Où va l’Europe de l’Est ? Par Jacques Rupnik

Cafés géopolitiques du 9 mars 2020, Paris, animé par Henry Jacolin et Michel Sivignon, Compte rendu de 

De gauche à droite, Henry Jacolin, Jacques Rupnik et Michel Sivignon, au Café de la Mairie (Paris 3ème), lundi 9 mars 2020 (Photo de Jean-Pierre Némirowsky).

Une conférence remarquable par la qualité de l’information et par l’aisance pédagogique de Jacques Rupnik. Une des meilleures des cafés géopolitiques.

Jacques Rupnik, historien et politologue, est né à Prague. Il est titulaire d’un doctorat de l’Université Paris 1 en histoire des relations internationales et diplômé de russe à l’INALCO. Professeur à Sciences Po, il est directeur de recherches au CERI (Centre d’Etudes et de Recherches Internationales) Il a été conseiller du président de la République tchèque Vaclav Havel.

Ses derniers ouvrages parus :

Dans son introduction, JR remet en question le terme d’élargissement, car il ne s’agit pas d’un élargissement, terme mal accepté en Europe de l’Est, mais d’une unification. Autrement dit l’Europe de l’Est accepte mal d’être réduite à un rôle d’accessoire dont on va combler le retard.

2020 est un bon moment pour dresser un bilan de la période qui vient de s’écouler depuis 1989.

En effet c’est le moment où les certitudes communément admises à l’Ouest sont remises en question : l’élargissement est-il un bien en soi ? N’a-t-on pas péché par ignorance ou méconnaissance de la situation réelle des systèmes politiques de l’Est ?

J.R. se propose d’aborder les thèmes suivants :

  1. La question de la démocratie ou de la dérive antilibérale.
  2. La crise des migrants, occasion d’une divergence majeure
  3. Le clivage sur la libéralisation sociétale (Statut des femmes, LGBT, multiculturalisme). Débat sur ce que sont les valeurs européennes.

Sur tous ces points, JR propose d’utiliser la métaphore du verre à moitié plein ou à moitié vide, pour juger d’une situation. Autrement dit d’éviter les réponses simplistes.

Les aspects positifs

Pendant 15 ans, l’UE (au début la CEE) a été la référence pour les pays de l’Est, qui n’avaient qu’un objectif : adopter son modèle.

Mais, pour en juger, un rapide retour historique est nécessaire

a) la transformation politique

1989 met fin à la formidable expansion de l’URSS après 1945. En 1991, dissolution du Pacte de Varsovie, créé en 1955 qui unit militairement tous les pays de l’Europe de l’Est sous l’égide de l’URSS. Cette dissolution crée un grand no man’s land. Personne n’aime être dans un no man’s land. L’UE et l’OTAN ont fourni conjointement le cadre de substitution, car les pays de l’Est vivent dans l’obsession de la sécurité militaire : crainte de la Russie commune à la plupart des sociétés, facteur de consensus. Tout comme la transformation démocratique.

Il s’agit là pour l’UE d’un succès spectaculaire que l’on a aujourd’hui oublié.

b) la transformation économique

Depuis le début du XIXe siècle il n’y a jamais eu dans l’histoire de convergence aussi rapide. La plupart de ces pays étaient situés à l’intérieur d’Empires (Prusse puis Allemagne, Autriche-Hongrie, Russie, Empire ottoman).  Dans cet espace qui sera divisé en Etats-Nations domine une paysannerie archaïque par ses techniques et ses structures sociales, avec une seule exception, la Bohème qui concentre les 2/3 de l’industrie de la Double Monarchie. Et aussi les régions allemandes qui constitueront la D.D.R. La modernité est venue avec le Kulturkampf allemand.

En 1917 le communisme s’installe en Russie puis après 1945 dans l’Europe de l’Est. Il se présente comme un projet de modernisation économique et sociale. Il est fondé sur l’industrie lourde, charbon et acier. Du point de vue technique cela ressemble à ce qui se fait à l’Ouest (la CECA, Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier après 1945).

La croissance est forte dans les années cinquante et l’exemple fonde les progrès des partis communistes de l’Ouest. Mais cette économie dirigée par un appareil d’Etat connaît des limites et même des blocages.

La perestroïka de Gorbatchev enregistre cet échec.

Le projet européen constitue la troisième modernisation. Il a enregistré des succès extraordinaires du moins dans un certain nombre d’Etats. En Slovaquie par exemple la croissance a dans les années 2000 a parfois dépassé10% par an. En 25 ans, les convergences sont spectaculaires : le PIB par habitant de la Pologne dépasse désormais celui de la Grèce ou du Portugal.

Il s’agit donc d’une formidable transformation de ces pays, politique, sociale, économique.

Les aspects négatifs

Thème n° I : celui de la démocratie,

Le problème est celui de l’état de droit, surtout en Hongrie et Pologne, où des partis politiques conservateurs et antidémocratiques arrivent au pouvoir.

Le moyen de détruire le système démocratique prôné par l’Ouest : modifier la constitution. En Pologne, attaque en règle contre l’indépendance de la justice. Nouvelle loi en février 2020, qui remet en cause la procédure de nomination des juges. Nouvelle constitution en Hongrie. « L’état de droit a cessé d’exister en Hongrie » dit le président de la cour constitutionnelle. Sans compter la mise au pas des médias. On peut dès lors se poser des questions historiques : à l’Ouest les droits civiques sont acquis dès la fin du XVIIIe siècle, du moins dans certains pays. Pour faire vite, les droits politiques viennent au XIXe siècle puis les droits sociaux au XXe siècle.

La situation est très différente à l’Est. Est-ce un élément important d’explication ?

Thème n° 2 : de la crise migratoire à la question de la nation.

Le groupe de Višegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovaquie) fait référence à une union du XIV° siècle des royaumes de Pologne, Bohême, Hongrie contre les Habsbourg. Sa finalité initiale est de faciliter l’intégration de ces pays à la fois dans l’Union Européenne et dans l’OTAN. Ce qui fut fait.

Toutefois, depuis 2015 un fossé s’est creusé entre le groupe de Višegrad et les institutions européennes à propos du statut des migrants et de la décision de Bruxelles d’imposer à chaque pays de l’UE un quota de migrants, ce que le groupe refuse absolument. Dès lors le groupe s’est transformé en groupe d‘obstruction. Hostilité absolue à la politique d’accueil d’Angela Merkel. Ce qui s’est traduit par la construction d’obstacles physiques impossibles à franchir pour les migrants venant des Balkans : murs ou barbelés autour de la Hongrie.

Un élément d’explication tient au fait que les Etats de l’Europe de l’Est ont vu leurs frontières modifiées brutalement plusieurs fois, à l’issue des deux guerres mondiales, par exemple .la Hongrie et la Pologne. La politique migratoire leur apparaît comme une remise en cause de la légitimité de leurs frontières et de la nécessité de les contrôler. Les Hongrois : « Sans le mur que nous avons construit nous serions devenus comme Marseille ! »

Un exemple des incertitudes : le statut de Czernowitz, actuellement en Ukraine occidentale : capitale de la province autrichienne de Bucovine à l’intérieur de l’Autriche-Hongrie jusqu’en 1919, avec une importante minorité juive de forte culture allemande. En Roumanie de 1919 à1940.

De 1940 à 1944, occupation roumaine et allemande. Annexée à l’URSS en 1945. Puis dans l’Ukraine indépendante après 1989. Que signifie ici l’identité nationale ?

Thème n° 3 :   Divergence sur les questions sociales et sur la question de la civilisation.

Vaclav Havel parle de « civilisation européenne ». Mais le contenu est-il le même à l’Est et à l’Ouest ? Il y a une divergence sur le multiculturalisme, dont l’Est ne veut pas.

L’Europe de l’Est est en porte-à-faux sur la question féministe, sur le statut du genre (LGBT).

Pour beaucoup de questions, il y a une dissonance Est-Ouest. Par exemple sur l’antisémitisme, dont on ne parle pas en Pologne. Ne pas oublier que les frontières ont été fermées pendant 45 ans et que les débats que nous avons connus à l’Ouest n’ont pas eu leur équivalent à l’Est.

1989 marque l’arrivée d’une forme de mondialisation.

Mais le fond politique est profondément conservateur. Ce qui provoque une division politique majeure en Pologne, Hongrie, Roumanie, République tchèque.

En revanche, l’opinion publique est profondément pro-européenne : tous les sondages le montrent. Les ¾ des Polonais font confiance à l’UE. Elle est un garde-fou. Le Brexit sert de repoussoir : c’est ce qu’il ne faut surtout pas faire.

Mais en même temps constitution d’un front nationaliste en Europe où beaucoup à l’Est se retrouvent, qui s’appuient sur un vent favorable à l’extrême droite.

 Questions des auditeurs de la conférence :

Plusieurs questions sur la démographie, sur la corruption (qui ne sera pas traitée ici), sur la réaction au réchauffement climatique ;

La démographie

 Baisse considérable de la natalité, qui est globalement plus faible qu’à l’Ouest (avec des nuances) Surtout migration des jeunes ; La Bulgarie se retrouve avec 7 millions d’habitants au lieu de 9 en 1990. Très faible population des Etats baltes. Migration des Polonais en Grande-Bretagne. En même temps, le manque de main d’œuvre, compte tenu de la surchauffe économique, aboutit à une forte immigration surtout en provenance d’Ukraine de Biélorussie, de Russie. Sait-on qu’en 2018 le nombre de permis de séjour accordés aux immigrants extérieurs à l’UE a été plus élevé en Pologne (635.000) qu’en Allemagne (543.000) ?

Le réchauffement climatique n’est pas perçu avec la même urgence à l’Est. La Pologne continue à compter sur la houille et le lignite pour accroître sa production d’électricité.

Ces notes ne sont pas exhaustives, tant le contenu de la conférence a été riche.

Michel Sivignon et Henry Jacolin pour les cafés géopolitiques, 22 Mars 2020.

 

 

 

 

Barbara LOYER, Géopolitique. Méthodes et concepts

Barbara Loyer, Géopolitique. Méthodes et concepts, collection Cursus, Armand Colin, 2019

Agrégée de Géographie, Barbara Loyer est professeur à l’Institut Français de Géopolitique qu’elle a dirigé de 2010 à 2018. Elle y est responsable de la spécialisation sur l’approche géopolitique du risque. Elle est également membre du comité de rédaction d’Hérodote. Spécialiste de la géopolitique de l’Espagne, ses réflexions portent également sur l’Europe et l’Union européenne. Elle pilote la construction d’un consortium Erasmus Mundus spécialisé dans l’analyse géopolitique pluridisciplinaire des conflits en Europe.

La géopolitique, un terme qui désigne un savoir géographique

Son ouvrage « Géopolitique » publié chez Armand Colin en mars 2019 dans la collection Cursus, se propose de travailler sur un terme qui jouit d’un véritable engouement et qui, même s’il est employé dans toutes les disciplines, désigne avant tout un savoir géographique. Conçu comme une initiation au raisonnement géopolitique, il s’adresse aux étudiants en Géographie, en master de Géopolitique et à ceux des classes préparatoires littéraires. La géopolitique faisant son entrée au lycée dès la rentrée 2019, il peut aussi être une aide précieuse pour les professeurs du Secondaire.

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« Après les frontières ? » par Valéry Pratt,

« Après les frontières ? » tel était le titre café géo qui s’est déroulé le jeudi 21 Mars 2019, au café librairie BD Fugue du Centre Bonlieu d’Annecy. Valéry Pratt, professeur de Philosophie au lycée Berthollet d’Annecy, s’est attelé à la question en s’interrogeant notamment sur la manière par laquelle on pourrait penser la frontière dans un contexte de mondialisation. La transdisciplinarité était à l’œuvre lors de ce rendez-vous. Compte rendu de Valéry Pratt,

Philippe Piercy, professeur de Géographie au lycée Berthollet d’Annecy ouvre cette conférence-débat en qualifiant la frontière de « fait social total » (Mauss), qu’aucune discipline ne peut s’approprier en exclusivité, et en soulignant la précocité de l’étude géographique de la frontière. En effet, explique-t-il, la frontière a très tôt fait l’objet d’une étude géographique. La géographie académique du XIXème siècle s’est davantage intéressée à la question des frontières interétatiques particulièrement à travers l’invention de la Géopolitique par Ratzel, dont l’expression « espace vital » devient centrale chez Karl Haushofer. Selon Philippe Piercy, la Géographie adopte deux grandes directions d’étude de la frontière. La première s’intéresse à la ligne, sa genèse, ses supports, ses marquages, et traduit la conception tardive de la frontière comme ligne, qui apparaît sous la Révolution française, avec une frontière entendue comme naturelle. Dans une autre direction, les géographes s’intéressent à la zone frontalière entendue comme le terrain d’un ensemble d’effets de la proximité frontalière ; la limite de souveraineté se traduit en effet par un ensemble de différentiels (économiques, juridiques, culturels…) dans la proximité géographique, constituant la notion de « l’effet-frontière », entre porosité et étanchéité, continuité et obstacle. Avant de laisser la parole à Valéry Pratt, Philippe Piercy conclut : « Qu’elle joue comme barrière ou comme charnière, comme coupure ou comme suture, la frontière ne disparaît jamais ». La formule laisse donc entendre que la frontière est enracinée, comme une « mémoire » du territoire, tant dans l’espace que dans nos représentations, ce qui interroge sur un « après », ou un au-delà.

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La géopolitique pour les nuls : comprendre le Moyen-Orient par les cartes, par Pascal Orcier.

Pascal Orcier Cartographe et géographe, Festival Vagamondes  la Filature de Mulhouse samedi 12 janvier  2019. Compte rendu de Françoise Dieterich.

Le Moyen-Orient fait référence au mystère, à l’exotisme et on l’a parfois surinvesti. Mais il est   souvent défini de l’extérieur. D’où vient ce nom de Moyen-Orient ?

En 1914, l’empire ottoman était encore puissant, contrôlant l’Anatolie et le Proche-Orient tel que vu par les Français et qui comprenait les régions de l’Iran à la Palestine. Pour les Anglais, le Moyen-Orient est la zone séparant l’Europe du monde indien, une zone intermédiaire allant de l’Iran à l’Égypte englobant la péninsule arabique et la Turquie. Il fallait contrôler cet espace qui va se singulariser. Après les accords Sykes&Picot de 1916, le Moyen-Orient va s’insérer dans le grand jeu mondial avec des acteurs limités au départ : ottomans, français, anglais et russes, des acteurs beaucoup plus nombreux aujourd’hui.

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Israël, l’obsession du territoire, avec Julieta Fuentes-Carrera, Philippe Subra.

Café géographique de Paris, 18 décembre 2018, animé par Daniel Oster, compte rendu de Mélanie Le Guen

Tout droit venue de Mexico où elle enseigne, Julieta Fuentes-Carrera est accueillie par Daniel Oster, qui, en guise de présentation, brandit haut son livre, qui donne son titre au Café de ce mardi 18 décembre : Israël, l’obsession du territoire, publié chez Armand Colin en 2018. Sous-titré Aménagement et géopolitique en Israël et en Cisjordanie, il s’agit de la version grand public de sa thèse préparée et soutenue en 2013 à l’Institut Français de Géopolitique de l’Université Paris 8. Philippe Subra, qui a collaboré à l’ouvrage, y travaille également. Spécialiste de la géopolitique de l’aménagement du territoire, il apportera à l’intervention un regard nourri de ses propres exemples français et européens, et une mise en perspective de cette somme à la fois récente et colossale.

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Iran, le retour sur la scène internationale d’une grande nation, par Bernard Hourcade.

Conférence de Bernard Hourcade, suivie d’un débat à l’Institut de géographie, samedi 27 janvier 2018, organisée par Les Cafés géographiques. Compte rendu de Maryse Verfaillie.

Bernard HOURCADE (n. 1946) est géographe, directeur de recherche émérite au CNRS. Ancien directeur de l’Institut Français de Recherche en Iran pendant la révolution islamique (1978 – 1993), puis fondateur et directeur de l’équipe de recherche CNRS « Monde iranien » (1993-2005), il a effectué, souvent en collaboration avec ses collègues iraniens, des recherches sur les conséquences politiques des transformations de la société iranienne, la ville de Téhéran et la géopolitique de l’Iran. En dehors de cercles universitaires, il intervient dans les médias et les think tanks sur les questions touchant à la géopolitique de l’Iran aux rapports entre politique, territoire et société en Iran.  Bernard Hourcade est agrégé (1969) et docteur en géographie (Paris-Sorbonne, 1975).

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Métropole du Grand Paris : que peuvent changer les élections régionales ? Par Simon Ronai et Nicole Sergent

Compte rendu du Café géopolitique qui s’est tenu au Café de la Mairie, Paris 3e, le 9 novembre 2015

Présentation des intervenants : 

  • Simon RONAI, Consultant en aménagement urbain, Simon RONAI est agrégé de géographie et diplômé de Sciences Po. Il intervient dans plusieurs régions et est impliqué dans les réflexions sur la métropole du Grand Paris depuis 2001.
  • Nicole SERGENT, Membre du Conseil Économique, Social et Environnemental Régional d’Île-de-France (CESER) et rapporteur de l’avis de ce dernier sur la Métropole du Grand Paris en date du 22 octobre 2015.

« La Métropole du Grand Paris (MGP) entrera officiellement en vigueur à partir du 1er janvier prochain. Évoquée depuis des décennies, sa construction fût semée d’embûches. Mêlant dossiers techniques et projets politiques, la définition des contours et des compétences de la MGP a été l’objet de féroces rivalités entre les différentes parties prenantes du projet (élus locaux, partis politiques, personnalités politiques, associations d’élus). Hasard des modifications du calendrier électoral, les Franciliens devront se prononcer sur la composition de leur futur exécutif régional quelques semaines avant l’entrée en fonction de la MGP. Les enjeux concernant la mise en place du Grand Paris et la division des compétences entre la nouvelle Métropole et le conseil régional d’Île-de-France se révèlent éminemment géopolitiques. Au cours de ce débat, nous reviendrons sur les diverses stratégies des uns et des autres ayant influencé la création de la MGP avant de nous intéresser, actualité oblige, plus spécifiquement aux enjeux des prochaines régionales en Ile-de-France. »

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Notre-Dame-des-Landes, Sivens, Roybon : quand l’aménagement sème la discorde en France ! Introduction de Delphine Papin, avec Philippe Subra et Marine Attané.

Compte rendu du Café géopolitique qui s’est tenu au Café de la Mairie, Paris 3e, le 1er juin 2015,

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Après avoir rappelé que l’analyse du territoire représente l’élément de base de la géopolitique, Delphine Papin précise que cette analyse peut aussi être effectuée à un niveau national voire infranational. On parle alors de géopolitique locale. Un des objectifs de cette « spécialité » développée par l’Institut Français de Géopolitique (IFG) est d’analyser les rivalités de pouvoir à l’échelle locale, et ainsi de se donner la possibilité de s’intéresser non plus seulement aux enjeux mondiaux mais aussi aux questions françaises et territoriales. Les sujets du découpage des régions, des élections, des politiques publiques, du logement, etc. sont autant de thèmes qui pourront être abordés dans le cadre des futurs cafés géopolitique locale.

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Peut-on toujours parler de civilisations ? Huntington, vingt ans après, avec Georges Prévélakis et Christian Grataloup.

Café géographique au Flore, 14 avril 2015. Avec Georges Prévélakis (Paris 1) et Christian Grataloup (Paris 7). Animé par Michel Sivignon Compte-rendu : Olivier Milhaud.

Michel Sivignon introduit la soirée en présentant les invités, Georges Prévélakis ambassadeur de la Grèce auprès de l’OCDE et Professeur de géographie à Paris 1 et Christian Grataloup Professeur émérite de géographie à Paris 7. Georges Prévélakis a travaillé la notion de civilisation, d’aire culturelle, appliquée au vaste ensemble à cheval sur l’Europe et l’Asie antérieure. Il a ainsi animé un numéro de la revue Anatoli « Géopolitique des civilisations. Huntington, 20 ans après » (n°4, 2013). Christian Grataloup a travaillé ces dix dernières années sur la division spatiale du monde en termes de culture, de civilisation, d’histoire, et s’est fait le promoteur de la notion de géohistoire, distinguant les métiers (géographes et historiens) et les sciences (géographie et histoire).

L’occasion qui réunit ce café est la thèse de Samuel Huntington défendue dans « The Clash of Civilizations ? » (article paru dans Foreign Affairs en 1993, puis un livre sans le point d’interrogation The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order en 1996, traduit en français par Le Choc des civilisations). A l’époque, face au libéralisme triomphant (fin de l’URSS et conversion de la Chine à l’économie de marché), il n’y a plus d’ennemi aux Etats-Unis. Le livre de Huntington apparaît comme une lecture des affrontements à venir, dépassant la logique Est-Ouest, bloc contre bloc : un affrontement multipolaire, non plus entre des idéologies issues du marxisme ou s’y opposant, mais entre des idéologies aux racines culturelles qu’il appelle civilisations. Est-ce que le terme  civilizations des anglophones est identique aux termes de civilisations et d’aires culturelles en français, de Kultur en allemand, Civiltà en italien ? Ce n’est pas qu’un problème sémantique. La question a été posée dès 1987 par F.Braudel (Grammaire des civilisations) Est-ce que le terme peut faire partie de notre outillage géographique, permettant de se situer dans l’espace ? Est-ce que véritablement le monde dans lequel nous sommes a fait une croix sur les oppositions socio-économiques pour y substituer des oppositions culturelles structurantes ? Par ailleurs la notion de civilisation est-elle cartographiable et localisable ?

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Le Moyen Orient : épicentre de l’arc de crise, par Fabrice Balanche.

A l’occasion de la sortie du dernier numéro de la Documentation Photographique qu’il a consacré à la « Géopolitique du Moyen-Orient », les Cafés Géo de Lyon accueillent le 5 novembre 2014 Fabrice Balanche, Maître de conférences à l’Université Lyon 2 et membre du GREMMO, qui revient sur les crises qui agitent les pays du Proche et du Moyen-Orient. Cette intervention a pour ambition d’éclairer ce sujet d’actualité, très – voire trop – médiatisé, de façon à en faire ressortir les acteurs, leurs objectifs et leurs moyens d’action. Compte-rendu réalisé par Franck Ollivon

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