aux élèves d’utiliser ultérieurement, en connaissance de cause, les matériaux qui seront mis entre leurs mains, cartes, croquis, diagrammes, etc. et qui leur fournisse une réserve de points de comparaison éminemment expressifs pour eux »[3]. Appel entendu par de nombreux enseignants, dont la synergie a fait émerger de beaux manuels scolaires tels que le Géographie à vivre[4] pour le CM2. En tout premier lieu de cette « expérience géographique » comme préparation à l’enseignement de notre discipline : la salle de classe. Référent spatial pour les élèves, la salle de classe n’a depuis pas démérité, et entre par la grande porte dans les programmes scolaires !« Les salles de classe comptent parmi les rares locaux dont chacun d’entre nous a une expérience personnelle, et leur arrangement peut sembler d’une évidence si familière qu’on serait tenté de le croire universel et intemporel »[5]. L’espace de l’élève participe de la compréhension du rôle et du fonctionnement de la géographie comme discipline scolaire. Mais, derrière la porte, quelle(s) géographie(s) pour et dans la salle de classe ?

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