L’hiver au Siècle d’or hollandais, par Alexis Metzger.

Alexis Metzger au Flore. Photo M. Huvet-Martinet

Mardi 4 avril, au café de Flore, Alexis Metzger (A.M), Docteur en géohistoire, est notre invité pour une soirée originale et fort agréable de géoclimatologie culturelle autour de L’hiver hollandais au Siècle d’or, titre de son ouvrage paru en 2019, fruit de sa thèse sur le froid au Siècle d’or hollandais *. Michèle Vignaux est l’animatrice de ce café. Compte rendu rédigé par Micheline Huvet-Martinet .

Les Provinces-Unies dont l’indépendance est proclamée en 1648 sous le statut de république, à l’issue de longues guerres d’indépendance, sont alors délivrées du joug espagnol et connaissent une période de stabilité politique, de croissance démographique et de fleurissement culturel et économique grâce notamment à la prospérité de leur commerce maritime. Les peintres de la Hollande (principale province des Provinces-Unies), se mettent à représenter l’hiver comme on ne l’avait jamais vu, alors que la Hollande, connait quelques hivers froids ou ressentis comme tels. A.M interpelle les sources de l’histoire du climat derrière le grand initiateur qu’a été E. Le Roy Ladurie, pour nous proposer une lecture géohistorique des œuvres d’art des maîtres hollandais.  

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Le rêve d’un monde unifié ? Par Stéphanie Sauget.

Conférence de Stéphanie Sauget, Musée d’Orsay 5 avril 2022 : Histoire sensible du rétrécissement de l’espace-temps au XIXème siècle. Compte rendu de Claudie Chantre.

A l’heure où le musée d’Orsay entreprend une relecture de ses collections et de leur présentation au public et à l’invitation de ce même musée, le spécialiste d’histoire globale, Pierre Singaravélou a conçu un cycle de conférences pour explorer les « mondes d’Orsay ». C’est la sixième conférence du cycle « les mondes » d’Orsay. En insérant l’histoire de l’art du XIXème siècle dans un contexte global et d’histoire mondiale, ces conférences nous conduisent à regarder et à raconter, collectivement et autrement, les œuvres et les artistes du musée d’Orsay. En collaboration avec l’équipe de Conservation du musée dirigée par Donatien Grau, il s’agit de faire dialoguer les collections avec une forme de lecture géohistorique et ainsi de rénover le mode de lecture des œuvres des collections. (suite…)

« Géopolitique de l’art contemporain. Une remise en cause de l’hégémonie américaine ? », Natalie Obadia (Le cavalier Bleu, 2019), Maryse Verfaillie.

Géopolitique de l’art contemporain. Une remise en cause de l’hégémonie américaine ? Nathalie Obadia, Le Cavalier Bleu, 2019.

Le patrimoine d’un pays ne se résume pas à sa géographie ou à ses richesses naturelles, industrielles ou technologiques. Il est aussi constitué de son « aura » culturelle au-delà de ses frontières. Au XXIe siècle, l’art reste plus que jamais, un marqueur de puissance pour un pays, dans le sens géopolitique du terme. Certes, l’utilisation de l’art comme vecteur de puissance a toujours existé, mais ce sont les Etats-Unis qui l’ont perfectionné pour devenir ce que le professeur Joseph Nye, en 1990, a appelé « soft power », défini comme instrument d’influence avec des moyens non coercitifs.

Ce soft power a appartenu au Vieux Monde avant d’être approprié par les E-U après le 2GM. Aujourd’hui se sont les nouvelles puissances économiques qui le convoitent, dont la Chine.
Quelques chiffres donnent le tournis : le marché de l’art, en 2017, représente un volume de 63 milliards de dollars, dont les E-U, la Chine et le Royaume Uni représentent à eux seuls 83 %, laissant à la France 7% et à l’Allemagne 2%.

Le 11 mars 2021, une œuvre d’art numérique signée de Mike Winckelmann (ou Beeple) s’est vendue chez Christie’s 58 millions d’euros. C’est le 3e artiste vivant le plus cher du monde.
On reste bouche bée devant cette démesure, au royaume de l’art contemporain.

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« Quand les artistes dessinaient les carte » – Exposition des Archives Nationales. Michel Sivignon.

Les Archives Nationales présentent à l’Hôtel de Soubise jusqu’au 6 janvier 2020 une remarquable exposition intitulée « Quand les Artistes dessinaient les cartes ». Le tout grâce à la passion visible des deux commissaires pour leur objet, Juliette Dumasy et Camille Serchuk.

Cette exposition est d’un grand intérêt pour le géographe, mais aussi pour l’historien et plus généralement pour qui s’intéresse au rapport au paysage et à sa représentation graphique.

On pouvait  croire que tout ce matériel était connu. Or il est surprenant de constater que sur 97 cartes, 46 n’ont jamais été exposées, et 28 inédites (au sens de non publiées ou publiées de façon confidentielle). Cette exposition est donc d’abord le fruit d’une patiente recherche dans « l’océan des archives judiciaires ». Ce fut aussi l’occasion de leur restauration et de leur numérisation. (suite…)

Sajaloli Bertrand et Grésillon Etienne (dir.), Le Sacre de la Nature, Paris (Sorbonne Université Presses, 2019), Michèle Vignaux

SAJALOLI Bertrand et GRESILLON Etienne (dir.), Le Sacre de la Nature, Paris, Sorbonne Université Presses, 2019

Titre et image de couverture (le détail d’un tableau de Maurice Denis) peuvent tromper le futur lecteur sur la nature de l’ouvrage. Réflexion philosophique, esthétique, religieuse ? C’est aussi cela, mais c’est avant tout un ouvrage collectif dirigé par deux géographes spécialisés dans les relations entre homme et nature, entre religion et écologie.

Le livre paraît après un été caniculaire qui a redonné force et arguments aux mouvements écologistes qui prédisent l’apocalypse, et la consécration de Greta Thunberg comme icone mondiale de la défense planétaire. On pourrait donc évoquer un livre d’actualité. Mais l’objectif de Bertrand Sajaloli et d’Étienne Grésillon est d’appréhender les liens entre nature et sacré dans leur profondeur historique et leur diversité culturelle et géographique. Pour cela ils ont fait appel à plusieurs spécialistes des sciences humaines et même à des théologiens et ont demandé une préface à un historien qui a consacré son travail aux spiritualités médiévales, André Vauchez. Ce dernier définit bien la « nature » comme « construction sociale », mais ni la préface ni l’introduction des deux directeurs de publication ne donnent de définition approfondie des termes « sacré » et « nature »… En fait, il faut les 370 pages de l’ouvrage pour essayer de cerner leur(s) signification(s) dans le temps et dans l’espace.

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Peinture et géographie : rencontre avec Roland Courtot.

Exposé de la conférence-débat du 25 février 2017 avec Roland Courtot à l’Institut de Géographie de Paris.

La rencontre, programmée dans un des hauts lieux de la géographie française (une salle de cours de l’Institut de Géographie de la rue St Jacques à Paris) aurait pu s’appeler aussi « le Peintre et le Géographe », car l’exposé a porté autant sur les deux disciplines et leurs acteurs que sur les relations qu’elles entretiennent depuis longtemps. Cette invitation de la part de l’équipe des Cafés Géographiques s’inscrivait dans la continuité de la page web du dessin du géographe publiée le 1/2/2017 (http://cafe-geo.net/quelques-croquis-dexcursions-geographiques-au-debut-du-19eme-siecle/) et d’une rencontre antérieure avec le géographe aquarelliste Simon Estrangin (café géographique du 15 mars 2016, voir le compte rendu par Michel Sivignon : http://cafe-geo.net/simon-estrangin-et-la-geographie-sur-le-vif/).

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Les Saxons de Transylvanie : musique baroque et disparition d’une minorité, Michel Sivignon.
Eglise et village fortifié saxon de Harman, Transylvanie. (photosM.Sivignon)

Eglise et village fortifié saxon de Harman, Transylvanie. (photosM.Sivignon)

Un article du Monde (Dimanche 5 Juin-Lundi 6 Juin 2011) intitulé de manière maladroite « La musique baroque, identité roumaine » traite de la découverte, dans des églises abandonnées de Transylvanie (Roumanie) de partitions du 17° et 18° siècle, qu’un musicologue local, Kurt Philippi, s’emploie à sauver.

Les églises sont celles de la communauté saxonne de langue allemande installée là à partir du 13° siècle et convertie au luthérianisme au moment de la Réforme.

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