Spilliaert et les espaces d’Ostende – Exposition Spilliaert, lumière et solitude, Musée d’Orsay. Claudie Chantre.

Les Galeries royales, Léon Spilliaert, vers 1908. Lavis d’encre de Chine, pinceau et crayon de couleur sur papier. Collection particulière

La dernière exposition importante consacrée à Léon Spilliaert en France, a eu lieu il y a quarante ans au Grand Palais. Au musée d’Orsay, l’exposition Léon Spilliaert, prévue initialement du 13 octobre 2020 au 10 janvier 2021, n’est pas une rétrospective mais un coup de projecteur sur un aspect de son œuvre. Un exploit en période de Covid quand on connait l’extrême fragilité de l’œuvre de Spilliaert, composée de dessins à l’encre noire de Chine. Bien que nombre de dessins viennent de Belgique, certains sont inédits. Comme ceux de la Bibliothèque royale de Belgique, qui possède un fonds extraordinaire d’une centaine de dessins jamais montrés. Certains appartiennent à des collections particulières américaines mais aussi au Metropolitan Museum of Art de New York. L’exposition se concentre sur la période 1900-1919 qui compte les réalisations les plus percutantes et qui correspond à la période que couvre le musée d’Orsay. Anne Adriaens-Pannier, commissaire de l’exposition et Leila Jarbouai, co-commissaire de l’exposition et conservatrice au musée d’Orsay ont souhaité explorer les liens essentiels que Spilliaert entretenait avec la littérature francophone de l’époque, comme les écrits de Mallarmé, Maeterlinck, Verhaeren.  Léon Spilliaert reste peu connu hors des frontières belges, notamment en France, mais le musée d’Orsay a contribué à sa notoriété, par l’achat de deux œuvres ces dernières années (L’Autoportrait aux masques et Les Dominos) et par une exposition consacrée à ses autoportraits en 2007.Par un caprice du destin, celui que les critiques prédestinaient à une gloire certaine, et dont on trouvait les tableaux chez Stefan Zweig et Emile Verhaeren, a échappé à la célébrité. Ce papier n’a pas pour ambition de faire un compte-rendu de l’ensemble de l’exposition mais d’amener à une réflexion sur la partie consacrée aux paysages des « espaces d’Ostende » pour reprendre l’intitulé d’un des panneaux de l’exposition.

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Frontières des territoires, frontières de l’intime, Daniel Oster.

La crise sanitaire du coronavirus n’en finit pas de bousculer nos manières de vivre, nos habitudes et nos croyances. Alors que débute en France le deuxième confinement, dans un entretien au Figaro paru le 3 novembre 2020, l’écrivain-géographe Sylvain Tesson nous propose sa vision des frontières, celles des territoires comme celles de l’intime (suite…)

Altdorfer, pionnier du paysage autonome, Claudie Chantre.

Exposition Albrecht Altdorfer. Maître de la Renaissance allemande (du 1er octobre 2020 au 4 janvier 2021) https://www.louvre.fr/expositions/albrecht-altdorfer-maitre-de-la-renaissance-allemande

Prévue par le musée du Louvre au printemps 2020, l’exposition « Altdorfer, maître de la Renaissance allemande » avait dû être repoussée. Organisée en étroite collaboration avec le musée de l’Albertina de Vienne, l’exposition ambitionne de présenter pour la première fois au public français toute la richesse et la diversité de son œuvre peinte, dessinée ou gravée, en la replaçant dans le contexte de la Renaissance allemande. Elle est présentée du 1er au 4 janvier 2021. C’est une exposition substantielle de plus de 200 œuvres (14 tableaux sur les 55 peints par Altdorfer, de nombreux dessins, gravures de sculptures et objets), beaucoup venues d’Allemagne et d’Autriche. An sein d’un parcours chronologique, plusieurs sections thématiques viennent mettre en valeur les spécificités de son art. Ce compte rendu n’a pas pour ambition de présenter l’ensemble de l’exposition proposée par le Louvre mais de faire un éclairage sur la thématique « paysage ».

C’est la première exposition d’importance qui soit consacrée à Albrecht Altdorfer en France.

On peut parler d’un véritable événement car il s’agit de mettre en lumière un « outsider » et la France ne possède aucune de ses peintures dans ses collections publiques. C’est une véritable performance dans le contexte de la pandémie, de la moindre fréquentation du musée et compte tenu du fait que Altdorfer peignait sur de sensibles et fragiles panneaux de bois. Exposer un maître ancien, c’est savoir que l’on va se priver de chefs-d’œuvre. Il faut noter l’absence dommageable de deux pièces maîtresses : La Bataille d’Alexandre de la Alte Pinakothek de Munich et le polyptique de Saint-Sébastien de l’abbaye de Saint-Florian. Les commissaires, Hélène Grollemund, Olivia Savatier Sjöholm et Séverine Lepape, assument et compensent ces manques grâce à une accumulation d’œuvres qui méritent qu’on s’y attarde. L’ancienne Pinacotèque de Munich ne s’est pas séparée de La bataille d’Alexandre à Issus (1529) mais le chef-d’œuvre peut être vu sur écran. La venue des œuvres à Paris a tenu de l’exploit, les obstacles imposés par la situation sanitaire ayant pu être contournés grâce à une collaboration étroite avec les musées allemands et autrichiens et en particulier un partenariat exceptionnel avec l’Albertina de Vienne, un généreux prêteur.

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Une belle histoire de route dans les Ardennes, Amar Ounissi.

Le beau texte d’Amar Ounissi qui suit a été lu par son auteur devant les participants d’un voyage dans les Ardennes qui a eu lieu du 4 au 6 septembre 2020. Ce voyage a été organisé et préparé par Maryse Verfaillie, Marc Béteille et Michel Degré pour les adhérents de l’Association des Cafés Géographiques.

Le site de Revin, l’emplacement de « Passerelle théâtre » dont Amar Ounissi est le directeur. Source: https://www.gralon.net/mairies-france/ardennes/association-passerelle-theatre-revin_W081002113.htm

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Fuji, pays de neige, Claudie Chantre.

Jusqu’au 12 octobre 2020, le musée Guimet propose l’exposition « Fuji, pays de neige » qui poursuit une réflexion engagée par deux autres expositions du MNAAG (Musée des Arts asiatiques Guimet) :  Les paysages japonais de Hokusai à Hasui et Sur la route du Tokaido, présentées respectivement en 2017 et en 2019. L’affiche de l’exposition, présentée ci-contre, reproduit l’estampe Pèlerin devant le mont Fuji, une œuvre de Yashima Gakutei réalisée vers 1823. De l’estampe à la céramique, en passant par le textile et la photographie, le mont Fuji est l’acteur majeur, mais non unique, de cette exposition. Il laisse place, dans les dernières salles au thème de la neige ou plus exactement aux estampes de paysages enneigés.

 

LE MONT FUJI OU FUJI-SAN, UN SUJET MAJEUR DE L’ART JAPONAIS

De ses 3776 mètres, le mont Fuji est un cône parfait aux neiges éternelles qui domine Honshu, l’île principale de l’archipel nippon. C’est la dernière éruption volcanique de 1707-1708 qui a déterminé ses formes actuelles. Accompagné de sa particule honorifique (san) Fuji-san est un kami – une entité divinisée du shintoïsme – qui règne sur les esprits, le paysage et les arts au Japon. Il est au cœur de quelques-unes des séries d’estampes les plus célèbres de la période d’Edo (1603-1868). D’Edo à la période Showa, les références littéraires de ces estampes sont nombreuses. Le mont Fuji est aussi un des sites les plus photographiés du pays. Il a été inscrit en 2013 sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco au titre de lieu sacré et source d’inspiration artistique. Il est connu comme une montagne sacrée depuis le VIIème siècle, que ce soit dans le shintoïsme, la religion ancestrale du Japon, ou le bouddhisme. Pour les shintoïstes, le Fuji renfermerait un élixir d’immortalité qui, en se consumant, laisserait apercevoir de temps en temps un panache de fumée. Pour les bouddhistes, la forme du Fuji évoque un lotus à huit pétales autour d’un bouton blanc. Le symbolisme religieux de la montagne associé à la symétrie et la perfection de ses formes désigne le mont Fuji comme sujet de prédilection pour les artistes japonais. Représenté comme une nature changeante, il illustre alors la notion bouddhique d’impermanence.

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Pierre Soulages de Conques à Rodez : un apôtre du noir et de la lumière,  Maryse Verfaillie.

Abbaye de Conques, oculus de Pierre Soulages. © Maryse Verfaillie

Ses œuvres, d’emblée non figuratives, tranchent avec l’ambiance artistique de son époque. L’abstraction était certes dans l’air du temps, mais sous une forme construite.

Soulages, avec ses premières peintures sur papier, avec ses coups de brosse organisés en une forme qui se lit d’un seul coup, ouvrait une voie autre, qu’il n’allait cesser d’approfondir tout en tentant de nouvelles expériences picturales.

Le geste créatif du tableau, dit-il est plus important que le tableau. Il ajoute : « c’est du noir que surgit la lumière, alors la lumière viendra du tableau ».

Ses œuvres sont aujourd’hui présentes dans 90 musées dans le monde.

Soulages en quelques dates

1919 : naissance à Rodez.

1931 : sa visite de l’abbatiale de Sainte Foy à Conques est un choc pour lui. Il commence à peindre.

1938-39 : découvre le Louvre et la galerie Rosenberg, admire Cézanne et Picasso.

1947 : s’installe à Paris. Réalisation de Brou de noix sur papier et sur verre.

1954 : première exposition aux États-Unis où il est reconnu par la critique avant de l’être en France.

1960 : installe son atelier à Sète.

1967 : première exposition personnelle au Musée national d’art moderne.

1986-1994 : réalisation des vitraux de Conques.

2005 : donation de 500 pièces à la ville de Rodez, en vue de la création d’un musée Soulages.

2009 : grande exposition au Centre Pompidou.

2014 : inauguration du musée Soulages à Rodez.

2019 : pour ses cent ans, de nombreuses institutions lui rendent hommage.

2000-2020 : réalisation de très grands formats dans l’outrenoir.

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Et au bout, il y a Paris, Pierre-Louis Ballot.

Sur la route nationale 7, quelque part dans la Nièvre (Cliché : Pierre-Louis Ballot, 08 mars 2018)

Jeudi 08 mars 2018. Sur la RN7, quelque part dans la Nièvre. Fin d’une nouvelle journée de terrain.

Sur le chemin du retour, je ne peux m’empêcher d’effectuer un arrêt pour photographier la perspective offerte par la route ainsi que le paysage, auquel le jour déclinant donne des couleurs très particulières. Et puis, cela ne fait jamais de mal d’oublier pour un instant les prises de vue destinées à illustrer des aspects du travail de thèse.

Il faut dire aussi qu’en ce jeudi 08 mars, je parcours l’une des portions de la RN7 que je préfère.

La Nièvre… ses paysages, ses communes, ses panoramas… autant d’aspects qui éveillent en moi de multiples émotions, de la simple curiosité à une nostalgie exacerbée.

Mais c’est aussi parce que Paris n’est plus si loin. Paris, que j’aime tant arpenter.

Le tracé de la Nationale 7. Source: Les Echos Série Limitée

 

Lorsque l’on évoque la RN7, il est souvent question de sa destination, la Côte d’Azur. On se souvient alors des milliers de touristes qui, l’été, au cours des années 1950 et 1960, se lançaient à son assaut à bord de leurs automobiles.

Paris constitue le point de départ de cette route, à partir duquel on s’élance à travers une partie de la France, qui nous offre bien souvent les plus belles émotions géographiques qui puissent exister.

Mais, parfois, selon le sens et le motif du trajet, c’est Paris qui devient la destination de la RN7.

Quand on est sur la route, plus que l’arrivée, c’est le trajet qui constitue souvent le moment le plus enivrant. Sentir qu’on approche d’un lieu qu’on aime, où il nous tarde de se trouver…

Alors, quand je roule sur la RN7 en direction de Paris, arrive toujours ce moment où je sens que j’en approche. Et pour moi, sans que je ne sache réellement pourquoi, c’est dans la Nièvre que naît ce ressenti. L’impression d’éloignement fait soudain place à une impression de proximité.

Ce jeudi 08 mars, c’est la limite départementale avec le Loiret qui aura constitué ma « destination ». C’est toujours un peu frustrant de rouler vers Paris mais de savoir que je n’irai pas.

Ce jeudi 08 mars, sur ce chemin du retour, c’est Nevers qui allait constituer ma destination, avant de rentrer à Grenoble le lendemain.

Ce jeudi 08 mars, au moment où cette photo a été prise, la déraison aurait pu être plus forte que la raison. Et j’aurais pu ainsi faire demi-tour, parcourir cette ligne droite, traverser le Loiret, la Seine-et-Marne, l’Essonne… et arriver jusqu’à Paris.

Oui, au bout de la RN7, il y a Paris, et je crois bien que c’est l’une des choses que j’affectionne le plus sur cette route mythique.

Pierre-Louis Ballot, mai 2020.

 

Toulouse-Lautrec, Maryse Verfaillie.

Au Moulin Rouge, 1892, Huile sur toile, The Art institute of Chicago

Exposition « Toulouse-Lautrec – Résolument moderne » au Grand Palais, Galeries nationales du 9 octobre 2019 au 27 janvier 2020

Il suffit de prononcer le nom de Henri de Toulouse-Lautrec pour que la légende pointe son nez, toujours sulfureuse depuis plus d’un siècle. Le Grand Palais organise une nouvelle rétrospective cet automne (après celle de 1992) sur cet artiste inventif, portraitiste magnifique et prodigieux témoin de la vie sociale d’une fin de siècle désenchantée. Il meurt en 1901, acteur des grands bouleversements de l’art moderne, ni déclassé, ni maudit.

 

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Pourfendre les idées reçues sur le Moyen Age. Crimes et Justices au Moyen Age, Michèle Vignaux.

Exposition à la Tour Jean sans Peur, rue Etienne Marcel à Paris (jusqu’au 29 décembre 2019)

L’affaire est entendue. Le Moyen Age était une période barbare : les misérables pourrissaient pendant de longues années dans les cachots, les tortures usaient de l’eau, du fer et du feu, les pendus se balançaient par grappes à chaque carrefour. Romans et films nous ont effrayés avec des bourreaux à tête de Quasimodo et des sorcières transformées en torches vives. Et Michel Foucault y a apporté une caution scientifique dans Surveiller et Punir.

D’ailleurs les contemporains s’en portent témoins ! Enlumineurs comme Jean Fouquet montrant les pendus du gibet de Montfaucon serrés comme des jambons au séchoir ou poètes comme François Villon dans la Ballade des Pendus :

 

 

Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :

Quand de la chair, que trop avons nourrie,

Elle est piéça dévorée et pourrie,

Et nous, les os, devenons cendre et poudre.

(…)

La pluie nous a débués et lavés,

Et le soleil desséchés et noircis.

Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,

Et arraché la barbe et les sourcils.

Jamais nul temps nous ne sommes assis

Puis çà, puis là, comme le vent varie,

A son plaisir sans cesser nous charrie,

Plus becquetés d’oiseaux que dés à coudre.

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La tour qui ne prend pas garde… Michèle Vignaux.

 

La Tour Jean sans Peur à Paris © Michèle Vignaux

Paris n’aime pas les tours. Elle adule son caractère haussmannien et se méfie de toute construction qui dépasse les six étages. Les tours du XIIIème arrondissement sont considérées comme médiocres et tout projet de tour nouvelle, même proche du périphérique, suscite les pétitions indignées des riverains et de tous « les amoureux de la capitale ».

Bien sûr il y a des exceptions. Il y a celle qui se hausse du col au milieu du Champ de Mars, exploit d’ingénieur et non œuvre d’architecte, aussi célèbre que les pyramides égyptiennes malgré son jeune âge (moins d’un siècle et demi). Il y a aussi la Tour Saint Jacques, ni très haute, ni très large, mais qui a su faire de la place autour d’elle. La tour Montparnasse n’a d’attrait que pour les clients du restaurant du dernier étage. On ne parlera pas des tours de La Défense… des banlieusardes.

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