Voyage à travers la banlieue parisienne

Mardi 26 novembre 2019, au Café de Flore à Paris. C’est un voyage à travers la banlieue parisienne que le Café géo de cette soirée se propose de faire en compagnie de l’unique intervenante, Marie-Hélène Bacqué, sociologue, professeur d’études urbaines à l’Université de Paris-Nanterre, et auteur du livre « Retour à Roissy. Un voyage sur le RER B » (Éditions du Seuil, 2019). Ce livre relate un voyage de près d’un mois, en mai-juin 2017, dans la banlieue parisienne en suivant la ligne B du RER, presque trente ans après le livre de l’écrivain-éditeur François Maspero qui était accompagné de la photographe Anaïk Frantz. Dans les deux cas, un voyage à deux (Marie-Hélène Bacqué était accompagnée du photographe André Mérian) et un livre à deux voix (un texte et des photos en noir et blanc).

La première partie du Café Géo a consisté en un échange d’une heure environ entre l’intervenante, Marie-Hélène Bacqué (MHB) et le modérateur, Daniel Oster (DO), dont le but était d’exposer les grandes problématiques du sujet avant la deuxième partie où l’intervenante a répondu aux questions de la salle pendant une heure également.

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Le dessin du géographe N° 77 – Maroc Le dessin colonial de Théophile Jean DELAYE

L’histoire de Th. Jean Delaye (1896-1970) s’articule avec celle du XXe siècle marocain.

Recruté par le Service Géographique du Maroc, il a suivi tous les épisodes de la conquête coloniale depuis 1924 jusqu’en 1940. C’est là qu’il exerça ses talents en relevant la topographie de plusieurs massifs montagneux du Rif à l’Atlas, sans compter ses missions de reconnaissance aérienne et vécut au Maroc jusqu’en 1960.

Il fut d’abord un cartographe, mais aussi un géographe. On a même pu écrire (Aurelia Dusserre) qu’il fut « un des principaux acteurs de la géographie marocaine de l’Entre-Deux Guerres. Il a été un des membres les plus actifs du Comité de la Société de Géographie en 1931, il en devient l’un des vice-présidents en 1939. Il collabore régulièrement à la Revue de Géographie du Maroc, avant d’en devenir le rédacteur en chef en 1942. » Inutile de dire qu’il approuve totalement l’action coloniale, en quoi il ne dépare pas des manuels de géographie de l’époque : dans son édition de 1959, soit trois ans après l’indépendance, le manuel de première de Hatier (par H. Boucau et J. Petit) écrivait : « L’économie marocaine était, vers 1912, au stade du Moyen-Age ; son développement s’affirme très brillant, grâce à l’afflux des capitaux et des techniciens français ».

Jean-François Troin nous en a opportunément rappelé le souvenir en reproduisant dans ses « Carnets de géographie anecdotique » (Éditions Petra, Paris, décembre 2018) un dessin de la place de France à Casablanca. C’est que Delaye fut aussi un dessinateur et un illustrateur d’ouvrages très fécond, et que son travail permet de mieux comprendre la place que le protectorat marocain a occupé dans les représentations coloniales françaises de cette époque.

En effet, à côté de ses aquarelles et dessins de la vie populaire et de l’architecture traditionnelle, qui constituent un apport intéressant mais un peu attendu, Delaye exprime la modernité du Maroc, suivant en cela le discours colonial du moment : la France voyait dans le protectorat marocain sa plus belle réussite coloniale. En témoignent les dessins des villes nouvelles et des installations portuaires.

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« La nouvelle collectivité d’Alsace: un modèle pour la Bretagne ? »

Café Géographique de Saint-Brieuc, le 18 octobre 2019

 

 

Olivier Vergne, après des études de géographie et l’agrégation, a enseigné pendant 10 ans dans un lycée de Strasbourg. Il est revenu en Bretagne en 2017 où il est actuellement enseignant à l’université de Rennes 2. Il a commencé en 2014 une thèse qui porte sur la question de la régionalisation en France et de ses récentes évolutions à partir du cas de l’Alsace.

 

Le flyer du café géographique que notre intervenant, Olivier Vergne, trouve particulièrement réussi lui permet d’aborder le sujet de ce soir par la boutade classique « Il n’y a qu’une chose qui sépare la Bretagne de l’Alsace, c’est la France ».

Il précise que le sujet de la thèse qu’il est en train de rédiger « Les enjeux géopolitiques de la gouvernance territoriale en Alsace » vise à contribuer à la réflexion sur la décentralisation et la régionalisation en France à partir du cas de l’Alsace ;  elle a donc pour objectif de s’inscrire dans une problématique géopolitique plus large que le cas de l’Alsace,  qui est celle des relations entre le pouvoir central et les régions.

En quoi la question posée par le sujet de ce café géo peut-elle être un objet de réflexion ?

La Bretagne comme l’Alsace est une région marquée par des enjeux territoriaux spécifiques (situation péninsulaire, importance de la mer) et par une forte identité régionale. La question de l’identité régionale est centrale dans ces questions de découpage régional;  si elle est très technique (le droit des collectivités territoriales), elle touche aussi à l’affectif et relève de la psychologie individuelle et collective ce qui n’est pas facile à quantifier.

L’analyse de la situation  alsacienne, révélatrice du modèle de régionalisation « à la française » peut donc  permettre de mieux comprendre la situation d’autres régions. Pour la région Bretagne plusieurs questions se posent, en particulier, celle du rattachement de la Loire-Atlantique et celle de la volonté de créer par les élus locaux un Conseil unique de Bretagne (fusion des Conseils départementaux et du Conseil Régional) qui a d’ailleurs été tenté par l’Alsace en 2013.  (suite…)

Café géopolitique : Océanie, l’envers de la carte postale

Café de la Mairie – 3ème – Lundi 18 novembre 2019

Cliché de Jean-Pierre Némirowsky

 

Henry Jacolin, notre intervenant ce soir, est géographe de formation et aussi ancien ambassadeur à Fidji, Tonga, Tuvalu, Kiribati et Nauru. C’est donc une double vision (du géographe et du diplomate) qu’il nous propose du Pacifique Sud, qu’il a habité et exploré. Il a mis cinq documents à notre disposition.

 

►Un monde immense, lilliputien, dispersé.

Réalisée par le Ministère des Affaires étrangères – Division Géographique – Direction des archives. Les ressources cartographiques du Ministère des Affaires Étrangères https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/archives-diplomatiques/s-orienter-dans-les-fonds-et-collections/cartes/

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« Quand les artistes dessinaient les carte » – Exposition des Archives Nationales.

Les Archives Nationales présentent à l’Hôtel de Soubise jusqu’au 6 janvier 2020 une remarquable exposition intitulée « Quand les Artistes dessinaient les cartes ». Le tout grâce à la passion visible des deux commissaires pour leur objet, Juliette Dumasy et Camille Serchuk.

Cette exposition est d’un grand intérêt pour le géographe, mais aussi pour l’historien et plus généralement pour qui s’intéresse au rapport au paysage et à sa représentation graphique.

On pouvait  croire que tout ce matériel était connu. Or il est surprenant de constater que sur 97 cartes, 46 n’ont jamais été exposées, et 28 inédites (au sens de non publiées ou publiées de façon confidentielle). Cette exposition est donc d’abord le fruit d’une patiente recherche dans « l’océan des archives judiciaires ». Ce fut aussi l’occasion de leur restauration et de leur numérisation. (suite…)

Tou·te·s au lac ? La privatisation des rives lacustres : éclairages historiques, juridiques et géographiques

Tou·te·s au lac ? La privatisation des rives lacustres : éclairages historiques, juridiques et géographiques

Café Géo animé par Alice Nikolli (Annecy, 26 septembre 2019)

 

Pour ce premier café géo de la saison, Alice Nikolli, ATER en géographie à l’ENS de Lyon, nous présente les principaux résultats de sa thèse sur la privatisation des rives des lacs périalpins, qu’elle a préparée à l’Université Savoie Mont Blanc, au sein du laboratoire EDYTEM, et qu’elle soutiendra dans un mois.

 

Elle va aujourd’hui insister sur une tension autour de ces rives lacustres qui font l’objet d’une forte demande sociale, d’une fréquentation importante, mais qui sont également sujettes à des restrictions d’accès auxquelles on va se heurter si l’on veut accéder au bord du lac ou le longer. L’accès est selon elle une notion empirique, à l’échelle du corps, du déplacement physique. Ses terrains de thèse sont le lac d’Annecy, le lac du Bourget, le Léman et le lac de Côme, mais son propos de ce soir se focalisera principalement sur le cas du lac d’Annecy.

 

Dans le cadre de sa thèse, elle pose deux principales questions :  les rives du lac sont-elles ou non accessibles au grand public, sont-elles des espaces publics au sens de la pratique ? L’autre pan de la réflexion consiste à se demander dans quelle mesure, depuis quand et selon quelles modalités cette question de l’accès public au lac est devenue un sujet de débat, un problème public.

 

Il s’agira ce soir de s’intéresser au phénomène de privatisation des rives, qui fait régulièrement débat localement, afin d’apporter des éclairages à la fois juridiques, historiques et géographiques. Son exposé s’organise donc en quatre temps : (i) un éclairage juridique, (ii) un état des lieux de la situation d’un point de vue géographique, (iii) une reconstitution historique du processus qui a abouti à la situation actuelle et (iv) une analyse des politiques que les pouvoirs publics ont mis en place – ou tenté de mettre en place – pour « publiciser » le front de lac.

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Dessin du Géographe N° 76. A la recherche du paysage beauceron.

Le sentier vers les fermes par Louis-Joseph Soulas

 

Louis-Joseph Soulas est un graveur peintre, né en 1905, à Coinces, dans un village proche d’Orléans, dans une famille d’agriculteurs beaucerons ; et mort en 1954 d’une crise cardiaque à la gare d’Austerlitz alors qu’il rentrait à Orléans pour occuper le poste de directeur du Conservatoire qui venait de lui être attribué.

Un de ses thèmes de prédilection fut la description des paysages de la Beauce, sa terre natale.

Ses dessins donnent une image de la Beauce des années 1930- 1950 mais son œuvre dépasse de beaucoup le cadre local de ses origines. Très souvent, il privilégie l‘uniformité des paysages ruraux sous le manteau des céréales. En somme, le paysage classique de la Beauce. Il a merveilleusement su évoquer la quasi-horizontalité de ses paysages en la soulignant par un détail d’apparence insolite,  tel ce sentier au milieu des blés. « Le sentier vers les fermes » en est une illustration. La Beauce ne fut pas sa seule source d’inspiration : il a également évoqué, quoique avec moins de bonheur, la Sologne et ses étangs, notamment en illustrant le roman « Raboliot » de Maurice GENEVOIS qui obtint le prix Goncourt en 1925. On aurait garde d’oublier l’illustration qu’Il fit des évènements contemporains, comme dans sa magnifique traversée de la Loire par un flot ininterrompu de piétons se succédant sous le Pont Royal d’Orléans qui vient d’être détruit par un bombardement.

Pour autant, il ne faut pas demander à ce paysage rural, présenté ici, au-delà de son intérêt esthétique, des fondements historiques qui en expliquent la genèse. La monoculture céréalière qu’il décrit ne rend pas compte des structures agraires sous-jacentes.

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Un monde d’îles

Marie Redon, maître de conférences HDR en géographie à l’Université Paris 13, poursuit ses recherches au sein du laboratoire Pléiade où elle co-dirige l’axe « Marges, inégalités, vulnérabilités » ; elle est membre du Comité de rédaction d’EchoGéo et des Cahiers d’Outre-Mer. Sa thèse, soutenue en 2007, portait sur l’étude d’îles traversées par une frontière internationale (Haïti/République Dominicaine, Saint-Martin/Sint-Maarten et Timor Leste/Indonésie) et a été éditée en 2010 par les Presses de l’Université du Mirail. Son habilitation à diriger des recherche, soutenue en 2017, porte sur la géographie des jeux d’argent ; un ouvrage sur ce thème est en préparation. En mai 2019, Marie Redon a publié un ouvrage édité aux Éditions du Cavalier bleu s’intitulant : « Géopolitique des îles »

En ce mardi 24 septembre 2019, elle est l’intervenante du Café Géo de rentrée dont le titre « Un monde d’îles » laisse entrevoir un monde à l’écart du reste du monde comme si les îles échappaient aux problématiques d’aujourd’hui.

Élisabeth Bonnet-Pineau invite Marie Redon à définir l’île même si « elle s’impose comme une évidence ». En réalité, c’est une fausse évidence géographique même si François Doumenge a recensé des critères objectifs qui forment une « grille d’évaluation du degré d’insularité ».

Définir l’île, c’est introduire une réflexion sur les notions d’île et d’insularité et sur celles d’île et d’îléité.

Le monde des îles est familier à Marie Redon depuis l’enfance ; elle a toujours abordé les îles, notamment celle de la Méditerranée, aux côtés de son père, navigateur à ses heures, avec une grande curiosité.

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Toulouse-Lautrec

Exposition « Toulouse-Lautrec – Résolument moderne » au Grand Palais, Galeries nationales du 9 octobre 2019 au 27 janvier 2020

Au Moulin Rouge, 1892, Huile sur toile, The Art institute of Chicago

 

Il suffit de prononcer le nom de Henri de Toulouse-Lautrec pour que la légende pointe son nez, toujours sulfureuse depuis plus d’un siècle. Le Grand Palais organise une nouvelle rétrospective cet automne (après celle de 1992) sur cet artiste inventif, portraitiste magnifique et prodigieux témoin de la vie sociale d’une fin de siècle désenchantée. Il meurt en 1901, acteur des grands bouleversements de l’art moderne, ni déclassé, ni maudit.

 

Ce tableau résume sa légende, celle d’un homme qui passe son temps au cabaret, avec ses amis (en redingote et haut de forme) et entouré de femmes : la diva Macarona, assise, l’air absent, paupières lourdes, Mademoiselle Nelly, qui surgit en bas à droite, blafarde dans la lumière artificielle, visage renversé et comme recouvert d’un masque au vert électrique, yeux écarquillés, au bord de la peur. Au fond de la salle, La Goulue, de dos se recoiffe devant un miroir.

Henri de Toulouse Lautrec est le peintre du monde qui passe, de la comédie humaine qui se joue dans les lieux de la marginalité. Son regard aigu transcende les classes sociales mais échappe cependant aux penchants moralistes des caricatures de l’époque.

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Compte rendu du Café Géo « Spécial Master » – mercredi 9 octobre 2019

Le 9 octobre 2019 les Cafés Géo de Chambéry-Annecy ont accueilli au Café Le Beaujolais de Chambéry trois étudiants de l’Université Savoie Mont Blanc venus présenter leur sujet de mémoire réalisé durant leur Master de géographie. Par ce Café Géo singulier, les travaux de recherche d’étudiants en géographie ont été mis en lumière, en suscitant le grand intérêt voire l’inspiration d’un public en grande partie étudiant.
Les trois sujets présentés ont été développés par Fabien Pouillon, Thomas Matheret et Axelle Egon qui ont respectivement traité du grindadráp aux îles Féroé, du geocaching, et des conflits liés à la ZAD de Roybon et à son projet de Center Parcs.

 

Le grindadráp aux îles Féroé : spatialités d’une controverse environnementale

Situées dans l’océan Atlantique Nord à égale distance de l’Islande et de l’Écosse, les dix-huit îles composant l’archipel féroïen sont depuis les années 1980 régulièrement soumises à la critique internationale pour la pratique de chasse aux petits cétacés s’y déroulant (le grindadráp). Opposant ONG environnementalistes et certains Féroïens, la controverse autour du grindadráp intéresse le géographe à plusieurs titres : pratique de chasse locale mobilisant des organisations internationales, elle implique des échelles différentes et soulève des débats sociaux majeurs.
En dépassant l’image très désordonnée diffusée par les vidéos exposant l’abattage et visant à susciter le dégoût, les logiques spatiales de la chasse sont présentées au travers de ses différentes étapes. Du repérage du banc de cétacés à la distribution du produit de la chasse, l’organisation du grindadráp au sein de la société féroïenne est particulièrement expliquée et dévoile une pratique réglementée, socialement codifiée et hiérarchisée.
Dans un second temps, les modalités de la controverse sont développées. Les positions des opposants et des partisans sont tout d’abord commentées au travers de diagrammes représentant les principaux champs d’argumentation mobilisés dans la controverse. Des pétitions aux campagnes de sabotage et d’interposition menées par l’ONG Sea Shepherd sur l’archipel, les différentes formes de la controverse sont ensuite situées dans leur chronologie et hiérarchisées selon le niveau de violence employé.
Enfin, l’efficacité des méthodes employées par les ONG environnementalistes et de la médiatisation de la controverse est remise en question. Si les mobilisations internationales ont conduit à une amélioration des conditions de prélèvement des animaux, elles participent aussi à la pérennisation de la chasse par son adaptation et par la valeur identitaire – à défendre – qu’elles induisent.

Fabien Pouillon, Master 2 Géographie et Aménagement, Université Savoie Mont Blanc

 

Le geocaching : entre processus de territorialisation et (re)connaissance patrimoniale

En tant que pratique ludique relativement peu populaire, le geocaching est d’abord remis dans son contexte avec une première approche localisée (un lieu du geocaching dans le centre de Chambéry). Le geocaching est défini comme une pratique ludique et gratuite, permettant de faire connaître des histoires, des lieux, des modes de vie, des monuments relativement peu institutionnalisés du point de vue patrimonial ou touristique. Cette pratique, née aux États-Unis au début des années 2000, a été ensuite rapidement mondialisée, se heurtant tout de même aux aléas géopolitiques et restant surtout une pratique ludique occidentale.
Cette pratique est permise par la mise en place d’une application, puis par la recherche de géocaches grâce au GPS et à des indices. C’est là que l’on voit l’approche patrimoniale qui peut être faite de la pratique, par la description des lieux, le placeur de la géocache participe de sa mise en mot, de sa valorisation et du changement de regard envers ce lieu. En revanche, l’absence de critères patrimoniaux et l’absence de protection limite le processus de patrimonialisation. Mais la dimension sensible qui en résulte se retrouve également dans l’approche territoriale du geocaching. En effet, il est rapidement visible que des territoires de géocaches apparaissent avec les différents placeurs. À une échelle plus fine, la création toponymique participe de la création de lieux (exemple de « L’église désertique de la Combe »).
Si les territoires paraissent à première vue cloisonnés, une véritable communauté se met en place avec des « Events » (évènements) et avec certains objets « de valeur » comme les objets voyageurs, allant de géocache en géocache. Cette communauté est de plus en plus instrumentalisée par les différentes affiches éditées par l’entreprise Groundspeak Corporation. On voit sur celles-ci la logique de front pionnier telle que valorisée par les pratiquants (itinéraires dessinés par ceux-ci), et entrant dans la logique des fronts pionniers de certaines élites occidentales comme le montre André Suchet en 2010. Cette logique n’étant pas visible que dans le « geocaching vert » visible sur les affiches, mais également dans les villes comme à Chambéry. C’est ainsi que de plus en plus, certaines communautés de communes et certains offices du tourisme récupèrent de plus en plus des géocaches (ainsi que leurs placeurs) afin de valoriser leur territoire de travail. Ceci devenant alors un problème pour certains pratiquants car voulant justement se défaire des logiques institutionnelles. Des conflits d’acteurs commencent ainsi à apparaître et à questionner l’avenir de la pratique du geocaching.

Thomas Matheret, agrégé de Géographie, Université Savoie Mont Blanc

 

ZAD en état de résistance et jeux d’acteurs, dans le Center Parcs de Roybon

Lancé en 2007, le projet du Center Parcs situé à Roybon (Isère) fait face depuis dix ans à une bataille juridique sans fin. Le projet consiste en un aménagement d’un nouveau pôle touristique au cœur de 200 hectares de forêt et 76 hectares de zones humides. En s’implantant dans la commune rurale de Roybon faisant face à une désertification des services de proximité et des difficultés économiques, le groupe promet la création de nombreux emplois ainsi que de développer le tourisme dans la partie ouest du département de l’Isère.
Si ce projet est soutenu par l’ensemble des collectivités locales et une partie de la population roybonnaise, il est cependant intensément contesté par des opposants locaux ainsi que des associations de défense de l’environnement. En effet, dans un contexte territorial complexe, l’opposition rencontrée par le groupe Pierre & Vacances – Center Parcs est forte. La destruction d’une partie de la forêt et de la zone humide induit une forte protestation de la part des opposants. Par ailleurs, ce conflit d’aménagement s’inscrit dans un contexte national où d’autres projets d’aménagement ont été remis en cause.
L’apparition d’une Zone À Défendre sur le site du projet en 2014 intensifie le conflit, avec cette radicalisation de la contestation qui met à mal le projet bloquant les travaux. À l’instar de Notre-Dames-Des-Landes et aujourd’hui d’Europacity, les opposants espèrent ainsi faire annuler le projet. Toutefois, la ZAD soulève aussi un nouveau questionnement, est-elle ici simplement pour défendre l’environnement ou alors pour défendre un nouveau mode de vie en marge de la société, loin des normes sociales ?

Axelle Egon, Master 1 Géographie et Aménagement, Université Savoie Mont Blanc

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