Changer Barcelone (Hovig Ter Minassian)

changer-barceloneHovig Ter Minassian, Changer Barcelone. Politiques publiques et gentrification dans le centre ancien (Ciutat Vella), collection « Villes et Territoires », Presses Universitaires du Mirail, 2013.

Cet ouvrage du géographe français Hovig Ter Minassian est le fruit d’un travail de thèse réalisé entre 2005 et 2009 et, par la suite, remanié et enrichi. Deux axes principaux organisent la réflexion, celui de la métropole catalane, bien sûr, et celui, plus conceptuel, de la gentrification comme l’annonce clairement le sous-titre de l’ouvrage.

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De la Terre aux hommes (Paul Claval)

de_la_terre_aux_hommesPaul Claval, 2012, De la Terre aux hommes. La géographie comme vision du monde, collection Le temps des idées, Armand Colin.

Paul Claval, professeur émérite de l’Université de Paris IV-Sorbonne, pionnier en France de l’introduction des questions économiques, puis culturelles, parmi les préoccupations centrales des géographes, et plus largement de l’entreprise de reconnexion de la géographie aux sciences sociales, publie à quatre-vingts ans un joli livre venant s’ajouter à une riche bibliographie. Plus exactement, il s’agit de trois essais réunis en un volume, proposant chacun une forme d’histoire de la géographie, une manière de voir le destin de la discipline et du « tournant culturel » qu’elle a traversé dans les dernières décennies du XXe siècle. Cette structure explique de rares répétitions d’un bloc à l’autre et, surtout, permet une lecture indépendante de chacun des trois.

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La localisation des industries. Enjeux et dynamiques (B.Mérenne-Schoumaker)

localisations-industriesBernadette Mérenne-Schoumaker, 2011, La localisation des industries. Enjeux et dynamiques, Presses Universitaires de Rennes, collection Didact Géographie, Rennes, nouvelle édition (1e édition : 2002), 255 p.

Dans ce manuel destiné principalement aux étudiants, la géographe Bernadette Mérenne-Schoumaker revient sur les répartitions des structures industrielles, leurs enjeux et leurs dynamiques. Deux axes préoccupent la géographe dans une démarche pédagogique visant à expliciter la place de l’industrie dans les territoires et les économies : « l’axe spatial (via les thèmes de la localisation et de l’espace) et l’axe temporel (à travers l’étude des dynamiques) » (p. 7). L’ouvrage croise à la fois approche théorique (notamment par des définitions et des typologies, particulièrement utiles aux candidats préparant la question « Systèmes productifs »1 ou aux étudiants confrontés à la géographie économique), conceptuel (Bernadette Mérenne-Schoumaker ne propose pas seulement un panorama des localisations des industries, mais confronte le lecteur aux grands cadres explicatifs de ces localisations et de leurs conséquences, par un regard pluridisciplinaire croisant notamment géographie et économie) et documents particulièrement précieux pour les étudiants (schémas théoriques et applications pratiques sur des études de cas à différentes échelles).

Les transformations de l’espace productif questionnent à la fois les transformations des espaces économiques à différentes échelles, les mutations des systèmes productifs (mutations techniques et technologiques ; économiques et sociales ; et enfin politiques) dans des systèmes économiques où la distinction entre les grands secteurs tend à s’atténuer (notamment par une imbrication de plus en plus grande de l’industrie et des autres secteurs économiques), et les conséquences de ces transformations à plusieurs échelles. L’ouvrage confronte ainsi la manière dont les espaces sont impactés, de manière différente en fonction des stratégies d’acteurs et des contextes économiques, par l’industrie : on apprécie tout particulièrement les chapitres confrontant les dynamiques spatiales des industries (de leur présence ou de leur absence) à différentes échelles. Par cette démarche, ce manuel vient utilement compléter les manuels d’économie, et montre la pertinence de (re)penser aujourd’hui les localisations des industries, sans tomber dans la géographie-catalogue.

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Diagnostic et gouvernance des territoires : Concepts, méthode, application (G.-F. Dumont)

Les cafés géo rencontrent un auteur

dumontGérard-François Dumont, 2012, Diagnostic et gouvernance des territoires : Concepts, méthode, application, Armand Colin, Coll. U

Les Cafés géo : Votre ouvrage paraît unique en son genre. D’un côté le terme de gouvernance est employé à tout va, de l’autre une méthode pour faire un diagnostic précis d’un territoire et de sa gouvernance manquait jusque-là. Peut-on tout d’abord revenir sur le terme de gouvernance? Comment pourrait-on le définir?

Gérard-François Dumont : mon ouvrage s’inscrit dans une suite de publications sur le territoire1, dont mon analyse ancienne de la métropolisation que j’avais définie, comme « l’exercice de forces centripètes conduisant à la concentration des activités et des hommes dans les espaces urbains les plus peuplées tandis que les villes moyennes et les espaces ruraux perdent, au moins relativement, de la vitalité », définition reprise par exemple en 1994 par le Commissariat général au Plan2. Or, depuis, qu’est-il advenu de cette « métropolisation » ? Même si le processus demeure réel, il est très inégal et non général. Ainsi, il faut constater des évolutions d’intensité très variable entre des villes situées dans un contexte géographique comparable : Toronto, auparavant moins importante que Montréal, l’a largement dépassée ; São Paulo est devenue considérablement plus importante que Rio de Janeiro ; Dubaï, dont les revenus dus aux hydrocarbures sont devenus marginaux, a pris la dimension que l’on sait tandis que la ville iranienne de Bandar-Abbas, pourtant située au cœur du détroit d’Ormuz, a connu un développement limité. Et, pour ne citer qu’un exemple en France, Montpellier, qui a longtemps eu une importance semblable à Nîmes, l’est désormais deux fois plus… D’ailleurs, concernant les territoires de l’Europe occidentale, il faut par exemple noter qu’il y a actuellement de « petites Allemagne » en France et de « petites France » en Allemagne. Autrement dit, certains territoires français ont un taux de chômage inférieur à celui de l’Allemagne alors que certains territoires allemands ont un taux de chômage supérieur à celui de la France. Rappelons que, à l’échelle des zones d’emploi, le chômage varie dans l’Hexagone dans un rapport de 1 à 4.
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La Crise qui vient. La nouvelle fracture territoriale

Davezies, Laurent, 2012,La Crise qui vient. La nouvelle fracture territoriale, Paris, Seuil, 128 p.

« À force de crier au loup, il a fini par arriver. » Voilà l’une des conclusions (p. 103) du dernier ouvrage de Laurent Davezies, économiste et professeur au CNAM. Celui-ci avait déjà évoqué ledit loup, la métropolisation, dans son précédent livre[1]. Il y montrait que la concentration des activités productives les plus rentables dans les métropoles, décrite à l’envi par les tenants de la « Nouvelle géographie économique »[2], si elle est un fait indiscutable, est pourtant loin d’épuiser la réalité géoéconomique française. Parallèlement à cette concentration des facteurs de croissance (mesurée par le produit intérieur brut), ce sontles territoires capables d’attirer retraités, touristes et grands pendulaires, qui connaissent un véritable développement (mesuré notamment par le revenu) : les territoires les plus riches ne sont pas ceux qui créent la richesse.

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Le Tourisme suisse et son rayonnement international (XIXe-XXe siècles). « Switzerland, the playground of the world »

Humair, Cédric & Tissot, Laurent (dir.), 2011,Le Tourisme suisse et son rayonnement international (XIXe-XXe siècles). « Switzerland, the playground of the world », Lausanne, Antipodes.

Quels facteurs ont permis à la Suisse de devenir l’une des destinations les plus prisées, attirant l’essentiel de la demande européenne au XIXe siècle et se maintenant parmi les grandes puissances touristiques depuis ? L’ouvrage dirigé par Cédric Humair et Laurent Tissot, enseignants-chercheurs respectivement à Lausanne et Neuchâtel, tente d’expliquer cette « soif » que la Suisse a attisée chez les Anglais dès la fin du XVIIIe siècle, puis les autres Européens.

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Environs et mesures (Pierre Senges)

Pierre SENGES, Environs et mesures,
Le Cabinet des Lettres, Gallimard, 2011 (104 pages)

Environs et mesures : l’approximatif et l’exact, le flou et le fixe, le proche et le précis, le fictif et l’effectif, etc. Cet essai distingue et associe les mots :la fable et le vrai, le mythe et le savoir se mêlent dans les œuvres de fiction comme dans les écrits du savant.« On ne peut pas s’empêcher d’interroger le réel en même temps que l’imaginaire, c’est-à-dire décortiquer chaque élément d’une fable pour voir s’il peut, en plus de distraire, obéir aux lois de la physique » (p. 72). Le géographe n’y échappe pas, qui cherche en vain le bout du monde et l’entrée des Enfers, ou qui croit mesurer la terre alors qu’il la toise. Mais « la géographie n’est pas la seule à donner l’hospitalité à la fois au vrai et au faux » (p. 30).Déjà, en 2004, Pierre Senges avait réfuté par la fiction la découverte de l’Amérique[1] ; il interroge ici « les  terres à moitié imaginaires, à moitié réelles de notre géographie » (p. 89).

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Géographie de mille hectares. À quoi pouvait servir la géographie en 1937 ?

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« C’est peu, un carré de 3 cm découpé dans les fils bleus, les traits rouges et les piquetés verts de la carte au 1/100000°. En ce cadre étroit, je ferai tenir toute la France. » (M. Bedel, p. 12)

La vignette, sans doute une xylographie, présente un croquis marron et blanc et un cartouche brun rouge qui l’encadre. Celui-ci symbolise les productions agricoles et l’abondance rurale traditionnelles : arçon de vigne (ou « vignette »), épis et botte de blé, le vin et le pain. Le croquis, lui, fait question par la maladresse du piqueté des vignes, de la houle des blés, des arbres épars, des filets d’eau et surtout des routes démesurées et plaquées sur le paysage et plus encore sur le village. Et comme ce croquis fait justement 3 cm² sur la couverture originale, il n’est sans doute pas l’œuvre d’un professionnel de l’édition, mais de l’auteur lui-même qui, à plusieurs reprises, se qualifie ainsi : « Je suis un géographe, je me présente ici comme tel, et c’est de géographie que je traite en ces pages » (p. 25).

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Le Maître-Loup (Gwénaëlle Kempter)

Le Maître-Loup (Gwénaëlle Kempter)
Editions Plaisir de Lire, Lausanne, 2009, 150 pages.

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Le Canton du Valais est connu en Suisse et à l’étranger pour son microclimat qualifié de « méditerranéen ». Les sites internet promouvant le tourisme dans cette région alpine ne manquent jamais de souligner l’exceptionnalité du climat valaisan, qui peut vanter, en été comme en hiver, une présence presque constante de soleil. Les genevois connaissent les bienfaits hivernaux des escapades dans les montagnes valaisannes. Quand la grisaille domine les côtes du Lac Léman, il suffit de prendre le train en direction du Valais pour retrouver le ciel bleu et le soleil.

Le paysage qui s’offre au voyageur est dominé par les vignobles en terrasse, grimpant sur les pentes des deux versants de la vallée. La plaine, arrosée par le Rhône, est parsemée d’abricotiers, un produit labellisé « du terroir ».

Le livre de Gwénaëlle Kempter est un roman. Quelques indices nous suggèrent que l’auteure a choisi son Valais natal pour situer son premier ouvrage. Elle ne dévoile pas la période dans laquelle son histoire se déroule, mais il est clair qu’Aleksei, protagoniste de ce « thriller écologique », comme le petit éditeur aime à qualifier ce roman, est un de nos descendants. Il n’est pas forcément attachant ; il peut se révéler très cynique et dur, à l’image de l’environnement qui l’entoure tout au long de son errance.

En effet, à l’heure où les scientifiques et les médias nous alertent sur l’augmentation de la température due aux changements climatiques, Aleksei nous plonge dans environnement dominé par la blancheur de la glace et de la neige, signes précurseurs du début d’une nouvelle ère glaciaire, d’un « Ordre du Chaos », comme Aleksei la qualifie. Il est une des rares personnes qui erre au cœur ce monde hostile, dans lequel le nomadisme n’est pas un choix de vie, mais une simple question de survie. Pourtant, on devine que cet espace était autrefois habité ; grâce à la présence de maisons désertées et en ruine. Mais ces ancêtres, qui, on s’en doute bien, ne sont autre que nous (hommes du XXe siècle), ont provoqué cette catastrophe écologique à laquelle Aleksei doit faire face.
Désormais, c’est l’instinct qui le guide dans ses choix de déplacement, dans ses actions, dans sa recherche d’abris et de nourriture. L’intrigue se tisse autour de l’être humain en voie d’extinction, menacé par les animaux et la nature. Une nature bien différente de celle qu’on connaît dans les Alpes valaisannes : les vignobles et les abricotiers ont laissé la place aux lichens. Les rennes, les loups et les ours prennent possession des lieux. Dans un monde où bêtes et hommes se confondent ; les rares rencontres d’Aleksei avec ses semblables se transforment souvent en cauchemar. Mais il y a toujours une exception…

Cristina Del Biaggio

Archives – Des livres

« Du renseignement » (Revue Défense Nationale), Benjamin Guinet, 19 février 2013
 rdn-755-renseignement.pdf

L’Avantage métropolitain (Ludovic Halbert), Manouk Borzakian, 05 février 2013
 avantage-metropolitain.pdf

Les territoires saisis par le virtuel (Anolga Rodionoff), Hovig Ter Minassian, 19 janvier 2013
 territoires-virtuels.pdf

Les fleuves mythiques (Elisabeth Dumont-Le Cornec), Daniel Oster, 06 janvier 2013
 fleuves-mythiques.pdf

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