« Partir pour Israël. Une nouvelle migration des juifs de France ? », Yann Sciodo-Zürcher, Marie-Antoinette Hily, William Berthomière (PUFR, 2023), Michèle Vignaux.

Cet ouvrage (1) de taille modeste est enrichi d’un lexique, d’une abondante bibliographie et d’annexes présentant des données statistiques. Il traite d’une question d’actualité : l’alya des juifs de France depuis les années 2000, c’est-à-dire leur migration vers Israël depuis deux décennies. Même si ce phénomène est ancien et bien replacé dans son contexte historique par les auteurs, il a connu une recrudescence dans les années 2010. Pourquoi et comment s’effectuent ces flux migratoires ? Les trois auteurs (un historien, une sociologue et un géographe) ont confronté leurs méthodes disciplinaires pour expliquer un mouvement qui pose question à la société française, aux motivations complexes des olim (personnes qui font leur alya) et aux politiques menées par les autorités d’Israël. A l’échelle de la communauté juive mondiale ou de l’Etat israélien, le sujet peut sembler marginal (de 1948 à 2017 les olim venus de France n’ont représenté que 3,5% des immigrants), mais son analyse apporte de nombreux thèmes de réflexion, politiques, culturels et sociologiques que les auteurs exposent avec clarté et nuance.

(suite…)

Géopolitique des migrations internationales, par François Héran.

François Héran entouré de Gilles Fumey, Michel Sivignon, Henry Jacolin © B. Verfaillie

Café géopolitique, 5 décembre 2022, Paris, animé par Michel Sivignon, Gilles Fumey et Henry Jacolin, compte rendu du Maryse Verfaillie.

Lundi 5 décembre 2022, les Cafés géographiques ont eu le privilège d’accueillir François Héran, sociologue et démographe, professeur au Collège de France titulaire de la chaire « Migrations et sociétés ». La salle du premier étage du Café de la Mairie (Paris 3e) est entièrement remplie pour assister à ce café géo consacré à la géopolitique des migrations internationales. Un dossier de 9 tableaux a été distribué aux participants afin d’étayer le propos de l’intervenant déclarant d’entrée que le débat public en France sur l’immigration est sans rapport avec la réalité. François Héran entend le démontrer en se référant aux seules statistiques.

 

(suite…)

Visioconférence n°4 : Camille Schmoll parle des migrations féminines en Méditerranée

« L’atlas des Frontières : murs, conflits, migrations » Bruno Tertrais, Delphine Papin, Xemartin Laborde (Ed. Les Arènes, 2016)

L’atlas des frontières : Murs, Conflits, Migrations. Bruno Tertrais, Delphine Papin, Xemartin Laborde, Editions Les Arènes, 2016

Trois auteurs ont additionné leurs talents pour réaliser cet ouvrage.

  • Le texte est de Bruno Tertrais, Maître en recherches stratégiques, auteur de plusieurs ouvrages et couronné par le prix Vauban, pour l’ensemble de son œuvre en 2010.
  • C’est Delphine Papin, qui a conçu les très nombreuses cartes de cet atlas. Elle dirige le service infographie au journal Le Monde. Elle est aussi membre du comité de rédaction de la revue Hérodote. C’est enfin une fidèle de l’association Les Cafés géographiques, pour laquelle elle a réalisé un voyage à Londres il y a quelques années, et plus récemment une demi-journée dans les locaux du Monde pour nous parler de son métier de cartographe.
  • La réalisation des cartes revient à Xemartin Laborde, cartographe géomaticien qui collabore entre autres au journal Le Monde, aux revues Autrement et Hérodote.

L’ouvrage, est d’un format peu courant, puisque c’est un rectangle au format A4, qui a l’avantage de pouvoir présenter des cartes de très grandes taille, présentées en double page.

Il s’ouvre sur une première page de citations, qui constitue un cocktail jubilatoire !

En riposte au slogan de Mai 1968 (les frontières, on s’en fout) Donald Trump affirme « les gens veulent des frontières ». Sont également cités, Lord Curzon, Vladimir Poutine, Victor Hugo, Samuel Huntington ou Daech (« si Dieu le veut… nous effacerons toutes les frontières »).

(suite…)

Du Mali vers l’Amérique du Nord : les migrations des élites pour études, par Kévin Mary.

Café géographique de Montpellier, rencontre avec Kévin MARY, maître de conférences à l’Université Via Domitia de Perpignan, compte rendu rédigé par Emma Berger.

Etudier les élites africaines et leurs migrations pour études vers l’Amérique du nord résulte d’une volonté de sortir des études plus classiques centrées autour des relations franco-maliennes. Par ailleurs, avant d’être un travail sur les migrations et l’éducation, la thèse de Kévin Mary porte sur la société malienne, abordée selon un angle d’analyse plutôt original, le rapport des élites à l’éducation.

(suite…)

De « yak-driver » à « taxi-driver » : les pratiques de mobilité des Sherpa du Khumbu (Népal) à New York; par Ornella Puschiasis.

Changement de lieu et d’ambiance pour le Café Géo du mercredi 12 octobre à Chambéry : c’est dans la petite salle comble du bar-restaurant Le Bruit Qui Court qu’Ornella Puschiasis guide le public d’Himalaya aux États-Unis, sur les traces des Sherpa. Postdoctorante au Centre d’Études himalayennes, la géographe évoque ses recherches actuelles avec enthousiasme et pédagogie. Dans le texte qui suit, elle livre les grandes lignes de ses travaux. Compte rendu de Ornella Puschiasis.

Retrouvez également ce compte rendu au format PDF (800 ko).

Quelques mots à propos de mes recherches conduites en thèse sont nécessaires pour mieux comprendre la problématique migratoire que j’étudie aujourd’hui. Avant de s’intéresser à la diaspora des Sherpa, il convient donc d’évoquer quelques éléments concernant le Khumbu (Népal) qui est leur territoire d’origine.

Ma thèse, soutenue en 2015, s’inscrivait dans un projet interdisciplinaire regroupant géographes, glaciologues, hydrologues, et modélisateurs du climat autour de l’analyse des conséquences des variations climatiques sur l’évolution du couvert neigeux, sur le retrait des glaciers et sur la disponibilité en eau en Himalaya. J’ai plus particulièrement mené mes recherches dans la région de l’Everest, appelée localement Khumbu, un site de haute montagne qui s’étage entre 2835 m et 8848 m d’altitude au nord-est du Népal. Cette région est incisée par trois vallées qui drainent les apports en eau et dont la confluence marque la limite sud avec la vallée du Pharak. Le Khumbu est une vallée internationalement connue et reconnue, tout d’abord grâce au plus haut sommet du monde qui la surplombe, l’Everest objet de conquête et de convoitise, qui a largement contribué à la mise en lumière de la région. Sa population est un autre élément de fascination : en effet, les trois quarts des 3 500 habitants du Khumbu appartiennent au groupe ethnolinguistique sherpa, dont le nom participe à la construction d’un mythe.

Carte topographique du Khumbu (Puschiasis, 2015)[1]

(suite…)

Migrations : des idées et des cartes pour aller à l’encontre des politiques, par Olivier Clochard.

Cafés géographiques de Montpellier du 26 janvier 2016 au Gazette Café. Compte-rendu rédigé par Guillaume Poinsignon.

Nous tenons à remercier avant tout Olivier Clochard pour sa venue ce soir. Docteur en géographie et chargé de recherche au CNRS (UMR Migrinter, Poitiers), il est spécialiste des migrations et à ce titre est membre de Migreurop, « réseau européen et africain de militants et de chercheurs dont l’objectif est de faire connaître et de lutter contre la généralisation de l’enfermement des étrangers et la multiplication des camps, dispositif au cœur de la politique d’externalisation de l’Union européenne » (extrait de www.migreurop.org). Après avoir rédigé Atlas des migrants en Europe. Géographie critique des politiques migratoires (éditions 2009 et 2012) sujet compliqué et sensible, brûlant d’actualité, Olivier Clochard poursuit ses recherches actuellement à Calais où il avait fait sa thèse mais aussi à Chypre et sur d’autres terrains (Bruxelles, Marseille).

(suite…)

La tragédie malienne: comment en est-on arrivé là ? Par Stéphanie Lima et Patrick Gonin.

Compte rendu du café géo albigeois du 10 décembre 2013. Présentation par Stéphanie Lima et Patrick Gonin, Géographes, MCF au Centre universitaire J.-F. Champollion d’Albi, LISST-CIEU, et Professeur des Universités à l’Université de Poitiers, Migrinter. Compte rendu réalisé par Clara Cozette et Floriane Hutin, sous la direction de Thibault Courcelle et Mathieu Vidal.

Depuis juillet 2013, la France se désengage militairement du Mali après une opération de plusieurs mois, mais, pour autant, le Mali est-il revenu à une situation de stabilité ?

Sur le terrain, la menace djihadiste semble contenue, et les élections présidentielles et législatives ont pu avoir lieu dans des conditions satisfaisantes pour les observateurs internationaux. Cependant, le pays est-il sur le chemin de la reconstruction ?

Ramener la tragédie malienne à la montée en puissance de l’islam radical dans cette zone de turbulences qui va de la Somalie à la Mauritanie serait réducteur. Une lecture purement internationale de la crise peut s’avérer trompeuse : le Mali est en réalité confronté à de graves défis internes, que pas un de ses gouvernements n’est jusqu’alors parvenu à résoudre (par exemple la réforme de décentralisation, la gestion des migrations).

dessin-glez-mali (suite…)