Le développement durable, un concept éphémère ? par Marie Forget.

Café Géo, Annecy, jeudi 29 Mars 2018, par Marie Forget (USMB). Compte rendu de Philippe Piercy.

Dans le cadre de la « Semaine du développement durable » d’Annecy il a été demandé aux Cafés Géo une participation, qui a pris la forme d’un café où la notion de développement durable (DD) puisse être mise en perspective, interrogée dans sa …. durabilité, et sa pertinence, la genèse de son emploi, de sa généralisation, voire de son usure et de son remplacement.

Marie Forget, Maître de conférence à l’Université Savoie Mont Blanc, qui a réalisé de nombreux travaux de recherche sur des questions environnementales (sur le fleuve Paranà tout spécialement), de transition énergétique, et de construction et d’exploitation des ressources naturelles (eau et énergie principalement), était tout spécialement compétente pour une telle tentative de traiter de façon non militante, sans plaidoyer ni réquisitoire, une notion sur-utilisée.

Une expression très à la mode il y a 20 ans, en relative perte de vitesse : qu’en reste -t-il ?

Une requête sur Google images donne l’impression confortable que la notion va de soi, qu’elle recouvre plus ou moins toujours les mêmes contenus : image des trois cercles, écologique, économique, social, se recoupant en une zone qui sera celle du DD, image/échelle le plus souvent planétaire de cette notion (avenir commun, « soin » dédié à la planète unique et commune), omniprésence du vert, qui souligne la disproportion fréquente au profit du « pilier » environnemental de la notion. Pourtant, au-delà d’un apparent consensus, le DD apparaît comme une notion souvent décriée : ambigüité fréquente, voire contradiction, des emplois devenus proliférants dans des discours multiples, médiatiques, militants, mais aussi par les sciences sociales et naturelles. Mieux vaudrait donc parler DES développements durables tant il apparaît que le concept (en est-ce encore un si l’on admet qu’un concept est un outil ?) « nomadise », fluctue dans ses contenus selon les finalités poursuivies par ceux qui l’utilisent.

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L’Allemagne aujourd’hui, 25 ans après la réunification, par Antoine Laporte.

Le mercredi 14 octobre 2015, nous avons eu le plaisir d’accueillir à Chambéry Antoine Laporte, maître de conférences à l’ENS de Lyon et spécialiste de l’Allemagne, pour un café géographique portant sur l’Allemagne aujourd’hui, 25 ans après la réunification. Compte-rendu d’Amélie Pradeau et Quentin Favr

Pour introduire son propos, A. Laporte expose deux idées. Dans l’actualité, l’Allemagne est un pays fréquemment comparé d’un point de vue socio-économique avec d’autres pays européens, et avec la France en particulier. Les médias mettent régulièrement en avant le modèle social allemand qui pourrait servir de référentiel. L’Allemagne a également une histoire riche et complexe. Sa réunification explique certaines logiques que l’on retrouve dans le monde allemand contemporain. Néanmoins, un quart de la population allemande est née après le 3 octobre 1990, date de la réunification de l’Allemagne, et, pour elle, la période antérieure appartient à l’histoire ; le changement de perspectives sociale, économique, politique et culturelle post 1990 apparaît comme une réalité.

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« La planète financière : capital, pouvoirs, espace et territoires », Laurent Carroué (Armand Colin, 2015), Stéphane Dubois.
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Laurent Carroué, La planète financière. Capital, pouvoirs, espace et territoires, Armand Colin, 2015, 253 p.

Laurent Carroué, qui avait déjà fait œuvre de pionnier en proposant d’incontournables lectures géographiques de la mondialisation1, s’attèle à une nouvelle tâche. Ouvrir plus avant le champ heuristique de la géographie sur un terrain d’investigation « encore largement sous-étudié par les géographes » (p.3) : la sphère financière et ses territoires. L’une des ambitions premières de l’ouvrage consiste notamment à récuser l’idée selon laquelle cette dernière serait « éthérée, désincarnée et coupée de l’économie réelle » (p.235). Au contraire, la planète financière est bien « une construction idéologique, politique, géoéconomique et géopolitique dans lesquelles les rivalités de pouvoirs et de puissances jouent un rôle essentiel » (p.3).

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Entre local et global, les banlieues américaines et la financiarisation, par Renaud Le Goix.

Le 5 février 2015, les Cafés géographiques de Chambéry-Annecy accueillent Renaud Le Goix, professeur de géographie à l’Université Paris VII Diderot. Au milieu des super-héros et dans l’ambiance chaleureuse du Café Librairie BD Fugue d’Annecy, ce géographe spécialiste des États-Unis va expliquer comment son terrain d’étude a été saisi par la finance. Compte rendu de  Juliette Dop.

Dans le cadre d’un programme de recherche qui commence en 2007 (http://www.parisgeo.cnrs.fr/spip.php?article39&lang=fr), il a rapidement constaté les transformations brutales dues à la crise financière sur les 2000 lotissements de son corpus d’étude. De manière extrêmement limpide, Renaud Le Goix va expliquer les interactions entre les acteurs privés et les acteurs publics, les jeux d’échelles et l’ensemble du processus de crise qui ont eu des répercussions majeures sur les banlieues des villes américaines. Compte rendu de

« Entre local et global, les banlieues américaines et la financiarisation » Renaud Le Goix, Café Libraire BD Fugue, Annecy, le 5 février 2015

« Entre local et global, les banlieues américaines et la financiarisation »
Renaud Le Goix, Café Libraire BD Fugue, Annecy, le 5 février 2015

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La planète financière du global au local, avec Gunther Capelle-Blancard et Renaud Le Goix.

Café géo au café de Flore, Paris, lundi 3 novembre 2014.Avec Gunther Capelle-Blancard, professeur d’économie à Paris 1, responsable du Master Recherche Banque et Finance et Renaud Le Goix, professeur de géographie à Paris-Diderot, UMR Géographie-cités. Compte rendu d’après les notes d’Olivier Milhaud, relues et lissées par Elisabeth Bonnet-Pineau et Franck Fournol, amendées par Gunther Capelle-Blancard et Renaud Le Goix.

Quel plaisir que d’écouter un café géo sur la finance ! Sujet ardu s’il en est, qu’on préfère en général laisser aux économistes et aux financiers. Sujet qu’on a tendance à analyser de haut, de très haut même, ne voyant que des flux de capitaux à la surface du globe, et oubliant un peu trop vite que le capital est certes mobile mais qu’il doit aussi s’immobiliser (s’investir) ici et là, tout en conservant sa liquidité. Ce mouvement et cette dialectique mobilisations de capitaux / immobilisations / remobilisations ne peuvent se comprendre sans une analyse fine de leurs espaces, de leurs localisations et de leurs circulations.

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Le Cameroun, l’Afrique en miniature

Café géographique de Mulhouse, 25 septembre 2014, Ulrich Ngatcheu, Notes de Françoise Dieterich.

En 1472, les Portugais avec à leur tête l’explorateur Fernando Pô arrivent sur les côtes du Cameroun et sont étonnés par les milliers de crevettes pullulant dans le fleuve Wouri. Ils baptisent cette terre inconnue des Européens « Rio dos Camarões », ce qui évolué en «Cameroun».  Au cœur de l’Afrique, proche de l’Équateur, le Cameroun combine à la fois tous les atouts et tous les problèmes du continent, au point qu’il est possible en s’intéressant au Cameroun, d’étudier dans un seul territoire, l’Afrique dans son ensemble.

Le poids des héritages coloniaux

Le Cameroun est revendiqué mais non exploité par les Portugais.  Au XIXème, les Allemands installent un comptoir de commerce près de Douala, ouvrant la porte à l’explorateur Gustave Nachtigal,  dont les expéditions permettent à Bismarck de déclarer le territoire comme protectorat allemand en 1884 sous le nom de Kamerun.

Cette appropriation est confirmée lors des conférences de Berlin en 1884-85 qui attribuent à l’empire allemand outre le Cameroun,  les actuels Togo, la Namibie, la Tanzanie et le Rwanda.  En 1911, en compensation du Maroc, le Kamerun allemand est agrandi par l’adjonction de territoires sous contrôle français leur ouvrant un accès au fleuve Congo. Au Cameroun, comme dans tous les territoires colonisés, on n’a jamais consulté les populations locales, mises devant le fait accompli.

Après 1918, la France et le Royaume-Uni se partagent les dépouilles de l’empire colonial allemand en Afrique. La France devient le tuteur mandaté par la SDN du Togo et du Cameroun en 1922. La langue française devient la langue véhiculaire, ce qui est à la fois un atout car une « lingua franca » facilite la communication et un handicap car elle fait disparaître certains parlers locaux et exclut ceux qui ne la maîtrisent pas.

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« La localisation des industries. Enjeux et dynamiques », Bernadette Mérenne-Schoumaker (PUR, 2011), Bénédicte Tratnjek.
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ernadette Mérenne-Schoumaker, 2011, La localisation des industries. Enjeux et dynamiques, Presses Universitaires de Rennes, collection Didact Géographie, Rennes, nouvelle édition (1e édition : 2002), 255 p.

Dans ce manuel destiné principalement aux étudiants, la géographe Bernadette Mérenne-Schoumaker revient sur les répartitions des structures industrielles, leurs enjeux et leurs dynamiques. Deux axes préoccupent la géographe dans une démarche pédagogique visant à expliciter la place de l’industrie dans les territoires et les économies : « l’axe spatial (via les thèmes de la localisation et de l’espace) et l’axe temporel (à travers l’étude des dynamiques) » (p. 7). L’ouvrage croise à la fois approche théorique (notamment par des définitions et des typologies, particulièrement utiles aux candidats préparant la question « Systèmes productifs »1 ou aux étudiants confrontés à la géographie économique), conceptuel (Bernadette Mérenne-Schoumaker ne propose pas seulement un panorama des localisations des industries, mais confronte le lecteur aux grands cadres explicatifs de ces localisations et de leurs conséquences, par un regard pluridisciplinaire croisant notamment géographie et économie) et documents particulièrement précieux pour les étudiants (schémas théoriques et applications pratiques sur des études de cas à différentes échelles).

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La crise mondiale : une ardoise de 55 800 000 000 000 de dollars, Laurent Carroué.

Laurent Carroué Directeur de recherche à l’Institut français de Géopolitique, Université Paris VIII Expert du groupe Mondialisation du Centre d’Analyse Stratégique (ex Commissariat Général au Plan)

Née aux États-Unis à la fin de 2006, la crise dite « des subprimes » est devenue au premier semestre 2009 une crise systémique mondiale d’une ampleur historique tout à fait inédite. On a en effet progressivement assisté en deux ans à un double phénomène de diffusion. Le premier est de nature sectorielle : cette crise initiale de la dette nord-américaine s’est progressivement transformée en une crise financière puis économique généralisée. Le second est de nature géographique : frappant de plein fouet la puissance états-unienne, elle s’est progressivement déployée dans l’espace mondial en touchant les grands pays développés, en particulier l’Europe occidentale et le Japon, avant d’atteindre les grands pays émergents (Chine, Brésil Russie, Inde) puis aujourd’hui l’ensemble de la planète.

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La crise des subprimes : enjeux géopolitiques et territoriaux de l’entrée dans le XXIe siècle, Laurent Carroué et Yves Montenay.

Laurent Carroué est Directeur de recherches à l’Institut Français de Géopolitique (université de Saint-Denis-Paris VIII).

En quelques semaines, la crise des subprimes est devenue à la fois la plus grande crise financière de l’histoire humaine et corrélativement le Plus Grand Casse du Millénaire. Alors qu’elle couve paradoxalement depuis presque deux ans et qu’elle monte en puissance depuis le printemps 2008, le mois de septembre 2008 menace de voir brutalement s’effondrer le système financier mondial. Comment en sommes nous arrivés là ? Comment expliquer une telle cécité quand en février 2008 un des principaux économistes de la réserve fédérale de New York peut écrire dans un rapport : « le déclenchement de la crise du crédit de 2007 constitue une énigme manifeste » (sic) (Adrian & Shin, 2008) ? Le traitement même de la crise, encore aujourd’hui, laisse songeur. Réduites à des effets d’annonce politiques plus ou moins fumeux qui répondent eux mêmes à la montée des faillites bancaires et à la panique des marchés, les informations distillées font trop souvent l’impasse sur une réflexion de fond quant à la nature même des événements auxquels nous sommes confrontés. Dans ce contexte, il semble indispensable de dégager rapidement quelques enjeux géopolitiques et territoriaux. Autrement dit : de l’importance de la géographie et de la géopolitique dans l’intelligibilité du monde contemporain.

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Crise ou crises ? Du « peak oil » au crunch monétaire, Thierry Rebour.

Conférence donnée à Reims le 8 juillet 2008 par Thierry Rebour (Maître de conférences à l’Université d’Amiens (SEDET, Paris 7) et retranscrite par Farid Benhammou.

Depuis quelques mois, l’économie mondiale est entrée dans une phase de crise. Tout a commencé aux Etats-Unis par la crise immobilière dite des subprimes, laquelle s’est propagée vers l’Europe assez rapidement. Une forte inflation, en particulier des matières premières, coexiste avec une déprime paradoxale des prix industriels apparemment d’origine structurelle. En outre, des crises financières récurrentes qui vont de bulles spéculatives enkrach secouent les indicateurs économiques mondiaux depuis plusieurs dizaines d’années.

En réalité, il s’agit de l’interaction de plusieurs crises au tempo différent :

  • une dépression longue qui touche essentiellement les pays développés depuis plus de 40 ans, où prix et volumes divergent à long terme ;
  • une crise de surproduction (ou/et de sous-consommation), conséquence de la précédente, liée à un ajustement par le bas des revenus du travail dans le monde à cause de la concurrence internationale entre pays de niveau de développement très différent ;
  • enfin une crise financière, de court terme mais dont les racines sont pluridécennales et dont la conséquence se manifeste par un surinvestissement sur les marchés des matières premières, en particulier les marchés à terme.

Pour comprendre les relations d’interdépendance entre ces trois phénomènes, nous étudierons tout d’abord la crise inflationniste de court terme et nous montrerons qu’elle est une conséquence de la dépression longue. Celle-ci fera l’objet de la deuxième partie. Enfin nous analyserons les effets de feed-back entre conjonctures longue et courte afin de comprendre la nature du problème financier structurel qui affecte l’économie du monde depuis plusieurs décennies.

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