Océans, conteneurisation, mondialisation

Café géographique de Saint-Brieuc, le Vendredi 13 Octobre 2017

 

Antoine Frémont est agrégé de géographie et directeur de recherche à l’IFSTTAR (Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux). Il est l’auteur de l’ouvrage « Le monde en boîtes. Conteneurisation et mondialisation » Presses de l’INRETS, 2007. Il est également l’auteur avec Anne Frémont-Vanacore du dossier « Géographie des espaces maritimes » documentation photographique, mars/avril 2015. Il a dirigé avec Laetitia Dablanc l’ouvrage « La métropole logistique » Armand Colin, 2015.

« Océans, conteneurisation, mondialisation », les trois termes de l’intitulé du café géographique de ce soir revient à poser l’hypothèse que la mondialisation passe par la mer. C’est ce que propose de nous démontrer Antoine Frémont qui part d’un constat : alors qu’aujourd’hui 10 milliards de tonnes de marchandises empruntent la voie maritime, en 1950 le total s’élevait à 550 millions de tonnes ! Si le transport maritime a connu  plusieurs révolutions, parmi les plus récentes, celle qui date des années 1960, et certainement la plus marquante, est celle de la conteneurisation.

1 – La conteneurisation, une révolution

11 – Une idée simple…

L’américain Malcolm MacLean est considéré comme l’inventeur de la conteneurisation, dans la seconde moitié des années 1950. Son idée consiste à acheminer les marchandises dans des boîtes ou « containers » standards (vingt pieds ou quarante pieds) à forte capacité où l’on peut mettre tout ce que l’on veut (produits manufacturés vendus dans les grandes surfaces de distribution). Certains containers sont réfrigérés  pour le transport des produits alimentaires ou congelés, d’autres sont des containers-citernes pour les vracs liquides.

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Let’s go the mall

« Let’s go to the mall… » avec Myriam Houssay-Holzschuch et Pauline Guinard

A l’occasion du Festival International de Géographie de Saint-Dié-des-Vosges édition 2017, Myriam Houssay-Holzschuch Professeure de géographie à l’Université Grenoble Alpes et Pauline Guinard Maître de conférences en géographie à l’ENS nous ont accueilli au bar Thiers à Saint-Dié-des-Vosges dimanche 1er octobre 2017 pour un café géo sur les espaces publics en Afrique du Sud

L’idée de départ était de placer ce café géo dans une galerie commerciale d’un hypermarché de Saint-Dié-des-Vosges mais le projet est abandonné pour des raisons logistiques.

Pourquoi un hypermarché ? Parce qu’en Afrique du Sud les espaces publics avec une mixité sociale et raciale sont rares et qu’il faut les chercher parfois dans ce type d’espace appelé « mall ».

Ainsi Let’s go to the mall…

Les paysages projetés lors du café géo. Photo F Arnal

La problématique centrale des deux géographes est de réfléchir à la notion d’espace public dans un contexte sud-africain. Pauline Guinard insiste en introduction sur le concept de « publicité » (publicness) des espaces publics, non au sens de la publicité commerciale des marques, mais au sens de ce qui fait qu’un espace est public, tant en termes d’accès au public à ces lieux, de la co-présence de publics divers dans ces lieux et de la possibilité que des débats s’y déploient.

Suivent alors des images projetées sur écran devant le public d’espaces ou de lieux choisis par les deux géographes. Sans nommer les lieux, le public du café s’interroge pour savoir si cet espace est public ou privé et selon quels critères.

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Fukushima, six ans après : politiques de retour et zone grise de l’accident nucléaire

Café Géo animé par Marie Augendre (Chambéry, 8 mars 2017)

Téléchargez l’intégralité du compte-rendu au format PDF : CR_café-géo_AUGENDRE_VF (PDF, 670ko)

En ce mercredi 8 mars 2017, les Cafés Géographiques de Chambéry-Annecy reçoivent Marie Augendre, maîtresse de conférences à l’Université Lyon 2. En cette journée internationale des droits des femmes, elle n’est pourtant pas venue nous présenter un café sur la géographie du genre. Son intervention porte sur l’accident de Fukushima, dont on commémore le sixième anniversaire le 11 mars.

Marie Augendre commence son intervention en rebondissant sur cette remarque. Certes, il ne s’agit pas d’un café genré, mais le sujet qui va être abordé l’est pourtant dans une certaine mesure. En effet, la place des femmes est considérable à Fukushima, notamment parce que ce sont souvent elles qui se sont trouvées en première ligne, et tout particulièrement pour protéger les enfants de la radioactivité. La place des femmes dans l’analyse de l’accident nucléaire n’est donc pas négligeable, quand bien même on parle du Japon, société réputée particulièrement clivée (le terme « okusan », qu’on traduit par « épouse », désigne en japonais « celle qui se tient au fond »). Toujours est-il qu’avec l’accident nucléaire, les femmes se sont découvert une capacité à agir sur la scène publique, et elles portent une bonne partie des actions citoyennes qui se mettent en place, tant concernant la mesure de la radioactivité, que l’organisation de vacances sanitaires pour les enfants ou encore la reconnaissance des droits des sinistrés.

  1. Territoires contaminés : zonage administratif et « zone grise » de l’accident

La cartographie des territoires contaminés est très variable dans le temps. Marie Augendre s’appuie sur la carte de la contamination réalisée à partir des données officielles, disponible en ligne et mise à jour régulièrement[1]. Les valeurs de contamination sont aux deux tiers plus basses aujourd’hui qu’au moment de l’accident. Cette baisse renvoie à la décroissance naturelle de la radioactivité, à la dilution liée au ruissellement ainsi qu’aux mesures qui ont été prises par les pouvoirs publics (décontamination des espaces habités). Mais il faut garder à l’esprit que localement, on peut observer des phénomènes de reconcentration de la contamination, voire de contamination secondaire (remobilisation de radionucléides en provenance de la centrale ou des forêts impossibles à décontaminer).

En fait, l’ampleur des retombées radioactives sur le territoire a en partie été limitée par les vents. Fukushima se situe à l’est de l’île de Honshū, et le Japon est soumis à des vents dominants d’ouest (les westerlies), qui ont chassé l’essentiel de la contamination vers l’océan. La carte de la contamination montre certes une concentration autour de Fukushima, mais également dans le nord-ouest et le sud-est de ce département, en particulier dans la région de Tokyo. Mais on ne parle pas de cette contamination-là. Parler de la « catastrophe de Fukushima » fait le silence sur d’autres zones ce qui arrange bien ces espaces ; il faut être conscient que la contamination ne se limite pas au département de Fukushima.

Il faut noter une ambiguïté première dans la radioactivité et sa mesure. Il y a de multiples manières de mesurer la radioactivité, et Marie Augendre détaille les deux principales unités de mesure. Les becquerels renvoient à une désintégration par seconde : il s’agit de la mesure de l’activité émise par les radionucléides (la radioactivité). Les microsieverts/heure (mSv/h) renvoient quant à eux à une tentative de convertir cette radioactivité en tenant compte de ses effets sur l’organisme. On ne mesure donc plus une activité mais une dose. En quelque sorte, les becquerels renvoient à une magnitude, et les sieverts à une intensité.

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Japon.  L’art des jardins, contempler et méditer

Dans un archipel entre terre et ciel, entre montagne hostile et terre tremblante, entre tradition et modernité, la mer pour unique horizon, le Japon a fait , avec l’art du jardin, une synthèse sublime.

L’art des jardins, important et respecté, cherche à interpréter et à idéaliser la nature, en assemblant des codes esthétiques que tous les Japonais peuvent s’approprier dans la vie quotidienne car le jardin se trouve aussi bien dans les demeures privées, petites ou grandes, que dans les parcs des villes et surtout dans les sanctuaires shintoïstes ou les temples bouddhistes.

Méditer, contempler, ce sont les vertus que propose le jardin.

Le Pavillon d’Or à Kyoto

Le Pavillon d’Or miroite dans les eaux d’un étang, tout en se détachant d’un écrin verdoyant adossé au mont Kinugasa. Construit au XIV ème par un shogun, très féru de philosophie zen puis devenu moine, il s’élève dans l’enceinte du temple Rokuon-ji.

De l’eau, une montagne, un premier étage réservé à la méditation, puis deux étages recouverts de feuilles d’or et dont l’architecture est celle des maisons des samouraï, le tout couronné par un phénix. Le phénix, sur le faîte, rappelle tout ce que le Japon doit à la Chine.

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La friche : un espace en marge ? Abandon, usages et innovations

La friche : un espace en marge ? Abandon, usages et innovations
Kaduna-Eve Demailly, LABEX Futurs Urbains. Université Paris-Est Marne-la-Vallée. Lab’URBA, chercheure associée au LADYSS.

Téléchargez l’intégralité du compte-rendu au format PDF : La friche : un espace en marge ? (PDF, 413ko)

Kaduna-Eve Demailly a soutenu une thèse en 2014 sur les espaces urbains vacants jardinés[1]. Il s’agissait d’étudier les jardins partagés installés sur des friches, et de comprendre en particulier les mécanismes de réappropriation par les habitants, sur des terrains essentiellement situés en Île-de-France.

Dans le cadre de ce café, on rentrera dans ce thème des friches par la notion de marge, au programme de l’agrégation de géographie et du CAPES d’histoire-géographie, et on se demandera dans quelle mesure les friches, comme espaces marginalisés, font aujourd’hui l’objet d’initiatives et sont en voie de réintégration ? En somme, comprendre les processus de marginalisation et de démarginalisation des friches, qui sont souvent des espaces de centralité économique, hier en marge, et aujourd’hui réinvestis, donc démarginalisés.

1. Définir la friche : une marge à plusieurs égards

Première remarque, les friches sont des indicateurs matérialisés de changement qui ont toujours existé, dès l’époque antique, même si on n’utilisait pas, alors, cette terminologie.

Un exemple est le territoire dit de « la Zone », espace originellement défensif, en périphérie de Paris, zone large de 250 m, 800 ha, où les populations défavorisées se sont installées au début du XXe siècle. Cette appropriation a alors donné lieu à une véritable ville à la frontière de Paris. La décision est prise de la détruire à la fin des années 1950-1960.

La friche peut-elle être envisagée comme un territoire qui redevient un espace ? On assiste en tout cas à un processus de désappropriation / réappropriation dans ces territoires

1.1. La formation du stock

« La friche résulte de l’inadaptation entre un contenu et un contenant » (Chaline, 1999). Elle est en fait le résultat de trois facteurs conjoints : les mutations et innovations technologiques, la localisation – délocalisation d’activités, et enfin l’urbanisme de création, vecteur de dévitalisation.

Les mutations et innovations technologiques

Parmi la grande variété des friches, on trouve les friches ferroviaires dont la plus connue est à Paris la « Petite Ceinture » de Paris, 30 km de voies pour du trafic de marchandises, mais qui ont été concurrencées par le métro et donc abandonnées dès les années 1930. Cette friche représente un terrain immense avec de grands enjeux fonciers et de biodiversité, ainsi qu’en termes de patrimoine, avec des lieux comme la gare de la Flèche d’Or reconvertie en lieu culturel et festif punk-rock.

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Une publicité pour une destination touristique ensoleillée dans le métro parisien : sous la lumière, des ombres.

 

Publicité à destination des populations qui fréquentent le métro Denfert-Rochereau.
Photographie prise par Emilie Viney, 3 octobre 2017.

Le slogan publicitaire est le suivant : « Envie de plaisirs méditerranéens. Valencia, là où le soleil brille 300 jours par an ». « Vol Paris Valencia, 2H, Vols 7 jours sur 7 ».

Le but de la publicité est de vendre aux Parisien.ne.s qui fréquentent le métro une destination touristique. Dans « les  heures souterraines »[1] qui animent nos parcours journaliers dans le métro, que cherche à nous dire le message publicitaire ? Avec quels registres du discours fraye cette publicité ? Pourquoi, dans l’ombre du métro, les publicités des destinations ensoleillées peuvent-elles avoir des relents coloniaux ?

Que voit-on sur la photographie qui vante la destination de « Valencia » ? Au premier plan, un homme et  deux femmes. L’homme à la peau blanche est debout, porte une chemise blanche, des lunettes de soleil, une barbe et a les mains sur le volant d’un bateau à moteur. Il sourit mâchoire serrée. Il semble, derrière ses lunettes, regarder vers nous.

A la gauche de l’homme, une femme à la peau blanche se tient debout en position plus basse que l’homme. Elle porte une veste violette ouverte et un t-shirt blanc. Elle a les cheveux détachés et rit la bouche ouverte, dents visibles, en tenant d’une main une boisson jaune pétillante et de l’autre main sa veste en-dessous du sein. Son visage est tourné vers le côté en direction de l’autre femme et de l’homme.

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L’espace rural. Marge politique, cœur territorial

Café géographique de Lyon, Mercredi 11 octobre 2017, 
Café La Cloche, Lyon Bellecour

 

par Samuel Depraz, maître de conférences en Géographie et Aménagement à l’Université Lyon III. Spécialiste de la géographie des espaces naturels protégés, il travaille aujourd’hui sur les espaces ruraux européens, notamment sur les questions de définition des espaces ruraux et de démocratie locale en milieu rural. Sur cette question des marges, au programme des concours de l’enseignement, il est l’auteur d’un manuel : La France des marges : Géographie des espaces « autres », paru en 2017 aux éditions Armand Colin.

et Cédric Szabo, démographe de formation, directeur de l’Association des maires ruraux de France. Cette association, créée en 1971 et dont le siège se trouve à Lyon, représente les maires des communes de moins de 3 500 habitants en France dans le but de défendre et de promouvoir les enjeux spécifiques de la ruralité. 

Introduction. Définir la ruralité : des problèmes de représentations

La question de la ruralité est épineuse. On observe des distorsions selon que l’on mobilise un certain type de données ou un autre, ce qui rend difficile la question de la définition de la ruralité en France et peut introduire des biais idéologiques. Comparons quelques chiffres.

Cédric Szabo : Il y a autant d’habitants dans les communes de moins de 2 000 habitants que dans les 115 plus grandes villes de France, soit 15,5 millions d’habitants. À l’échelle de la population française, la population rurale n’est donc pas marginale. Les communes de moins de 3 500 habitants représentent 92 % des communes française, ce qui équivaut à un tiers (32,5 %) de la population française. En termes de population, les espaces ruraux ne peuvent donc pas être considérés comme une marge. On constate pourtant que la manière dont ils sont traités est sans proportion avec ce qu’ils représentent en termes de population.

Samuel Depraz : les outils mobilisés par l’AMRF remettent en question la définition des limites du rural. On peut prendre ici les chiffres de l’Insee. D’après cet institut, 82 % de la population est urbaine, ce qui laisse 18 % de ruraux en considérant le seuil de 2 000 habitants agglomérés pour définir l’espace urbain. L’écart est donc énorme avec les chiffres évoqués par Cédric Szabo. Cela interroge les représentations que nous avons de la ruralité, que nous définissons souvent en France par le négatif et en minorant les faits. Ainsi, le seuil de l’Insee des 2 000 habitants agglomérés par unité urbaine remonte à 1954 et pose aujourd’hui clairement la question de sa pertinence. Les fonctions urbaines ont évolué, se sont concentrées au détriment des bourgs. Marvejols, en Lozère, tient bien plus du monde rural que de l’urbain avec ses 4 000 habitants agglomérés ! Prenons d’autres chiffres de l’Insee, par exemple la mesure de l’influence des villes par les mobilités pendulaires (Zonage en Aires Urbaines). Selon ce découpage, 96 % des habitants en France sont sous influence urbaine. Il ne resterait donc que 4 % d’habitants « authentiquement » ruraux, si on veut être provocateur en utilisant ce mot. Mais un tel ratio vide de sens l’utilisation des deux termes ! On est donc bien dans des questions de représentations, voire d’idéologie que l’on projette sur le territoire. À quelles représentations faudrait-il donc se référer ? Celles du bon sens ? Celle des élus ? Des militants ? Ou d’autres encore ?

D’autres définitions scientifiques semblent cependant donner raison aux discours militants favorables à un calcul plus large du rural en France. On peut se pencher sur les analyses de l’Union Européenne (UE), produites dans le cadre de la mise en œuvre de la Politique Agricole Commune et du soutien au développement rural. Dans les derniers rapports de la Direction générale à l’agriculture, l’UE suit une définition du rural établie en 1992 par l’OCDE et actualisée en 2014 grâce à des méthodes de télédétection qui calculent des densités par grille de 1 km². L’UE propose ainsi une grille de lecture à trois niveaux : des espaces urbains, des espaces intermédiaires (petites villes et périurbain), et des espaces ruraux. Selon cette lecture par densité, la France serait à 38 % rurale (3e catégorie d’espaces prise isolément) quand la moyenne à l’échelle de l’UE est de 29 %.

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Le castor dans tous ses territoires ! Du Canada au ruisseau d’à côté 

A l’occasion du Festival International de Géographie de Saint-Dié-des-Vosges, Rémi Luglia, historien, membre associé du Centre de Recherche d’histoire quantitative à l’Université de Caen-Normandie et Rémy Marion, photographe, naturaliste, spécialiste des régions polaires nous ont proposé un café exceptionnel à la Cabane au Darou, lieu parfaitement adapté pour l’occasion, samedi 30 septembre 2017 : « Le castor dans tous ses territoires ! Du Canada au ruisseau d’à côté »

Les deux intervenants alternent dans la présentation d’un animal dont l’histoire est liée à la nôtre et dont le capital de sympathie auprès des humains a varié selon les époques.

Une longue histoire de relations  avec les hommes

Deux cartes d’Europe permettent de comparer la présence des castors (castor fiber) au XIIème et à la fin du XIXème siècle. Très nombreux au cœur du Moyen Age, ils ne sont plus que quelques centaines, voire quelques dizaines d’individus à l’aube du XXème siècle, trop appréciés pour leur fourrure brillante et leurs propriétés dans la fabrication des parfums.

Au Canada, la tranquillité du castor (castor canadensis) a été fortement perturbée par la conquête européenne. A la fin du XVIème siècle, le vieux continent est un gros consommateur de sa fourrure brillante pour ses vêtements et surtout ses chapeaux de feutre. S’établit alors un gros trafic de pelleteries entre France et Nouvelle-France. Mais les autorités royales françaises ne comprennent pas toutes les potentialités de ce commerce et c’est à deux Anglais que revient la création de la Cie des Aventuriers. Expéditions consacrées aux fourrures et exploration du Canada vont alors de concert. La Cie de la Baie d’Hudson, fondée par le Prince Rupert fait fortune grâce aux peaux de castors exportées en Europe à partir de la Baie d’Hudson, et 40% du Canada échappe à la France.

Les Anglais se procurent les peaux en faisant du troc avec les autochtones dans les pourvoiries. Rapidement le castor devient une monnaie d’échanges (par exemple on achète deux peaux d’ours avec dix peaux de castor), ce qui traduit sa place prépondérante dans le commerce colonial.

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Sur une oeuvre « ruraliste » dans l’exposition « Anders Zorn, un suédois » à Paris, au Petit Palais

(Paris, 15.09/17.12.2017)

J’ai découvert l’œuvre de Zorn à l’occasion de cette exposition, et ne me prononcerai pas globalement sur elle, car ce n’est pas une exposition remarquable par ses rapports avec la géographie. Anders Zorn (1860-1920), peintre suédois  d’une très grande prolixité, connu pour sa grande maitrise des différents medias (huile, aquarelle, dessin, gravure, sculpture …),  a surtout excellé dans le portrait et dans les paysages aquatiques. Bien sûr les atmosphères naturelles de la mer, de la côte et des reliefs de la Suède intérieure sont rendus magistralement dans certaines des œuvres exposées, mais c’est dans les scènes de la vie paysanne qu’on peut voir quelques œuvres stimulantes pour une analyse géographique. Zorn a passé son enfance à Mora, dans la région rurale de Dalécarlie, au milieu des paysans et des paysannes : il y est souvent revenu et s’est fait construire plus tard une maison dans laquelle il a fait de longs séjours, peignant les paysages et les gens autour de lui. D’où un grand nombre de tableaux de sujet « rural », de scènes des genres de vie paysans. Parmi eux j’ai retenu « Mora, Marknad » de 1892.

 

Marché à Mora 1892 Anders Zorn (huile sur toile, 133 x 167,5 cm, collection particulière)

 

Le titre ne désigne que le lieu où la scène aura pu être observée par le peintre : le marché de Mora, bourgade de la Dalécarlie, sur le versant est de la chaîne des Alpes scandinaves. En fait, ce qu’on voit, c’est une scène à deux personnages, qui aurait lieu à l’écart pendant le marché : en bas d’un grand pré, une jeune femme attend, assise dans l’herbe à côté d’un homme affalé à ses pieds, face contre terre, tandis que des gens, des animaux et des charrettes vont et viennent à l’arrière plan, vers et sur la place du village, devant l’église, là où le marché a lieu. On peut donc penser, à voir l’expression du visage de la femme, que le jeune homme (son mari ?) s’est saoulé et qu’il est ivre mort, étendu dans l’herbe. Le visage féminin ouvert (certainement celui d’une modèle du peintre lors de ses séjours à Mora, car on retrouve son personnage dans d’autres tableaux réalisés sur ce thème de la vie paysanne) reflète des sentiments contradictoires : résignation, mais peut-être aussi vexation, désarroi, devant la situation à laquelle elle est réduite, attendre que son « homme » soit dégrisé et capable de reprendre avec elle le chemin du foyer (?). Et cela dans l’indifférence de la foule qui passe, va et vient sans se préoccuper du drame familial qui se joue dans le pré voisin.

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Les animaux comme symboles nationaux en Afrique : quels enjeux ?

 A l’occasion du Festival International de Géographie de Saint-Dié-des-Vosges, Catherine Fournet-Guérin, professeure à l’université Paris-Sorbonne (Paris IV) nous a proposé un café sur le thème « territoires humains, mondes animaux » au bar 1507 dimanche 1er octobre 2017 : « Les animaux comme symboles nationaux en Afrique : quels enjeux ? »

Les animaux ont été choisis comme emblèmes nationaux par de nombreux Etats africains pour leurs liens avec le territoire ou leur symbolique. Quelle est la signification de ces choix ? Quelle lecture peut-on en faire en termes de géographie politique ?

  1. Etat des lieux : quels sont les animaux nationaux et où les trouve-t-on ?

Après les indépendances, beaucoup d’Etats ont choisi comme symbole national un animal valorisant la force, la vigueur, l’énergie, surtout des mammifères (lions, éléphants, panthères, léopards, antilopes, hippopotames, cheval) mais aussi des oiseaux de proie (aigle) ;

Peu de contre-exemples en-dehors du dauphin aux Seychelles et du Dodo à Maurice (animal disparu à la fin du XVIe siècle, que sa réputation de stupidité ne valorise pas) : cas original de choix d’un animal peu valorisé et incarnant la prédation humaine.

On ne retrouve ce choix d’animal exaltant la puissance ni en Amérique du Sud, ni en Asie à l’exception de l’Inde et de la Chine.

Présents sur armoiries, drapeaux, billets de banque, timbres…ces animaux sont largement utilisés par les équipes nationales de sport (les plus connus étant sans doute les Springboks, rugbymen d’Afrique du Sud). Là aussi il y a une surreprésentation des équipes africaines dans l’adoption d’un nom ou d’un surnom animalier, au niveau mondial.

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