Pour une géographie des conflits au Viet Nam

Café géographique à Toulouse le 19.01.14
par Gabriel WEISSBERG, (Maître de Conférences, Géographie, Université Toulouse 2), Daniel WEISSBERG (Professeur des Universités, Géographie, Université Toulouse 2), Frédéric FORTUNEL (Maître de conférences, Géographie, Université du Maine).

Gabriel WEISSBERG :

Reprenant l’expression que le général De Gaulle a utilisée pour la France, on pourrait dire que « le Viêt-nam s’est construit par l’épée ». Rares sont les Etats dont l’histoire est jalonnée d’autant d’épisodes guerriers, à tel point que les conflits semblent constitutifs de l’affirmation nationale elle-même. A cette histoire guerrière établie dans la longue durée – la formation progressive du territoire national, « Nam Tiên » ou « Marche vers le Sud » a duré plusieurs siècles-, il faudrait ajouter les multiples conflits dynastiques, les oppositions entre principautés rivales, les révoltes paysannes récurrentes et les rébellions antifiscales endémiques. Près d’un siècle de lutte anticoloniale (jusqu’à Dien Bien Phu en 1954), et deux décennies de guerre impliquant les plus grandes puissances prolongent cette histoire tumultueuse. Et pour clore (provisoirement ?) cette énumération il faudrait rappeler les violents affrontements de 1979 avec la Chine, conséquences eux-mêmes d’une invasion du Cambodge, suivie de dix années de présence armée dans ce pays. Cette histoire –pour le coup vraiment « pleine de bruits et de fureur »- explique sans doute que le Vietnam soit aujourd’hui un théâtre de conflictualités multiples dont presque toutes s’enracinent, peu ou prou, dans ces héritages.

A ce stade, il serait commode de distinguer deux types de conflits : les conflits internes et les conflits qui résultent de la place et du rôle que le pays revendique dans son environnement régional. Mais cette distinction serait simpliste : les conflits fonciers liés au développement de l’hévéaculture et d’autres cultures pérennes par exemple s’expliquent largement par l’engagement actif du Vietnam dans la mondialisation depuis l’adoption de la politique d’ouverture et de modernisation (Doi Moi). Acteurs et enjeux sont donc multiples, à la fois endogènes et exogènes. L’ouverture d’un terrain de golf ou l’urbanisation des périphéries urbaines n’opposent pas seulement les paysans chassés de leurs terres et les bureaucrates chargés de leur expropriation au nom de l’intérêt national. Investisseurs singapouriens, grandes firmes transnationales, organisations multilatérales en charge de la coopération sont autant d’acteurs puissants quoique peu visibles. Et toujours, dans le gant du libre marché se glisse la main de fer du parti unique, même si, non sans mal, un embryon de société civile se constitue. Malgré la censure, internet ouvre quelques lucarnes sur le monde. La lutte pour la liberté d’expression et des pratiques religieuses, un combat de tous les jours, n’est jamais gagnée, jamais perdue. Ici ou là, des groupes informels se constituent de façon aléatoire pour dénoncer le bradage des ressources nationales (la bauxite), la corruption ou les bas salaires.

Pour le géographe, les conflits au Vietnam et autour du Vietnam sont difficilement lisibles. La perception et le traitement par les autorités vietnamiennes des revendications chinoises sur les archipels Spratleys et Paracels en offre une parfaite illustration. Si les droits nationaux sont clairement revendiqués dans les instances internationales (de l’ASEAN aux Nations-Unies), cela va de pair avec un contrôle étroit des manifestations intérieures, tolérées ou réprimées selon les circonstances. Ce traitement reflète, entre autres, l’état des rapports de force internes au sein des instances du pouvoir, une perception différenciée des possibles alliances régionales, une conscience claire de la dissymétrie des forces en présence, sans que l’on puisse dire ce qui l’emporte au fil du temps.

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Le Moyen Orient : épicentre de l’arc de crise. Fabrice Balanche,

A l’occasion de la sortie du dernier numéro de la Documentation Photographique qu’il a consacré à la « Géopolitique du Moyen-Orient », les Cafés Géo de Lyon accueillent le 5 novembre 2014 Fabrice Balanche, Maître de conférences à l’Université Lyon 2 et membre du GREMMO, qui revient sur les crises qui agitent les pays du Proche et du Moyen-Orient. Cette intervention a pour ambition d’éclairer ce sujet d’actualité, très – voire trop – médiatisé, de façon à en faire ressortir les acteurs, leurs objectifs et leurs moyens d’action.

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Le Cameroun, l’Afrique en miniature

En 1472, les Portugais avec à leur tête l’explorateur Fernando Pô arrivent sur les côtes du Cameroun et sont étonnés par les milliers de crevettes pullulant dans le fleuve Wouri. Ils baptisent cette terre inconnue des Européens « Rio dos Camarões », ce qui évolué en «Cameroun».  Au cœur de l’Afrique, proche de l’Équateur, le Cameroun combine à la fois tous les atouts et tous les problèmes du continent, au point qu’il est possible en s’intéressant au Cameroun, d’étudier dans un seul territoire, l’Afrique dans son ensemble.

Le poids des héritages coloniaux

Le Cameroun est revendiqué mais non exploité par les Portugais.  Au XIXème, les Allemands installent un comptoir de commerce près de Douala, ouvrant la porte à l’explorateur Gustave Nachtigal,  dont les expéditions permettent à Bismarck de déclarer le territoire comme protectorat allemand en 1884 sous le nom de Kamerun.

Cette appropriation est confirmée lors des conférences de Berlin en 1884-85 qui attribuent à l’empire allemand outre le Cameroun,  les actuels Togo, la Namibie, la Tanzanie et le Rwanda.  En 1911, en compensation du Maroc, le Kamerun allemand est agrandi par l’adjonction de territoires sous contrôle français leur ouvrant un accès au fleuve Congo. Au Cameroun, comme dans tous les territoires colonisés, on n’a jamais consulté les populations locales, mises devant le fait accompli.

Après 1918, la France et le Royaume-Uni se partagent les dépouilles de l’empire colonial allemand en Afrique. La France devient le tuteur mandaté par la SDN du Togo et du Cameroun en 1922. La langue française devient la langue véhiculaire, ce qui est à la fois un atout car une « lingua franca » facilite la communication et un handicap car elle fait disparaître certains parlers locaux et exclut ceux qui ne la maîtrisent pas.

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La place du stade dans la ville (Vidéo)

Retrouvez en vidéo le café géographique de Reims du 8 octobre 2014, sur le thème « La place du stade dans la ville », avec Vincent Gaubert (Université Paris-Sorbonne) et Jean-Pierre Caillot (président du Stade de Reims)

• Vidéo à visionner sur le site de l’université de Reims :
https://podcast.univ-reims.fr/videos/?video=MEDIA141016112125563

Habiter le monde

73ème Café de géographie de Mulhouse
Olivier Lazzarotti
Professeur de géographie à l’université de Picardie

Mulhouse, 2 octobre 2014

Le monde change, la géographie change.  Habiter, c’est un moyen de penser ce changement et les concepts qui le signalent. C’est au cœur de la transformation du monde et de la géographie

Le monde change on le sait. Les changements sont économiques, sociaux, écologiques géopolitiques, technologiques. La géographie des années 80 ne rend plus compte de ces nouveaux phénomènes qui impliquent une nouvelle manière de lire le Monde. Une partie des bouleversements qui concernent la géographie touche aux mobilités. Ceux qui bougent et ceux qui ne bougent. Ceux qui sont bougés, ceux qui font bouger. Tout le monde bouge. En se multipliant, les mobilités se diversifient : migrations internationales, déplacements touristiques, déplacements pendulaires etc. De ces mobilités émergent des types sociétaux spécifiques, les sociétés à habitants mobiles. Aborder le Monde par l’ « habiter » est l’un des moyens de prendre en compte ces transformations dont le tout constitue une révolution géographique sans précédent.

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L’axe Genève-Luxembourg-Panama ou la géographie économique des paradis fiscaux.

Café-géo liégeois du 23 mai 2014.

Intervenant : David Leloup, journaliste pour l’hebdomadaire M…Belgique.

La Suisse est le plus ancien et le plus important centre de gestion de fortunes : elle accueille la gestion de patrimoines depuis 1920. Dès 1934, la loi sur le secret bancaire y attire des capitaux. Après une période creuse (1945-1950), la période 1950-1980 fut l’âge d’or du monde de la finance. Ensuite, de nouveaux paradis fiscaux (Iles Caïmans, Jersey,…) vont concurrencer la confédération helvétique : pour éviter l’impôt des banques, des sociétés fictives (off-shore) sont créées dans les Caraïbes.

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Peut-on parler d’un système productif fromager ? Claire Delfosse.

Les Cafés Géo de Lyon accueillent ce mercredi 19 novembre à 18h à la Cloche Claire Delfosse, professeur de géographie à l’Université Lumière Lyon 2 directrice du Laboratoire d’Etudes Rurales sur le sujet « Peut-on parler d’un système productif fromager ? ». Auteure de La France fromagère (1850 – 1990) et d’Histoires de Bries, elle propose une lecture du fromage autour d’une question au programme du CAPES et de l’agrégation externes. Elle travaille sur les fromages dans une approche géohistorique, avec un intérêt fort pour les produits de qualité et le terroir. Pour commencer son intervention, elle montre des fromages mis en scène aux Halles Bocuse, lieu touristique lyonnais mais aussi espace d’achat et de consommation. La notion de filière n’est pas satisfaisante à ses yeux pour parler des fromages. Dans une perspective géohistorique, cette notion est trop linéaire car elle sous-entend un échange du producteur au consommateur. La production ne domine peut-être plus uniquement, à l’heure où l’aval joue aussi un rôle important. La notion de filière semble trop économique : pour C. Delfosse, elle peine à s’appliquer dans l’espace. Le bassin de production a pu être proposé, s’attachant alors à la production et aux flux produits, mais cette focale peine à s’intéresser au produit. Qu’en est-il du système productif ? Cette notion est-elle plus satisfaisante ? Le système productif se définit comme « l’ensemble des facteurs et des acteurs concourant à la production, à la circulation et à la consommation des richesses » (Carroué, 2013).

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Bien être en ville. Quand la nature est l’objet du désir des citadins

Les Cafés Géo de Lyon accueillent, le 11 Juin 2014, Lise Bourdeau-Lepage, professeur à l’Université Jean Moulin – Lyon 3 et chercheuse à l’UMR 5600 EVS (directrice adjointe du CRGA). L’intervenante a eu l’idée et a présidé le comité d’organisation du colloque « Bien-être en ville : regards croisés nature-santé ».

La présentation s’appuie notamment sur une enquête qu’elle a conduite et qui s’est intéressée aux désirs des citadins lyonnais, mais aussi sur différents travaux antérieurs. En effet, l’intervenante a déjà dirigé un numéro spécial de la revue Métropolitiques un numéro spécial de Géographie, économie, société sur la relation ville, nature et bien-être, un ouvrage Nature en ville : attentes citadines et politiques publiques (2014, avec Roland Vidal, Editopics).

La problématique des travaux présentés est la suivante : Comment la nature devient-elle l’objet de désir du citadin ? Quels sont les éléments qui expliquent cette évolution ? La présentation est conduite en deux temps : une mise en contexte du désir de nature et l’analyse de quelques résultats d’une enquête lyonnaise.

Contextualisation

Les désirs des citadins préoccupent l’ensemble des acteurs urbains. Mais la conciliation entre ville et nature peut s’avérer difficile voire complexe. Premièrement, la notion de nature est elle-même délicate à définir. Deuxièmement, le besoin de nature de l’homme doit être concilié avec son besoin d’urbanité à l’heure de l’homo urbanus. Comment peut-on rapprocher les notions d’urbanité, de bien-être et de nature ?

On assiste aujourd’hui à un verdissement de la société qui s’explique par une prise de conscience globale des effets de notre développement sur notre environnement que nous rappelle notamment la multiplication de catastrophes naturelles. Ce verdissement serait une réponse à l’idée de la finitude des ressources. Pour répondre à cette inquiétude, des accords internationaux se multiplient et sont traduits aux échelles nationales et locales (comme les Plans Climats ou les Agendas 21).

La nature pèse dans le choix de localisation des individus et des entreprises. L’environnement constitue une aménité pour les hommes. Ainsi, l’environnement est dans certains classements internationaux pris en compte pour évaluer l’attractivité des métropoles globales, c’est-à-dire les villes qui jouent un rôle majeur dans l’économie globalisée aujourd’hui (cf. Classement de la Mori Memorial Foundation) ou encore à l’échelle locale, il permet de distinguer les villes où il fait bon vivre – différents journaux se livrent régulièrement à cet exercice. Par ailleurs, en ville, un marketing du « vert » se développe. A l’échelle individuelle, les citoyens peuvent aussi s’engager : c’est le cas des membres du Guerrilla Gardening, des Colibris, des Incroyables Comestibles… Des labels se mettent en place, par exemple label écojardin – il nécessite de respecter des techniques de production (éviter les pesticides, avoir une technique écoresponsable) et d’être ouvert à différents types de population. De nombreux autres exemples existent.

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Habiter le périurbain

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Café géographique au Café de Flore, Paris, mardi 30 septembre 2014. Avec Hélène Nessi, Maître de conférences en Aménagement et Urbanisme à l’Université de Paris Ouest-Nanterre-La Défense,  et Lionel Rougé, Maître de conférences en géographie à l’Université de Caen Basse-Normandie.

Forum Vies Mobiles est un institut de recherche et d’échanges indépendant créé par SNCF pour comprendre comment évoluent nos modes de vie, fondés sur les déplacements et les communications, et préparer la « transition mobilitaire ».

Cet institut a organisé les 24 et 25 janvier 2013 les deuxièmes Rencontres internationales réunissant quelque 300 chercheurs, artistes et praticiens pour réfléchir à la question : des mobilités durables dans le périurbain, est-ce possible ?

Il s’agit de montrer que, contre toute attente, les espaces périurbains font partie des lieux qui permettront de répondre aux aspirations individuelles tout en autorisant un développement durable. Voilà un des enjeux actuels et futurs pour habiter le périurbain, un enjeu parmi d’autres qui ont été largement évoqués lors de ce Café géographique.

Hélène Nessi et Lionel Rougé, après un bref historique de la question périurbaine, insistent sur la diversité des situations et des définitions dans une volonté de dépasser des modèles théoriques. L’appropriation et le vécu des populations vivant dans ces territoires permettent de nuancer voire contrecarrer l’image péjorative souvent associée à l’espace périurbain.

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« La mémoire est-elle géographique ? »

Compte Rendu café géographique de Saint-Brieuc
17 octobre 2014

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Anne Hertzog est maître de conférences de géographie à l’Université de Cergy-Pontoise, membre du Laboratoire MRTE, associé à l’EIREST (Paris 1 – Sorbonne). Elle travaille sur les processus de patrimonialisation, le lien tourisme-mémoire et la géographie des musées. Ses recherches actuelles portent tout particulièrement sur la fabrique patrimoniale de la première Guerre mondiale et la territorialisation des constructions liées à ce conflit.

Notre intervenante se propose, dans un premier temps, de répondre à la question «La mémoire est-elle géographique ? » à partir de quelques pistes de réflexion et dans un second temps de les croiser avec ses terrains de recherche afin d’illustrer son propos.

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