La croisière dans les fjords de la Terre de Feu, vecteur d’intégration d’une périphérie australe, de Claudie Lefrère-Chantre

Les terres de l’extrême attirent de plus en plus les touristes. Avec quelques millions de visiteurs si on ajoute Arctique, Antarctique, Patagonie méridionale, elles ne représentent qu’une part infime du tourisme mondial (moins de 1 %) mais l’essor du phénomène est réel et médiatiquement très lisible. On parle parfois pour ces hautes latitudes de « last-chance tourism », compte tenu du réchauffement climatique et de la fonte des glaces.

Carte de la Terre de Feu (Argentine-Chili)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:South_America_southern_tip_pol.png

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Le tourisme mémoriel de l’esclavage dans la métropole de Limbé-Bimbia (Cameroun anglophone), Jean Rieucau.

La ville de Limbé et le port négrier de Bimbia, localisés sur les côtes septentrionales du Cameroun, appartiennent au golfe du Biafra (Document 1). Limbé possède un site de baie remarquable, protégé par des îles volcaniques, situées à 500m du rivage. Cette cité est la principale ville anglophone du Cameroun par sa démographie (110 000 habitants). Elle s’appuie sur des aménités touristiques complémentaires entre elles : balnéaires, de montagne (randonnées, ascensions, sur et autour du volcan du Mont Cameroun), patrimoine architectural colonial allemand et anglais. Les rivages de sa baie servent également de plages aux habitants de Douala, située à 60 km plus au sud. Mais, cette destination touristique, en forte baisse de fréquentation, est pénalisée par la guerre civile, commencée en 2016, dans les régions sécessionnistes anglophones qui la jouxtent.

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Des lieux religieux associant culte et tourisme, monastères grecs orthodoxes dans l’île de Chypre, marabouts soufis en Tunisie, Jean Rieucau, Michel Sivignon.

Au début du XXIe siècle, deux phénomènes se télescopent dans le monde, le poids croissant des religions et la mondialisation spatiale du tourisme. Le développement inexorable du tourisme, comme genre commun de l’humanité, transforme les lieux sacrés, saints, religieux, en patrimoine matériel, à visiter par les touristes du monde entier.

Le tourisme international pénètre, d’une part les lieux saints et les sanctuaires, dans lesquels les cultes ne sont plus célébrés. Il s’immisce d’autre part, dans les lieux de culte en activité, mais bien souvent en perturbant le déroulement des célébrations et des rites. D’autres lieux de culte ont été désacralisés (perte de la fonction religieuse pour une activité profane). Sur l’île Chypre à Nicosie Nord (partie de la ville occupée par la Turquie), des églises, à Athènes (Froment, 2019), des mosquées, ont perdu leur fonction cultuelle première. Dans la capitale grecque, la mosquée Fethiye, édifiée au XVIIe siècle, a été restaurée et transformée en lieu d’exposition. La mosquée Tzistarakis, construite en 1759, malgré plusieurs tentatives pour la rétablir dans sa fonction cultuelle originelle, sert d’annexe au musée d’Art populaire grec (Froment, op. cit.).

Au Maghreb (Tunisie), en Méditerranée orientale (partie de l’île de Chypre occupée par la Turquie), perdurent, depuis des siècles, des lieux saints partagés, entre les fidèles des trois religions monothéistes du Livre. Ils sont de surcroît ouverts au tourisme international, de populations non-croyantes.

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Des lieux entre mémoire, géographie et imaginaire (2) : Soglio, Suisse, Michèle Vignaux.

Soglio (© myswitzerland.com)

Loin de la Genève des banquiers et de la Zurich des psychanalystes, il existe une Suisse où la rigueur germanique se colore de fantaisie italienne, où les italophones vont prier au temple. C’est dans les Grisons, le Val Bregaglia, qui, depuis l’époque romaine, a été parcouru par troupes et marchands franchissant les Alpes centrales entre la plaine du Pô et la vallée du Rhin [1]. Et au cœur du Val Bregaglia, un lieu unique attend le voyageur sur une terrasse aménagée, Soglio, que le peintre Giovanni Segantini a imaginé comme « le seuil du paradis ».

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Le patrimoine religieux de Porto-Novo (Bénin), Jean Rieucau.

Photo 1 : Façade avant des deux grandes mosquées de Porto-Novo. © J. Rieucau, septembre 2018

Photo 2 : Façade arrière des deux grandes mosquées de Porto-Novo. © J. Rieucau, juillet 2018

La société béninoise participe de la profonde religiosité des peuples africains. Une situation de tolérance religieuse caractérise le pays, dans lequel la vie quotidienne est profondément marquée par le culte vaudou. Au sein de cet apaisement confessionnel, la concurrence entre les religions monothéistes (christianisme et islam) s’exprime néanmoins par un foisonnement de lieux de culte urbains et par leur monumentalité. La grande mosquée de style afro-brésilien, bâtie selon l’architecture d’une cathédrale baroque, constitue un patrimoine unique au Bénin et occupe une place singulière dans le paysage religieux et cultuel de Porto-Novo. Cet édifice jouxte une grande mosquée moderne qui reçoit de très nombreux fidèles. La richesse du patrimoine religieux dans la ville-capitale du Bénin, qui repose également sur le patrimoine chrétien, Orisha-Vaudou, fonde-t-elle une fréquentation touristique africaine et internationale ?

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De Bangkok à Bali : géographie du tourisme en Asie du Sud-Est. Par Emmanuelle Peyvel.

Café Géo de Montpellier – Mardi 28 janvier 2020. Compte rendu rédigé par Paul-Arnaud Boudou et Clara Maurizy.

Emmanuelle Peyvel, maître de conférences en géographie à l’université de Brest (UBO), EA Géoarchitecture.

Pour entrer dans le sujet, nous pourrions partir de l’actualité : le nouvel an lunaire. Le 25 janvier 2020, nous sommes entrés dans l’année du Rat. C’est une période souvent intense en mobilités touristiques en Asie du Sud-Est. Plusieurs dynamiques peuvent ressortir de cet événement.

La première que l’on peut observer est que les villes se vident à ce moment-là. Ceci est représentatif d’une croissance urbaine récente et corrélée à l’accroissement économique qu’ont connu ces pays. Les citadins regagnent leur village natal et progressivement se forge l’idée d’une campagne, un rêve de citadin distinct de l’espace rural agricole productif. Cette dynamique alimente les sociabilités familiales, et permet de  “faire famille”, y compris avec les membres de la diaspora.

La deuxième grande dynamique touristique que l’on peut observer à l’occasion du Nouvel An lunaire concerne les montagnes. Ces dernières sont des lieux anciens de pèlerinage, beaucoup y prient pour s’attirer les meilleures faveurs pour la nouvelle année. Cette mobilité touristique est représentative d’un autre grand ressort touristique en Asie du Sud-Est : la prière. Elle s’intègre pleinement au triptyque « Pray, Play, Pay » proposé par Nelson Graburn pour rendre compte du tourisme domestique asiatique. Payer doit être ici entendu dans le sens de consommer. En effet, le nouvel an lunaire est un moment festif, où l’on a plaisir à s’amuser et à consommer : on achète des souvenirs, on consomme de bons repas, etc. En ce sens, le tourisme est représentatif des sociétés de consommation dont profitent aujourd’hui pleinement les classes moyennes sud-est-asiatiques. Cette mobilité spirituelle s’articule aussi dans certains pays comme le Vietnam à celle du du xuân (littéralement “partir au printemps”). Cette mobilité est commune à d’autres pays d’Asie, il s’agit d’admirer la végétation en fleurs au printemps (les cerisiers au Japon ou en Corée par exemple). En Asie du Sud-Est l’attention est portée sur les abricotiers, les pruniers et les pêchers parce que les fleurs sont jaunes et rouges, couleurs de la fête en Asie.

Les mobilités touristiques en Asie du Sud-Est relèvent donc d’imaginaires et de représentations qui sont propre à ces pays et qui nécessitent un certain décentrement du regard pour les occidentaux.

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L’impact du tourisme de masse sur les sites UNESCO, Angélique Bantikos.

Pour l’INSEE, « le tourisme comprend les activités déployées par les personnes au cours de leurs voyages et séjours dans des lieux situés en dehors de leur environnement habituel pour une période consécutive qui ne dépasse pas une année, à des fins de loisirs, pour affaires et autres motifs non liés à l’exercice d’une activité rémunérée dans le lieu visité. » (https://www.insee.fr/fr/metadonnees/definition/c1094)

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Malaga, ville d’art andalouse sur la Costa del Sol, Maryse Verfaillie.

Le cube de Daniel Buren, partie émergée du Centre Pompidou Malaga © M. Verfaillie

Cette photo résume la cité andalouse d’aujourd’hui : face à la mer, avec un décor de palmiers et au milieu des tours issues d’un tourisme de masse, la ville vient d’effectuer une reconversion spectaculaire. Cité balnéaire de la célébrissime Costa del sol, elle s’affirme à présent haut et fort comme « cité où l’art habite ».

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Pontoise : « ville d’art et d’histoire »… ou ville de la glorification de la France coloniale, Mélyna Lair-Mendes.

Photographie de la rue Thiers à Pontoise, (vue sur la cathédrale Saint-Maclou, dont la statue jouxte le côté sud), prise par M. Lair-Mendes, le 25 avril 2019 à 19h.

Des cartes postales, 2019 (suite…)

L’éducation au voyage, avec Emmanuelle Peyvel.

COMPTE RENDU CAFÉ GÉO NANTES 26 MARS 2019 – L’ÉDUCATION AU VOYAGE

Emmanuelle PEYVEL, maître de conférences en géographie à l’université de Brest (UBO) a dirigé l’ouvrage L’Éducation au voyage, pratiques touristiques et circulation des savoirs. Paru aux presses universitaires de Rennes en janvier dernier, l’ouvrage se veut pluridisciplinaire. Ses différents chapitres regroupent des auteurs issus d’horizons variés : anthropologie, sciences de l’éducation, STAPS, histoire, géographie, sociologie…

L’ouvrage part de l’interrogation suivante : Pourquoi sommes-nous de plus en plus nombreux à faire l’expérience du tourisme? De fait, nous sommes passés de 25 millions touristes internationaux en 1950 à 1 326 000 000 en 2017, le cap du milliard ayant été dépassé en 2012. En 2017, ce domaine a généré un chiffre d’affaire s’élevant à 1 340 milliards d’euros dans le monde selon l’OMT.

L’espace géographique européen – où le tourisme est né représente 51% des arrivées internationales. Cependant, le centre de gravité de la mondialisation touristique penche aujourd’hui vers l’Est. En effet, l’Asie Pacifique arrive en deuxième position en termes de recettes comme d’arrivées internationales. Les principaux facteurs souvent convoqués pour expliquer cette croissance du tourisme sont la hausse du niveau de vie et les infrastructures de transport, alors même qu’il ne s’agit que de moyens permettant de faire du tourisme, pas de causes profondes. (suite…)

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