Café Géo du 14 janvier 2015. Pour ce premier Café géo de 2015, nous accueillons Christian Grataloup, professeur de géographie à l’université Paris-Diderot, qui se fait une joie de retrouver ses racines lyonnaises pour l’occasion. Spécialiste de géohistoire et membre de l’UMR Géographie-Cités, il est l’auteur notamment de L’invention des continents (2009) et d’une Géohistoire de la mondialisation (2010) et vient de diriger avec Gilles Fumey, la publication de l’Atlas Global (paru en novembre 2014). Compte-rendu réalisé par Marie-Hélène Chevrier
Compte Rendu du café géographique de Saint-Brieuc, 21 novembre 2014, compte rendu rédigé par Christiane Barcellini et Chantal Houy,.
Florence Gourlay est maître de conférences à l’Université de Bretagne-Sud (Lorient). Elle est responsable du master « Aménagement et Développement des territoires maritimes et littoraux ». Ses travaux de recherche portent sur la recomposition des territoires dans un contexte de mondialisation. Ses territoires de recherche sont essentiellement le pays de Lorient et la Région Bretagne. Elle est l’auteur, avec Ronan Le Délézir, lui aussi maître de conférences à l’Université de Bretagne-Sud, d’un ouvrage « Atlas de la Bretagne, les dynamiques du développement durable » dans la collection autrement. Compte rendu de Christiane Barcellini et Chantal Houy.
Notre intervenante se propose à partir du sujet « La Bretagne demain : quels enjeux, quels territoires pour agir ? » de mener, non pas un exercice de prospective mais une réflexion sur l’intégration par les territoires bretons des logiques de la société-monde contemporaine.
Demain, c’est une projection d’éléments présents que l’on considère aujourd’hui comme potentiellement structurant dans un avenir plus ou moins proche. Ainsi en est-il, par exemple, du changement climatique avec pour conséquence l’élévation du niveau de la mer et la nécessaire adaptation des sociétés. Demain, c’est un probable mais aussi un possible, une perspective qui interpelle, qui mobilise, qui suggère une possibilité d’actions. Demain est en quelque sorte un système complexe d’atouts, de contraintes et d’opportunités.
Transition énergétique, crise systémique mais aussi développement durable, termes qui nous sont familiers…reflet d’un des paradoxes de notre époque, celui d’avoir l’ambition de construire des politiques du durable dans une période de mutation, ce qu’Edgar Morin appelle des antagonismes complémentaires, c’est-à-dire des phénomènes qui pris séparément s’opposent mais qui participent à une même dynamique.
Les territoires, eux aussi peuvent relever d’antagonismes complémentaires (métropolisation/décentralisation, uniformisation/différenciation…)
Trois questions se posent alors. Quelle société demain? Quel projet de société? Quels territoires d’action pour la Bretagne ?

Bird People, Pascale Ferran, 2014, France.
Il faut changer d’échelle pour modifier son regard ou, plutôt, multiplier les échelles d’observation pour épuiser la connaissance et la compréhension d’un lieu. Un beau texte de Michel de Certeau rappelle la nécessité de descendre du gratte-ciel pour se mêler à la foule, d’abandonner la vision zénithale, la position d’Icare, pour se mêler aux promeneurs et (re)découvrir la ville à hauteur d’homme, avec ses micro-événements, ses petites bousculades. C’est à ce genre d’exercice de va-et-vient entre points de vue et entre échelles que nous convie Bird People, par une suite d’artifices permettant d’épuiser un lieu aux ramifications spatiales infinies, ce connecteur mondial qu’est l’aéroport de Roissy.

La lingerie est un secteur économique qui se porte bien à l’échelle mondiale (Source : L’Express.fr)
Cette année encore, le 13 novembre 2013 à New York, le défilé de la marque de lingerie californienne Victoria’s Secret a été l’occasion d’un grand show à l’américaine avec casting de rêve et mise en scène spectaculaire, une véritable célébration des sous-vêtements parmi les plus affriolants. Dans quelques semaines, en janvier 2014, cette fois-ci à Paris, le Salon international de la lingerie réunira pendant trois jours de très nombreux professionnels du secteur tout en drainant un important public de visiteurs. Dans notre monde globalisé, le marché de la lingerie se porte bien et même très bien, en France comme dans le monde.
Si la mondialisation est devenue incontournable pour appréhender les mutations du monde actuel, il n’est pas toujours aisé de se retrouver dans le maquis, parfois bien confus, des définitions et des notions telles que la mondialisation et la globalisation, sans parler des hypothèses formulées par les chercheurs et des controverses suscitées par la dynamique mondialisante.
1– Est-il possible de définir et de dater la mondialisation ?
Le développement du capitalisme libéral depuis le XIXe siècle se traduit par une expansion géographique continue mais contrariée par les guerres mondiales, le colonialisme et le socialisme. Dans le dernier quart du XIXe siècle, l’internationalisation des échanges ne connaît quasiment plus de limites spatiales. La mondialisation contemporaine favorise la convergence des prix, homogénéise les marchés locaux en un seul marché unique, intégré. Ce qui n’existait à aucune autre époque d’élargissement des échanges, ni à la Renaissance, ni au début du XXe siècle. Sans doute est-ce la raison de l’apparition du terme « mondialisation » en 1961 dans sa version anglaise de « globalization », un terme qui ne s’est imposé véritablement qu’au début des années 1980, il y a donc 30 ans environ. Un terme aujourd’hui dont le contenu fluctue selon les utilisateurs qui l’emploient. A cela plusieurs raisons :
- La traduction française du terme anglais « globalization » hésite entre « mondialisation » et « globalisation ».
- La mondialisation est un processus, à la fois inédit et en évolution constante.
- L’idée reçue d’un phénomène essentiellement économique, associé au triomphe du capitalisme néolibéral.
- Les jugements de valeur, écartelés entre ceux qui l’encensent et les autres qui l’accusent de dérives préjudiciables à des territoires et des populations considérables, voire à l’ensemble de la Terre sur le plan environnemental.
64me café de géographie de Mulhouse (Campus de la Fonderie, 20 mars 2013), avec Laurent Carroué, Inspecteur Général . Ancien Professeur de géographie. Université de Paris VIII. Notes: Françoise Dieterich.
La pression humaine : la durabilité de nos modèles de développement en débat
La croissance démographique est un des premiers éléments d’explication de la redistribution des cartes car la présence de plus de 6 milliards d’hommes, inverse les équilibres. Les pays développés stagnent sur le plan démographique, la croissance vient à 90% de la vitalité des Suds.
Pour cette rentrée 2006 qui s’ouvre à Saint-Dié sur l’Amérique, Gilles Fumey prévient : la géographie de l’argent et de la finance peut donner une idée de la position de l’Amérique dans le monde aussi bien qu’une géopolitique des Etats. Un sujet qui n’a pas intéressé beaucoup de géographes depuis Jean Labasse. Pourtant, quelle leçon que ce fordisme planétaire !

